LIVRE DIX-NEUVIÈME
tait plus lui-même. L'avenir lui avait dit son mot. Sauver la reine, ses enfants, sa sœur, était le dernier terme de ses espérances et le seul mobile de ses etl'orts. Quant à lui, son sacrifice était fait. Il le renouvelait tous les jours dans les exercices religieux qui élevaient et consolaient sa résignation. « Je fie » suis pas heureux, » répondit-il à un de ses confidents qui lui conseillait de jouer héroïquement son sort avec la fortune. « Sans doute je pourrais tenter » encore des mesures d'audace , mais elles ont des » chances extrêmes; si je puis les courir pour moi, » je n'ose y exposer ma famille. La fortune m'a trop » appris à me défier d'elle. Je ne veux pas fuir une » seconde fois, je m'en suis trop mal trouvé. J'aime » mieux la mort, elle n'a rien qui m'effraie; je m'y » attends, je m'y exerce tous les jours. Ils se conten- » teront de ma vie, ils épargneront celle de ma » femme et de mes enfants. »
YIIL
La reine nourrissait les mêmes pensées. Une mélancolie abattue , interrompue seulement par des élans de mâle fierté, avait remplacé sur son visage, et dans ses paroles la sérénité de ses heureux jours. « Je commence à voir qu'ils feront le procès du roi, » disait-elle à son amie la princesse de Lamballe. « Quant à moi, je suis étrangère... ils m'assassinc-