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La première affaire de Trésorerie qui se fit avec M» de Rothschild fut la négociation successive de 1 W millions de bons royaux ou du Trésor à 6 p. 0/0 avec commission* en attendant l'adjudication de l'emprunt consolidé voté par la Chambre pour la guerre d'Espagne et la restauration de Ferdinand VIL L'affaire fort commode pour la Trésorerie fut excellente pour la maison Rothschild i caries bons duTrésor se négociaient sur place à 4 p. 0/0. L'emprunt de septembre ISSlSl fut de 1Si,51Si,Si!âO fr. de rente pris par la même maison à 85 fr. 55 c. Mais où la progression se montra plus visible, plus considérable dans la hausse, ce fut lors de l'emprunt de 1823 voté pour la guerre d'Espagne, et qui au demeurant n'était que la consolidation de la dette flottante en partie aux mains de la maison Rothschild.
Quatre compagnies s'étaient présentées avec les noms de MM. Laffitte, Sarloris, Lapanouse et Rothschild : il s'agissait d'un gros emprunt, 23, 11 4,51 4 fr. de rentes consolidées: les trois premières compagnies offrirent 87 fr. 75 c. La maison Rothschild 89 fr. 55 c. et l'emprunt lui fut adjugé. Désormais on dut comprendre qu'il était impossible de lutter contre cette puissante maison. Pour elle, au reste, il ne s'a-
gisâait que d'un revirement de fonds ; elle aVaitddtts les mains pour plus de SOO millions de bons du Tré* sor qui lui servirent à ses versements aux termes stipulés. A cette époque, pour faciliter le service régulier de la Trésorerie et pour utiliser les fonds sans emploi, M. de Villèle, d'après l'avis des rece* veurs généraux eux-mêmes les autorisa à se formel* en syndicat pour développer les éléments du crédit public. Suivant la doctrine de M. de Villèle, nul fonds ne devrait rester oisif dans les caisses, et tout ce qui était argent devait produire : le syndicat des receveurs généraux devait surtout employer les fonds de réserve en reports, placement certain qui ne permettait jamais aux valeurs de se déprécier ou de s'avilir ; le syndicat des receveurs généraux fut comme une nouvelle grande banque placée sous la main du gouvernement, car la banque régulière était souvent un embarras dans le jeu du crédit et rarement un secours; le syndicat des receveurs généraux fut le levier le plus puissant pour amener et soutenir la hausse des fonds ; six mois après les 5 p. 0/0 consolidés étaient à leur pair de 400 fr., ce qui ne s'était jamais vu.
Le syndicat des receveurs généraux fut vivement
attaqué par les partisans de la vieille banque, ce qui fit dire M. de Chateaubriand devant lequel on vantait les services que la Banque de France rendait au crédit : « C'est à peu près celui que TAcadémie française rend à Tart et aux lettres. » La Banque de France n'aurait pas fait progresser de cinq francs les fonds publics, et il fallut en quelque sorte lui forcer la main pour étendre un peu la faculté des prêts sur dépôt de rente dont toutes les maisons puissantes, même celle des Rothschild peuvent avoir besoin pour aider leurs opérations.
Le crédit jetait alors un trop vif éclat pour qu'il n'eût pas son palais, et cette année le bâtiment de la Bourse fut inauguré : c'était la copie de l'éternel modèle, le Paithénon , rien de nouveau ni d'original : théâtre, bourse, église, toujours l'imitation de l'antique : l'élégant xviii® siècle n'avait pas ainsi procédé dans ses créations. Avec la Bourse fut construit le ministère des finances, rue de Rivoli, monument du plus triste goût, monastère, caserne, ruche d'abeilles, où se façonne l'impôt, escurial des financiers , dont les escaliers sombres vous prennent au cerveau, phalanstère administratif où les pauvres solliciteurs s'égarent en pas perdus. M. de Villèle cen-
Iralisa toutes les administrations de son département sous sa main : esprit pratique par excellence, il prit autour de lui des capacités nouvelles, MM. Gastelbajac, Cornet d'Incourt et puis un jeune homme d'une aptitude hors ligne, M. de Renneville, un des élèves les plus éminents de Saint-Acheul et qui a marqué depuis dans les grandes entreprises industrielles. Saint-Àcheul était une école de premier ordre pour former les intelligences.
Ce fut, au reste, une administration d'honneur et de probité que celle de M. de Villèle; la Bourse fut pure de toutes ces négociations fallacieuses qui se rapprochent des délits punis par les lois; on spéculait mais on ne trompait pas sur la nature et la valeur des objets en négociation; le corps des agents de change était ce qu'il y avait de plus respectable ; les receveurs généraux inspiraient la confiance universelle, ils avaient en dépôt dans leurs mains le tiers des capitaux dans les départements. Ce furent eux qui accoutumèrent les provinces à la confiance envers le crédit de l'État. C'est à l'occasion de l'emprunt de 18214 que M. de Villèle grandit l'action des receveurs généraux, et par conséquent, la confiance des provinces à l'égard des fonds pu^
blics qui prirent faveur dans les départements. Les royaIiste$ se jetèrent sur quelques fonds, et spécialement sur les espagnols, après le rétablissement de Ferdinand VU ; et ce ne fut pas la meilleure de leurs spéculatiops*