CLAUDE DUPIN ET MADAME DUPIN
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Ce fut ici iin des salons les plua sérleut et lèS plus littéPaireâ du ivin' siècle. Il est impossible de séparer madame Dapid de soU mari ; elle l'a reudu célèbre par ses amitiés 6t ses goûtiS pédants de philosophie setitimentale.
Claude Dupbt tié il ChftteaUroUx en 1698, avait d'abord servi comme capitaine dans le régiment d'Anjou; appartenant à une famille riche et considérable , il obtint le brevet de fermier- général lors du bail de 1733: doué d'un esprit esseutielleraent pratique et d'une vaste science, il devint l'érudit de la compagnie ; Dupin publia plusieurs ouvrages de finances très-remarquables ; un mémoire surtout curieux sur les moyens de maintenir les blés à un prix raisonnable pour les vendeurs et les acheteurs : à toutes les époques se trouve ce problème à résoudre. Déjà toute une école, celle des économistes, pro-
clamait le principe hardi du libre coninlerce des graids : Dupin voulait le corriger par une sorte de maanmtm, que le fermier et le propriétaire ne pourraient jamais dépaaaer. Fort avancé dans toutes lei branches de la mécaniquâi Dupin présenta tt i' Académie des sciences un mémoire pour le perfectionne* ment des voitures publiques, développant dans ce mémoire la même idée que Pascal sur la nécessité d'un monopole qui pourrait créer des voitures en commun à bon marché. L'œuvre capitale de Claude Dupin porte ce titre : « Observationt sur an livre intitulé de CEtprit dit Jjoii. » Montesquieu, joueur aventureux dans le système de Law, avait perdu beaucoup d'argent, et il eh avait gardé une vive colère contre les financiers. Tout un chapitre de l'Etprit dès Lois est dirigé contre les fermiers, les puhlicains, les traitatits de toutes les époques. Mon^tesquieu y déploie cet esprit d'antithèses, ce cliquetis de mots souvent vides et sonores qu'on peut déjà remarquer dans les Lettres persanes^ mauvais et vUl'gaire pamphlet contre le christianisme. Claude Dupin, esprit essentiellemeut pratique • réfute historiquement, et par les faits, toutes les antitbèses de Montesquieu sur la pondération des pouvoirs: le fisc,
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réconomie, la ferme, la régie; enflD il raille ce gou- . veroement adoré par Montesquieu, où tout se balance et se tient en équilibre comme un danseur sur la corde tendue : le roi, les ministres, les chambres.
Claude Dupin, savant très-distingué, reçut un certain reQet littéraire de la société de sa femme, l'amie si hospitalière de Fontenelle et de Marivaux, caractères égoïstes et charmants qui trouvaient dans cette maison les douceurs et les aisances d'une vie large et opulente ; ces natures peu reconnaissantes médisaient souvent de Claude Dupin, comme ils avaient raillé Le Riche de La Popelinière.
Autant il faut honorer la science de Claude Dupin, autant il faut rendre à sa médiocrité pédante le talent de sa femme, qui sfi mit à faire des livres de sentiment et d'éducation : on avait la manie, depuis l'Emile de R'ousseau, d'écrire sur l'art d'élever des petits polissons grimpant sur les arbres comme des singes, et qu'on appelait des citoyens et des philosophes. On prend en haine les principes de la société, quand ils vous refusent la place que votre orgueil prétend y prendre ; rien de plus naturel que la bâtardise et l'adultère déclament contre le mariage. Madame Dupin, qui avait dans son origine une glo-
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rieuse illéf^timîté, se mit donc à écrire sous les inspirations de l'auteur de V Emile et de la Nouvelle Hé- ' lofse, quelques livres déclamatoires : romans, voyages, lettres, œuvres saluées avec enthousiasme par les caprices d'un temps, et qui passent si vite ! Les générations futures bâillent sur les admirations de de la génération qui 6nit, sur les Saint-Preux et tant d'autres héros maussades ou misanthropes, génies véritablement incompris.
Il faut rendre pourtant cette justice à madame Bupin, qu'elle tint toujours J.-J. Rousseau h une distance de respect; elle prit l'humilité affectée du copiste très au sérieux, et ne l'éleva jamais jusqu'à elle. Rousseau fut chez madame Dupin comme il avait été au temps de l'ambassade du comte Monlaîgu à Venise, dans la domesticité de la maison. Un moment précepteur des enfants, puis copiste; comme il arrive toujours aux caractères abaissés, Rousseau se plia merveilleusement à des sujétions quelquefois humiliantes; il fait dans ses Confessions l'éloge de madame Dupin , qui méritait , au reste , toute l'affection de l'école philosophique; car elle fut on de ces esprits pétris par le xviii" siècle que rien ne put corriger , ni les épouvantables, tristes-
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privée de la foi; elle resta de bod époque, et, dans ses rides saupoudrées de rouge, oq pouvait lire encore les pages de V Encyclopédie.
