‹ Histoire des Girondins et des massacres de SeptembreChapitre 33 sur 54 · T. II. VI · texte numérisé non relu

T. II. VI

frapper sur les fesses des cadavres. Le cœur se soulève à ces affreuses images ^ ! »

C'est entre quatre et cinq heures, un peu avant la nuit, que les massacres de la Conciergerie commencèrent. Le lendemain à quatre heures tout était fini, et les prisons étaient vides ; c'est ce qui résulte de la déclaration suivante, faite par la femme du concierge Richard :

« Cejourd'hui, 22 mars 1793, deuxième de la République ; en conséquence de Tarrèté du Conseil général de la Commune du 10 août dernier, délibérant sur les comptes , en daté du 20 de ce mois et en présence des commissaires d'icelle, supposé à cet effet. La citoyenne Marie-Anne Barasaint, 'épouse de Toussaint Richard, concierge des prisons de la Conciergerie-du Palais, a déclaré que le peuple s'était porté aux prisons dans la nuit du 2 septembre* der^ nier, en avaient fait sortir les prisonniers, dont ils avaient massacré le plus grand nombre et élargi les autres. Qu'après r expédition faite, les commissaires de la section s^ étant rendue, sur les quatre heures de faprès-midi, aux prisons, avaient mis les scellés sur toutes les chambres pour conserver les objets qui y étaient ; mais que le lendemain le peuple étant encore venu aux prisons, avait brisé tous les scellés, dans la persuasion qu'ils renfermaient encore des

i Prudhomme, Hiat, impariiaU desRévoluHorUt t. ITt, p. 373, 373.

prisonniers, et s'emparait de tout ce qui lui paraissait propre à emporter. Que de nouveaux commissaires de la section du Pont-Neuf étant survenus,

avaient fait entendre raison au peuple, l'avaient

[ce blanc existe sur les registres), et qu'ensuite ils avaient de nouveau apposé les scellés sur les portes des chambres.

« Qu'environ huit ou dix jours après, les mêmes commissaires s'étaient rendus aux prisons, avaient levé les scellés et avaient dressé procès-verbal de tout ce qui s'était trouvé dans les chambres, qu'ils firent ensuite emporter à leur section.

« Observe la déclarante que tous ces objets étaient de peu de valeur, appartenant à des malheureux.

a Observe encore la déclarante qu'il lui avait été déposé en main cinq louis en or, deux louis et demi et un écu de trois livres en argent blanc, la nuit du dimanche au lundi, provenant des Suisses massacrés, dont le citoyen Richard, son mari, avait fourni un reçu, mais que cet argent lui avait été retiré en vertu d'une ordonnance dont la teneur suit :

Municipalité db Paris.

« Extrait des délibérations du Conseil général des commissaires des quarante-huit sections du 2 septembre 1792, l'an quatrième de la liberté et premier de l'égalité.

« M. Richard, greffier de la Conciergerie, remettra à M. Boulanger les cinq louis en or et deux louis

et demi et un écu de trois livres en argent blanc, saisis sur un Suisse.

« Signé : Huguenin, président, a Pour copie oonforme :

a Signé : Tallien , Secréiaire-greffier. »

<c Affirme aussi la déclarante quMl y avait dans le greffe de la Conciergerie une cassette , avec un procès-verbal , scellés et cachetés, que les commissaires de la section du Pont-Neuf n'avaient pas voulu emporter, et que le citoyen Duffbri était venu chercher ; que, Payant ouverte, elle contenait des assignats ; que le citoyen Duffort , après en avoir fait Touverture, avait voulu les laisser au greffe, la déclarante s'y était opposée et l'avait obligé de l'emporter, ce qui s'était passé en présence des commissaires de sections, qui en avaient dressé procèsverbal, ce que la déclarante atteste véritable, et a signé avec les commissaires :

<c GouDicHEAU , commissaire ; Ghampeaux , commissaire; femme Richard ^ d

L'une des premières victimes des assassins fut Louis- Victoire-Luce de Montmorin , âgé de trente ans , maire et ancien gouverneur de Fontainebleau. Traduit devant le tribunal révolutionnaire

t Copie littérale de la copie de la déclaration de la femme Richard , transcrite Bur le registre des comptes de la Commune du 10 août, Tolume n. 89, carton O. 13. G. {Arehivu de VHâtél de vûU de Parti,)

institué le 17 août, M. de Montmorin fut acquitté le

dimanche 2 septembre , à peu près à Theure où commençaient les massacres ; mais les spectateurs présents à Taudience forcèrent le président Osselin de ramener M. de Montmorin en prison.

a De violents murmures se font entendre, dit le Bulletin du Tribunal révolutionnaire. Saisis de toute l'instruction du procès, les citoyens ont cru que la déclaration du jury était injuste... M. Osselin harangue les citoyens au nom du tribunal, il est entendu avec ce silence admiratif, expression de la confiance, a Ce <c n'est point au tribunal, lui dit-on, que nous avons a des reproches à faire. Dépositaire de la confiance <c publique, on le voit tous les jours gagner un « degré; mais, dans le nombre des jurés, il y en a a que l'on reconnaît pour avoir appartenu à la mai- « son Montmorin. Leurs opinions ont pu être in- <c fluencées. Nous demandons que ce procès soit «c revisé par un autre jury. » M. Osselin rétablit le calme, en se chargeant de conduire lui-même le sieur Montmorin aux prisons de la Conciergerie, et de le faire écrouer de nouveau au nom du peuple. On applaudit. M. Osselin donne le bras au sieur Montmorin qui , au milieu des huées, parvient auxdites prisons , où il est remis à la responsabilité du concierge \ »

* BvXletin du Tribunal r^oolutionnatre, 1'* partie, n. 8.

