‹ Histoire des Girondins et des massacres de SeptembreChapitre 14 sur 54 · I. II · texte numérisé non relu

I. II

rente-Inférieure, s'y trouvait enfermé, le 1*' septembre y pour avoir donné un soufflet au girondin Grangeneuve, t propos d^une discussion dans laquelle Grangeneuve était rapporteur.

La prison de l'Abbaye, démolie depuis cinq ans, était un édifice appartenant à l'architecture du XVI* siècle, de forme carrée, avec des tourelles rondes, engagées dans les murs, aux quatre angles. Les dispositions intérieures avaient déjà subi , depuis 1792, d'assez notables changements. La chapelle, où furent enfermés de Rosoy, Jourgniac de Saint- Méard et Cazotte, et qui allait d'une tourelle à l'autre, au premier étage, du côté de la petite place Sainte-Marguerite , avait été détruite et remplacée par le logement du concierge. La porte de la petite cour donnant dans la rue Sainte-Marguerite, et par laquelle les victimes étaient poussées sous les assommoirs des tueurs, était condamnée, et se voyait du dehors près de la grille du factionnaire. Il n'y avait d'à peu près intact que les deux guichets. Celui qui servait de greffe fut le siège où s'établit le tribunal de Maillard.

La prison de l'Abbaye communiquait à l'église de Saint-Germain-des-Prés et au palais abbatial par des cours et des jardins encore existants en partie, et ouvrant sur la petite rue Sainte-Marguerite, aujourd'hui rue d'Erfurth, par une porte charretière correspondant à l'entrée actuelle de l'imprimerie

Simon Bacon. Cette imprimerie et un dépôt de ver* rerie occupent une partie de la cour dite du Jardin et remplacement du cloître abbatial. La section des Quatre-Nations avait pris, en 1792, Téglisede Saint- Germain-des-Prés pour ses assemblées générales, et le cloître servait aux réunions d^ son comité. C'est dans cette cour du Jardin que furent amenées les quatre voitures que nous avons vues partir de la mairie et dans Tune desquelles était Tabbé Sicard ; et c'est sur les marchés mêmes du cloître, où siégeait en ce moment le comité de la section, que commencèrent les massacres de T Abbaye vers trois heures. Le massacre, dans la prison proprement dite, ne commença, rue Sainte-Marguerite, qu'à sept heures et demie, à la petite porte condamnée^ dont nous atons déjà parlé.

Ainsi , c'est à quelques pas de l'assemblée gêné-raie de la section, réunie en permanence dans l'église de Saint-Germain-des-Prés ; c'est en présence du comité civil, séant dans le cloître, qu'on égorgea pendant trois jours. C'étaient donc des cannibales qui formaient ce comité et cette assemblée générale? — Mon Dieu, non ; c'étaient dé paisibles bourgeois, d'honnêtes marchands, de bons pères de famille. Le mirage des déclamations de ce temps, la vanité d'être quelque chose, le fracas des pluçiets et des écharpes, tous ces pièges que l'ambition tend à l'orgueil , lef avaient peu à peu engagés dans la Révolution^ et ilt

se trouvaient arrivés, à leur insu, en faee des crimes les plus abominables sans avoir eu la pensée ou le courage de reculer.

Presque tous avaient horreur de ce qu'ils voyaient, de ce qu'ils souffraient et de ce qu'ils faisaient; le président du comité, Jourdan, s'évanouissait sur son fauteuil , suffoqué par Todeur nauséabonde du sang versé à flots autour de lui. Il eût certainement livré au bourreau, en d'autres circonstances, les assassins avec lesquels il débattait le prix du meurtre ; mais la peur, l'exemple d'autrui, l'ascendant exercé par des scélérats organisés en gouvernement, tout cela ren* dait soumise , tremblante , silencieuse , cette petite bourgeoisie parisienne qui chicane son obéissance aux lois, et qui la donne aux révolutions.

Ce comité civil de la section des Quatre*Nations avait pour président Antoine«Gabriel-Aimé Jourdan, rue Taranne, S; pour secrétaire, Joly; pour trésorier, Claude -Louis Lecomte, négociant, rue Tàranne.Nousne citerons de ses membres que ceux dont les signatures se trouvent au bas de quelque pièce relative aux massacres de l'Abbaye; Michel Dorat-Cubières, rue des Saints-Pères, 39; Marie- Louis-François-Prix-Gilles Marnois, rue des Peliis- Augustins; Gabriel- Jacques-François Leroux, rue des Petits-Augustiq^, 6; Harlée, Thomas, Moysc^ Sandot*, abbaye Saint-Germain, cour des ci-devant

i Ou SftUTOt.

lleligieux; Lacaille, Possien, JeanPaquotte, ciseleur, rue de la Petite-Boucherie; Monnot, horloger, rue des Petits-Augustins ; Pittel, Delaconté; Dessalles, Bourgeot, Louis- Marie Prudhomme, imprimeur, éditeur des Révolutions de Paris, rue des Marais, 20; Prévost, Legaugneur, Lachaussée, Jean- Antoine Maillio, peintre, rue Saint-Benoit, 29; Peauzc, Leclerc, Claude Sommé, orfèvre, rue du Four; Gasc, Damade , François- Martin Chéradame , cour ci-devant abbatiale ; Barbot, de Bercy, Beruaudo, Roussineau, Alexandre Roger, rue des Saint-Pères, 75 '.