Claude Dupin, ti remarqtiable fiDancter, était mort plus de trente ans avant sa femme, le ^5 févrief 1769. Ses livres sont devenus trèa-rares. spécialeinent sa réfutation de XEsprit <Ui LoU de Uontes- ' quieu. Un des despotismes de l'école encyclopédique fut surtout d'empêcher la publicité, la popularité des œuvres qui combattaient ses systèmes, et ^oxttesquieu s'adre^a humblement à madame de Pûm<padour, pour ta supplier qu'elle ûrdannàt la suppiïession du livre de Claude Dupin. La marquise obtint, en effet, la destruction d'un grand nombre d'exemplaires, et les bibliophiles calculent qu'il n'en existe pas plus de dix désignés dans les catalogues.
DE U UVE DÉPINAT.
Le nom d« T<a Ijve se mêlait aux plu» dîlfîcilefl opérations ÔDaneiëres du système de Law : M. de La Lira de Bellegarde , fort lié avec les frères Paris , avait concouru jt l'épuration de la dette publique : il eut UB fils unique , qui prit le Dom de la terre d'Épiaay. Le roi lui remit le brevet de fermier-général le jour de son mariage avec Louise-Florence Tardieu d'Ë»daveles, la fille d'un officier supérieur, tué il côté de Sa Majesté dans La guerre des Flandres , tète romanesque et dissipée,
M. d'Épinay, moins travailleur que Claude Dupin, avait uoe intelligence plus élevée, plus féconde en ressources fiscales; il ne cessa de présider tous les comités, se montrant un des plus habiles à faire (Produire l'impét. Avec ces habitudes fiscales et travailleuses, M. d'Épinay conserva la vie élégante des fermierfr-gépéraux : dans son hôtel de la rue Saint-
180 — Honoré, Sf. d'Épinay recevait Voltaire, Montesquieu, Buffon ; ami des artistes, il orna de tous les embellissements les plus gracieux la belle (erre qui portait son nom, près d'Enghein.et son magnifique parc de la Chevrette, où sa folle femme, éprise du plus triste des caractères, J.-J. Rousseau , fit bâtir le fameux Ermitage, devenu célèbre par le pèlerinage ridicule de quelques amants neillis. La correspondance de Rousseau avec madame d'Épinay est une page mauvaise de la vie élégante du château d'Épinay ; c'est une tache sur du satin. Dans ce salon brillait encore Élisabeth-Françoise-Sophie de La Live de Bellegarde, qui avait épousé un noble gentilhomme de Normandie ; cette femme que Rousseau avait aimée grossièrement et qu'elle dédaigna pour Saint- Lambert.le poète des5a)»)nj,quicorrigeaitaunroins, par l'esprit et le noble habit d'oHîcier, les vanités et les abaissements de la littérature.
H. de La Ijve d'Épinay subit ta même disgrâce que M. de La Popelinière et par la même cause ; la compagnie des fermiers-généraux avait craint qu'il ne compromît sa fortune par ses prodigalités aventU' reuses; la Uve d'Épinay, d'aburd protégé par madame de Fompadour qui tenait tant aux finances
par H. d'Etiolés, perdit cet appui à la mort de la favorite, et on ne le comprit pas dans le renouvellement du bail de 1765.
M. d'Epinay, néanmoins, continua des opérations financières fort heureuses, et sa vie d'opulence ne se ressentit pas de ta perte de son brevet de fermiergénéral. Madame d'Épinay , qui était passée aux mains de Grimm (une femme philosophe passait alors publiquement d'un amour à un autre) , acquit une réputation d'auteur aux dépens de sa dignité; elle publia les fameuses Conversations d'Emilie, œuvre demi-morale, demi-philosophique, pauvre composition sentimentale, qui obtint un des premiers prix fondés par H. de Monthyon, alors chancelier de M. le comte d'Artois. Étrange idée que celle de M. de Monthyon I Que l'esprit et la science soient couronnés par des académies , rien de mieux ; et encore I mais que la vertu reçoive sa récompense par un brevet d'académiciens , c'est une de ces idées encyclopédiques que la révolution française réalisa en 179&, dans les fêtes de la vieillesse, de l'enfance, des époux et des bons fils, époque où l'école du xviir siècle s'était faite homme dans Robespierre.
H. de La Uve d'Épinay laissa sa femme à tous les
- 18« travers de sa Correspondance bel-esprit avec Voltaire, Buffon, d'Àlembert, Diderot; lui s'occupa dévastes spéculations sur les blés. Se femme mourut en 1 783, se contiDuant dans madame d'Houdetot, qui s'éteignit dans son fauteuil, entourée des vieux fétiches de la philosophie. On s'était fkit alors m& âen&lbilité d'occasion, un culte ferdé d'amour et d'amtUè : nulle reli^on positive ; la vie avait quelque chose de thé&lral. On détruisait ii plaisir la vieille société, comme si la première conséquence d'une révolution n'était pas d'emporter ces existence él^antes et h»tueuses.
mille, direeteur des fermes à Caen; Helvétîus déploya une aplilude particulière pour la répartition des produits de la régie; et, comme un des plus jeunes des fermiers-généraux , selon l'usage, il reçut la mission d'inspecter les divers bureaux de province.