C^était donc un innocent régulièrement acquitté, que ses propres juges ramenaient en prison, sur Tinjonction de la multitude ; et quelques instants après, au lieu de réviser son procès, on l'égorgea.

Puis vinrent sept officiers suisses transférés de l'Abbaye à la Conciergerie, le 24 août, pour être traduits au tribunal révolutionnaire, MM. de Salis, Witz, AUemann, Zimmermann, ChoUet, et de Maillardoz, père e1^fils. Seul, le major Bachmann fut interrogé par le tribunal et condamné, le 3 septembre, à la peine de mort, sous la pression des tueurs de la Conciergerie, qui avaient envabi Faudience.

c( Ici esl entré dans l'audience, dit le Bulletin du Tribunal révolutionnaire, un grand nombre de gens armés^ qui, adressant la parole au tribunal, demandèrent Bachmann, en disant que c'était le jour des vengeances du peuple, et qu'il fallait leur livrer l'accusé.

(c Ces paroles jetèrent la consternation dans l'esprit des Suisses qui déposaient au procès, et qui étaient prisonniers à la Conciergerie. Ils se couchèrent dans l'audience, afin de n'être point aperçus des hommes armés. Bachmann seul, lui qui n'avait pas dormi depuis plus de trente-six heures que durait l'audience, conserva la plus grande tranquillité. Son visage n'en fut pas altéré. Il descendit du fauteuil où il était assis et se présenta à la barre, comme pour dire au peuple : sacrifiez^moi I

k Le président, M. Mathieu, harangua le peuple, en l'exhortant à respecter la loi et l'aiccusé qui était sous son glaive. Ces mots, dits avec énergie, furent écoutés en silence par la multitude, qui sortit pour ^Uer achever Toeuvre qu^elle avait commencée dans les prisons de la Conciergerie et dont vingt-deux prisonniers étaient déjà les victimes en ce moments )>

En dehors de M. de Montmorin et des officiers suisses, la Conciergerie ne contenait que des prisonniers obscurs, des malfaiteurs condamnés, ou des prévenus en jugement. Aucun d^eux n'a laissé dans l'histoire d'autres traces que son nom inscrit sur le procès-verbal des victimes, à Texceplion d'une femme connue sous le nom de la Bouquetière du PalaiS'Royal.

Marie^Madeleine-Josèphe Gredeler, &gée d'environ trente ans, mariée à un nommé Baptiste, dont elle vivait séparée , entretenait, en 1791, des relations avec un nommé Joseph Pringot , garde française , caserne à la rue Verte. Le 6 juin 1791, cette femme entraîna son amant dans les champs, du côté de Monceau, et, dans un accès de jalousie, le mutila avec un couteau. Arrêtée le 10 juin , Marie Gredeler fut condamnée à être pendue , par le tribunal du premier arrondissement de Paris. Un appel en cassation amena l'annulation du jugement qui la

< BvXUtm du THhufudrévolaHonna¥r€, 1'* partie, n. 10.

condamnait, et son renvoi au tribunal d^ine autre section. Elle attendait ce nouveau jugement à l'époque des massacres.

La malignité des oisifs et le scandale du procès avaient donné une assez grande réputation à Marie Gredeler, déjà fort connue par son dépôt de cannes et de parapluies qu'elle tenait dans la cour du Palais-Royal ; son nom, trouvé sur l'écrou, frappa les assassins réunis dans la cour du Palais, et cette femme qui passait pour avoir fait de son amant un nouvel Abeilard , fut la seule de toutes les prisonnières que l'on garda pour la juger.

La plus vulgaire pudeur de langage nous empêche de raconter les abominables cruautés que l'on fit subir à cette malheureuse ; les bourreaux, lassés à la fin, lui remplirent le ventre de paille, et y mirent le feu!

État nominatif, par ordre alphabétique, des prisonni^s mis à mort à la prison de la Conciergerie , les 2 et 3 septembre 1792; établi d'après les trois listes dressées par le concierge de la prison, certifiées par lui, ainsi que par le commissaire de police de la section du Pont- 'Neuf, et faisant partie du volume D, n. 78, des Archives de l'Hôtel de viUe de Paris.

La première liste dressée par le concierge de la prison a pour , titre : Litte det prisonniers péris à la Conciergerie dans lês jowT' néss des % et 3 septembre 1793.

N**. Noms et prénomt.

Dates des entrées.

i Allemann, officier suisse^.

14 août

2 Aubeft (Pierre).

25 juin

3 Aubry (Antoine- Augustin).

25 juin.

4 Barisson (Claude).

5 Bossignot (Pierre- Joseph).

15 juin

6 Beauyalet (François).

27 mars

7 Bemier (François).

22 août

8 Besland (Jean-Baptiste-Nicolcui) '

. , 12 mars

9 Bidault (Etienne).

30 avril

10 Bimbault (Pierre).

24 sept.

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