‹ Histoire des GirondinsChapitre 66 sur 194 · LIVRE VINGT ET UNIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE VINGT ET UNIÈME

préserver la constitution et protéger par sa présence la sûreté de sa famille. L'Assemblée passa dédaigneusement à Tordre du jour. Elle était peu nombreuse, distraite, comme assoupie, et dans l'attitude des corps politiques qui attendent une grande ruine et qui se tiennent à l'écart de l'événement.

MM. de Joly et Champion sortirent découragés. Hœderer et les ministres étaient restés en conférence dans la petite pièce attenante à la chambre du roi. Les membres du département arrivèrent. Ils apprilent aux ministres la formation de la nouvelle municipalité. Elle venait de faire distribuer des cartouches aux Marseillais, Le bataillon des Cordeliers et les Marseillais devaient être déjà en marche. La loi, détrônée partout, n'avait plus d'asile que les Tuileries. Ils insistèrent pour (jue le roi allât demander protection à l'Assemblée. « Non! » répondit M. Dubouchage, qui venait d'entendre de la fenêtre les outrages vomis par les bataillons de piques contre le roi; « il n'y a plus de sûreté pour lui qu'ici! il » faut qu'il triomphe ou qu'il y périsse! »

Les membres du département et Rœderer à leur tète résolurent alors de se rendre eux-mêmes au corps législatif, de lui faire connaître la situation, les conseils qu'ils donnaient au roi , et de provoquer enfin

(le l'Assemblée une résolution qui sauvât tout. Ces membres du département rencontrèrent aux abords de l'Assemblée les deux ministres, qui en sortaient. « Qu'allez-vous faire? » leur dit le ministre de la justice ; « nous venons de supplier l'Assemblée d'ap- » peler le roi dans son enceinte, à peine nous a-t- » elle écoutés; elle n'est pas en nombre pour rendre » un décret, à peine compte-t-on soixante membres! » Le département découragé rentra au château avec les ministres. Les canonniers qui stationnaient avec leurs pièces sous le vestibule, au pied du grand escalier, les arrêtèrent. « ]\[essieurs, » leur direntils avec une anxiété qui se révélait sur leurs visages, « est-ce que nous serons obligés de faire feu sur nos » frères? — Vous n'êtes là, » répondit Rœderer, « que pour garder la demeure du roi et empêcher » qu'on en force l'entrée. Ceux qui tireraient sur » vous ne seraient plus vos frères! »

Ces paroles ayant paru tranquilliser les canonniers, on pria Rœderer et ses collègues d'aller les répéter dans les cours, où les mêmes scrupules agitaient les gardes nationaux. Rœderer et ses collègues traversèrent le vestibule et entrèrent dans la cour Royale. Elle présentait un formidable aspect de défense. A droite était rangé en haie un bataillon de grenadiers de la garde nationale, qui s'étendait des fenêtres du château jusqu'au mur du Carrousel. A gauche et faisant face à ce bataillon civique , un bataillon des

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