Déjà un goût très-prononcé l'avait porté vers les lettres, la passion de son siècle; Helvétius s'était lié avec Fontenelle, Marivaux, Saurin ; généreux à l'excès, il faisait des pensions à cette école attrayante et libertine. Marivaux, esprit charmant, recevait mille écus chaque année d'Helvétius, bien qu'il passât sa vie chez un autre fmancier, M. de La Popelinière. Mais la liaison d'Helvétius avec Voltaire était plus tendre, plus affectueuse , sur un pied de plus haute égalité. Voltaire adressait à Helvétius ces jolis vers si connus :
Apprenti r^mier^^éral,
Trëft-BBVADt, maitra es rut de pliJn, .
Chez Pluttu, ce gros dieu brutal,
Voua portâtes mine Étrangère.
Hais chez les Amoun et leur mËre,
Chez Mineire et chez Apollon,
Lonque vous Tintes k paJUtM, - -
On vous prit d'abord pour le maître
Ou pour t'enrant de la maiion.
Dans un voyage qu'il fit en Languedoc , en Lor-
mine, en Boulogne, Helvétius visita Uontesquieu à la Brède, puis Voltaire à Cirey, et Bufibn à Mootbar, tes graDdes divinités de la philosophie : épris de tout ce qui touchait à la renomniée, de toute distinction dans les letU^s , il ne négHgeait pas les intérêts de la ferme-générale; Helvétius organisa sur des bases nouvelles l'aide des vins et des eaux-de-vie (depuis les droits réunis] ; il agit avec douceur et habileté, mais remplit parfaitement les instructions de la ferme et son devoir de délégué de l'administration centrale. Le soir, au souper, il écoutait le Mahomet de Voltaire, et le lendemain il résumait avec une aptitude parUculière les chiffres de la régie; à Monthar, il souriait de bonheur à quelques-uns des plus élégants récits de Buffon sur les beautés de la nature; puis il visitait les vignobles de la Bourgogne pour les faire cadastrer dans l'intérêt de l'impôt.
A Paris Helvétius était de tous les plaisirs, de toutes les bonnes fortunes dans cette société élégante et facile: doué d'une figure charmante, d'une tournure faite à ravir, ave» les grands moyens de séduire, il jouissait de tout ce que sa fantaisie désirait avec une liberté ardente qu'il tempérait par des études sérieuses. Enfin il se fatigua des devoirs im-
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posés par l'administration de la ferme, et avec l'autorisation du roi, il vendit son brevet 1500 mille livres: possesseur d'une fortune immense acquise par trois générations heureuses, il acheta des terres et les plus belles de France , celle de Voré dans le Perche [qui valait 300 mille livres de rentes), il y fit son séjour habituel, livré à ses études chéries, à des plaisirs aimés et souvent vulgaires. Helvétius rachetait tout par sa passion pour la chasse comme un vieux féodal, et dont il jugeait les délits avec une inflexible rigueur.
A Paris, il habitait son bel hôtel de la rue Sainte- Anne, qui prit le nom d'Helvétius durant la révolution française, et sa ravissante maison d'Auteuil où il composa son livre célèbre de VEsprit , qui eut au moins le mérite d'une épouvantable sincérité. Helvétius, sans aucun ménagement, même d'expression , fit l'éloge de ia matière, conséquence lo^que du système de Locke sur la souveraineté des sens. Voici le résumé de son livre : « Les actions de l'homme Sont déterminées par le plaisir, par l'égoïsme. » Ce livre qui feit peur, Helvétius l'écrivit pourtant comme une distraction, sans réfléchir aux conséquences, Bortedejet irréfléchi de sa plume abandonnée : « Ce
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^a'il pensait il te diMît ; » et pourtant pauvre gout*teuit déjJi, comment pouvait-il se faire illusion sur la tristesse de la matière?
Le livre de l'E^mt fit une sensation profonde ; le roi qui aimait ce nom d'Helvétius s'en.alnrma ; homme du monde, protégé de Louis XV et de Mesdames, naguère fermiier^éral, honoré des bontés de la plus pure, de la plus sainte des reines, Marie Leczinska, flelvétius écrivait une triste satire contre la religion de ces nobles âmes [
Le scandale fut si grand, l'alarme si répandue, que Rome même lança une buUe solennelle contre le livre de YEtprit, bulle prophétique qui annonçait la révolution française. Helvétius, je le crois,fut vivement contrarié de l'effet produit par son livre ; il ne l'avait ni espéré ni voulu ; surtout il n'en avait pas compris la portée ; la société ricfae.élégante d'alors étaitainsi faite qu'elle se détruisait elle-même le plus agréablement possible ; elle marchait gaiement à sa ruine en tuant toutes tesu'oyances, tous les prestiges. En vain Helvétius déclarait-il hautement qu'il n'avait voulu attaquer aucune des vérités révélées par le christianisme I ■ Le livre de VEsprit n'en détruisait pas moins les fondements delasociété civile etpolitique : riche, volup-
tueux , fermier-général, Helyétius ne Toyaitil pas
s'élever devant lui d'autres appétits, d'autres égoïsmes, ceux de la démocratie et de la révolution? La mati^e qu'il avait célébrée l'emporta bientôt dans les accès d'une goutte remontée (avril 1771), laissant sa veuve plus philosophe encore que lui, vieille incrédule qui dans sa maison d'Auteuil n'eut d'autres amis que les idéologues Cabanis, Volney, Destutt de Tracy, les chats, les chiens et les serins : sa maison d'Auteuil devint un centre d'opposition politique que ie Premier Consul surveillait et raillait avec son juste dédain pour l'idéologie l
LES CONTRÔLEURS-GÉNÉRAUX SILHOUEnE, BERTIN ET LiVERDL
Les opérations dea fermiers-généraux aidaient souvent le Trésor; toutefois, l'admiDistration des fermiers considérée en elle-même, restait libre, comme toute entreprise particulière qui remplit ses engagements. De son côté, te contrôle-général gardait sa complète indépendance pour les opérations de la caisse des services sous un ministre du roi chargé du département.