C'est au moment où les quatre voitures entraient dans la cour du Jardin de T Abbaye par la porte charretière donnant sur la petite rue Sainte-Marguerite, qui est aujourd'hui la rue d'Ërfurth, que le massacre des prisonniers placés avec Tabbé Sicard , dans le premier fiacre, commença, sous les yeux mêmes du comité delà section.

« La cour, dit Fabbé Sicard, était pleine d*une foule immense ; on entoure nos voitures ; un de nos camarades croit pouvoir s'échapper; il ouvre la portière et s'élance au milieu de la foule, il est aussitôt égorgé; un second fait le même essai, il fend la presse et allait se sauver; mais les égorgeurs tom-

i Les signatures de ces membres du comité des Quatre- Nations se trouvent sur des bons de fournitures diverses faites, par des marchands, pour les massacres ; nous les publierons pour la plupart ; les bons de 24 livres, délivrés aux tueurs, sont signés Délaconté et Prévost,

bent sur cette nouvelle victime y et le sang coule encore. Un troisième n^est pas plus épargné. La voiture avançait vers la salle du comité ; un quatrième veut également sortir; il reçoit un coup de sabre, qui ne l'empêche pas de se retirer et de chercher un asile dans le comité. Les égorgeurs imaginent qu'il n'y a plus rien à faire dans cette première voiture ; ils ont tué trois prisonniers ; ils ont blessé le quatrième; ils ne croient pas qu'il y en ait un de plus ; ils se portent, avec la même rage, sur la seconde voiture.

« Revenu de cette stupeur dans laquelle le massacre de mes camarades m'avait jeté, je ne vois plus à mes côtés les monstres qui assouvissaient leur fureur et leur rage sur d'autres infortunés. Je saisis le moment; je m'élance de la voiture, je me précipite dans les bras des membres du comité. «Ah! mes- (( sieurs, leur dis-je, sauvez un malheureux! d

a Les commissaires me rejettent : « A liez-vous-en, « me disent- ils, voulez-vous nous faire massacrer J r^ J'étais perdu si l'un d'eui ne m*eùt reconnu. « Ahl t( s'écrie-t-il, cest FabbéSicardlEt comment étieztf vous là ? Entrez, nous vous sauverons, aussi long- <c temps que nous pourrons. v> J'entre dans la salle du comité, où j'aurais été en sûreté avec le seul de mes camarades qui s'était sauvé ; mais une femme m'avait vu entrer; elle court me dénoncer aux égorgeurs. Ceux-ci continuaient leurs massacres. Je me

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et par va et:cn^-^ : i\ k •!« pc«:ç!»?i?* il a**^ f *i< is«jK file de çLriiiiI^r I-^ *f :rt5 Suv^« «iiZ!5 «*? ienii^r^ lemp», par !-î5 ^iri-» \i3:^ d^c:.i^»:c:>?s, pcmr a5a:* Iir

virent de Imits pr«>pr«$ y^ui ks erinK» de se j4enibrr et les exposèrent dans toate leor hideuse naditê. L'on de ces écrÎTains s'exprime ainsi sur cette {VArtie de la relation de Tabbé Sîcard :

« Noos avons dit comlâen pen de foi mérite la relation de Fabbé SicarJ. Après avoir perdu com* plétement la tète, il a^it dans cette circonstance comme dans tontes celles de sa vie : il se drapa» se posa, s'encensa, et sortit en chariatan d'un dan^rer où il était entré en lâche '. b

Cenx qui, comme l'autear de ces paroles diversement regrettables, ont étadié partiellement l'histoin' des massacres de septembre, en ont ignoré les causes déterminantes, et en ont confondu ou défigurtJ les dé* tails les plus essentiels, peuvent de bonne foi mettre en doute l'exactitude de l'abbé Sicard. Ceux qui ont tout étudié, tout comparé, tout .contrôlé, savent quo

< Relation d« M. Vabhé Sicard^ p. KH, 103.

* Barthélemj Maurice, Histoire poUtique fi anecHotique Hts j»nsons de la Seintj p. 287.

le récit de Tabbé Sicard est de la plus scrupuleuse exactitude ; et Ton en verra les détails les plus monstrueux pleinement confirmés par des pièces authen* tiques.

