BILLAUD-VARENNES
Avant d'être substitut du procureur de la Commune, Billaud-Yarennes avait été secrétaire de
< Moniteur du 14 novembre 1793.
Si en effet Manuel chercha Bosquillon, juge de paix de la section Bonne-Nouvelle, arrêté et écroué à l'Abbaye le 13 août, il ne voulut ni le trouver, ni le sauver.
Bosquillon fut tué le dernier d'une série de trente victimes, dans la nuit du 3 au 3, dans les latrines du corps-de -garde intérieur de l'Abbaye, par l'assassin Bourre, ancien garde-française. {Extrait général dei déclarationt faiteê à la eomnmiion de$ jour^ nées dei 3 e( 3 ieptemhr» — Massacrea de septembre, pièce n. 43.— Archivée de la préfecture de police.)
* Moniteur <Iu 14 novembre 1792, Séance âe% Jacobins du 5.
Danton ^ Il devint plus tard son rival et son bour* reau : il n'était encore , au 2 septembre, que son instrument.
Billaud-Yarennes se rendit , le 3 septembre au matin, et de fort bonne heure, à F Abbaye. Il y était mandé pour une cause assez étrange. Une discussion s'était élevée entre le comité de la section qui présidait aux massacres, et les égorgeurs qui les exécutaient. Chacun prétendait conserver les dépouilles des morts.
« Au milieu de la nuit, dit Tabbé Sicard, Billaud«- Yarennes apprend que les égorgeurs volent les prisonniers après les avoir tués. Il se rend dans la cour de r Abbaye, et là, sur une estrade, il parle à ses ouvriers.
« Mes amis, mes bons amis, la Commune m'ena voie vers vous pour vous représenter que vous déS" c( honorez cette belle journée. On lui a dit que vous « voliez ces coquins d'aristocrates après en avoir fait u justice. Laissez, laissez tous les bijoux, tout l'ar- «gent et tous les effets qu'ils ont sur eux, pour les a frais du grand acte de justice que vous exercez. a On aura soin de voti^ payer comme on est convenu « avec vous ; soyez nobles, grands et généreux comme « la profession que vous remplissez ; que tout, dans
i Notei inéditei 8ur le procès de Danton, rédigées pendant son procès par Topino-Lebrun, l'un des jurés. {Archivé» de la Préfectvre de police.]
(( ce grand jour, soit digne du peuple dont la saur <( veraineté vous est commise S »
L'abbé Sicard entendit ces paroles du réduit où il était caché, à la section des Quatre-Nations. Il fut fiait ainsi que Billaud- Yarennes l'avait demandé , et les dépouilles des victimes furent réservées pour ies frais, ainsi que la Commune de Paris l'avait ordonné. On lit, en effet y dans un compte rendu de l'exécution des prisonniers de l'Àbbaye, adressé au Conseil général de la Commune par Lecomte, membre de la section :
« Nous vous devons aussi un compte exact des dépenses qu'ont nécessitées les événements^ et d'ailleurs, un arrêté de la municipalité nous autorisait d les faire y et le citoyen Billaud- Varennes en a ap* prouvé la quotité. Dans l'état de ces dépenses sont compris les ouvriers qui ont travaillé à l'enlèvement et au dépouillement, les marchands qui ont fourni le vin, le pain, et toutes les choses absolument nécessaires, et chaque article est appuyé d'un bon des commissaires du comité.
« Enfin, nous vous présentons l'état comparatif des objets reçus, de ceux remis, et le résultat que présente l'état de ceux qui restent.
Dans cet état, vous vous apercevres que la plus grande partie du numéraire a servi à rembourser la
1 Relation de M, Vahbe Sicard, p. 134.
dépense; et, à cet égard, nous devons vous expliquer que la section nous ayant autorisés a prendre lbs FRAIS SDR LA CHOSE, nous Rvous préféré prendre en numéraire ^ »
Afin de vider immédiatement ce point de la question, à savoir que le Conseil général de la Commune de Paris avait décidé, par un arrêté, que les égorgeurs seraient payés; que la section des Quatre- Mations avait été autorisée à traiter, de gré à gré^ avec les assassins, et que le salaire indiqué par Billaud-Yarennes fut adopté, nous transcrirons ici les premières lignes de VÉtat des frais :
c< ÉTAT DES FRAIS faits par la section des Quatre - Nations, dans les journées des 2, 3 et 4 septembre dernier, d après F autorisation du Conseil général de la Commune.
ce MUNICIPALITÉ DE PARIS; — extrait du registre des délibérations du Conseil général des commissaires des quarante-huit sections.
a Du quatre septembre mil sept cent quatre-vingtdouze. Tan quatrième de la liberté et premier de Fégalité.
<c Sur la demande faite par des citoyens ouvriers
1 Aopport AU Con»e%i général de la Commune^ j<mU à Véîai dt$ frais des massacres de l'Ahhaye et à Vinventairt de» dépouUUs des vieUme», (Dossier des massacres, pièce cotée n. 46. — Archives de la Préfecture de police.)
de ]a section âesQuatre-Nations\ le Conseil général a renvoyé cette réclamation au comité de ladite section des Quatre-Nations. Signé : Ballin, président, Méhée, secrétaire-greffier adjoint.
<K Pour extrait conforme à Toriginal : Signé , Méhée, secrétaire-greffier adjoint.