C'était une place fort difficile que le contrôle-général des finances, au milieu des embarras que causaient à la fois ta pénurie du Trésor, k difficulté d'établir de nouveaux impôts et le mécanisme des institutions de la vieille monarchie : on venait d'achever les grandes guerres, les campagnes glorieusement commencées par Fontenoy; le roi signait les traités de paix qui assuraient la Lorraine à la France.
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Des dépenses considérables avaient été feites à la suite de ces guerres et de ces négociations û heureuses pour la France.
Dans les tenjps madernea, riep de plus simple que la manière d'opérer des gouvemements dans les questions de Gnaiiçes : quand l'État est en déûcit, on équilibre la recette et la dépense par l'emprunt et l'impôt : nulle difficulté I Un vote donné pour la forme, vient sanctionner les résoluUona prises par l'État. U n'en était pas ainsi sous l'ancien régime : le roi ne pouvait pas imposer le peuple sans rencontrer mille obstacles.
Il y avait des privilèges qu'il fallait respecter dans le clergé, la poblesse, les corporations, la bourgeoisie et les métiers ; les parlements refusaient d'enregistrer les impôts ou adressaient des remontrances vives et souvent injustes; il fallait violenter leur vote par des lits de justice, et le contrôleur-général, trèssouvent était forcé de renopcer. à l'impôt par ta difficulté de l'obtenir et de le lever dan« les provinces.
Une des contre-vérités établies par l'école hi^orique moderne sur l'ancien régime, a été celle-ci ; « Que la France subissait alors un gQuveroemwt
absolu 1 » Quel absotatisine que celui qui ne pouvait faire \m pas sans se heurter coulre uu fait, sans r^^ courir aux expédteats, sans négocier avec tous lea corps politiques, et toutes les toatitutioa^ , les hommes et les choses! Il n'y a de despotisme que celui que créent les révolutions, et cela s'explique parce qu'elles font table rase sous prétexte d'égalité; et alors sur tant deruines s'élève un pouvoir néçe^ saire, qui ne tient plus compte que de tui-mème et du système qu'il veut faire triompher; ce nouveau pouvoir tranche sur tout, commande, gouverne k son gré, si facilemept, qu'en vérité, s'il tombe, c'est par sa faute, tant les obstacles ont disparu, tant la société se fait souple sous sa main I
Les difficultés que rencontrait le vote de nouveaux impôts dans le parlement, avaient en^gé la mar^ quiae de Pompadour à faire confici' le contrôle-général à un esprit essentiellement parlementaire, Ëtienue de Silhouette, fort lettré, avec une juste renommée administrative. Bas sa f^us extrême jeunesse, dans sa ville natale (Limoges), H. de Silhouette s'était occupé de recherches statistiques sur l'impôt; ensuite il voyagea en Hollande, en Suisse, en Italie, étudiant partout le mécanisme fînaneier daus les gouveme-
ments : un moment conseiller au parl^neat de Metz, M. de Silhouette avait préféréàcé hautsiège de justice, une place de maître des requêtes de rhôtel.eequi le rattachait à l'administration active. Il fut m conséquence chargé de plusieurs missions, spécialement en Angleterre.
Etienne de Silhouette apportait en finance non point les idées aventureuses de Law, mais les fonnes et les habitudes anglaises sur la levée régulière des impôts : après avoir appartenu à l'administration publique et au conseil des finances, il fut appelé au contrôle-général en mai 1757. Les idées anglaises de M. de Silhouette lui firent considérer le bail des fermes comme une mauvaise institution ; il en attaqua le principe, imposa les fermiers, et le premier des contrôleurs, il parla au conseil du roi de la nécessité de fixer les dépenses de la couronne, dé les Inniter chaque année de manière à constituer ce que les Anglais appellent une liste civile.