Le reproche de lâcheté, adressé à un malheureux prêtre, couvert du sang de ses amis égorgés, et cherchant son salut dans les rangs du comité civil d^une section investie d'une partie notable des pouvoirs publics, paraîtra étrange. On aimerait mieux le voir adressé à ces cannibales armés de piques, de sabres, de haches et d'assommoirs, qui massacraient des prisonniers innocents et sans défense, ou même à ces citoyens qui délibéraient avec calme, complices d^assassinats qu'ils n'avaient pas le courage d'empêcher ou seulement de blâmer. Voici , du reste, comment Méhée, témoin oculaire et l'un des septembriseurs de la Commune, raconte ce détail :

c( Trois restaient, du nombre desquels se trouvait l'abbé Sicard... Ces trois infortunés s'assirent autour de la table du comité , faisant semblant de délibérer comme membres. Cette ruse courageuse était la seule qui pût réussir ; car, un moment après, entrèrent des hommes furieux, demandant à grands cris la tête de l'abbé Sicard ; mais, ne le connaissant pas, ils passesèrenl à côté de lui et sortirent, persuadés qu'il était au nombre des cadavres.

« Le sous-instituteur des Sourds-Muets montra, pendant ces moments effrayants, un courage et une

lion; il paLrluit tr^è^^bAut, il <i&antait^ h.njut à la santé de la n&lion^ sTec la faielé de rbonime le dknrs en péril.

« D écrivit une lettre an président de rAsMmblée Dationale le:gislative. Je nemaïqnai llncoQséqiience de cette démarcbe précipitée ; je lui Atoi la lettre et lui ordonnai, an nom de son salut, de suspendre tout acte qui pouirait le déceler '. «

Néanmoins, Tabbé Sicard fut Kconnu par les assassins, parmi les membres du comité des Quati\^> Nations, et sanvé par Fborloger Monnot, avec un courage que quelques autres citoyens imitèrent pendant ces bonibles journées. On va voir que Tabbë Sicard, loin déposer et de s^ encenser, parle de ce fait avec une convenance et une modestie parfaites :

a J^étais au milieu des commissaires, dit-il, vêtu comme eux, peut-être même 'moins agité qu^eux et TÀme plus tranquille. Ils s^y trompèrent d*abord, mais un prisonnier, qui s'était échappé, et que les flots de cette horrible horde avaient transporté dans la salle , est reconnu. Je le suis aussi ; deux hommes i

piques s'écrient : « Les voici ces deux b que nous

u cherchons. » Aussitôt l'un prend ce prisonnier aux cheveux, et l'autre enfonce à l'instant sa pique contre sa poitrine, et le renverse mort à mes côtés; son sang

1 La véilé toui entière eur les vrais acteurs de la journée du % septembre 1792 , par Felhémési , p. 95.

ruisselle dans la salle, et le mien allait couler ; déjà la pique était lancée, quand un homme... accourt, fend la foule , et, se précipitant entre la pique et moi : c( Voilà, dit-il au monstre qui allait m*égorger, « voilà la poitrine par laquelle il faut passer^ pour c( aller à celle-là. C'est Tabbé Sicard, un des hom* a mes les plus utiles à son pays, le père des sourds- « muets ; il faut passer sur mon corps pour aller jus- « qu'à lui *. »

Ces paroles énergiques calmèrent un instant les assassins. Une harangue, que l'abbé Sicard adressa à la foule, par la fenêtre du comité, lui valut une ovation, mais il dut rester deux jours et deux nuits, non

sans courir un danger constant de la vie, au comité civil de la section , d'où il ne put sortir enfin que le \ septembre.

La Providence , qui a permis que les noms de la plus grande partie des tueurs de septembre fussent conservés, a aussi voulu qu'il restât des détails certains et précis sur cet épisode qui ouvrit les massacres de l'Abbaye.

Sur les vingt-quatre prisonniers transférés de la mairie à l'Abbaye , vingt et un périrent en arrivant dans la cour du Jardin. L'abbé Sicard et deux autres furent les seuls qui échappèrent. On a vu qu'on les avait conduits, non à la prison, mais au comité

t KtXaiion de Af. Vabhe Sicard, p. 104, 105.

de la section siégeant dans le cloître. Us ne furent donc pas écroaés, et leur nom ne se trouve pas et ne saurait se trouver sur le registre d*ëcrou de T Abbaye.

Mathon de la Yarenne, écrivain d^une grande exactitude, donne ces vingt et un noms, d'après un document qu'il dit se trouver à Paris , dans les archives de la mairie de Petion ^ Des recherches, couronnées de succès, nous ont fait retrouver ce document original, qui est déposé, avec d'autres papiers de Petion au département des manuscrits de la Bibliothèque nationale *. Le voici fidèlement reproduit avec quelques corrections faites aux noms, dont quelques-uns ont été inexactement lus par Mathon de la Yarenne.

(c Noms des personnes immolées à l'Abbaye , le â septembre, sans avoir été constituées prisonnières :

1 Devoise. 8 Yalkeran.

2 RobiUard. 9 Dubalet. ^

3 Labrousse. 10 Desisle.

4 Danger. 11 Chef de ville.

5 Boiron. 12 Goelin.

6 Lecomte. 13 Fontaine.

7 Le vitou . 1 4 Martin .

« Mathon de laVarenne, Hiitoire parUctOière des événements, etc., p. 319.

s Bibliothèque nationale, Manuscrit, F. F. 3*274.

