‹ Histoire des grandes opérations financières; banques, bourses, emprunts, compagnies industrielles, etcChapitre 27 sur 39 · DE FINANCES · texte numérisé non relu

DE FINANCES

A mesure que la répression devenait puissante et victorieuse, le crédit se raffermissait dans les conditions régulières ; le nouveau gouvernement était partout reconnu; le sol de l'Europe un moment ébranlé par les craintes de guerre reprenait son équilibre. Cet heureux état de choses qui l'avait produit ? la fermeté du pouvoir. M. James de Rothschild avait pu dire en 1834 en présence des difficultés de l'Europe : « Notre maison ne veut pas la guerre, elle ne se fera pas. » Il y avait ici un peu de prétention à l'omnipotence politique. Sans doute on aurait eu besoin du concours financier de la maison Rothschild pour une grande guerre ; mais si cette guerre avait été sérieusement dans l'esprit et les besoins du gouvernement et des nations, elle se serait faite avec ou sans le concours de la maison Rothschild.

En France il était incontestable que la majorité

et pat* conséquent Tesprit du gouvernement était dans la main des banquiers et du haut commerce; il y avait donc ici des garanties d'ordre et de crédit. A la mort de M. Périer, le ministère du H octobre devint encore plus pacifique et européen : on put s'occuper dès lors de l'administration des finances ; l'accroissement de l'impôt indirect, les centimes additionnels votés sur la contribution immobilière avaient dégagé le Trésor et singulièrement amoindri la dette flottante. Après les lois de septembre la société respira plus à l'aise, et les fonds publics touchèrent à leur pair.

On n'eut plus crainte de voter les crédits essentiels au repos et au bien-être des populations : 100,000,000 divisés en cinq annuités furent accordés aux travaux publics, premier secours réel donné à l'industrie : l'État se faisait le grand travailleur pour les entreprises de canaux, routes, et pour la première fois il fut question devant les Chambres de la construction des chemins de fer, inconnus jusqu'alors en France, et dont on n'appréciait point encore l'immense développement. M. Guizot fit égale^ ment accorder des crédits pour les travaux littéraires afin d'occuper les esprits de la jeune génération stu-

(lieuse ou turbulente» selon la direction que saurait lui imprimer le nouveau gouvernement.

A cette époque se fit aussi le premier emprunt diplomatique concerté entre les cabinets à la suite du traité qui élevait le roi Othon au trône de la Grèce; la dynastie de Bavière n'avait voulu consentir à régner sur les Grecs qu'à la condition qu'elle aurait les moyens de développer et de contenir cette civilisation turbulente : elle exigea donc un emprunt, et comme aucune maison de banque ne voulait fournir les fonds nécessaires, les trois puissances contractantes, la Russie, l'Angleterre et la France garantirent l'exact payement des intérêts. L'emprunt fut pris par la maison Rothschild, et on le négocia sur la place de Paris qui s'encombrait déjà de valeurs aventureuses : les emprunts de don Miguel, de don Pedro, fonds hasardés qui n'allèrent jamais à la haute banque. Toutefois à Londres, et par des raisons politiques, l'emprunt de don Pedro obtint une certaine faveur, tandis qu'en Autriche on plaçait l'emprunt Migueliste sans que la maison Rothschild voulût s'en charger.

Alors également une stipulation d'un traité diplomatique vint obliger la France envers les États-Unis

d'Amérique; ce traité signé par le général Sébaatiani faisait une concession qu'aucun gouvernement n'avait voulu faire jusqu'alors; il reconnaissait aux États-Unis d'Amérique une dette sur la Trésorerie française qui s'élevait à 30,000,000, par suite des prises et des confiscations qui remontaient à trente ans; M. de Lafayette qui avait reçu personnellement, en gratification, près d'un million des États-Unis, se prononça avec énergie pour le vote de ce crédit auquel le roi Louis-Philippe portait également un vif intérêt. Il y avait, disait-on, des achats de créances à vil prix.

L'opposition fut vive contre le projet, et ce ne fut qu'après de longues péripéties qu'il fut voté sous le duc deBroglie. L'esprit, les institutions des Américains étaient alors loués, exaltés outre mesure : on faisait des livres très-encouragés sur rexcellenee de la démocratie américaine et sur cette civilisation étrange, ce pêle-mêle d'hommes et d'affaires où la faillite et les choses d'aventures s'entre-choquent sous le gouvernement le plus indifférent à la répression; la société française tendait aux mœurs américaines, et ce n'était pas une amélioration dans son histoire et son avenir.

Cependant il était résulté de là IPermétè et du développement dû crédit une puissance politique pour la haute banque et aVec la possession de Tautorité le besoin du plaisir et clés jouissances de l'aristocratie : la maison Rothschild, par exemple, revenue de ses terreurs et de ses ennuis de 1830 et de 1831 , s'était installée dans ses deux beaux hôtels de la rue d'Artois transformée en la rue Lafïitte. (Le gouvernement de la classe moyenne, je le répète, s'était hâté de se glorifier lui-iiiême en substituant, au souvenir d'un fils de France, le nom d'un banquier en liquidation, révolutionnant la société.) Dans son hôtel, M. jfames de Rothschild donnait quelques fêtes ; ses dîners étaient assez bien ordonnés. Depuis la mort de M. deTalleyrand, M. de Rothschild avait hérité de son cuisinier ; Carême était mort à son service en 1 833 ; mais Carême était vieilli, sans initiative, c'était un bon pâtissier, l'élève de Bailly, mais qui pour les saudes avait trop suivi la pratique vulgaire de Robert et de Richaud frères : les épices, le citron, profondément ennemis des coulis purs.

Les fêtes dfe M. de Rothschild n'avaient rien de remarquable ; dans ses salons, il y avait du luxe sans élégance ; il est si difficile à un Israélite d'abdi-

quei^ sDti type primitif, alors même <}!l'il tit âu milieu des flots d'dr; on entourait ^ on caresëait M. de Rothschild parce qu'il était la source de la fortune, on vantait ses manières, peut-être les grâces de son maintien ; il y avait foule à ses audiences du matin données à tous avec un sans façon de banquiel* absorbé dans ses propres affaires. L'avidité des solliciteurs l'entourait comme une idole, et le titi*e de M. le baron retentissait comme le bruit de la trompette sacrée dans le temple d'Israël. Au reste ^ M. James de Rothschild écoutait, congédiait avec la même indifférence, les nombreux visiteurs à ses audiences, et (i'était Utl grand honneur quand il vous faisait asseoir. Oh I que nous étions loin du temps de la chevalerie où la féodalité traitait le juif du haut de sa puissance et de son honneur : aujourd'hui le gentilhomme demandait à Israël quelque présent de Bourse. A cette époque, M. James de Rothschild fut obligé de démetitir certains bruits qui circulaient sur des emprunts qu'il aurait faits à la Banque de France sur dépôts de titres : il paria avec fermeté et loyauté, car nul reproche n'avait pu jamais être fait à sa maison, incontestablement aussi grande qu'honorable ; il pouvait y avoir

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