‹ Histoire des Girondins et des massacres de SeptembreChapitre 13 sur 54 · MASSACRES DE L'ABBATE · texte numérisé non relu

MASSACRES DE L'ABBATE

Motifs de Thistorien en racontant les massacres. — La prison de l'Abbaje. — Siège du comité des Quatre-Nations. — Son personnel.— Comment l'abbé Sicard est sauvé. — Exactitade de son récit. — Noms des vingt prisonniers massacrés dans la cour. — Maillard, chef des assassins. — fiistoire de Maillard. — Il va faire l'expédition des Carmes avant de commencer celle de l'Abbaje. — Suite de son histoire. — Sa mort. — Il revient à sept heures à l'Abbaye. ^Trois cent quarante>six pintes de vin fournies aux tueurs par un seul marchand. — Tribunal de Maillard. — Attaque de la prison. — Le concierge livre quelques prisonniers pour gagner du temps.— Formation du tribunal sur un ordre de la mairie. — Noms des assassins, dits jurés. — Livre d'écron posié sur la table. — Taches de vin et de sang. — Massacre des Suisses. — Mort de M. de Reding. — M. de Montmorin devant Maillard. — Sa mort courageuse. — Mort de Thierry, valet de chambre du roi. — ^Arrivée des commissaires de l'Assemblée législative. — Les tueurs se moquent d'eux. — Mort des juges de paix Buob et Bosqnillon. — Le comité des Quatre-Nations. — Sa participation aux massacres. — Vin demandé et accordé. — Prison supplémentaire.— Les prisonniers qui 8*7 trouraient n'étaient pas portés sur l'écrou.

Il nous est impossible, en abordant les détails de cette horrible tragédie, de ne pas répondre à cette question qui se présente à notre esprit, comme elle se présentera sans doute àTesprit de bien d^autres:

Pourquoi réveiller, après plus d'nn demi-siècle, ces souvenirs lugubres et sanglants, et pourquoi troubler, par de foudroyantes révélations, la paix d'un grand nombre de familles dont on avait oublié la honte, et qui peut-être Pavaient efTacée elles-mêmes par de nobles sentiments?

Dieu m'est témoin que je n'ai dans l'&me nulle haine, nul besoin de nuire, nul désir d'affliger personne. Je me tairais si ces secrets étaient les miens; mais ce sont les secrets de l'histoire ; ils appartiennent au pays, qui a besoin de savoir jusqu'où vont, dans la voie du crime , les factions qui le désolent ; ils appartiennent à tant de malheureuses victimes, dont les m&nes ont besoin d'être consolés ; ils appar-» tiennent à la justice, à la justice vengeresse, dont les méchants peuvent détourner un instant le glaive, sans qu'ils aient le pouvoir, morts ou vivants, de lui échapper jamais.

On a vu un de ces prisonniers massacrés par les Fédérés, jeune, p&le, malade, blessé, joindre ses mains débiles, et crier à ses assassins : Gr&ce ! grâce I pardon I II n'est pas juste que ceux qui furent sans pitié restent sans châtiment. Dieu veuille que cette sévérité nécessaire et morale de l'histoire porte ses fruits, et que ceux qui ont déjà le crime dans r&me s'arrêtent à la pensée de la réprobation qui frapperait leur postérité !

Saint-Germain-des-Prés était uno abbaye de l'oi-

dre de Saint-Benoit, fondée vers le milieu du vi* si^cle, et devenue, pendant le xvn**, chef de Tordre si littéraire et si savant des Bénédictins de Saint-Maur. UAbbaye avait cent trente mille livres de i*ente, qui avaient été données par Louis XV à ce qu^on appelait les Economats , et affectées à l'entretien des jeunes gens élevés à TÉcole-Militaire.

Considérée au point de vue féodal et justicier, l'Abbaye de Saint-6ermain-des-Prés était, en 1789, un bailliage royal. Son dernier bailli, messire Laget- Bardelin, avocat au Parlement, tenait ses audiences le mardi et le vendredi , à trois heures de relevée, assisté de son procureur fiscal, de son greffier et de ses trois huissiers '. Le bailliage avait sa geôle, conformément à la constitution des justices seigneuriales; et lorsque Louis XIY réforma ces justices, dans Penceinte de Paris, par son édit du 31 mai 1675, la prison de l'Abbaye fut maintenue avec son affectation spéciale à l'exécution des jugements du bailli.

La prison de l'Abbaye fut érigée en prison militaire au mois de juillet 1789, après la prise de la Bastille, et elle devint prison politique en 1791, après la mise à exécution de la Constitution. Le règlement de l'Assemblée permettait d'y envoyer les députés qui troublaient l'ordre des séances ; et Jouneau, lieutenant de gendarmerie, député de la Cha-

* Almanach roi/a/ tir 17K9, p. 4()3.

Page 1