SITUATION DES FINANCES EN EUROPE APRÈS LES AGITATIONS DE
L'état des finances chez chaque nation résulte surtout de sa situation politique, et la banque suit les affaires et le progrès de chaque gouveraeinent : ain$i la maison Sinna de Vienne s'était étendue, jçt développée depuis les affaires de la Grèce et de rOpîept; MM. Stieglits de Pétersbourg avaient grandi leurs opérations après la soumission de la Pologne. Non pas que la maison Rothschild n'inspirât plus la même confiance, mais elle devenait trop européenne et n'avait pas un caractère précis de nationalité : les Rothschild opéraient aussi bien à Vienne qu'à Londres, Paris et Naples; tandis que les Sinna, les Stieglitz, les Baring, les Hope restaient en quelque sorte les banquiers spéciaux de l'Autriche, de la Russie, de l'Angleterre et de la Hollande. Or, chacun de ces gou-
vernements était aise d'avoir sous sa uiain un banquier de cour qui opérait exclusivement avec lui sans trop se mêler aux événements de la politique.
Ici il est essentiel de corriger Terreur commune qui lie M. Hope* cet esprit maussade et maladif que nous avons tous connu, à la riche et honorable maison de Hope d'Amsterdam ; H. Hope de Paris» anglais d'origine et du nom de Williams, avait conquis sa fortune par son association momentanée avec les Hope (1)» par des legs « des spéculations et de vives amitiés : il n'avait aucune ressemblance avec les Hope d'Amsterdam , et ses prodigalités même avaient quelque chose de mal apj>ris qui eût fait contraste avec les manières simples et régulières de la maison d'Amsterdam (2). C'est M* Hope de Paris qui fit construire cet hôtel du faubourg Saint-Germain, palais d'Italie, façon de Trianon, pierre et marbre, de l'or partout, des cachettes pour absorber les trésors du monde ; des jardins nus tracés au cordeau comme une place publique ou une promenade de province ; point de merveille d'eau, une serre mesquine (3), de
(i) Bn Hollande, on peut prendre le nom de la maison de banque à laqu^ on a été aiaocié.
(S) Af^onrd'hoi lea Hope sont à Londrf»,
(8) L*liMel Hope a été acheté par un haut tMnqnier trop ami des arts peur ne pai un fea modifier cette flacon de palais itaUen.
belles écuries, qui seules révèlent l'origine dte distinctibli âhglàise ( il faut bien ^ue la UationàHté ié fasse j oui* à tWtvferS biênïe déô formes étraii'géà) ; dn persbhhel de donié^tiqués très-uièlé de bomplaisahts et dé boàfidents. La Vie de M. Hope, émaHlée de spécuiatibhd ittt^siéfttaU^, de tristes plaisirls et d'ék'ceûtricités iUàtadiVès, se pai^sa pHêâ<][ùe sans laiisisér tra^ê. L'AîArglais ^tentrit^ttle » et te Hollandais » àe ôa lia-* fure spéctihtékir t étaient t^eplrésentés par M. Hopei le jpllis faai^i Joueur , et qui , tout éû espérant accaparer té numéraii^ d\i liàohde, ise rainait peu à peu : à sa ùïort ôh trouva préïpqué sa fortuné dévorée par des myistëi^ dé|eu. Et ici, je ne ^îé ih'empècfaier d'uB pàr&ttëté qtti est èlosâi tiii sôuVâttir ties fermiers généràiik. )é Veui ra)>)[kt^cber deux noms : l^ujon et Bopé, XûVi^ deUx maladifs , tous deux presqtfe paratysë& ; Béàûj on, spirituel, aîniable, entouré d'aHistes, de fetfimëà gracieuses, àVec de somptueux soupet*s, se faîsaùt beïcer ][)àr )él^ pluis doux rêves et dès conversations attrayantes; Bèaujon, géïïéî'eux, charitable , élevant un hospice avant dé térmitter sa vie ; fieaujon, Tami du prodigue Saint-James , semant ses jardins, ses folies, au bois de Boulogne : 'Sahit-^atades et Beaujoù "vftfëtft'dUiB tes soùvénSrsdélcftM^^
absorbé dans le grand spleen d'une mélancolie mortelle, victime de la satiété au milieu des plaisirs faciles et d'un faste égoïste.
Quelle différence avec M. Demidoff vivant à Florence, ami, protecteur des artistes : celui-là ouvrait sa main large et féconde à tout ce qui était intelligence ou art. Il y a dans l'aristocratie russe cette grâce parfaite qui sait donner en élevant ; l'esprit et Tart ont des caprices; le véritable grand seigneur sait les aimer et les respecter. M. Demidoff s'entourait partout dans ses voyages de cette noble clientèle ; il traitait les artistes en égaux, et cet ami magnifique Be montra dans ce voyage de Grimée qui est resté comme un monument d'étude pour tous : l'amour de l'esprit porte bonheur.
