NOUVEAUX BAUX DE FERMES
CAUCrkU ET EBPBIT GiSiBÀL SES nNAnCSM iD Xynt* BtiCLB,
L'examen ou le visa du système accompli par les frères Paris pouvait épurer, amoindrir la dette, mais il ne donnait pas des ressources au Trésor pour l'at^ quitter ; il fallut donc encore recourir aux financiers, la seule puissance active , féconde, la seule capable de créer des moyens sérieux pour l'acquittement de toutes les chaînes de l'État
Le bail de 1728 fut concédé k Pierre Carlier et Louis Bourgeois pour 72 millions payés sur-le-champ en bons de fermes anticipés avec un pot de vin de i millions, toujours employés aux embellissements de Versailles.
On voit quelques noms nouveaux parmi les fermiers-généraux qui prennent part à ce bail , et par exemple, les Cazes, qui ne quittèrent plus la gestion des fermes jusqu'en 1 790 ; leur splendide hôtel dont
les débris se voient encore, était rue des Deux-Porterf; les Villemur qui avaient leurs bureaux place Louisle-Grand; Claude Dupin, dont ta femme si pédante se fit la protectrice de Rousseau, son bel hôtel était rue d'Anjou-Saint-Honoré ; le premier des Grimiod de la Reynière qui habitait d'abord la rue Vivienne, et n'avait pas bâti sa gracieuse bonbonnière des Champs- Elysées; Hoquart, rue Vivienne;'Ioly, rue Thérèse ; La Liveet Savalette, me Saint-Honoré; Lé Riche, rue Neuve-des^Petits-Champs. A l'aide de cette statistique des hôtels des fermiers-généraux on peut suivre les vastes et somptueux embellissements de Paris : partout (ésfinanciersjetaieatles jalons d'élégantes et nouvelles rues.
Sous cette administration intelligente les bureaux des fermes prennent une grande régularité et une activité soutenue. Le lundi se tient l'assemblée géné~ raie pour fixer l'ordre du travail dans la' semaine, puis l'audience aux Sous-fermiers ; le mardi révision pour la fourniture des sels et des gabelles; le mercredi les petites gabelles et le domaine , assemblée pour les aides ; jeudi règlement des cinq grosses fermes; vendredi assemblée générale pour la souscrip-' tion deshillets de fermes au Trésor ; samedi fixation L (5) 10
(Jp« droits, f^gie, sigt^nfure i]^ i^oTDinitttpAM'flmplQJs. t-ps fern^pa formaient ^insi un Yaatfi ininistèfe qui ^brassait l'admistration de )a Frappe safts que |p pQHToir intervînt daqs ]^ questjfln (pujpurs difficile, ipipqpfll^ivp rfp h jevéfl dfis ^enjpr? publip». te I)ai| des fermes (je 1 7^^ ^S^^^ P^** ^^urr^^ fut sqgmenté c|e 1^ qijllions (85 ^t) lipu i^p 'î'Ql, ay^p 7 noilljqfia d'assignations ppur les bon^ ^u cpmptaTttfjn Xo\ : oq y vit figurer panqi les feroiiprs quelques npnis nouveaux- Le pfemief d'entre tpus, signataire du bail, fut Bourret, riche ^ pelletées dVi généreux jusqu'au dissipation. â\^ re^t^ fof^taitné du roi : f!«- )ui-là qui dépensa 3C|0 miUe livf^Ei poiir oÇfrir ^ Louis XV un seul déjeuner de chasse dans sor ^4n))W- |)le payillçin de 1{\ fprêt de Sén^rf. (e ^ppq^ signataire (le la ferrie étajt Jq^pb de BeamnoRt, ^a lit famille des ipagi^tr^ts : jl avajf; son hôtel rue de la Siourdtër«; pifis ^p Laborde, le banquier du roi, qni demeurait eue Viviepue ; de Naqtpuillet, rue Nenyç-dea-Retitfr- Champs ; De la Haye, îlp Notre-Dame ; la tive d'Épinay, rue Saint-Honqré ; de S(azade , rue de Nfttçe- Dame-des-Victoires ; La Popelinière, rye Ifiçhelieu, et Helvétius , rue Sainte- Anne Butte-Saipt-Roch. pomme la plupart de pes ^opis sopt devpqps célèb^s
k titres diivçjs, je le^r çûj^sapfQrai tjP^ Çftticps paifticulières.
