‹ Histoire des grandes opérations financières; banques, bourses, emprunts, compagnies industrielles, etc (volume 2)Chapitre 15 sur 30 · LE RICHE DE U POPELINIÈRE · texte numérisé non relu

LE RICHE DE U POPELINIÈRE

ODpeutplacerentètedesfermiers^énéraux de cette époque de Louis XV comme un libéral et fastueux esprit, Alexandre-Joseph Le Riche de La Popelinifere"; il n'est pas mémoire du xviir siècle qui ne parle de cette somptueuse et douce maison de Fassy ob Marmontel écrivait ses contes charmants et son fastidieux et plat Béliaaire, où Carie Vanloo peignait ses plus gracieuses toiles, où Rameau touchait sur l'orgue ses préludes d'opéras, tandis que Vaucanson préparait ses hardis chefs-d'œuvre de mécanique et de phyûque.

Popelinière, né à Paris en 169S,fds d'un receveurgénéral des ûnances , fut nommé à vingt-huit ans [1718} fermier-général ; plein de grâce et de libéralité, il devint ainsi un homme à bonne fortune : il fut rival de plus d'un prince, des Carignan surtout; délégué du conseil général des fermes à Marseille , il y résida quatre ans au milieu des ïè\m et des somp-

tuosités, et ce fut lui qui , de concert avec l'intendance, accompUt la vente de l'arsenal transformé en une ville nouvelle et bien percée. De retour à Paris.LaPopelinièren'abandonnapasun seul moment ses goûts de plaisir et de théâtre : passionné pour madame Dancourt, la fille du poëte , alors célèbre- au théâtre', il vécut longtemps avec la jolie soubrette; ce' n'était point une artiste vulgaire que Himi Dancourt ; son père, auteur et comédien aimé de louis XIV pour son esprit , son respect et ses nobles manières, avait élevé ses filles avec tin grand sohi pour la scène et le monde. Madame Dancourt tint le salon de M. de La Popelinière avec une distinction très-remarquable , partageant ses loisirs entre le théâtre et ta société. Cette vie publique devint vraiment un peu scandaleuse; et au renouvellement du bail des fermes, le cardinal de Fleury mit pour condition le mariage de H. de La Popelinière avec mademoiselle Dancourt, union troublée par la publique aventure d'u duc de Richelieu qui, pour obtenir madame de La Popelinière, fit construire la fameuse cheminée tournante. Je ne sache rien de plus fastidieux que ce caraetère vantard d'entrepreneur de bonnes fortunes I Il s*ea suivit ufie séparation ; madame de La Popeli-

:,■,. Cookie

DÏère mourut abaodoaaée de tous, se suffisant avec les SO nulle livres de penùon que lui faisait son mari.

M. de La Popelinière s'en consola; il fit de sa maison de Passy un lieu de délices; sa société un peu inélée réunissait le luxe, l'esprit à la galanterie ; un vaste parc peuplé de statues gracieuses, des cascades au milieu de vergers ; un palais peint à la fresque par Latotu" et Carie Vantoo, des jardins merveilleusement tracés sur les dessins de Laneret, puis de la musique, des opéras, un théâtre, des fêtes aux âambeaux. Ainsi La Popelinière dépensait fastueusement sa fortuneavec esprit, avecgrâoe, toujours sans compter, de sorteque. la compagnie de ta ferme s'en alarma ; la charge de fermie^général lui fut retirée lors du bail de 176â, daps la crainte qu'il n'en compromit le crédit. La compagnie des fermes exerçait une surveillance morale sur chacun de ses membres ; elle répondait des dettes contractées dans l'exercice de la charge du fei^ nûer-géuéral, ., , , . - .

Privé de sa chaîne si lucrative, La PopelinièFe, fort riche encore, n'en continua pas moins sa vie élégante et. gracieuse dans sa maison de Passy entre Rameau, Vernet, Vanloo. Boucher,, UanuâDtel et Vaucanson;

il aimait la comédie, les romans, et lui-m^e composait de petits contes comme tout le siècle, qui notait à vrai dire qu'une grande féerie de joie et dé sensualisme; son goût pour le théâtre lui fît encore épouser à plus de soixante ans mademoiselle de Hondran, qui jouait les ingénues à ravir. La Popelinière fournissait les sujets avec esprit, il composait beaucoup , et , selon le goût généra!, il écrivît des allégories orientales ; sous la transparence d'un conte persan, Daïra, M. de La Popelinière trace le tableau de la cour de Louis XV ; un livre libertin orné de gravures obscènes dessinées par La Popelinière, sous le titre Det mœurs du siècle, fut saisi par l'ordre du roi : triste époque de sensualisme où le siècle, comme un vieillard épuisé , avait besoin de se réveiller par des obscénités honteuses! M. de Ia Popelinière mourut à soixante-dix ans.

Les poètes qui l'avaient tant encensé Taccablèrent de leurs sarcasmes : toujours la même ingratitude ! T^ Popelinière laissait sa femme enceinte, et ils écrivirent de lui :

Cl-gtt qai pour rimer paya toujoun fort bien ;

C'est la eoutume, L'ooTrage seul qui ne loi coûta riea.

MarmoDtel, plus juste, plus reconnaissant, traça une épitaphe louangeuse :

Sons ce tombetn repaie on flnuidar

Qui fut de ion état llioiiMiir et !■ critique ;

Vertueiu, UeuTaisBOt, mils toi^oun tloE^er,

Il wolagea la mlaire publique ;

PMMOt, priei ponr loi, car 11 fat le premier.

Il est rare que les financiers n'aient pas toujours été l'objet des sarcasmes des poètes et surtout de la colère publique : on ne songe jamais aux soucis de leur vie, aux immenses travaux qui ont préparé et secondé leur fortune, on voit l'or qui brille au front des financiers ; on ne compte pas les travaux qui roDt produit!

Page 1