<c Mémoire de ce qui a été payé par lés commissaires de la section des Quatre-Nations, aux ouvriers et fournisseurs, pour l'enlèvement et dépouillement des cadavres qui sont morts dans cette section, d'après le dire du citoyen Billaud-Yarennes, substitut du procureur de la Commune*. r>
Enfin, en marge de l'inventaire des dépouilles des victimes, on lit, de la main de Lecomle, page 3 : — <x Pour les frais, 7 doubles louis ; — plus, 3 écus de 6 livres ; — 1 pièce de 1 livre 10 sous ; — IS pièces de 15 sous; — 1 pièce de IS sous, dans la bourse bleue, o — Page 7 : « Pris par Lecomte, pour les frais, 12 louis simples ; — 64 pièces de 15 sous ; — 3 épus de 6 livres ; — 2 écus de 3 livres ; — 1 pièce de i livre 10 sous ; une pièce de 12 sous. — Pour le même objet, les écus de 6 livres, 3 livres, pièces de 24 sous et 12 sous, contenus dans la bourse de
A OaoB les comptes des massacres de septembre, les égorgtwr$^ les fowUewn et les dépouUUttn des cadavres sont toujours appelés citoyenê otivriert.
* Dossier des massacres, pièce cotée n. 45. — Àrchwn de la Préfecture de poUce,
filet. — Plus y pris par Lecomte^ pour les frais, 1 louis simple ^ »
Ce fut donc Billaud-Yarennes qui fixa le salaire des égorgeurs de TAbbaye , et son appréciation servit de base à la dépense. Quoique ce fait soit déjà irrévocablement fixé, il nous a paru digne d^ntérét d'ajouter aux détails qui précèdent l'extrait d'une pièce inédite du dossier des massacres, et le récit du président de la section, Jourdan, qui discuta avec Billaud-Yarennes le salaire des égorgeurs.
« Le comité, dit cette pièce, tourmenté par les assassins pour partager les dépouilles, envoya un commissaire pour faire part de cette prétention, faire le rapport, et demander l'avis. Le Conseil envoya Billaud-Yarennes et Codieux. Le premier, arrivé sur le perron, pérora les assassins, les félicita, les remercia, les engagea à ne pas partager les dépouilles, et leur promit 24 livres. Il répéta ce propos dans le comité. Le comité représenta l'impossibilité de payer, faute de fonds. Billaud assura que le ministre de l'intérieur ferait des fonds; mais qu'en attendant il fallait que quelqu'un en fit l'avance. Le président en parla au citoyen Laconté, qui en parla à Roland*. »
^ Prùeèa-verhal d'inventaire des effets trouvés sur les personnes mortes dans les journées des 2 e( B septembre. (Pièce cotée n. 94 bis. — Dossier des massacres. — Archives de la Préfecture de police,)
«Pièce cotée n. 48.— Dossier des massacres. — Archives de la Préfecture de police.
T. lî. 4
i Le président du comité des Quatre-Nations fut plus particulièrement celui avec lequel Billaud- Varennes discuta le salaire des assassins. Yoici le récit quUl en fit lui-même, lors de Tenquète opérée, à la demande du Comité de sûreté générale, au mois de thermidor an III.
<( Dans le cours de la matinée du 3, sept ou huit massacreurs vinrent me demander leur salaire. «Quel salaire?» leur dis-je. Le ton dMndignation avec lequel je leur fis cette demande les déconcerta, a Nous avons passé, dirent-ils, notre journée à dé- <c pouiller les morts ; vous êtes juste, monsieur le préci sident, vous nous donnerez ce qu^il vous plaira, w
« Le citoyen L... (Laconté) ^, un de mes collègues, était à côté de moi; je lui proposai de donner un petit écu à ces monstres, pour nous en débarrasser. — c< Ce n^est pas assez, me répondit L... ; ils ne sett raient pas contents. »
a Au même instant entra le citoyen Billaud- Yarennes, alors officier municipal; il nous fit un grand discours pour nous prouver Futilité et la nécessité de tout ce qui s'était passé. Il finit par nous dire qu'en venant à notre comité, il avait rencontré plusieurs des ouvriers (ce sont ses expressions) qui avaient travaillé dans cette journée, lesquels lui
1 Co Laconté, qui signait Delaconté, a rédigé de sa main et signé la plupart des bons de i4 livres délivrés aux tueurs par le comUt^ des Quatre-Nations.
avaient demandé leur salaire ; qu'il leur avait promis que nous leur donnerions à chacun un louis.
— «Où voulez- vous que nous prenions ces sommes? « vous savez aussi bien que nous que les sections « n^ont aucun fonds à leur disposition? » Il fut interdit pendant un moment ; ensuite, il me dit quMl fallait nous adresser au ministre de Tintérieur^ qui avait des fonds destinés à cet objet.
« Le citoyen L... m'observa qu'il devait aller dîner chez le ministre de Tintérieur, et il m'offrit de lui en parler. J'acceptai sa proposition, et je lui donnai sur-le-champ une autorisation pour demander au ministre une somme de 3,000 fr., de l'emploi de laquelle la section des Quatre -Nations justifierait*. »
Le lecteur n'oiibliera pas que Billaud-Yarennes était le substitut du prot^ureur de la Commune, et qu'il était autorisé par un arrêté du Conseil général.