le Xo\ Louig XV exerça pette fqig ^np influence t|^3-(;ppsi^érab|e sur U sign^fure dvi bail ^e§ fe^me^ ; I) y fit entrer, sfllpn ses gûftt? personnels, m> cert^iq Pfifpbrp ^ç, nQ(|]p connue dafls les scieflCfss ft 4^(19 les afts ; si iouis XV n'aimait pas les p])ilqspplie^ e^ cei^x quisotfen^eot pVpp*''''^"* pepseurs, il av^i^ uq« hapte prédilec^gp pour jqs l^afpmes qui fajaai^^^f ipaj-clier |ç§ sciences paturelle^i, ^ physjqqf , la ç]\\r. plie pt les t»faux-^rt^, la sçule cliose qu'pp goiiyernf: ipent séj'ieuî doive protéger. Ua peqsei|vs spift npft cçillefitipin dg péd^uts fit d'orgvteilleqx gui sç gonÛqnt dap? leur yapitÉ.
Paps le feail de Je^p-Joseph frevôt, doq^ Iç prijj fut porté à 90 tnilliops [1763) , il y a q^ielqpes pouveaux as^ci^ : par exemple, Borda, rue Neuvo-des- Capucin^, près, le poqveau bpulevard ; P'Âgincourt, qui d^pieure rue Saipt-Thop^as-du-LouYre ; D'Arlin- CfiurJ , plqç^ ^ftuis-le-Grand ; de Boismopt , rp^ Saipt-Marc; De^ ^apte, rue Saiat-Hopové ; Haudry (jç Sopçy, rue du Bouloi; Sainte-i^marapth^ (j^4i''*i plp^ tard rhUlojfô fatale de ^a f^imillp), rue lx)viis-(^, Grïipd; Seqaç, rue Ver^^Jçt; Trpnçhin^ l'eifpife^tftn
de la grande médecine, qui avait bâti un hôtel rue Neuve-des-Petits-Champs.
Il est utile de constater pour la statistique de Paris qu'en ce moment les fermiers-généraux avaient aciieté tous les vastes terrains situés hors la porte Saint-Honoré, autour du garde-meuble : ces terrains devaient former le faubourg Saint-Honoré, un quartier neuf, la Madeleine, la rue Royale, la rue d'Anjou, la place Beauveau. Les sept beaux bôtels qui bordent les Champs-Elysées jusqu'au faubourg Saint- Honoré furent l'œuvre des fermiers-généraux et des financiers : quoi de mieux dessiné, de plus admirable pour les bâtiments et les jardins que l'hôtel de M. de Beaujon, aujourd'hui l'Élyséel tandis que le banquier de la cour Laborde achetait tous les terrains qui des boulevards s'étendaient jusqu'aux Percherons ; par son ordre l'architecte Ledoux dessina la Chausséed'Antin, les rues de Provence, Caumartin. etc.
En échange de toutes ces dépenses , les fermiersgénéraux avaient demandé à la ville d'étendre les barrières fixées en 1 735 jusqu'à de fiouvellès limites; on substituerait des boulevards aux murailles; les bafrières partiraient de Chaillot, s'étendraient par le boule jusqu'à Clicby , Montmartre , les faubourgs
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Saiot-Hartin et Belleville, et redescendraient enlacer la bastille Saint-Âatoine, complément de la mesure prise en 1 747 du côté des faubourgs Saint-Jacques et Saint-Germain. Déjà les barrières avaient été étendues et les boulevards extérieurs plantés jusqu'au Jardin-du-Roi et aux Gobelins ; les fermiers-généraux s'étaient associés au plan de Servandoni pour élever Saint-Sulpice, et à celui de Soufflot pour la double construction du Panthéon et de la Madeleine. Ce n'était pas seulement par la capacité administrative et financière que les fermiers-généraux se faisaient remarquer, mais encore par la vie intime et douce, cette élégance d'hospitalité, cet esprit facile et charmant, trop philosophique et mondain comme tout ce xvui* siècle : qui peut échapper à l'esprit de son
Leur époque la plus brillante ftit celle qui s'écoula depuis l'année 17i5jusqu'àravénement de Louis XV, c'est-à-dire de la fin du système de Law jusqu'au triomphe des économistes, esprits froids, impuissants et brouillons.
