MARAT
Marat eut deux rôles considérables dans les massacres de septembre : il fut à la fois un de ceux qui les inspirèrent et un de ceux qui les exécutèrent.
1 Enquête sur Us ma»$acrei de septembre. Déclaration du citoyen Jourdan, p. 148,149.
Cependant, Tun et Tautre de ces deux rôles, it li\s nia effFontémeDt.
<c ^événement désastreux des 2 et 3 septembre, écrivait-il le 6 octobre, que des perfides et des stipendiés attribuent à la municipalité, a été uniquement provoqué par le déni de justice du tribunal qui a blanchi le conspirateur Montmorin, par Pindignation du peuple, qui a craint de se voir esclave de tous les traîtres qui ont si longtemps causé Fes désastres et ses malheurs '. »
C'est là, comme le lecteur le sait déjà, une des fables accréditées sur les causes des massacres. Mais Tacquittement de M. de Montmorin, prononcé le vendredi 31 août, dans l'après-midi, par le tribunal révolutionnaire* ne put pas faire que, dès le 25 août. Sergent dissuadât madame de Fausse-Lendry d'aller s'enfermer à l'Abbaye, avec son oncle l'abbé de Chapt de Raslignac, en lui disant qu'elle commettait vne imprudence et que les prisonsn étaient pas sûres^; il ne put pas faire que, le 31 août au matin, un professeur nommé Félix, membre de la section des Sans- Culottes, fort mêlé, comme on verra, aux massacres, proposât de faire le triage des prêtres de Saint-Firmin*. Une fermentation vague et générale, sans
1 Marat, Journal de la RépuhUque française^ n . 12.
* Bulletin du Tribunal révolutionnaire ^ 1" partie, n. 8.
s De Payiac, marquise de Fausse-Lendry, Qu€lques-%nu des frwtt ameri delà Révolution, etc., p. 71.
* « M. Félix, dit le procès-verbal, aobser?^ que, relativement
plan y sans chefs et sans but, n'aurait même pas pu faire que le 2 septembre, a de très-grand matin, le concierge de f Abbaye fit sortir de la prison sa femme et ses enfants, précaution qui m* étonna, dit madame de Fausse-Lendry, d'autant que je voyais de la consternation sur sa figure ^ »
Au reste, Marat n'avait aucun scrupule sur les massacres; et voici en quels termes il s'en exprimait, dans son discours à la Convention, du 25 septembre:
« Qui de vous. Messieurs, eût osé me faire un crime d'avoir appelé sur les têtes coupables des scélérats la hache des vengeances populaires? Le peuple, sans obéir à ma voix, a eu le bon sens de sentir que c'était effectivement là toute sa ressource; il l'a employée plusieurs fois pour s'empêcher de périr. Ce sont les scènes sanglantes des 14 juillet, 6 octobre, iO août, 2 septembre, qui ont sauvé la France. Que n ont-elles été dirigées par des mains habiles l... Désolé de voir la hache frapper indistinctement tous les coupables et confondre les petits délinquants avec les grands scélérats, désirant la diriger sur la tête seule des principaux contre-
aux prêtres détenus à Saint-Firmin , il serait à propos de nommer des commissaires pour examiner la distinction que l'on devrait faire entre les uns et les autres, t [Kegiitre des délibérations de Vassemhlée générale de la section des Sans -Culottes,, Séance du 31 août, au mAiin.— Archives de la Préfecture de police.) i De Paysac , marquise de Fausse-Lendry, Quelqnes-uns des frnits amers de la Révolution, etc., p. 72.
révolutionnaires, j'ai cherché à soumettre ces mouvements terribles et désordonnés à la sagesse d'un chef. Les penseurs , Messieurs, sentiront toute la justesse de cette mesure. Si, sur cet article, vous n'êtes pas à ma hauteur, tant pis pour vous ^ . »
Cependant, deux témoignages authentiques rendent inutiles toutes les dénégations de Marat; le premier est un discours public de Petion ; le second est un document officiel et inédit, déposé aux archives de la Préfecture de police.
« Le Comité de surveillance de la Commune, dit Petion, en parlant des massacres de septembre, remplissait les prisons. Un homme, entre autres, dont le nom seul est devenu une injure, dont le nom jette l'épouvante dans l'àme de tous les citoyens paisibles, semblait s'être emparé de la direction et des mouvements de la police. Assidu à toutes les conférences, il s'immisçait dans toutes les affaires; il parlait, il ordonnait eu maître. Je m'en plaignis hautement à la Commune, et je terminai mon opinion par ces mots : « Marat est ou le plus insensé, (( ou le plus scélérat des hommes*. »
C'est par suite de sa théorie sur la nécessité de diriger la hache populaire sur la tête des principaux cotitre- révolutionnaires , que Marat voulut faire comprendre Roland dans les massacres.
* Marat, Journal de la République française, n. 5.
* Montreur Ju 10 novembre 1792, Diêcours de Jérôme Peiion,
a Le Comité de surveillance, ajoute Petion, lança en effet un mandat d'arrêt contre le ministre Roland. C'était le 4, et les massacres duraient encore. Danton en fut instruit ; il vint à la mairie ; il était avec Robespierre; il s'emporta avec chaleur contre cet acte arbitraire et de démence ; il aurait perdu, non pas Roland, mais ceux qui l'avaient décerné. Danton en provoqua la révocation ; il fut enseveli dans l'oubli. »
La part que prit Marat dans la direction des massacres est donc un fait hors de doute. Celle qu'il eut dans la surveillance de leur exécution résultera des termes mêmes de l'arrêté qui institua le Comité de surveillance de la mairie , et qui aura sa place un peu plus loin.