‹ Histoire des grandes opérations financières; banques, bourses, emprunts, compagnies industrielles, etc (volume 5)Chapitre 13 sur 31 · IMPOSÉ PAR LA CONQUÊTE AUX GOUVERNEMENTS ET AUX PEUPLES ÉTRANGERS · texte numérisé non relu

IMPOSÉ PAR LA CONQUÊTE AUX GOUVERNEMENTS ET AUX PEUPLES ÉTRANGERS

La Révolution française avait proclamé la fraternité universelle. En conséquence, la propagande s'était bruyamment agitée sous l'étendard de la souveraineté du peuple, au son de la Marseillaise. La République, devenue conquérante, déborda sur l'Europe par les armes. Si la Maçonnerie et le xvme siècle avaient préparé les populations aux idées de la démocratie, elles ne les avaient pas façonnées encore à la domination oppressive, aux réquisitions de toute nature, au pillage des biens nobles et des églises. La Belgique avait subi les premiers effets de l'envoi des commissaires de la Convention, choisis parmi les Dantoniens. Les bords du Rhin, depuis Mayence jusqu'à Cologne et Maëstrick, furent ensuite visités par les commissaires, car au bruit des victoires de la République éclatait presque toujours une révolution

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maient les principes de la Révolution, et l'on vit la Hollande, la plus riche de ces populations, adopter le nom un peu prétentieux de République batave : le stathoudérat fut aboli. La Hollande jusqu'ici n'avait fait qu'user de sa liberté; mais la Convention nationale, en sœur un peu exigeante, ne se contenta pas de cette sainte fraternité. N'était-ce pas une amitié bien attrayante pour les gouvernants de la France, nue et pauvre, que celle du pays le plus riche en crédit et en numéraire? Et dès son avènement, le Directoire demanda à la République batave un prêt de 20 millions en numéraire, qui lui serait remboursé à la paix générale : la banque d'Amsterdam, obligée de subir cette condition, fournit pour 20 millions de ce qu'on appelait alors des rescriptiom, sorte de bons de caisses, avec la garantie des banquiers de Hollande, Londres, Hambourg, Vienne, tels que MM. Hoppe, Raring, Labouchère, Rellamy, Sinna, et avec ces signatures on était sûr de trouver de l'argent sur toutes les places du monde. Les rescriptions bataves devinrent les objets de haute négociation à Paris, à Genève, à Râle, pour le service des fournitures en blés, chevaux, viandes, qu'il fallait payer en écus à l'étranger où le papier-monnaie était complètement dépré-

cié. Les rescriptions bataves furent constamment cotées de 87 à 95 de leur pair, et cet écart était bien peu de chose comparativement à la dépréciation ab- • solue de tout papier-monnaie.

La tête un peu ferme en politique de ce Directoire, Barras, savait bien qu'il fallait de l'argent clans toutes les affaires, et il en demandait à qui pouvait lui en fournir et aux gouvernements alliés surtout. A chaque conclusion de traités, il stipulait un subside en argent, comme une clause sous-entendue et l'addition nécessaire de tout traité diplomatique : on le savait à Amsterdam, à Madrid, à Turin, et même à Vienne et à Berlin.; on négociait en conséquence. L'agent principal du Directoire était un des beaux-frères du directeur Rewbell, qui portait le nom assez malheureusement significatif de Rapinat, chargé de toutes les exécutions en grand auprès des Trésoreries et des Banques de l'Allemagne.

L'affaire la plus odieuse fut évidemment la mainmise ordonnée par le Directoire sur le vieux trésor de Berne, où se trouvaient près de 45 millions en numéraire, accumulés depuis trois siècles par l'aristocratie suisse. Certes, on n'avait aucun grief contre la Confédération helvétique. Que pouvait demander une

République à une autre République? A la suite d'une invasion du général Rrune, le trésor de Berne néanmoins fut enlevé. On disait que la colonie financière des Suisses, à Paris, liée avec le parti démocratique, n'avait pas été étrangère à cette triste affaire du trésor de Berne, qui servit à développer la propagande du Directoire.

Lors de l'expédition des républicains en Italie, ce même système de contribution de guerre fut suivi : le Directoire se fit expédier 5 millions de livres pour reconnaître la neutralité du Piémont; il y eut ensuite des stipulations d'argent avec le grand-duc de Toscane, la République de Gênes, Venise, et avec le pape dans le traité de Tolentino. Les commissaires marchaient avec les armées, confondus souvent avec les fournisseurs, les payeurs, qui faisaient argent de tout, des diamants, des statues, des objets d'art. Comme il y avait peu de respect pour les choses saintes, parmi ces enfants perdus du XVIIIe siècle, on portait des mains sacrilèges sur les autels : le banquier Haller se distingua par sa rapacité philosophique; il arracha au pape même son anneau pontifical, parce qu'il croyait y voir reluire une pierre précieuse. Il se fit de grandes et de petites fortunes parmi tel commi**

saires, les agents du Directoire, qui avaient sa confiance et ses affections intimes : presque tous de l'ancien parti Danton, ils portaient leurs mains impies et sans scrupules sur les pieux objets de respect de tout un peuple.

Le gouvernement le plus régulièrement exposé à ces exigences pécuniaires de toute espèce, ce fut l'Espagne. Depuis la signature du traité de Bâle, le gouvernement du faible Charles IV était tombé de décadence en décadence; mais par ses mines d'or, d'argent et d'étain , il lui restait des richesses considérables. Déjà la Révolution avait usé de la banque Saint-Charles, et le ministre des finances, Cabarrus, avait fait des opérations de confiance avec la Trésorerie française. Le Directoire exigea davantage : il savait que l'Espagne était une puissance qui disposait de masses d'or ; les doublons, depuis la Ligue, restaient fort aimés à Paris, et ce goût n'était pas effacé sous la République. Quand le Directoire voulait se faire accorder une certaine somme en subsides, il formulait un grief contre l'Espagne, ou politique ou diplomatique. Le cabinet espagnol savait le moyen d'atténuer la menace ou de repousser le grief : il faisait secrètement demander par son am-

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