L'essai d'une banque à billets fut la seconde mesure que proposa M. de Silhouette afin de diminuer la puissance exclusive du numéraire : cette banque devait rester une institution particulière en rapport néanmoins avec le Trésor pour l'escompte des va-
leurs d'État : de cette manière on pourrait affaiblir le prestige de l'or et de l'argent. Pour donner un grand exemple, M. de Silhouette engagea le roi à envoyer sa vaisselle plate à la Monnaie pour l'échanger contre des billets de caisse et aider ainsi la circulation du papier. Secondé par une sorte de popularité, M. de Silhouette tenta de présenter un édit de subvention générale comme en Angleterre; mais le contrôleur-général n'avait pas assez compté avec le parlement qui 6t une violente opposition au nouveau système financier et ne voulut pas enregistrer l'édit.
On chansonna, on rsilla dès lors M. de Silhouette dans les couplets et noëls : on inventa les goussets sans fond à la Silhouette; les porb^its sur l'ombre à la Silhouette pour indiquer la fragilité de ses moyens; en vain, le contrôleur-général voulut prendre son système au sérieux et le faire ainsi accepter par le public : quand le ridicule s'empare d'une idée il est impossible d'assurer son succès en France, où tout est jeu d'esprit et moquerie. H. de Silhouette quitta le contrôle-général, peu de temps après l'avoir accepté, et il mourut dans la plus profonde obscunté avec la triste réputation d'un esprit L (S) IS
et d'un caraotèro faux en admintËtration st en politique.
Le système soglaU des subventions, budget et liste civile essayé par H. de Silhouetta n'ayant pu réussir, le roi confla le oontrôle-génénil des finances à un administrateur essentiellement pratique sorti des intendances, lean Bertin qui avait successivement administré les provinces û\i Routstllon et du Lyonnais avec quelque renommée; un moment appelé à la police de Paris, poste toujours difficile, H. Bertin l'avait rempli avec liabileté. Ce Ait enoore par te crédit de la marquise de Pompadour dans les questionfl de finances que, de conseiller d'État, M. Bertin Fut élevé au poste de contrôleur-général.
Le Trésor royal était incontestablement daus une mauvaise situation, comme il arrive toujours quand un système essayé n'a pas réussi ou qu'il est abandonné; l'édit de subvention repoussé par le pari» ment devait pourvoir k tous les services, et par oon* séquent tous les services se trouvaient en souffrance dès que l'édit était repoussé. Dans ce vide désespérant du Trésor, M. Bertin essaya de faire renaître la confiance et d'attirer les capiteux par [a force et la puissance des intérêts en proclament le système d'on
emprunt général viager et tontinier qui oflrait jusqu'il 1 3 et 30 p. 0/0 d'inlépèt, Belon l'âge du prêteur; pour raffermir le crédit, M. Berlin admit l'arriéré dans cet emprunt quelle que fût l'époque du titrOf même lorsque depuis longues années il n'était payé ni liquidé. Au reste , cette liquidation se faisait h dee oonditions meilleures si à la dette ancienne le créancier joignait un prêt nouveau.
Sans doute l'intérêt de la dette augmentait dam des proporUona considérables, mais par l'effet de l'emortiseemetit naturel (la mort] , le capital devait s'éteindre dans un temps limité. [Le calcul était fait sur la moyenne de la mortalité, 33 ans.] Le contPÔ-' leur-général pensait que, dans la pénurie du Trésor, quiand il fallait pourvoir à la défense du royaume en guerre avee Kàtranger, le suprême et le plus haut de^ voir del'État, était de ne pas laisser les troupes sans pain et sans solde : pour la première fois depuis la moyen-âge, on vit le Trésor négocier des emprunts avec les juifs. M. Bertin s'adressa à la communauté des Israélites de Metz et de l'Alsace, qui prêtèrent à l'État 10 millions, à un intérêt eomposé s'élevant jusqu'à 34 p. O/o par an, sous \3^ garantie des revenus dM deux provineesi^
Pour pourvoir actuellement à des paiements d'intérêt si élevés, le contrôleur eut recours à l'impôt d'un nouveau vingtième de guerre, comme conséquence des armements de l'Europe; trois vingtièmes avaient déjà été votés après des lits de justice; le duc de Choiseul avait négocié avec le parlement pour en' obtenir la sanction ; il leur donna les Jésuites en échange du vote. Cette lutte contiuuelle avec les parlements était le grand obstacle à l'action du pouvoir; tous sentaient la nécessité -d'en (înir, et nul n'osait porter la main sur cette autorité irrégulière et violente qui empêchait la marche des affaires publiques.