— MO- IS Danois. 19 IMonsint.

16 Henry. 20 Popelin.

17 Mieusée. 21 Coquard.

18 Baselet. 22 Patier, en liberté.

a L'ordre (de transfèrement), signé : Panis, Sergent, Dufforty Leclerc. »

Plusieurs circonstances ne permettent pas de douter que cette liste ne soit, en effet, celle des prisonniers transférés, avec l'abbé Sicard, de la mairie à TAbbaye.

D'abord, ces prisonniers, comme ceux de la liste, n'avaient pas été écroués. Ensuite Tabbé Sicard dit qu'il monta dans la première voiture avec LcAràuche surveillant de l'Institution des sourds-muets, et avec un ancien avocat au Parlement, nommé Martin de Marivaux. Ces deux prisonniers sont évidemment ceux que la liste nomme Martin et Labrousse. Enfin, le président du comité, Jourdan*, etMéhée*, secrétaire greffier adjoint de la Commune, parlent d'un avocat de Metz, nommé Dtibalay, arrivé dans les voitures, et qu'ils croient avoir été sauvé par Maillio, membre du comité. Ce Dubalay est, sans aucun doute, celui que la liste nomme Dubaiet. Une étrange erreur fut commise à l'égard du

< Déclaration du citoytn Jour datif p. 144.

* La vérité tout entière sur les acteurs de la journée du i teptemhrê 1793, par Felhémési , p. 34.

nommé Henry, porté le seizième sur la liste. Ce n'était pas un prisonnier de la mairie, mais un massacreur. Ses camarades le tuèrent, dans le désordre de l'exécution, mais, l'erreur ayant été promptement reconnue, ils lui firent, le lendemain, de pompeuses funérailles, dans l'église de Saint-Germaindes-Prés *.

Nous avons vu , par les relations de l'abbé Sicard et de Méhée, que la cour de l'Abbaye était déjà occupée par les massacreurs à l'arrivée des voitures. Elles étaient évidemment attendues : et celui qui les attendait, entouré de ses assassins, c'était Maillard.

Stanislas-Marie Maillard, né à Gournay, dans le pays de Bray, en 1763, était, au commencement de la Révoluion, huissier aux Requêtes de l'Hôtel, demeurant rue aux Fèves, en la Cité *. Il prit part, le 14 juillet 1789, à ce qu'on nomma la prise de la Bastille, et clevint, pour cette raison, capitaine des batteurs de pavé réunis, sous le nom de volontaires de la Bastille, à la garde nationale organisée par La Fayette.

1 Mathon de la Y arennef Histoire particulière des événements, etc., p. 3S0.

• Almanach royal de 1788, p. *247.

Le 5 octobre suivant, Maillard, de concert avec Danton, Marat et Camille De$moulins, conduisit à Versailles les bandes hideuses de prostituées et de repris de justice, qui envahirent la salle de TAssemblée constituante, qui y soupèrent, et y passèrent la nuit, au milieu des plus sales orgies. Il harangua longtemps FAssemblée, qui lui témoigna beaucoup d^égards \

La Révolution, à laquelle Maillard s^était chaudement associé, emporta du premier bond les Requêtes de THôtel, qui étaient le fondement de sa ôharge. Il avait, dès le mois de décembre 1789, quitté son étude de la rue aux Fèves ; et, lorsqu'il fut appelé pour témoigner dans la grande enquête relative aux événements d'octobre, il demeurait sur la paroisse de Saint-Germain-FAuxerrois, rue de Béthisy '.

Resté obscur jusqu'aux massacres de septembre, Maillard ne parut qu'une fois à la surface de l'agita* tion révolutionnaire, le 26 janvier 1791, pour dénoncer au club des Jacobins M. Carie, commandant du bataillon d'Henri lY ', qui fut assassiné le 10 août, après la prise des Tuileries.

Comment Maillard fut-il amené, par le Comité d'exécution de la mairie, à diriger les massaeres de

> Voir le récit de Maillard sur la part qu'il prit arux événements du 5 et du 6 octobre 1789, dans le Jl^om(«i4r, t. II (Édition de Henri Pion), p. 538.

1 Déposition de Maillard, Moniteur, i. II, p, 538.

> Moniteur du 6 février 1791.

l'Abbaya et des Carmes? C'est un point sur lequel aucun document écrit ou inédit ne jette jusqu'ici aucune lumière. Panis et Jourdeuil, membres trèsinfluents du comité, étaient, l'un ancien procureur au Chàtelet, l'autre huissier, rue de La Harpe, n"" 157; il est permis de penser que d'anciennes relations de basse cléricature rapprochèrent l'homme du 5 octobre des directeurs des massacres des prisons.

