LIVRE VINGT ET UNIÈME
» devant le sanctuaire de la nation. » Tels furent les conseils de llœderer; Marie-Antoinette rougissait en les écoutant, on voyait que sa fierté de reine luttait dans son àmeavec sa tendresse d'épouse et de mère. M. Dubouchage, gentilhomme loyal et maiin intrépide , vint au secours des perplexités de la princesse. — «Ainsi, monsieur, » dit-il à Rœderer, « vous )) proposez de mener le roi à son ennemi ! • — L'As- » semblée est moins ennemie que vous ne le pensez, » répliqua le procureur du département, « puisqu'au » dernier vote monarchique quatie cents de ses » membres contre deux cents ont voté pour La » Fayette. Au reste, entre les dangers je choisis le » moindre , et je propose le seul parti que la destinée » laisse ouvert au salut du roi. »
La reine, avec un accent de résolution , comme si elle eût cherché à se rassurer elle-même par le son de sa propre voix : « Monsieur, » lui dit-elle, « il » y a ici des forces, il est temps de savoir qui l'eni- » portera enfin du roi ou des factions? » Rœderer proposa d'entendre le commandant-général qui avait succédé à l'infortuné Mandat : c'était Lachesnaye. On le fit appeler; il vint. On lui demanda si l'état des dispositions extérieures de défense était sufllsant pour rassurer le château , et s'il avait piis des me-
sures pour arrêter les colonnes qui marchaient sur la demeure du roi ? Lachesnaye répondit affirmativement et ajouta que le Carrousel était gardé; puis adressant la parole d'un ton d'humeur et do reproche à la reine : « IMadame, » lui dit-il, « je ne » dois pas vous dissimuler que les appartements sont » pleins de gens inconnus qui circonviennent le roi » et dont la présence offusque et aigrit la garde na- » tionale. — La garde nationale a tort, » répondit la reine ; « ce sont des hommes sûrs. » L'attitude et le langage de Marie- Antoinette convainquirent Rœderer qu'il y avait au château une résolution arrêtée d'accepter la bataille et qu'on y voulait une victoire pour imposer à l'Assemblée. Il insinua au moins que le roi écrivît au corps législatif et lui demandât assistance. 31. Dubouchage combattit encore cette idée. — ^ « Si cette idée ne vaut rien, » reprit Rœderer, « que deux ministres se rendent à l'Assemblée et lui » demandent d'envoyer des commissaires au cha- » teau ! »
On adopta ce parti. MM. de Joly et Champion sortirent poiu- se rendre à l'Assemblée.
L'Assemblée délibérait tianquillement sur la traite des nègres quand les deux ministres se présentèrent. M. de Joly, ministre de la justice, peignit les périls de la situation, l'urgence des mesures, et déclara que le roi désirait qu'une députation de la représentation nationale vint s'associer à ses efforts pour