‹ Histoire des GirondinsChapitre 29 sur 194 · LIVRE DIX-NEUVIÈME. f · texte numérisé non relu

LIVRE DIX-NEUVIÈME. f

elaiis son sein. « Rendez-nous Pétion ! La Rochefou- » caukl à Orléans! » Ces vociférations terribles vinrent refouler jusque dans le cœur du roi la joie passagère qui Tavait traversé. La séance des Jacobins fut plus turbulente que la veille. « On s'eml)rasse » à l'Assemblée, » dit Billaud-Yarennes ; « c'est le baiser de Judas, c'est le baiser de Charles IX « tendant la main à Coligny ! On s'embrassait ainsi » au moment où le roi préparait sa fuite au 6 octo- ))'bœ ! On s'embrassait ainsi avant les massacres du » Champ-de-Mars ! On s'embrasse, mais les conspi- » rations de la cour cessent-elles ? Nos ennemis en » avancent-ils moins contre nos frontières? Et La » Favette en est-il moins un traître?... »

C'est sous de tels auspices que le jour de la fédération s'approchait. La reine le voyait avec terreur. Tout révélait des projets sinistres pour cet anniversaire. La France révolutionnaire, en envoyant les fédérés de Brest et de Marseille, avait envoyé tous ses hommes de main à Paris. La famille royale vivait dans les transes de l'assassinat. Tout son espoir reposait sur les troupes étrangères, qui promettaient delà délivrer dans un mois. On comptait au château marche par marche l'arrivée du duc de Brunswick il Paris. Le jour <le la délivrance était marqué d'à-

vance par le doigt de la reine sur le calcndriei' de ses appartements. Il ne s'agissait que de vivre jusque-là. Mais la reine craignait à la fois pour le roi le |)oison , le poignard et la balle des assassins.

Épiée dans l'intérieur même des plus secrets appartements par les sentinelles de la garde nationale ([ui veillaient à toutes les portes plus en geôliers qu'en défenseurs, la famille royale ne touchait qu'en apparence aux aliments servis sur sa table des Tuileries et se faisait apporter mystérieusement sa nourlilure par des mains sures et affîdées. La reine fit revêtir au roi un plastron composé de quinze doubles de forte soie à l'épreuve du stylet et de la balle. Le roi ne se prêta que par complaisance pour la tendresse (le la reine à ces précautions contre la destinée. Les révolutions n'assassinent pas, elles immolent. L'infortuné prince le savait. « Ils ne me feront pas frapper )) par la main d'un scélérat, » dit-il tout bas à la femme de la reine qui lui essayait le gilet plastronné. (( Leur plan est change. Ils me feront mourir en plein » jour et en roi. » Il nourrissait ces pressentiments de la lecture des catastrophes royales qui lui prédisaient la sienne. Le portrait de Charles I" par Van Dick était en face de lui dans son cabinet; l'histoire de ce prince, toujours ou\erte sur sa table : il Tétudiait et l'interrogeait comme si ces pages eussent renfermé le mystère d'une destinée ([u'il cherchait à comprendre poui- la tromper. Mais déjà il ne se flat-

Page 1