Un caractère particulier semble s'empreindre sur les financiers, leurs mœurs, leurs habitudes au xviii* siècle, au milieu des autres classes de la société.
-iiib-
La tidblésse se tonsHcte au serrlcfe du toi danâ iëà âlTiiëès, felle remplit kon devoir; ùiaiâ eu ilëhofâ de fce dévoiteihent elle testé oisive : soli existence elle Ik passe daus Ses bhâteaiik, U h cour, dans les iilôllesses de Paris, au jeu et dans de frivoles àiiiôurS; elle dépéhsë éh prodigue ; elle bâtit tnal , sans originalité; bllé inilte toujours le roi, copie Seâ châleàux, ses résidences; les yeux fixés sur les graildfetirâ tle Versailles, elle ne sait pas sortir de ce taste un peu compassé ni de la vie de courtisan ; ou bien elle s'enivre briiyainmedt, fait l'amour ctimhie bil orgueil ou ub ^assetemps; elle se ruine pôiirlihë courtisane, ob bien si le gentilhdliime est aimé, 11 la ruine : ainsi toujours ëiitre le faite ae fticbelieu ou \i cdbditioa dtl cbe- Valier de Manoti Lescaut, ^a Vie est sùspefldde èbtre le brillant cliquetis d'une existence jetée sur Un dé et d'une dénii-escroquerie à là suite de dettes et de folles dépenses.
Le parlementaire, grave daQs Ses Inœurs, austère dans ses manières, â les goûts un peu parcimoiiieux; ricbe en terre, ses cbâteaux sont vastes, antiquement meublés avec toutes les conimodités sérieuses : épaisses tentures en cuir d'Espagne à baguettes d'or, beaux tapis de Turquie, large cbeiniiléé où pétillent
ail fbyéHes tbrêts de Haleslié^be, fiaville, Cnamplatrëuxouijrosbols; table abondante , sérieuse et de fâffllllfe : gibief dé chassé, grosse t)ifecè de bteuf, poisson de mer , de lac et de rivière ; porcelaine d'Allemagne, glaces de Venise ou verres de Bohême ; lit largCi immense , baldaquin comme au temps de Henri IV ou de Catherine de Médicis ; vêtements simples, chauds l'hiver, en velours d'Utrecht avec fourrure : l'été en serge et futaine. Quelquefois madame la présidente fait un pevi contraste avec ce ton d'austérité magistrale ; intrigues passagères qUi n'altèrent pas la sérénité avare et traditionnelle du foyer domestique I
La boui^eoisie , composée de tous les états, marchands, avocats, procureurs, n'a qu'une pensée : s'enrichir, amasser ; elle n'a pas de luxe ; elle dépense peu et acquiert toujours ; elle fait le commerce et ne l'alimente pas par ses dépenses ; la bourgeoisie a bien dés maisoûs sur le pmê de Paris, bien des rentes sur rriôtel-de-Villé; oii s'eti aperçoit à peine tant elle est païclinonieusé. Ce t|u'on appellera ensuite du nom dé Uërs-état ailgmente sa consistance aux dépens de tdiites les autres classes; Il épie leui- faiblesse pour eil |)rbfll£r , lés èipiolte, les ^tessure , les dévol'e
comme les juifs au moyen-âge, pour pouvoir dire quelques années plus tard avec une certaine audace de langage : « Le tiers-état, c'est la nation.»
les financiers, fermiers^énéraux forment une clasSe à part qui se distingue de toutes les autres ; il ' est essentiel de la juger en dehors de toutes les fausses appréciations qui ont dénaturé jusqu'ici son origine et son caractère. Une première remarque est à faire : ceux qui ont calomnié ou raillé les financiers, ce sont les gens de lettres que les fermiers-généraux hébergeaient, enrichissaient souvent par des dons privés ou par des pensions gracieusement payées. Les gens de lettres, nature oublieuse ou félone, les déchiraient à belles dents ; Voltaire seul ne fut pas ingrat envers les financiers qui avaient fait sa fortune ; il les loua poétiquement par les plus charmants vers du monde- Ce furent les écrivains qui inventèrent, pour la scène, les faux caractères des financiers de comédie, sots enrichis à habit tout doré, éconduits et trompés par les Marton et les Dorine d'antichambre. Les Monder et les Turcaret ne furent que des exceptions parmi ces hauts et élégants financiers du xviii* siè-
cle ; les gens de lettres raillaieDt ceux qui leur tendaient une main de secours.