Dans l'administration du contrôleur-général Bertin , on voit se développer les larges et fécondes habitudes des intendances, jamais oisives pour la protection du travail, des manufactures et du commerce: on doit à H. Bertin l'institution des grands conseils, composés de manufacturiers et négociants, tes écoles ovines et vétérinaires, les sociétés d'agriculture fondées dans chaque province, spécialement chargées de grandir et d'améliorer les méthodes; enfin le système des octrois, dans le but de donner des revenus particuliers à chaque ville pour s'administrer elle-
même : les villes s'octroyaient les fonds nécessaires à cet eiïet, d'od était veuti le nom d'octroi, institution municipale empruntée aux souvenirs de l'administration gallo-romaine. 11 faut dire à l'éloge du contrôleur-général Berlin qu'il fut un des plus nobles promoteurs des études sur l'histoire de France ; les collections vastes et riches de chartes et diplômes furent imprimées parles ordres du contrôleur-général •
Il tomba devant le parlement comme les autres ministres, tous impuissants pour résister à cette opposition bruyante et taquine qui rendait tout gouvernement impossible. Il fallait enfin la briser. M. Berlin , démissionnaire du contrôle-général , resta conseiller d'Élat : il fut remplacé par M. de Laverdi, issu de famille parlementaire, car le duc de Choiseul, esprit essentiellement à transactions et à ménagements, espérait, en cédant beaucoup à la magistrature, obtenir beaucoup d'elle. On fit une sorte d'ovation au nouveau contrôleur-général. Dans un de ces noêls de cour, la presse libre d'alors (1763) (recueilli par le comte de Maurepas, esprit si léger), Laverdi s'adresse à l'enfant Jésus, dans le berceau divin :
N'ayant de confiance Qu'w) poHpou nouveau-né.
De LiTsrdl B'aTMMs D'un sir tont CDQaterné, Diauit : « Ihiliqa'Bti ce lonr Vous etei mon oracle , Jésus, je me livre i tm Boinit Pour rabraolr à no* beKoins n DOQS faut mi miracle. »
Ce miracle était difficile à obteoir sans ta volonté et l'énergie sutllsanteBpour aller droit au but. L'obstacle naturel n'était-it par toujours dans le parlement I il fallait le briser avant tout. Laverdi louvoya, fit quelques concessions aux écotiomisteB sur le libre commerce des grains ; modiûant le prévoyant système de Louis XV sur les greniers d'abondance, préparé et fécondé par les spéculations du Trésor, système souvent calomnié par de plates chroniques et d'imbéciles histoires sur /« Poefff cb faminet Oui, il y avait un contrôleur des grains au service du roi, mais c'était pour faire concurrence aux accapareurs, afin que par l'action d'un grenier d'abondance, la liberté du commerce des grains n'aboutit pas à la spéculation et plus tard au pris trop élevé des céréales. Lavwdi contracta piusieura emprunts i l'étranger pour ne pas mécontenter les parlements; comme il appartenait à la magistrature , celle-ci enregistraquelqueséditsd'impdto,et spécialement un décime
mt les cuIm et gur les draps. On aurait pu couvrir le déficit par Timpôt territorial justement réparti, puis parle timbre et l'enregistrement: les parlementaires n'en voulurent à aucune condition, oar les impôts auraient atteint leurs riches propriétés finicières et altéré leurs épiées. Laverdi, après quelque temps d'administration politique qui n'avait donné aucun réaultat notable, ollrit sa démission qui fut acceptée: un petit noël de cour résuma ainù sa courte administration :
Le Roi dinuindis Va- t'en londi.
Ëht mon Dieu, qui ne se serait fatigué, dégoûté, de ces luttes stériles, incessamment renouvelées contre les parlements, sans atteindre un résultat ? Le système du duc de Choiseul avait ménagé les corps de magistrature pour en obtenir un appui; fausse idée de gouvernement : quand on caresse trop l'opposition qui lait obstacle, elle se grossit, se rengorge et vous menace. En politique il faut oser une lutte de front avec ce qui vous gène; en cette alternative, on triomphe ou l'on succombe, mais la position est
au moïDS nette. Le duc de Choiseul, esprit mitoyeo, se contentait d'obtenir quelques votes du parlement, votes que la magistrature faisait payer bien cher par des refus et des remontrances et l'amoindrissement de l'autorité gouvernementale.
Ce fut avec la volonté arrêtée de briser cette résistance irrégulière que te roi forma le ministère du chancelier Maupeou. Âce grand et haut système se lie l'administra tien dure et ferme de l'abbé Terray. La iorce et la volonté vont se manifester partout, dans la politique comme dans les finauces, deux choses qui se prêtent un mutuel appui quand on pénètre avec quelque attention l'histoire des gouvernements
L'ABBÉ TERRAT.
Je n'accepte jamais les jugements vulgaires, alors même qu'ils auraient été traditionnellement répétés : il est si facile en histoire d'adopter une opinion toute faite 1 C'est par les couplets et les noëls contemporains qu'on a jugé l'abbé Terray et le chancelier Haupeou, les deux tètes du ferme système qui rétablit le principe d'autorité en France; comme si les pouvoirs devaient et pouvaient être jugés par les pamphlets qu'on écrit contre eux, pendant qu'ils vivent et qu'ils répriment les passions mauvaises I
Le système financier de l'abbé Terray se rattache à celui de Colbert par l'identité de pensées : l'abbé Terray veut à tout prix balancer les dépenses et les recettes. Il tranche dans le vif; toute dépense oné- . réuse il la' supprime; il fait pâlir les rentiers à l'aspect d'un arrêt qui retranche un quartier, comme Colbert. Il n'aime ni les fermiers-généraux ni les intermédiaires du Trésor ; comme Colbert, il adminis-
tre tout, centralise tout sous sa main ; comme Colbert, il est financier médiocre et porte une atteinte profonde au crédit, en altérant la source de la confiance publique. Cç n'est pas en vain qu'on se livre aux opérations qui blessent les prêteurs ; le devoir du ministre, qui préside aux finances d'un grand État, ne consiste pas seulemfint dans le balancement exact d'un compte de recette et de dép«ise, et dans ce qu'on appoUe aux temps modernes la confection d'un budget normal ; il faut encore qu'il ait sous sa main les moyens d'emprunt qui, seub, correspondent alix besoins extraordinaires du Trésor.