Que Maillard se trouvât le 2 septembre, à trois heures, dans la cour de l'Abbaye, à la tète d'une bande organisée par lui, et qu'il y attendit, en vertu d'ordres secrets, les prisonniers qu'on envoyait de la mairie, c'est ce qu'il n'est pas permis de révoquer en doute. Indépendamment de la direction effective des massacres qu'on lui verra prendre, un document authentique le montre placé à la tète d'une vingtaine d'assassins, et leur distribuant une partie de l'argent trouvé sur les victimes.

Ce document est une déposition écrite et signée de la main de Maillard lui-même, dans une enquête faite le 13 mars 1793, au sujet des dépouilles des prisonniers.

«( Le 4 et le 5 septembre, dit-il, lorsque le peuple eut fait périr les coupables qui se trouvaient dans l'Abbaye, pour constater les effets qui avaient pu être trouvés sur les gens qu^on envoyait à la mort, une vingtaine de citoyens m'avaient aidé à sauver tous ces effets du pillage, que des gens malinten-

lionnes auraient pu commetlre Le troisième jour,

Lenfant est venu avec Chaney me signifier de lui remettre les effets, avec le procès- verbal... Je leur demandai les débours que chacun de nous avait faits, sMls croyaient qu'il n'y avait pas d'obstacle. Ils me répondirent qu'il n'y en avait pas. Chacun de nous répéta ses petites dépenses, qui se montèrent à deux cent soixante et quelques livres, à une vingtaine que nous étions. Je désignerai une partie des effets, ainsi que les citoyens dont les noms ne me sont pas présents à la mémoire, à l'exception de Roger, teinturier, rue Saint-Germain-l'Auxerrois, ainsi que le citoyen Dutailly, gendarme, rue Saint-Thomas-du- Louvre, et le charcutier qui est dans la même rue, en face de Dutailly *. r>

A l'appui de la déclaration de Maillard, nous avons trouvé l'inventaire des dépouilles des prisonniers de l'Abbaye, dressé et signé par Chaney et par Lenfant ; et cette pièce, intitulée : État des effets dont nous nous sommes emparés sur les prévenus de trahison contre la liberté française, au tribunal du peuple, assemblé le 2 septembre 1792, porte ce qui suit, après une longue énumération de vêtements et de bijoux :

a II a été remis au citoyen Maillard deux cent

1 K«9Wtr0 det eompUt de la Commune du 10 août, yoI. 39, carton 0 13 O., pages 303, 204, 205. {Archive» de l'Hâte} de viHe dr Parin.^

soixante-^îinq livres, pour frais faits à VAbbaye ^ » Ces frais ne peuvent se rapporter qu'à la nourriture des agents de Maillard*. Le salaire de Maillard et de ses agents, .impossible à déterminer, comme celui de la plupart des directeurs des massacres, fut pris sur une somme totale de quatre-vingt-quatre mille six cent soixante-quatre livres, que le Comité de surveillance dépensa pour les journées de septembre, suivant le Rapport des commissaires vérificateurs dés comptes du Comité de surveillance, fait au Conseil général de la Commune, le mardi ^1 no^ vembreil9±*.

Mathon de la Varenne, écrivain si judicieusement exact, a recueilli les noms de quelques-uns de ces assassins en sous-ordre, employés par Maillard aux massacres de l'Abbaye et des Carmes. Ce sont les nommés : Bureau, Carton, Colinet, Cosson^ Cuny jeune, Deverey, Dupaix, Faure, Forest, Gemond, Georges, Guilhem, Isambert, Jorelle, Malambe; Mautint, Michel, Pourcel, Rivière, Roger, Rousseau, Simon, Tavemier, Valville, Vignon, Yingtergnier *.

1 Archivet de la Préfectnre de police. — Doteier des mastacres de septembre, pièce n. 99.

* Ces frais faits par Maillard ne peuvent en outre se rapporter qu'à sa bande ; car les frais faits par les autres tueurs furent payés parle comité de la section sur des mandats qui existent, et que nous publierons.

* Archives de la Préfecture de police. — Dossier des massacres de septembre, pièce n. 118.

* Mathon de la Varonne, Histoire particnïihe des événements, etc., p. 463. à 479.

A cette liste d'aMassins, * il convient d^aj^uter les suivants, qui furent convaincus d'avoir pris une part spéciale au meurtre des vingt et un prisonniers venus de la mairie dans la cour abbatiale, dans les quatre voitures : Bernaudin, horloger, rue Childebert; Marcuna, tambour des grenadiers du bataillon de r Abbaye ; Chapelier, rue des Boucheôes^Saint-Ger* main ; Bereyter, membre du comité des Quatre* Nations ; Martin, limonadier, rue de Seine ; Godin, boucher, rue du Cardinal, et Maillet, tambour du bataillon de l'Abbaye ' ; sans préjudice des égorgeurs employés dans les autres prisons, et dont nous avons pu dresser la liste complète.