Les fermiers-généraux n'étaient ni des ignorants ni des vaniteux ; travailleurs infatigables, ils ne vivaient pas, comme la noblesse, de cette existence oisive, glorieuse seulement sur le champ de bataille ; et toutefois, leur travail n'avait rien d'étroit ni de mesquin ; ils voyaient les questions d'économie politique dans un horizon agrandi; l'habitude de remuer de grosses affaires donne une manière aisée de les traiter ; les financiers de ce temps n'étaient jamais arrêtés par la crainte de sacrifier quelques poignées de louis d'or au succès d'une affaire sérieuse.
Ils étaient amis et protecteurs des arts : leur goût éclairé gardait en toute chose une distinction particulière. Il existait un lien intime entre les artistes et les financiers : les femmes qui protégèrent si spécialement les peintres, les statuaires, les marquises de Prie et de Pompadour, toutes deux sortaient de race financière; la marquise de Prie était fille de M. de Pléneuf, le grand entrepreneur des vivres dans les dernières guerres de Louis XIV. [Ce qu'on appelait alors un traitant.) À seize ans, elle épousa le marquis de Prie, d'une famille de diplomates; spirituelle
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et g&Iante, la marquiëe de Prie pM h Vi cbtif, ëispË-^ cialement à H. le duc de Bi>iit-bon, Uti deS (ilus ardents spéculateur^ du s^^tëmé de Law; elle devint Bon intermédiaire b^pt-èâ de toiit ce \\\ïé \A fîhdncë avait de plus ribhe et db pliià capable : Samuel fiei^ nard) les frères Pâriâ: On a ëcHt des pfitiiphlets âur madame de î^rie; Jamais Une pÀ^% Q'histdit^ qui la représenterait cdmme la bapacitÉ habile qui, de concert avec les ftnantiefs seà amiâ; répara le^ désasiifls du système de Là^, en soulageait le Trésor d'tihe dette publique de pluS de 130 nillllotls dé rentes.
Madame de Priéj d'tin goQt ëxqdis, d'iihë intelligence distinguée^ ne faisait lËsâfTairëÉJ Bi IdllHenleht, ni boui^eoisement ; elle aitiialt tduteâ les délices de la civilisation; tes inille petltii rietls de l'élégance et de la douce vie ; les pofetefl l'eiicbnâaiétlt k sob lever; Voltaire, ^ul Ue fUt jamais iUgMt envers les QtlstlCierâ et les t^vorites « éetltilit ces jolis Vers kiir madame dé Prie :
bn esprit juste, gracieux , Solide dans le MHeuXi Chumut dans les bagatelleSi
Il y avait dans bes tëi-S gnicteui une jUste et cbarmàttté htjpréclatimi des dellx batéâ de VéspAt de là
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hiât-qUlBe de Prie; ce lut à elle encore que Voltaire dédia sa comédie de {'Indiscret.
Voiu qui twnâdei la bduU, Sans être vaioe oi coquette ^ kt l'ettrSihâ TiTacit^, Sans JABudi être indiacrtte.