Dans le maniemeat des finances c'est rester médiocre que de balancer seulement les dépenses par la reostlâ ; il l^ut enoore pourvoir aux crise», préparer les teasourees du crédit public menacéi
L'abbi Joaeph-Htrie Ta-ray, né an 1715, s'était passionnément assooié aux parlementaii'es dans l'afftiire ds l'oxpulsion des Jésuites, et il avait joué un rôle eonsidérable en appUyant Yabbi Chftuvelinj Ce rôïc) alors fort populaire, avait servi sa renommée, «t le roi le désignii dès lors comme rapporteur dans toutes les quwtions finanoiù>es portées devant le parlement, poaiUoti importante. Ses travaux y furolit
très-recherchéfl) et le duc de Choiseiil lui-même l'appela ru cootrôle^^éiiéral des finauces, afin de B'asBocier de plus en plus le parlement.
On était alors entré, comme à toutes les époques de guerre et de diplomatie active, dans un large système d'emprunt; il fallait faire ftce b tant de Services I l'État avait créé des charges, offices et des monopoles, et avait beaucoup emprunté en rente viagère. Le surintendant Laverdi s'était servi de l'intermédiaire des fermiers'généraux pour trouver de l'argent par la simple opération que voici : les fermiers-généraax, maîtres d'un vaste crédit, se procuraient les capitaux nécessaires h l'État sur leurs signatures ; il ; avait en circulation peur plus de cent cinquante millions de billets de fermestdoht l'intérêt était acquitté par la caisse de service- Ce crédit était rmouvelé, agrandi selon le» besoins, et tout le monde y trouvait avantage : l'État par la facilité extrême de réunir hi capitaux ; les préteurs par la sécurité que leur donnait la signature des fermiers-généraux et par l'exact aoquittemmt des iotérèts. (On peut comparer ces billets de fermes aux bons du Trésor.) Ce système était m rapport avee les nécessités %x~
^204 — traordinaires de la guerre ; k la paix od voulut le changer, etl'on s'y prit violemment. La peoséeadministrative et sérieuse de l'abbé Terray, celle qui séduisit soo esprit ccrnime elle a préoccupé d'autres ministres considérables, ce fut, de balancer la recette par la dépense, sans recourir aux moyens de crédit, et, â ceteffet, un expédient simple, attrayant, se présentait a son initiative administrative; cet expédient, je l'ai déjà dit, consistait à retrancher les dépenses et à grandir les receltes. Certainement cette pensée était bonne, et l'on pouvait féliciter un ministre qui prenait cette ferme résolution; mais les limites légitimes furent bientôt dépassées, et les retranche- . ments de l'abbé Terray, comme ceux qu'avait accomplis Coibert, portèrent sur des obligations du Trésor qu'on ne peut atteindre sans ébranler tout le crédit d'un État.
Les dépenses d'un gouvernement se composent : 1° de l'intérêt de la dette publique ; â" de traitements d'employés ; 3° de fonds de service pour les divers départements ministériels.
Retrancher une portion de l'intérêt des rentes sans offrir le remboursement intégral, c'est simplement violer le tente du contrat d'emprunt. A son avéne-
ment ; Colbert en avait donné l'exemple , l'abbé Terray fut son imitateur. De là cette malédiction universelle qui s'éleva contre le contrôlear^énéral parmi les rentiers qui par leurs prêts s'étaient fiés k la parole de l'Etat.
En prenant cette hardie résolution, l'abbé Terray en connaissait toute la portée; il s'était fait un cœur d'airain contre les clameurs populaires ; la rente était appelée le pot-au-feu du bourgeois de Paris; la toucher, c'était frapper la vie municipale des métiers : de \k ces couplets mordants contre l'abbé Terray. Sous Colbert , on murmurait tout bas; au iviii* siècle, au parlait haut, même contre un contrôleur-général .
Ce n'était pas tout : la dette publique se cCHnposait d'une masse d'effets publics en circulation, billets de fermes, anticipations, bons sur les gabelles, les aides ; eilets négociés sous la garantie de l'État et payés par une caisse de service. La régularité de ce système constituait le crédit public.
