‹ Histoire des grandes opérations financières; banques, bourses, emprunts, compagnies industrielles, etc (volume 4)Chapitre 9 sur 31 · BANQUES. BOURSES, OPÉRATIONS DE CHANGE · texte numérisé non relu

BANQUES. BOURSES, OPÉRATIONS DE CHANGE

XVI' glÈCLE.

Les Juifg, les Florentins, les Génois opéraient avec une incessante activité, presque exclusivement sur le prix et la valeur des monnaies; mais, au xvi* siècle, il s'établit dans le nord de l'Europe des opérations de banques et changes de monnaies qu'imposaient les émigrations considérables produites parla guerre civile et l'activité commerciale de tous.

Hambourg fut le centre de la Hanse, ou Ligue anséatique ; là se firent les premières monnaies de convention; ce que j'appelle l'idéalisme de la banque. C'est par Hambourg que se soldaient toutes les négociations commerciales de la Suède, du Danemark et même de la Russie ; la place de Hambourg servit d'intermédiaire pour payer les subsides que le cardinal de Richelieu accordait à Gustave-Adolphe et aux Suédois.

La prospérité fmancière d'Amsterdam résulta non-

seulement du commerce colonial des Pays - Bas émancipés, mais encore elle vint du numéraire qui, de toute part, fut déposé à sa banque quand le parti protestant se souleva en France contre Henri III. Alors les Condé, les Goligny, les gentilshommes qui combattaient les catholiques déposèrent leur argent dans les mains des banquiers d'Amsterdam, qui leur prêtaient aussi dans leurs besoins, comme en toute affaire de parti où l'on s'aide mutuellement, oii les plus avares deviennent généreux.

Les banquiers du Nord appartenaient à deux sectes, les juifs et les protestants. En Hollande, les Israélites trouvaient protection et considération ; ils avaient obtenu à la Bourse d'Amsterdam une renommée de probité et de science qui les protégeait contre les émotions populaires. La synagogue d'Amsterdam était aussi respectée que la Bourse même ; les juifs y faisaient le commerce d'argent, dans une voie large et probe; rien de semblable à l'usure du moyen-âge.

Les banquiers protestants y avaient aussi une certaine grandeur d'idées qu'ils ne possédaient nulle autre part ; les vastes opérations commerciales élargissent l'horizon. La Hollande était d'une si exubé^

rante richesse au xvu* siècle, qu'elle prenait pres^ que tous les emprunts de la France et de l'Angleterre (de4à6p. 0/0).

C'est un phénomène fort curieux à cette époque que de voir la pauvreté relative de la place de Lon« dres, si puissante aujourd'hui et si gênée alors, que le roi et les ministres en sont aux expédients. Si la reine Elisabeth paye quelques subsides à Henri lY, c'est qu'il s'agit des intérêts du parti protestant, et que la reine trouve, dans le concours des opinions, des ressources à la banque d'Amsterdam, caisse in-* cessamment ouverte au crédit de la réformation. Tous les emprunts se font en Hollande.

Durant le xvr et au commencement du xvii'' siè-* cle, Londres emprunte toujours et ne prête pas ; c'est assurément une place très-pauvre; le peuple alors émigré d'Angleterre comme aujourd'hui il quitte l'Allemagne : les questions religieuses absorbent les idées et les intérêts ; les Stuarts reçoivent un subside de la France ; ils vendent les villes, les colonies pour de l'argent. On fait ressource de tout.

Londres ne prend une certaine importance de banque qu'à la fin du règne de la reine Anne, à une époque ainsi relativement moderne, quand déjà les

affaires sont partout organisées : la maison d'Orange s'élève sur le trône, et par conséquent les richesses de la Hollande fondent les éléments de sa fortune. Pendant plus d'un demi-siècle» Londres tire tout son numéraire d'Amsterdam.

L'Allemagne a deux vieilles cités, Augsbourg et Francfort, qui deviennent aussi le centre de toutes les opérations de banque pour les États de l'empire. Vienne, comme Londres alors , n'avait aucune importance de banque; à chaque vingt ans, menacée par les Turcs, elle était comme une ville frontière et militaire.

C'est le vient Francforti ville impériale , qu'il faut étudier pour acquérir la connaissance financière de l'Allemagne; les juifs, dont la situation est si mauvaise dans les Électorats, trouvent à Francfort des éléments de sécurité et de prospérité : ils n'y sont pas bourgeois; ils vivent dans une espèce de ghetto ; mais il ne se fait pas un revirement de fonds qu'ils n'y soient intéressés.