Si l'hébine dd li pièce
De Prie, eût eu votre beauté,
On eicùsersit lï (Ubiesse
Qu'il eut de B'etce uu peu vanta;
Quel iunant ne serait tenté
De parler de telle maîtresse
Par un aicte de Tanitd
Ou par un eicëa de U
La marquiâe de Poiiipàdotir apparlieiiaU également â la famille deâ ûbanciers; son père était fermier des Iriralides, et avait la fourniture dé l'armée; là jeuaé et cBàt'mahte fille de M. Poisson époiisa le heveu du férmieP-géoéral Lehormand de ToutTioheim , soUsfermier lui-même, et qui était seigneur d'Étiolés, fievenue favorite du roi Louis XV, oii sait l'éclat qu'elle jetd autour d'elle; madame d'Étiotes, puiâ marquise de Pompadour, réutilt ce contrasté très-saillant danâ sa petsolihe : elle fut une femme de plaisir. Une artiste de goût, et en même temps un esprit essentiellement d'aflàires; comme tiiadame dé Prié, elle mit
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à la mode les négociatioDs de crédit public, qui souvent évitent les impôts ; les fermiers-généraux la secondèrent de tous leurs efforts pour trouver les ressources incessantes aux développements des belles campagnes de Louis XV, glorieusement accomplies par la noblesse; les financiers donnèrent au roi tous les moyens d'argent, les fournitures, les vivres des armées sans lesquels il n'y avait pas de guerre
Madame de Fompadour traitait les plus sérieuses affaires avec l'élégance et le bon goâl portés à ses plus nobles limites I peinture, dessin, architecture, musique, madame de Pompadour cultiva et protégea tout; elle fut la véritable créatrice de la manufacture de Sèvres, fondée par les soins de Golbert; elle dessina les plus jolis sujets, et les fit exécuter en un genre nouveau, mélangé de Saxe et de Gbiae. Le jeune marquis de Marigni, son frère, financier distingué, associé au fermier-général Lenormand de Tournoheim, fut le plus gracieux, le plus bienveillant protecteur des arts , et , ce qui est plus noble encore, l'ami, l'admirateur des artistes du xvni' siècle.
A la fois intéressé aux fermes et intendant des bâ-
timents de la couronne , né du rouraiaseur-génèral Poisson, comme la marquise de Pompadour, sa sœur, le marquis de Marigni s'était jeté tout jeune encore dans les études des mathématiques et de l'architecture ; le fermiei^énéral Lenormand de Toumoheim, son oncle, le prit dans les bureaux de l'intendance, et h l'âge de vingt ans , le jeune frère de la marquise de Pompadour, qui portait alors le nom de marquis de Vandières, partit pour l'Italie, accompagné de l'architecte Soufflot, créateur du Panthéon, du grand graveur Cochin, et de l'érudit abbé Leblanc, pour accomplir quelques recherches sur les arts de l'antiquité; à son retour, il traça tous les vastes projets pour l'embellissement de Paris :. places, palais, jardins, églises, promenades publiques, Champs-Elysées, dont un des carrés retient encore le nom de Harigni. A cette époque, de concert avec sa sœur, le marquis forma ce splendide cabinet Pompadour, si riche en livres rares, en tableaux, antiquités, statues, pierres gravées, dont la vente dura ~ plus d'une année après la mort de la marquise ; le catalogue des livres de madame de Pompadour est encore un des chefsHTceuvre de l'art du bibliophile.
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Ce? deux types de ]a marquis de Prie pt (1^ ^9dame de Pom^adour, nous les ayoQ^ précisëm^qt choisis dans ce liyr^ pouf détruire l^ fausse idée que la popiédie avait donnée ^^ tjqanpier^ , {st sp^pi^lpr rpeï^t des fermiers-généfan^, ^u jy]]]' sièclp.gens dp goQt, d'esprit et (Iq ^laute élégaflcp. Cett^ djstinctipn, ils la portaieT^t en foute cfictse r jeuf^ ji^tçl^i tovi^ d'une pevfection r^arc^^able d^iis les plus petits détails, n'avaieiit ûfn (Je lourd, ni ^p in£)s?if fionipi^ les constructions de la haute nobles^ au f^uhoufg Saipt- Gymain ; les; fermierg-génépaui^ prepf h^tir les é|^ fiants hôtels di^ fauboqi^ ^aii|t:-^Q):)q]-é, ^^puis Iî| charmapte hat)itation çie Grjinod de |^ f^^pjërp. jus-; qtf'à l'Ély^éesi parfait, construit pEir U. ^ç Se^ti-r jpn.
Ce qui distinguait les hôtels construit^ par le^ fermiers-généraux, c'était la rét^nion dti (aste et (Je l'utile. Tciijt était bien dessiné et réparti, dq mamèr^ à rendre la vie douce et le service commodç : les meubles précieux étaient surtout réjouissants à l'œil. Rien de sévère, toqt est sensualité ; de petitfi.8 cbifKjf^nièrespc>urétâ|erdfs rienscoùteux;le4apon,|9Chi{^e, l'Inde mis k coqfribption pouf l'orpemept d'unq ^^11^ à manger vaste et ornée ; un salon d'été, frftjç
et abrité dii sQfei| p^j- |^ va^fps 0in|)r^^u j^tt^ÎD; un salqn d'hirp;- é^re^onné, avec tapî^ ép^i^, tfloti^ res, Urge fqyer ^é^isé squs les g(ijpi)re9 ; c))^m)^ à coucher hau|e et saine, paravept^ g^ia ji l'c^il, a^j^ et Toltèrç! to^te i*pEe, toif (e ^Q^ée, pï)iiise j| porteur^ eq porcelaine égaillée dans l'apticjiaTpbrf tout ajn|^brée; t^eaqx laquais, carrosse, chevau^ fringants; j'^rt dç viyrp poussé ^ sa plus charpiante expression.
