LIVRE DIX-SEPTIÈME
fiPlSODBS DU MA8SAGRB DE L'ABBATE. — L'OROlfe DES TUEURS. - L'ABBË GHAPT DE RASTIGNAG. — L*ABBÉ LENFANT.-M-^DE FAUSSE-LENORT— M»*D£ SOMBREUIL. W^ GAZOTTE.-JOURONUG DE SAIHT-MÉARD.
Massacres dans la cour Abbatiale.— Le président du comité s'éyanouit. — Paille apportée pour couvrir les cadaTres. — Illumination des cadavres. — Festin des tueurs. — Lés dépouilleurs des morts. — Laveuses et chargeurs de cadavres.— Factures des traiteurs. — Reprise des massacres , le 3 septembre. — Les abbés Lenfant et Cbapt de Rastignac bénissent les prisonniers.— L'abbé Lenfant. — L'abbé Chapt de Rastignac. — Dévouement de sa nièce, M"* de Fausse -Lendry. — M^'* de Sombreuil.— Son dévouement envers son père. — Le verre de sang. — M"" Cazotte et son père. — Agonie de Jourgniac de Saint- Méard. — Sa délivrance. — Dépouillement des morts. — Noms des dépouilleurs. — Dorat-Cubières et son procès-verbal. — Détail sur les inventaires. — Lavage et vente des habits. — Enlèvement des cadavres et le voiturier Noël. — Liste authentique et détaillée des victimes de l'Ab'baye.— Total : 216.
C'est dans la cour abbatiale et dans Tenceinte du comité civil, que se passèrent les plus grandes et les plus hideuses abominations dont les massacres de l'Abbaye furent accompagnés. Là eut lieu l'illumination des tètes coupées, faite à la demande des dames du quartier ; là eut lieu le dépouillement des morts ; là eut lieu l'orgie horrible des lueurs, avec
des cœurs arrachés tout chauds des poitrines qui battaient encore, et mangés crus !
Nous concevons, jusqu'à un certain point, le sentiment de cet écrivain démocrate qui a présenté le récit de Tabbé Sicard comme ne méritant aucune créance. £n eux-mêmes, ces faits sortent des données communes de la nature humaine, et ne peuvent pas être crus sans preuves. Cet écrivain n'avait pas les preuves , et il était autorisé à douter ; mais ces preuves nous les avons, nous, et nous croyons !
On conçoit sans peine quels flots ds sang durent répandre ces prisonniers, égorgés en si grand nombre dans la cour de T Abbaye. La vapeur de ce sang remplissait Pair d'émanations nauséabondes qui suffoquaient. A minuit, le président du comité, Aimé Jourdan, s'évanouit sur son fauteuil. «Sur le minuit, dit-il, les sensations douloureuses et horribles que j'éprouvais à chaque instant, jointes à la vapeur du sang humain qui me porta au cerveau, furent cause que je me trouvai mal. Je cherchai en vain un flacon ou de l'eau. Comme je demeurais à deux pas, au coin de la rue Taranne, je sortis pour aller chez moi, à l'effet d'y prendre quelque soulagement*. ))
Le 3, au matin, on ne pouvait plus se tenir dans la cour, on y marchait dans le sang : il fallut la laver.
> Déclaration du citoyen JourtJan, p. 146.
(( La cour de TAbbaye, dit l'abbé Sicard, se trouvait ruisseler de sang, telle que le sol encore fumant où Ton vient d'égorger plusieurs bœufs à la fois.
tt II fallut la laver; la peine fut extrême. Pour n'avoir pas à y revenir, quelqu'un proposa de faire apporter de la paille, de faire dans la cour une sorte de lit, au-dessus duquel on mettrait tous les habits de ces infortunés, et qu'on les ferait venir là pour les y égorger. L'avis fut trouvé bon^ »
Tout cela est minutieusement exact ; voici les bons des commissaires, et les factures de la veuve Dedouin , pour la paille fournie, avec l'indication de son emploi :
Premier bon :