‹ Histoire des GirondinsChapitre 67 sur 194 · LIVRE VINGT ET UNIÈME · texte numérisé non relu

LIVRE VINGT ET UNIÈME

gardes suisses. Ces deux bataillons, en croisant leurs feux, auraient anéanti les colonnes du peuple qui auraient pénétré du Carrousel dans la cour. Entre ces deux haies de baïonnettes , cinq pièces de canon braquées contre le Carrousel étaient rangées devant la grande porte des Tuileries et auraient foudroyé les assaillants de ce côté, comme les cinq pièces de canon , en position à la porte du jardin , les auraient mitraillés de l'autre côté. Des dispositions pareilles donnaient aux autres cours une apparence inexpugnable. La députation du département alla droit au bataillon de la garde nationale. Rœderer, se plaçant au centre, le harangua en termes précis, fermes et modérés , comme il convient à un organe impassible de la loi. « Point d'attaque, ferme contenance, » ferme défensive ! »

Le bataillon ne témoigna ni enthousiasme ni hésitation. Le procureur-syndic se transporta au milieu de la cour pour adresser la même allocution aux canonniers. Les canonniers aflèctèrent de s'éloigner hors de portée de la voix comme pour éviter d'entendre un appel auquel ils ne voulaient pas obéir. Un d'eux, cependant, homme d'un extérieur martial et d'une physionomie résolue, s'étant approché du magistrat, lui dit : « Mais si l'on tire sur nous, serez-

» VOUS là? — J'y serai, » répondit Rœderer, « et » non derrière vos pièces, mais devant, afin que si » quelqu'un doit périr dans cette journée nous péris- » sions les premiers pour la défense des lois. — Nous » y serons tous ! » s'écrièrent en masse les membres du département. A ces mots, le canonnier, par un geste plus expressif que les paroles , déchargea sa pièce , en répandit la charge à terre , et mettant le pied sur la mèche qui était allumée, il léteignit. C'était la loi qui désarmait devant le peuple. Le peuple applaudit le canonnier du haut des murs du Carrousel.

Pendant que le département échouait ainsi devant les canonniers , des officiers municipaux remettaient aux Suisses l'ordre de repousser la force par la force. A quelques pas plus loin, des émissaires marseillais, ayant pénétré dans les cours , liaranguaient ces soldats étrangers pour les engager à ne point faire feu sur des patriotes qui voulaient être libres et républicains comme eux. Tout à coup on entendit frapper à coups redoublés à la porte Royale. Rœderer y accourt ; il fait ouvrir un guichet. On introduit un jeune homme maigre, pâle, exalté, ollicier des canonniers de l'insurrection. Il dit que son rassemblement veut se rendre à TAssemblée, bloquer le corps législatif jusqu'à ce que la déchéance du roi ait été décrétée, et que le peuple a douze pièces de canon au Carrousel. « Nous demandons, » ajoute-t-il,

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