Chez les fernii^r^-gér^érauï et les ^pjtfjcjers, l'exquise délicatesse présij^ait ^ toq!; les ^pt^ d^ I4 ^e sensuelle, ce aui est, aq reste, pn de^ éjéiqent^ de la santé du çorpç et de 1^ ^çe facile de r^^ppt. Li) fajile des financiers n'empruq^ïf rien ^u^ iQqgs pt robustes festjns de Ja (éodalifé pritTippialp, pi ^ raus|énté abondante et loqrde des p^^rleii^ept^, pi a^^ menu traditionnel du pâtissier BfigQot, chet ^ |q bourgeoisie ; la cuisiqe des fiq^ppiefs.pleipe de raffîpementet deréflpxioq, n'acceptait nil^fadçur mopf)^ tone des mets dq Nord, ni les rpley^s ^picé^ dps t^blps de l'Italie et du S^i(îi ; elle qe devait qq'à pjlemême ses combioaisQps suaves et parfajtp^. Çlq dojf aux finapciprs les Tins pur^ et dea crus. (>e$ premiers, contre l'opinion dq piar^chal dp ïlicheliet^, ils repQqc^rent aqx liqueurs fennpqtéps ^t parfUT
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tnées si chères à nos pères ; ils nous donnèrent le vin de Bordeaux trempé dans l'eau chaude, le Champagne frappé de glace. C'est au président Hénault, d'une des grandes familles financières, qu'on- doit la renommée du Chambertîn et du Clos-Vougeot, qui avaient rendu la vie à Yoltaire. Oq lui doit également les coulis, qui sont aux sauces ce que l'esprit est à la matière : coulis de crevettes, d'écrevisses, de gibier, et le potage bisque, la plus habile combinaison médicale pour les estomacs froids ; ils créèrent la souveraineté de la truffe; ils firent la juste renommée digestive du jambon trois fois cuit au vin de Madère, avec des charâpignons garnis de truffes; puis ce plat si doux aux tempéraments très-irrités : la caille et l'ortolan à !a financière, qui a retenu le nom de ses créateurs illustres; ils renoncèrent à ces rôtis homériques de nos pères pour adopter la faisanderie, délicate qu'ils brodaient de truffes, comme ils avaient coloré le turbot par le coulis de homard.
Dans leurs rapports avec les femmes de ce siècle,les fermiers-généraux traitaient l'amour vulgaire comme il mérite de l'être, avec del'argent; ils ne prenaient pas la peine de faire des vers,comraeVoItaire à mademoiselle Salé, à Clairon, ou comme en faisait
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Raeine à la Cfaampineslé ; ils ne se ruinaient pas, comme les ducs et puirs, pour telle autre danseuse, et ne finissaient pas par une banqueroute comme les Kohan; surtout ils ne vivaient pasau\ dépens des fitlra de théâtre, comme quelques beaux $;entilshommes joueurs à demi escrocs. Le fermier-général faisait entrer l'amour vulgaire comme une dépense de sa maison, un supplément à sa domesticité et à ses écuries; s'il tenait quelque papillon d'Opéra en cage, il l'entretenait magnifiquement, rien au-delà, comme un luxe et jamais comme un amour; pour une telle femme un fermier-général ne se fût pas dérangé de Bes affaires, des réunions de sa compagnie ou de ses opérations quotidiennes. Tout était réglé d'avance : pour lui la beauté la plus ravissante était une distractira et jamais une préoccupation. Sur la scène, on le représentait quelquefois ridicule et jaloux ; rien de moins exact : le financier ne se faisait pas de ces inquiétudes; il pouvait être trompé sans le savoir: mais, s'il le savait, assurément il ne faisait ni tapage, ni reproches; il reprenait sa canne h pomme d'or, son chapeau galonné, et transportait ailleurs ses pénates enveloppés dans des billets de caisse; et cette émigration était parfaitement accueillie partout où il
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y avait trumeaux dorés; canapés de Perse fet chinoiseries sur des bahuts d'ébène ornés des mille caprices des divinités de la danse.