Après le massacre des vingt et un prisonniers transférés de la mairie, vers cinq heures du soir, et après que Billaud-Yarennes, venu en qualité de commissaire^ au nom de la Commune, eut fait aux massacreurs un discours apologétique de leur conduite, Maillard dit à sa bande : « Il n'y a plus rien à faire ici ; allons aux Carmes * ! »

Maillard et sa bande partirent en effet pour le couvent des Carmes , rue de Yaugirard, d'où ils revinrent à sept heures, après avoir égorgé cent

« Archives de la Préfecture de police. — Dostier det ma$taere$ de septembre^ pi6ce n. 43. intitulée : Extrait général det déclaration$ faites à la commission des journées des 2 el 3 septemhre

s La vérité tout entière $i<r les vrais acteurs de la journée du 2 sep^ temhre l7î^2, par FenM'ni«'*si, p. ÎH,

vingt prêtres ; el c^est alors que commença réellement le massacre des prisonniers de FAbbaye, dont la mort des vingt et un détenus, envoyés de la mairie, n'avait été que le prélude ^ Nous croyons néanmoins, pour n'avoir plus à interrompre ce récit, devoir ^nir ce qui concerne la notice de Maillard.

Depuis les massacres de septembre, Maillard resta attaché aux basses-œuvres de la police de la mairie.

Au mois de décembre 4793, on le voit dirigeant, aux environs de Paris , des forces dites révolution-* naires, lesquelles excédaient et pillaient les habitants *. Ces violences, dénoncées par Lecointre, de Versailles, firent décréter d'accusation Maillard, avec Vincent et Ronsin , sur la proposition de Fahre d'Ëglantine \

Au mois de janvier suivant, le Comité de sûreté générale, se rendant aux vives sollicitations des agents employés par Maillard, leur faisait voter par la Convention une somme de vingt^deux mille livres^ pour récompenser des services que le rapporteur VouUand caractérisait en ces termes :

« Le Comité de sûreté générale, de concert avec

1 C*est pour n'avoir pas fait cette distinction que les auteurs de VHistoire parlementaire de la Révolution française (t. XVII, p. 411) ont fait commencer les massacres de septembre aux Carmes, se fondant sur le récit de Méhée, qu'ils ont lu très* )égèr6meDt, car cette erreur ne s*j trouve en aucune façon.

s Moniteur du 15 décembre 1793.

^Moniteur du 19 décembre 1793.

le Comité de salut public, pensa, au mois d^août 1793, qu'il était de son devoir de prendre des mesures promptes et efficaces pour déjouer les manœuvres des contre-révolutionnaires. Le comité jeta les yeux sur un citoyen, mis aujourd'hui en état d'arrestation par un décret, mais qui, à l'époque où il fut investi de la confiance du comité, avait plus d'un titre qui pouvait faire croire qu'il en étaitdigne. Je parle du citoyen Maillard. *

(( Le comité, par un arrêté dont je vais vous rendre compte, le chargea de se transporter dans toutes les sections de Paris et lieux environnants, d'y placer des observateurs pour découvrir les démarches de toutes les personnes suspectes et étrangères, qui travaillaient sourdement à troubler l'ordre public, et à rendre illusoires les décrets les plus utiles, émanés de votre sagesse.

«( Les hommes dont Maillard s'est servi, pour remplir les importantes missions qui lui avaient été confiées, sont ceux qui viennent réclamer le juste salaire des journées qu'ils ont employées à surveiller les manœuvres de nos ennemis. Ce salaire est de 5 livres par jour. L'état des employés, certifié par Maillard, examiné par votre comité, présente un tableau de soixante-huit citoyens, qui réclament une somme de 22,000 livres, à répartir entre eux •. »

Mntbon de laYarenne, dont les indications sont si

1 Moniteur du 3 janvier 179 J.

précises, dit que Maillard mourut en prison, couvert de plaies, au commencement de 1795 ^

D'un côté, des recherches faites dans les registres de toutes les prisons de Paris, au commencement de 1795, n'ont pas confirmé le témoignage de Mathon de laVarenne ; d'un autre côté, les registres de l'étatcivi] de Paris nous ont fourni l'indication suivante qui établit péremptoirement que Maillard mourut dans son lit, en 1794 :

c( Du 26 germinal an II, — 15 avril! 794, —décès de Stasnislas-Marie Maillard , âgé de trente et un ans, natif de Gournay (Seine-Inférieure], domicilié à Paris, place de la Maison-Commune, n*" 57, section des Arcis, marié à Angélique Parredde '. »

Ainsi, Maillard, emprisonné, d'après le rapport de YouUand, au commencement de janvier 1794, aurait recouvré sa liberté avant le mois d'avril ; et peutêtre fut-il relâché à la demande d'une sorte de club, nommé le Café Chrétien, qui le réclama au mois de février '.

Nous l'avons dit, ce fut à sept heures du soir, le

1 Mathon de laYtiTenne, Histoire particulière descvénemcnts, etc. p. 472.

* Lors de be déclaration du 13 mart» 1793, Maillard habitait Place de la Commune, n. 34. Il signa sa déclaration : Maillard, l'un des vainqueurs de la Battille.