Nul ne connaît mieux que les juifs le prix, le poids, le taux des monnaies; ils sont des numismates plus forts que tous les antiquaires réunis ; donnée'' leur un carolus de France, une roupie d'Asie, un se*

quin de Yeniseï des ducats et dueatons de Hollande, même du temps des comtes de Frise, ils vous diront, au toucher, la valeur relative de toutes ces monnaies, leur poids, leur altération ; le juif aime Tor, Targent; il le fouille, le remue; il n'a souvent pour comptoir que sa chétive échoppe, et pour caisse que sa bourse de cuir. On peut se faire une idée de la banque juive de Francfort au xvi* siècle par l'aspect de sa vieille ville, aveo ses rues étroites, ses maisons rongées par le temps, qui ressemblent à un ghetto permanent* Là se trouvaient pourtant tous les trésors de TAllemagne; là prit naissance la maison Rotschild.

À Francfort, à Augsbourg s'opèrent rarement les négociations d'emprunt comme elles se font à Amsterdam, Gênes, Venise qui prêtent aut rois de France et d'Angleterre, à gros intérêts et quelquefois sur gage; à Francfort et à Augsbourg la banque opère surtout par les changes de place en place, opération qui suppose, ainsi que je l'ai dit, la parfaite connaissance du taux et de la valeur des monnaies. On trouve à Francfort par l'intermédiaire des juifs des lettres de crédit sur toutes les places du monde depuis Ye^ nise, Smyrne, Gonstantinople jusqu'à Bagdad. Les juifs sont partout; nul ne calcule mieux la valeur des

-64~ changes de place en place, et comme les valeurs relatives varient beaucoup, ils trouvent souvent 15 à 20 p. 0/0 de bénéfice sans usure, sans pressurer le commerçant qui a besoin de fonds sur des places éloignées pour acheter des marchandises et réaliser à son tour de gros bénéfices.

Cette sorte de change fait aussi la fortune de Bâle, la vieille ville de la Suisse allemande : Baie, la riche porte du Rhin, garde sa triple face. Tune sur la France, l'autre sur la Suisse, et sa troisième sur 11talie : elle a de continuels rapports avec Amsterdam, Augsbourg, Venise, Gênes; elle est comme un intermédiaire de toute grande opération qui lie l'Italie et TÀllemagne. Dans Bâle on se procure des ducats, des florins pour payer les Suisses au service de France. Le pape, les Républiques d'Italie se servent de l'intermédiaire desBâlois pour solder les compagnies qu'ils capitulent avec les cantons : l'antique probité, la sévérité des mœurs des citoyens de Bâle fait qu'on élève la simple parole des banquiers à la hauteur de leurs obligations écrites : on ne dirait jamais que Bâle est le centre de richesses immenses; les plus opulents habitent de petites maisons proprettes avec

— esun petit couloir où se trouve le bureau de change; on y remue Tor à la pelletée.

La banque de Genève appartenait à une époque postérieure; Genève jusqu'à la fin du xvi* siècle n'est qu'une ville scientifique , la Rome du calvinisme» comme on l'appelait alors; durant les guerres civiles un bon nombre de Français vinrent s'y réfugier , et Genève doit à cette émigration l'activité de banque et de commerce qu'elle déploya plus tard dans le commerce du monde.

Mais à la différence d'Augsbourg et d'Amsterdam,

il se manifeste parmi les banquiers de Genève, à travers

l'austérité et le pédantisme des formes, un caractère

d'aventure et souvent d'intrigue ; l'esprit de secte,

d'émigration , se déguisèrent sous les apparences

d'une certaine rigidité financière. Nous verrons des

banquiers genevois exercer une action très-puissante

au XVIII" siècle sur la place de Paris, où ils apportèrent

le goût des spéculations sur les fonds publics, les

combinaisons de jeux et de Bourses, les prêts de

banque sur la propriété foncière : les Genevois, les

Bâlois, les Neufchâtelais excellèrent dans l'usage de

l'achat à réméré, sorte d'usure déguisée, spéculation

fondée sur l'impuissance des emprunteurs.

Tous ces éléments et ces forces de crédit peu à peu se développent sous le cardinal de Mazarin spécialement; le ministère en a besoin pour mettre un terme à la guerre civile et fonder les bases solides de la Mo* «apchie« A ces époques, la levée des impôts est difficile; on doit user un peu d'expédients, aliéner même l'avenir pour sauver le présent. Dans les crises il faut des ministres hardis, à ressources osées, et comme les hommes supérieurs surgissent pour toutes les circonstances exceptionnelles, alors apparaît le surintendant Fouquet.

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