Far faste et peut-être par coutume , le fermier-général avait sa petite maison ; et qui ne l'avait pas au xviir siècle? Qu'on m croie pas que j'approuve ce« mœurs; j'explique les coutumes d'un temps et jus* qu'à ses vices. La petite maison n'était-elle pas un dernier respect au toit domestique et un hommage à sa pureté ? On n'abritait pas aitisi ohei soi , an sein de sa famille, les scandales, les vil&ines. habitudes; on se cachait; le goût, la richesse embellissaient la petite maison et en Taisaient presque un desSln de WaUeau. Nous en avions encore un charmant iuck dèle à CoUrbevoiot dans le petit château des Co^ lonnes, bâti par le fermier-général de Faulze i avec ses belles charmilles, âon magnifique bouquet d'ar* bres , car alors on dessinait les jardins, et Le Nôtre avait prêté son pinceau même pour le spletldide pire de Bercy : aujourd'hui d'ignoblea caves de vin frelaté ont remplacé ces belles allées qui s'étendaient jus*qu'aux bords fleuris de la Seine. Qui nous rendra Bagatelle et le splendide rendez-voue du. château de la Muette? I..e6 fermiers-généraux avaient chacun Une
de ces gracieuses meisons sur le revers de la col* Une ds Uontmartrei ou bien vers la porte Saint-Ho* noré; mais le quartier préféré était la eolitairs ru« de CharoQue , non loin de Uoab-euU , dans le vatte terrain qui depuis est devenu le cimetière du Père^ Lachaise. Dieu permet de ces coDtrastesI il place Ut pourriture des tombes à côté de la corruption de la chair, et le vers du sépulcre se glisse à travers ta cour ronne de roses de la courtisaae ; l'apoplexie vous regarde de ses yeux fixes et flamboyants au fond du verre d'Aï qui pétille.
Biea de plus finit &u point de vue de l'art, que la petite maison d'un fermier-général : tout y était préparé pour le mystère et l'amour i un vieux suii^sci qui ne parlait pas francaisi vous introduisait dans un pe* tit vestibule peint par les maîtres du temps : ber* geries sentimentales dans lee jardins fantastiques de Watteau : l'eau des cascades tombe en gouttes diamaotées sur des conques de marbre oii se mirent des Nymphes et des Satytesi mélange des villas de Rome, des jardins de Le Nôtre et des fantaisies du maître : ici des tables à ressort dressaient dev&nt vous, comme au théâtre i un splendide souper ; là s'allumaient magiquement des milliers de bougies
dont l'éclat passait & travers les fleurs, pour se refléter dans les glaces et les miroirs de Venise : on mangeait gaiement, avec le sans-façon d'une vie aisée, pleine d'égalité et de joie ; il y avait chez les hommes et chez les femmes ce qui s'est perdu dans les générations suivantes, un parfum dé délicatesse et de bonne compagnie. Les vices sont restés ; seulement l'orgie est descendue plus bas; elle s'est vouée aux laquais. Quels lieux servent encore aujourd'hui à vos plaisirs et à vos fêtes? quels sont les rendez-vous de vos délices les plus élégantes? Le féerique château d'Âsnière, qui semble un des châteaux d'Àlcine, de messer Arioste, n'était que la petite demeure de la marquise de Parabère 1 La révolution a dévoré une fois plus d'argent que le vieux régime ; elle a eu ses orgies, et n'a rien laissé que des ruines.
Le mauvais côté de leur existence, les fermiersgénéraux la corrigeaient par la protection éclairée qu'ils accordaient aux sciences, aux lettres, aux arts; ils commandaient et payaient les meilleurs tableaux aux pauvres artistes inconnus; chez eux, large et belle hospitalité aux poètes, aux savants, aux peintres, aux musiciens : ils leur donnaient des places dans les fermes, ils les associaient aux bénéfices ; y
— 165—^ avait-il une entreprise littéraire , savante , ils l'encourageaient; plus d'une édition de vieux livres fut faite aux dépens des fermiers-généraux, et on les recherche encore aujourd'hui en bibliographie, comme les nouveaux Aldea du xviTi" siècle. La vie du monde éclaire et épure le goût; il est impossible de mal faire, de rester commun quand on vit avec les idées élevées et les hommes de goût.