^ Moniteur du 25 février 179 J«

â septembre, que commença le massacre des-prisonniers de TAbbaye, pour ne finir que le 4, vers midi. Il eut lieu à la fois sur deux points distincts^ et assez éloignés l'un de l'autre ; dans la rue Sainte-Mai^uerite, en face de Jla porte de la prison qui existait encore, mais murée, lors de la démolition de l'Abbaye, et dans la cour abbatiale, dite également cour du Jardin, ouvrant par une porte charretière sur la petite rue Sainte-Marguerite, qui porte aujourd'hui le nom de rue d'Erfurth.

Cette distinction des deux théâtres du massacre est essentielle. Les témoins oculaires, Méhée, l'abbé Sicard, Gabriel* Aimé Jourdan, n'ont pas manqué de la faire ; elle est très-clairement exprimée dans les documents inédits, dont les principaux sont les actes du comité civil de la section ; et c'est pour ne l'avoir point comprise, que les écrivains de ces derniers temps sont tombés dans les bévues les plus étranges * .

^ M. Barthélémy Maurice {Histoire politique et anecdotique d^s frisons de la Seines p. S68) est un de ceux qui se sont le plus complètement égarés dans cette topographie des massacres.

Cet auteur a cru que les prisonniers, amenés en fiacre de la mairie, étaient entrés dans la prison de l'Abbaye. Comme sa porte n'aurait pas pu donner accès à la moindre Toiture, il a imaginé d'en faire une exprès, sous la tourelU;ei il affirme qu'on en Toyait encore les marques, quoique depuis lors elle eût été murée.

C'est ici le cas de répéter cette maxime des philosophes, qu'il ne faut jamais multiplier les êtres sans nécessité. Cette porte n'est pas seulement chimérique, elle est surtout inutile; car elle n'eût jamais pu conduire l'abbé Sicard au comité civil do la section , qui siégeait assez loin de là, dans une autre rue.

Parmi toutes les preuves que nous pourrions donner, pour éta-

Méhéeseul fut témoin, et des massacres qui eurent lieu dans la cour abbatiale, et des massacres qui eurent lieu dans la rue Sainte-Marguerite. Jourdan et Tabbé Sicard virent les premiers seulement ; Jourgniao de Saint-Méard et la marquise de Faussa- Lendry virent les seconds.

Donc, à sept heures du soir, Maillard et sa bande reviennent du couvent des Carmes, rue de Yaugirard, après avoir assassiné cent vingt prêtres^ et entrent au comité civil de la section, en criant : Du vin, du vin, ou la mort ! Écoutons plutôt Méhée, qui assistait à cette scène :

« L^expédition des Carmes est terminée, ou avancée ; une bande de massacreurs revient couverte de sang et de poussière ; ces monstres sont fatigués de carnage, mais non rassasiés de sang. Ils sont hors d'haleine, ils demandent à boire du vin^ du vin, ou la mort ! Que répondre à cette volonté irrésistible ? Le comité civil de la section leur donne des bons de vingt-quatre pintes, assignés sur un marchand de vin voisin. Bientôt ils ont bu^ ils sont saoulés, et

blir qu8 Importe charretière meDant au comité civil , doot parle Aimé JourdaD, ouvrait sur la rue d'Erfurth, et faisait face au cloître et à la rue Saint-Benoit, nous nous bornerons à l'extrait suivant d*une lettre adressée par Choffin, secrétaire greffier du juge de paix de la section des Quatre-Nations, à la citoyenne Vanhove :

« Citoyenne, je suis instruit que la montre et la chaîne que D. Viltoux avait sur lui, lorsqu'il a été arrêté, est restée au Comité de la section des Quatre-Nations, séant cour de$ Moines de Saint-Germain-des-PréSj du côté de la rue Saint-Benoit, d'où, sous

contemplent avec complaisance les cadavres jonchés dans la cour de T Abbaye ^ »

Il est nécessaire dUnterrompre ici le récit, au moins un instant, pour dire que des écrivains graves, jaloux de conserver la bonne réputation des hommes de septembre, ont nié que du vin ait pu être bu par les tueurs, en présence des cadavres. Voici en quels termes s'expriment, à ce sujet, les auteurs de V Histoire parlementaire de la Révolution française :

a Le registre d'écrou de P Abbaye existe encore. Il est couvert de taches de vin. Quelques-unes de ces macules, d'une couleur plus foncée, peuvent être prises pour des taches de sang. Cela semblerait confirmer les accusations portées contre les jurés, et qui leur imputent de s'être encouragés par l'ivresse à leurs effrayantes fonctions. Cependant, elles ne nous paraissent pas probables. On ne peut pas croire, en effet, qu'il ait pu se trouver des hommes assez durs pour avoir la possibilité même de boire, au sein du spectacle terrible qui les entourait ; on ne peut pas le croire, surtout lorsque l'on voit le nombre des «mises en liberté *. »

peu de jours,' on pourrait la porter au Comité de surTeillauce de la mairie , dans le cas où elle ne serait point réclamée. » (Dossier des réclamations des familles des victimes , carton n. Zn.—Arckwes dt VHÔiel de ville de Paris.^

* La vérité tout entière sur let vrais actmrs de }a journée du 2 *eptemhre 1793, par Felhémési , p. 37.

t Bûchez et Koux , Histoire parlemeniairc de la Rèvolntton fran^ caw«, t. XVIl , p. 414.

