‹ Histoire des GirondinsChapitre 27 sur 194 · LIVRE DIX-NEUVIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE DIX-NEUVIÈME

» censée avoir immolé soit un de «es ennemis les » plus connus, et membre de l'Assemblée, pour que » l'attentat contre la représentation nationale s'ajoute » dans cet acte à l'assassinat d'un citoyen. II faut que » cet assassinat soit commis aux portes du château » pour qu'il crie vengeance de plus près. Mais quel » sera ce citoyen.^ Ce sera moi. ^la parole est nulle, » ma vie est inutile à la liberté, ma mort lui profi- » tera, mon cadavre sera l'étendard de l'insurrection » et de la victoire du peuple. »

Chabot écoutait Grangeneuve avec admiration : « C'est le génie du patriotisme qui t'inspire! » lui dit-il ; « s'il faut deux victimes, je m'olTre d'être ton » second. —Tu seras plus, » répliqua Grangeneuve, « tu seras non pas l'assassin, puisque j'implore moi- » même ma mort, mais tu seras mon meurtrier. Cette » nuit je me promènerai seul et sans armes dans le » lieu le plus désert et le moins éclairé, près des gui- » chets du Louvre : aposte deux patiiotes dévoués )) et armés de poignaids, convenons d'un signe que » je leur ferai moi-même pour me désigner à leurs » coups ; je ferai ce signe , ils me frapperont ; je re- » cevrai la mort sans pousser un cri. Ils fuiront. Au » jour on trouvera mon cadavre! Vous accuserez la » cour! La vengeance du peuple fera le reste! »

Chabot, aussi fanaticjue et aussi décidé que (irangeneuve à calomjiier le roi par la mort d'un patriote, jura à son ami cette odieuse supercherie de la haine.

Le rendez-vous de l'assassinat fut fixé, riieuie convenue, le signe concerté. Grangeneuve se retira chez lui , fit son testament , se prépara à la mort , et se rendit, à minuit, à l'endroit marqué. Il s'y promena deux heures. Il vit s'avancer plusieurs fois des hommes qu'il prit pour ses assassins apostés. Il fit le signe convenu et attendit le coup. Nul ne frappa. Chabot avait hésité à l'accomplir, ou faute de résolution, ou faute d'instruments. La victime n'avait pas manqué au sacrifice, mais le meurtrier.

Au milieu de ces prodiges de haine, un homme tenta un prodige de réconciliation des partis. C'était Lamourette, ancien grand-vicaire de l'évéque d'Airas et alors évéque constitutionnel de Lyon. Sincèrement religieux , la Révolution , en passant par son âme, avait pris quelque chose de la charité du christianisme. Il était vénéré de l'Assemblée pour la vertu la plus rare dans les luttes d'idées, la modération. Il recueillit en un jour le fruit de l'estime qu'on lui portait. Brissot allait monter à la tribune pour proposer tle nouvelles mesures de sûreté nationale. Lamourette le devance et demande au président la parole pour une motion d'ordre. Il l'obtient. « De » toutes les mesures , » dit-il , « qu'on vous propo- )i sera pour arrêter les divisions qui nous déchirent.

Page 1