SAMUEL BERNARD
L'bisto|re de Samuel Renurd, la finanûer bardi, iounense, sa rattache à toutes les opération* de crédit de la fin du xvii' «èe)é et du coRiRimcevent du vniV surtout. Le temps de sa plus haute activité fut sous les ministèrea ChamiUard et Desiuarets, quand Louis ^IV avait à se déf^dre eoutrQ l'Europe armée.
Samuel Bernard était d'une famitia d'artistes. Son père, du nom de Samuel comme lui, peintre paveur, s¥alt fait quelques tableaux à la gouache, et le roi l'avait nommé professeur à l'école royale de peinture : on le disait d'origine juive : le nom de Samuel et les traits de son visage semblent indiquer une de ces races israélites du mitji de la France- Samuel Bernard avait eommeticé sa haute fortune par rescompte, le change sur le prix des monnaies ; en 1690. il prit la fourniture générale de l'armée et
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fit déjà 30 millions d'avance sur ks billets des fermes. FeadaDt le ministère de M. de Pompone, dans les cruelles nécessités de la guerre.sur un simple billet du roi, Samuel Bernard avança 25 millions, qui dans 1^ opérations de crédit devinrent une source de fortune nouvelle sous l'administration de Chamillard; car Bernard réunissait la triple qualité de fournisseur, de banquier et de négoeiânt, de manière à coordonner toutes les opérations et à faire bénéficier les unes par les autres. Samuel a^ssait hardiment, de façon à se rendre toujours roattre des prix et des cours de chaque chose, et jouait ainsi à coup sûr.
Ne dédaignant aucune spéculation , Samuel Bernard avait l'esprit si éminemment commercial qu'il faisait ses affaires même avec ses plaisirs. Le système de monopole qu'il avait adopté, il l'appliquait' au senice de ses fêtes. On rapporte qu'il avait promis un vind'Espa gne exquis pour un de ces soupers délicats qui faisaient courir les plus hauts gentilshommes à son hôtel si él^ant de la place des Victoires : son sommelier vient lui apprendre qu'il n'en existait plus dans ses caves. Samuel Bernard ne s'en étonne ni ne s'en effraie; il donne commission & ses agents d'acheter tous les vins d'Ëspa-
gne sur les prîùcipales places de l'Europe. L'accaparement s'accomplit et le banquier, maître des prix de ces vins, gagna quelques cent mille livres sur l'opération qui servit sa Feoomraée d'élégance et de somptuosité.
L'hôtel de la place des Victoires devint célèbre parmi les gens de lettres du xviii* siècle. Voltaire, qui aimait à fréquenter les Gnanciers, écrivait à Samuel Bernard :
■ C'ett neroedi qne Je wnpafa ch«t •nm Et qae sortant de&plt]«In de Ik t«ble.
Bientôt, coaché, un Mmineil prompt et don He fit pHseat d'un boi^ délectable. ■
Ce songe était la peinture des fêtes, des plaisirs, de la vie somptueuse que menait le financier dans sa sptendide terre deCoubert et de Rieux. Voltaire fait dire au dieu Plutus, au sujet de Samuel Bernard :
D'qq aeol regard tu penx Toir tout d'un coup Le wrt de* bon*, lea rertas counmnéei.
Mais an mortel m'emburuse beaucoup, Aussi Je.TeM redoubler les ann^; Otaqne escadKKi le reveodiqu^ait, La jalonve au repos est fnneste.
Venant id, quel trouble il causerait; - Il e« là-baut trH-beureui, qa'il y reste.
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VfriUire, «Heqtielleineat QqaQeier. comoien^ait sa fortpne par des ofèntiw» de fourniture ; loin Af> lui 4f) faire un reproche, il faut le iouer ; la fortpae cr^ rindépepdapce; le gruid vic« dw $v>» ^e hitn» ^% de tendre la main : la domination de l'esprit VU DMÏ avec U servitudâ qui appelle un eepours. pQuii vivre. SâfQuel Bernard était un caractère Mga, réQlipbif plasé entra les av^turea fin»Dcièr0Ei ^t 1^ terre k terre de la vieille routine de Colbert; esprit à yasta^ et sages conceptions, il faisait tout converger vers le même but : conmerce, industrie, banque, fournitures, et ces instrua)en}s dans ^e$ qiains fureqt )a source d'une immense fortune.
Louis XV, comme Louis XIV, eut reco.urs à Samuel Bernard pour des avances dont le Trésor avait besoin ; il y consentit sans difficulté. On le vit à Versailles, à Marly, invité dans toutes les fêtes ; le roi lui envoya l'épée et le cordon de Saint-Miche! par le maréchal de Maillydont il fut l'heureux partner dans le jeu du soir; il gagna de l'argent avec uq bonheur si constant qu'on le proclama magicien; on chuchotait à l'oreille que Samuel Bernard avait une poule noire qu'il nourrisait dé grains d^ millet choisis un à un.
et que cette poule était le talisman de son bpnlieur : & qui n'a-t-on pas donné un génie familier?
Samuel Bernard mit un grand pris it la nobleu^ que te roi lui avait déceraée : les lettres d'ennoblis sèment étaient la récompense de tous les beaux services, récompense d'autant plus gracieuse et méritée qu'on disait Samuel Bernard d'origine juive; il avait, au reste , l'activité et l'habileté de l'industrieuse famille d'Israël.
la première terre noble achetée par le chevalier de Bernard (il prit désormais ce titre dans ses actes] fut le comté de Coubert; puis il acheta le marquisat de Rieux, de BoulaioTÎHiers et Champlatreux. Chacune de ces terres fut transmise k sa famille : son fils aîné, président à la chambre des enquêtes au parlement de Paris, prit le titre de comte de Rieux; le second fut comte de Coubert; sa fille épousa le premier président Holé et lui apporta de riches terres et une dot immense. Il eut pour petit-fils le marquis de Boulainvilliers et la duchesse de Cossé-Brissac. Samuel Bernard devint le protecteur des hautes familles de France, car il était généreux, dépenseur, avec «ne fortune de 60 millions en portefeuille et en terre. Son système fut
le triomphe des idées hardies, la^es et fécondes dans les finances et le commerce ; il oe se perdit jamais par le petit côté des opérations : il les vit et les aperçut toujours en grand, sans ces peurs qui donnent la fièvre à chaque crise; il n'eut ni la confiance absolue qui perd et aveugle, ni la petitesse soupçon- . neuse, qui ayant toujours crainte de s'aventurer, ne sait prendre ni un parti, ni accepter une afTaire. Samuel Bernard mourut dans un âge très-avancé, en 1739. Il habitait alors le nouvel hôtel qu'il avait fait construire rue du Bac, et dont quelques pièces d'un si bon goût ont été conservées ; il y avait réuni pour plus d'un million de tableaux, de riches toiles, de somptueuses tapisseries, car il traitait royalement les artistes. Les plus belles collections appartenaient aux financiers.