Un des caractères pleins de distinction des fermiers-généraux fut toujours d'unir l'esprit sérieux des vastes affaires à cette aisance , à cette facilité de la vie qui semblait ne s'occuper que des frivolités du monde; Marivaux disait d'eux qu'ils cachaient leurs gros et vilains registres de la ferme sous des corbeilles de fleurs : le trait ridicule et saillant des petites capacités est de se montrer toujours affairées pour produire peu, tandis que les esprits supérieurs s'agitent peu pour produire beaucoup ; quand la fortune a été acquise par de longues luttes, elle se fait lésineuse ; elle dispute le sou qu'elle dépense ; elle donne en voulant retenir; ce qui constiti'.s le manque de grandeur. La fortune facile qui avait battu de son aile d'or, en enfa-ant dans l'hôtel d'un
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fermier^géDéral, avait d'autres manièreB de dépenser les louis qu'elle semait à pleine!) mains.
Rien pourtant de mieux et de plus habilement adr ministre que les fermes-générales, qui composaient un véritable ministère avec des départements distincts sous la direction d'un comité spécial : chaque province avait ses délégués et ses employés des fermes , avec des traitements combinés sur les recet- . tes : et telle est la puissance de l'industrie privée qu'elle faisait mieux , à meilleur marché et avec un plus petit nombre d'employés que la régie même. L'abus était impossible avec le système de surveillance établi ; les plus jeunes des fermiers-généraux, chaque année, devaient visiter les bureaux de province et rendre compte à l'administration centrale ; les délégués étaient presque toujours des savants dans la chimie, les mathématiques, le commerce,les finances, de manière à rmdre ta perception la plus lucrative, sans qu'elle lût plus onéreuse pour les contribuables : Helyétius devintllinspecteurdu comité central dans les divers départements des
On ne comprenait jusqu'en 47SO, sous le titre généiique deOnandérs, que les fermiers-généraux et
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les traitants ; les uns dont je viens de dire la vasla spéciaKié , les autres qui se chargeaient surtout des foumiturea (ciunBieree, manufactures) pour le service du l'or. Parmi les gens de finances , un très-petit nombre alors prenait le titre de banquier, titre an resté presque étranger, emprunté à Gènes, Florence, Venise (banqtùiH, teneur de banques). Mazarin avait eu ses banquiers ; sous le Régent et pendant le système de Law, les banquiers prirent quelque consistance; Samuel Bernard eut un moment le titre de banquier du roi , cbargé de toutes les négociations d'argent pour la couronne. Plus tard, les véritables banquira^du roi furent les T^bord.e; le premier des Laborde , originaire d'Espagne , maître d'un grand commerce à Bayonne, puis à Bordeaux, avait fait de vastes spéculations avec lllnde, à la suite desquelles il vint s'établir à Paris : il fit des avances au Trésor, et le roi Louis XV le nomma son banquier.
En dehors de ces banquiers spéciaux pour le service de la cour et du roi, on ne voit pas figurer des banquiers dans l'almanâch royal jusqu'en 1765 : lors- . que l'abbé Terray voulut se passer des fermiers-généraux et des traitants, pour centraliser toutes les recettes et les dépenses dans le Trésor, les banquiers
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prirent uue certaine importance ; ils se multipUërent jusqu'à l'invasion des banquiers génevMS, Thélusson et Vernet, 6ts de réfutés protestants à la suite de la révocation de l'édit de Nantes, et les maîtres de Necker : les Laborde valaimit mieux que ces cœurs secs et intéressés de la banque genevoise ; protecteur des arts, Jacques Laborde fut l'ami de Vernet, de Greuze, et, de concert avec H. de Marigni, il acheta presque tous les tableaux de ces grands maîtres.^
Ainsi était l'esprit général des ûnaneiers : maintenant faisons connaître quelques-unes de ces vies de fermiers-généraux qui passèrent à travers le xviH" âècte en jetant des poi^ées d'or pour le développement des arts, de la science et de l'industrie.