L'abbé Terray, sans scrupule comme sans hésitation, annula une partie de ces effets émis sous la responsabilité du Trésor, en même temps qu'il disposa
des fonijs àe la caisse de service ; il opéra aioai la ruine de tous oeux qui avaient traité de oonfianoa avee les ferniieri-généraux et les deux banquiers da la COUP, Laborde et Magooe, qui en étaient tes intem médiaires ; presque tous les fermiers ftireot ainsi ah teints par les opérations arbitraires, surtout ceus qui avaient pria ces billets de fermes, une des valeurs les plus aimées des capitalistes. L'abbé Terray porta en même temps le bail des fermes de 1 70 à 1 80 millions, créant, par ce moyen, les éléments de corn* pensation avec la ferme-générale. Aussi disait-on qu^ l'abbé Terray avait donné les cendres aux fermiersgénéraux, et leur avait rappelé <( qu'ils n'étaient que poussière. »
Les clameurs devinrent bien plus vives encore lorsque le contrôleur-général posa le principe des retenues depuis un tiers jusqu'au dixième sur les traitements accordés par l'État, pensions et gratitlcations; on en supprima même beaucoup d'une fkçon absolue ; les pensions servaient l'éclat, le luxe de la cour. L'opposition éclata violente ; l'abbé Terray fit tête à l'orage avec la fermeté de sei principes ; comme tout homme préoccupé d'un système il s'éteit fait des idées précises sur o« qu'il voulait, et une fois
ces idées arrétAes , il marelia droit uns aouFciUer à leur réalisation.
L'abbé Terray appartenait un peu k l'école énonotr miate, c'est-à-dire à cei hommes il système qui ne n^ viennent jamais sur leur théorie. En repoussant lei faoilitéa du crédit, le oontrôleur^^énéral dut recourir à l'impôt, et pour grandir sea ressources, il entra dana l'idée féconde et dangereuse de la liberté absolue du oommeroe, ae séparant ainsi de Colbert et de son système de proleotion à ce point de vue.
Cette idée il l'appliqua aux subsiatanoes : moyennant le droit d'un vingtième le hié put être exporté de France i ce système donnait un plus grand prix fa la propriété en même temps qu'il prooiettait à l'État un revenu de plus de 10 millions. Jusque-là on avait préféré le système qui assurait avant toute chose Ia subsistance du peuple. On ne s'explique, je le répète, que par l'esprit de dénigrement cette odieuse calomnie jetée Bur le roi Louis XV , aoo'uaé d'avoir spéculé sur les blés. L'almanach royal, dit-on, donne le nom et le titre d'un fonctionnaire chargé d'acheter les blés pour le compte du roi. Ce que taisait l'État à cette époque, les empereurs romains l'avaient ffiit, Napoléon le fit aussi i ce système oonais-
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tait à lutter contre la spéculation particulière par l'action du gouvernement ; la création des greniers d'abondance empêche le prix excessif des céréales par l'immense quantité de blé qu'elle fait peser sur le marché dans les crises publiques. Voilà ce que faisait le roi Louis XV, et ce qu'une école calomniatrice a dénoncé comme le Pacte de famine.
La liberté du commerce des grains I tel fut le cri de la secte des économistes , qui pendant deux ou trois années de l'administration de Terray, la soutint de ses théories inflexibles et la couvrit un peu de sa popularité. Mais lorsque l'abbé Terray se fut lié au vigoureux système du chancelier Haupeou, à l'énergique répression des parlementaires , alors les pamphlets grondèrent contre lui ; on le raillait sur ses goûts et même sur son langage d'une fermeté rude, spirituellement dur comme celui d'un rapporteur au parlement. Il est difRcile de ne pas être l'objet de l'animadversion publique quand on est chargé de lever l'impôt : que n'avait-on pas écrit contre Colbert ? Le xviii' siècle était plus libre dans ses mille pamphlets ; on prêtait des mots au contrôleur-géDéral et celui-ci entre autres : un engagiste se plaidait au ministre de ce qu'on en viendrait jusqu'au point de
prendre l'ai^^t dans les poehes; l'abbé Terrày répondit : « Où diable voulez-vous que je le prenne? » Un jour à l'Opéra, la foule étaitcompacte de manière à ne pouvoir se placer, un speclateur s'écria : « Que l'abbé Terray n'est-il ici pour nous réduire I » Et ces mots à'ana peut-être faits après coup, s'expU' quent, car le contrôleur-général marchait fermement par tous les moyens à l'équilibre des finances, et il devait heurter bien des intérêts, quand on songe qu'il parvint à exactement rembourser toutes les cltarges de ta magistrature supprimée par le chancelier de Maupeou.
À cette époque tous les financiers avaient une résidence de prédilection qu'ils ornaient avec goût et. qu'ils habitaient avec délices dans leurs moments de repos. Colbert lui-même avait prodigué quelques cent mille écus à l'omementalion de son château de Sceaux avec plus de luxe bourgeois que d'amour réel des arts.
L'aU)é Terray fit bâtir une maison splendide me Notre-Dame-des-Champs , près du Luxemboui^; elle devint son séjour de repos et de prédilection. A travers la dureté de ses manières, l'abbé Terray avait le goût des arts, des lettres, il ai- I. (5) 14