Le crédit de l'Espagne si mobile et si capricieux avait trouvé dans M. Aguado un agent habile et actif. Balmacéda de Madrid était un banquier aux allures trop régulières, aux opérations trop exactes pour se jeter dans la dette. Les Rothschild avaient acheté à l'Espagne, avec leur instinct habile, la meilleure des exploitations de mines. M. Aguado seul était assez hardi, assez capable pour souscrire les emprunts espagnols et les faire fructifier. C'était à III. (5) 4 II
la fois un esprit exact et actif; jamais un seul jour de retard dans le payement de l'intérêt de la dette inscrite; il l'escomptait même avec empressement pour donner du crédit au débiteur. Ce fut M. Aguado qui par l'offre de payement de la piastre espagnole à Paris constitua la dififérence entre les dettes intérieure et extérieure : il fit des bénéfices considérables dans ces sortes de négociations et à la fin de 1830, le simple négociant en vins de la rue du Mail, possesseur de plusieurs millions, pouvait offrir son honorable concours au gouvernement.
M. Âguado aimait les arts, les artistes et l'Opéra. II savait la puissance de la presse et de ce commérage de petits écrivains qui bourdonnent dans les petits journaux; et il s'en était emparé par des exploitations infinies et ses rapports avec l'Opéra. Vivant dans l'hôtel d'un ancien fermier général, il en avait un peu les manières; il traitait les artistes en gens d'esprit, en ami plutôt qu'en protecteur; malheureusement ses choix ne furent pas toujours heureux. Les gens de quelque valeur aiment à être appelés ; ils ne vont pas tendre la main, ils la donnent avec réflexion.
Ces loisirs pacifiques de 1838, l'état du pays et la
sécurité de son gouvermment les avaient préparés. Le calme était revenu ; les émeutes réprimées dans les rues de Paris avaient donné au pouvoir une force suffisante décompression, et la législation de septembre, si ellen'avait pas été énervée par l'institution doc* trinaire du jury, aurait suffi pour comprimer les mauvaises passions et le triste état de la société. Ce calme avait ramené la confiance, et le 5 p. 0/0 avait touché 1 04 fr. Le ministère des finances était passé de l'abbé Louis à M. Humann que déjà j'ai fait connaître, esprit un peu germanique et travailleur, et qui avait gardé de M* de Yillële une haute opinion ; son honorable gendre, M. de Germini, avait été l'ami, le condisciple de M. de Renneville, la main droite de SI. de Yillèle ; M. Humann avait soutenu de toutes ses forces la conversion des rentes proposée en 18115, et dès que le 5 p. 0/0 eut atteint son pair, le ministre proposa au conseil une conversion simple du 5 en 4 p. 0/0, avec offre de remboursement au pair delOOfr.
Le roi Louis-Philippe était personnellement opposé à la conversion, non pas, comme on l'a dit, parcequ'il était porteur de nombreuses inscriptions, mais parce que chef Je la bourgeoisie, il savait que
cette mesure de la conver^iioii frappait surtout la classe moyenne de Paris, et qu'il ne voulait ni ne pouvait la mécontenter. M. Humann ayant fait de la conversion une des base de son budget, offrit sa démission qui fut acceptée. Il eut pour successeur M. d'Argout, esprit exact, minutieux dans le plus petit détail, jusqu'à écrire de sa main la plus insignifiante lettre. Il n'avait pas d'autres opinions politiques que celles du gouvernement; caractère commode et probe qui se ployait à toutes les circonstances et à chaque combinaison.
Les questions qui se présentaitent, au reste, depuis quelques années, n'avaient plus le caractère de la pratique financière; c'étaient plutôt des théories d'économie politique, et par exemple la lutte entre l'école protectioniste et le libre-échange d'origine anglaise* On écrivait de nombreux pamphlets sur cette question délicate, et si la majorité de la Chambre appartenait aux protectionistes, la presqu'unanimîté des journaux et des écrits se jetaient dans le libreéchange, et tôt ou tard la presse domine les opinions. Il parut alors bon nombre d'écrits contre le système industriel, le dur travail des ouvriers dans les manufactures. A ces plaintes justes dans leurprin-
cipe vinrent se joindre les théories les plus hardies, les plus extravagantes qui portèrent le désordre dans les esprits.
De là tous ces petits livres sur l'organisation du travail qui furent destinés aux ateliers. Ce n'était pas un nécessaire amoindrissement aux maux et aux labeurs des ouvriers que les écrivains demandèrent, mais encore une nouvelle hiérarchie dans le travail : l'ouvrier devait trouver un appui dans le capital, et le système des manufactures et des banques devait être remanié en ce sens. Chacun eut des théories d'association, et le phalanstère de M. Faurier vint compléter la série des idées excentriques. On disait bien <i ce sont des théories » ; oui sans doute , mais elles pénétraient parmi les classes souffreteuses qui croient beaucoup parce que leurs épreuves sont rudes, leurs douleurs justes et leurs maux immenses I