Nous nous bornerons provisoirement, et pour ne pas trop suspendre le récit, à ces deux courtes observations sur l'étrange scepticisme des écrivains que nous venons de citer. D'abord, s'il eût été dur de boire au milieu du massacre des prisonniers, il eût été bien plus dur de ne point boire, pendant les deux nuits et les deux jours que ces prétendus /tir^^ passèrent à faire et à voir tuer; ensuite, nous avons «ous les yeux les factures des traiteurs qui fournirent le vin consommé par les jurés et par les massacreurs ; et une seule, celle du citoyen Lhuillier, s'élève à trois cent quarante-six pintes l

Repi*enons maintenant le récit de Mébée :

« Que laisons-uous ici ? s'écrie la même voix qui avait demandé du vin ou la mort, la voix de Maillard, revenu des Carmes. Allons à l'Abbaye ! il y a du gibier là ! Il dit ; les tueurs répètent : A lions d r Abbaye I et ils y volent, armés de leurs piques et de leurs sabres ensanglantés. Â peine deux minutes étaient écoulées, que l'on amenait les cadavres égorgés ^ ! »

La bande de Maillard, sortie de la cour abbatiale, descendit la rue d'Ërfurth, tourna à gauche, par la rue Sainte-Marguerite, et s'arrêta devant la porte de la prison de l'Abbaye.

' La vérité tout entière tur les vraU acteurt de la journée du 2 Septembre 1792« par Felhémobi, p. 27.

Les cadavres traînés par les pieds, que Méhée vit arriver dans la cour abbatiale, deux minutes après le départ de Maillard et de sa bande, ne provenaient pas des prisonniers envoyés à la mort par ce qu'on appela le tribunal du peuple. LMnstallation de ce tribunal, établi sur un ordre envoyé du Comité de surveillance ou d'exécution, avait été précédée de quelques massacres sommaires, sur lesquels il nous parait nécessaire de donner des explications.

Indépendamment de la bande de Maillard, d'autres assassins étaient réunis, vers quatre heures, dans la rue Sain te -Marguerite, devant la porte de la prison, qu'ils voulaient forcer. Ils restèrent longtemps à crier et à demander les prisonniers. Madame la marquise de Fausse-Lendry, enfermée dans la prison, avec son onde, l'abbé Chapt de Rastignac, estime ce temps à trois heures ^

Il est permis de penser que la trop légitime terreur qui l'agitait lui aura fait ajouter au temps vrai au moins une heure. Le concierge Delavacquerie, qui n'était pourtant pas un méchant homme, commença vers quatre heures à livrer de temps en temps un prisonnier à la foule pour gagner du temps, et tâcher, à ce qu'il disait, de sauver les autres. «Nous entendions, dit madame de Fausse-Lendry, les cris de joie des féroces meurtriers, et les gémissements

1 De Paysac , marquise de Fausse-Lendry, Quelques-un* de$ fruits amers de la Révolution, p. 73.

des victimes qu'ils immolaient. Le concierge vint nous prévenir qu'il était forcé de sacrifier quelques prisonniers pour sauver les autres. Je lui dis que la vie de tous lui avait été confiée, et que son devoir était de les sauver tous ou de mourir. Je vis avec indignation que je n'étais pas écoutée. Hélas ! dans quel lieu et à qui parlais-je d'héroïsme ' ? »

C'est vers quatre heures que commença ce sacrifice individuel des prisonniers, fait par le concierge.

« Vers quatre heures, dit Jourgniac de Saint- Méard, les cris déchirants d'un homme qu'on hachait à coups de sabre, nous attirèrent à la fenêtre de la tourelle, et nous vîmes vis-à^vis le guichet de notre prison, le corps d'un homme étendu mort sur le pavé . Un instant après, on en massacra un autre, ainsi de suite.

« Il est de toute impossibilité d'exprimer l'horreur du profond çt sombre silence qui régnait pendant ces exécutions ; il n'était interrompu que par les cris de ceux qu'on immolait, et par les coups de sabre qu'on leur donnait sur la tète. Aussitôt qu'ils étaient terrassés, il s'élevait un murmure, renforcé par les cris de : Vive la nation I mille fois plus effrayant pour nous que l'horreur du silence *. »

C'est au ihilieu de ces exécutions partielles, et

A De Pajsac , marquise de Fausse-Lendry, Quelguei-^uiM des fruits amers de la Révolution^ p. 74.

* Jourgniac de Saint-Méard, Mon agonie dé trentê-hmê Kmttês,

après le massacre de quelques prisonniers, que survint Maillard. Une dépêche des administrateurs de la Commune lui fut remise à cet instant même ; elle était conçue en ces termes :

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