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l'humanité les regrets qu'elle exige * ! r> Robespierre veut qu'on pleure les victimes avec mesure.
<i On assure, dit-il, quun innocent a péri; on s'est plu à en exagérer le nombre ; mais un seul^ c'est beaucoup trop, sans doute. Citoyens, pleurez cette méprise cruelle ; nous Pavons pleurée dès longiepips,,, mais que votre douleur ait un terme, comme toutes les choses humaines. Gardons quelgués larmes pour des calamités plus touchantes^ ! »
Cet unique innocent, sur lequel Robespierre prétendait blyoit pleuré dis long temps y était un père de famille dont Brissot raconte ainsi la fin tragique :
c( A l'hôtel de la Force, où l'on expédiait les prisonniers avec une apparence de forme, avec un juré ' de comédie, et en présence d'officiers municipaux, un prisonnier, accusé de fabriquer de faux assignats, se recommande d'un citoyen de la rue Saint- Antoine. On l'envoie chercher. Il était occupé à faire des comptes avec un locataire. Il arrive, et, à la vue des piles de cadavres, des massues sanglantes, et de ces juges*bourreaux, il perd la tète : on l'assomme. Le caporal qui l'avait amené se rappelle alors qu'il Fa trouvé avec un homme qui chiffrait; et, supposant que ces chiffres pouvaient bien être de faux assi-
1 Moniteur du 14 noTembre 1793, Séance des Jacobins du 5. i
• Robespierre, Lettret à ta commettants, n. 4, p. 173, 173. i
s Les f crWains de la fin du dernier siècle appelaient juré c* i
que nous nommons jury. I
gaalSy qu'il pouvait être complice, il va le chercher, ramène, et on l'exécute aussi I Eh bien I cet homme était un bon père de famille, bon citoyen, électeur de 1791, électeur nommé la veille par sa section K »
Certes, ce malheureux était un innocent; mais il fallait Tàme corrompue et endurcie des révolutionnaires pour voir des coupables dans ces soldats suisses, héros de courage et de fidélité; dans ces saints prêtres, aimant mieux la misère dans Texil que la richesse dans Tapostasie ; dans ces pauvres folles de la Salpêtrière, mourant sans même comprendre qu'elles mouraient; et jusque dans ces malheureux enfants de treize ans, enfermés à la Correction de Bicêtre, et que les égorgeurs, au dire d'un contemporain, ne pouvaient jamais parvenir à tuer a Hs étaient, disait le vieux concierge Richard, bien plus difficiles à achever que les hommes faits * ! )>
Quant à l'avantage d'avoir abattu le trône et d'avoir élevé la République au prix de tant de crimes, c'était un pur tnirage de l'esprit des démagogues, dont un sophiste tel que Robespierre ne pouvait pas discerner l'illusion. Il faut des intelligences saines et droites pourvoir la vérité, pour la comprendre et pour l'aimer ; l'intelligence des révolutionnaires et
1 Brissot f Lettre à tout les républicains de France ^ p. 20. Le fait raconté par Brissot est d'ailleurs indubitable ; Marat lui- môme en parle dans le Journal de la République française, n. 47.
* Barthélémy Maurice , Histoire politique et anecdotique des prisant d$ la Stint^ p. 3S9.
des factieux est trop trouble et trop égarée, pour sentir qu'il n'y a jamais nul avantage sérieux et durable à renverser des monarchies , à édifier des républiques y choses de soi accidentelles et passagères, lorsqu'on le fait en foulant aux pieds la morale, la justice, l'humanité, choses de soi fondamentales et éternelles.