‹ Histoire des grandes opérations financières; banques, bourses, emprunts, compagnies industrielles, etcChapitre 30 sur 39 · II · texte numérisé non relu

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Il est vrai que toute cette dette n'était pas exigi* ble ; une partie était dans les mains de la caisse d'amortissement et de la Banque , qui pouvaient toujours s'entendre avec la Trésorerie ; mais au cas d'une crise, là caisse d'amortissement ne serait-elle pas obligée elle-même de rembourser, même aux porteurs dès livrets de la caisse d'épargne? Cette caisse d'épargne, avec son remboursement obligé, devenait un embarras pour le Trésor, aussi bien dans les temps calmes que dans les crises. Aux époques d'abondance, que faire de cet argent, dont il fallait payer l'intérêt? et aux époques d'orage on devait le rem- -iE>oursement nécessaire et à jour fixe!

française annonça l'adjudication d'un emprunt de 250,000,000 sur les 360,000,000 votés par la Chambre; ce chiffre lui paraissait suffisant pour soulager la dette flottante d'une somme équivalente et équilibrer le budget. Il n'y avait pas désormais de concurrence possible avec la maison Rothschild qui obtint l'emprunt à 75 fr. 25 cent, pour 3 fr. de rente. C'était une excellente affaire, et, soit par l'impulsion de la maison Rothschild, soit par l'exemple donné par le dernier achat de l'empereur de Russie, le 3 p. 0/0 en décembre 1847 se fit à 82 et 83 fr., prime réalisée dans moins de dix mois par la maison Rothschild , d'autant plus à noter que si un banquier doit profiter des bénéfices, il doit subir les pertes. Comment se fit-il donc qu'après février 1848, la maison Rothschild ne voulut pas tenir ses engagements pour Temprunt, sous prétexte de force majeure? Est-ce que la prévoyance humaine n'allait pas jusqu'à pressentir les orages? et quand on a profité des bénéfices, on doit également supporter les pertes. Et qui ne pressentait une grande révolution en l'année 18471

Quoi qu'il en soit, cette absorption absolue des affaires du crédit par la maison Rothschild créa bien

des mécontents dans la banque de Paris, sur laquelle s'appuyait la monarchie de Juillet; ces gros industriels, ces banquiers, qui avaient tant soutenu la royauté du 9 août, passaient presque tous à l'opposition, non point, sans doute, à une opposition tout à fait révolutionnaire, mais ils formaient ce qu'on appelait alors le centre gauche, le tiers-partit sous la direction de phraseurs constitutionnels, tels que MM. Thiers et Odilon Barrot, esprits d'aventure qui marchaient à Tétourdie au milieu des éléments de destruction; rien de plus médiocre que tout ce centre gauche, petite monnaie de M. de Lafayette, qui se laissait toujours prendre au piège des révolutions, hommes de coteries en histoire, en politique, sans autre initiative que pour dissoudre ou renverser les gouvernements établis.

Ce centre gauche de banque et d'industrie ne voyait pas quUl ne s'agissait plus d'un ministère, mais du pouvoir tout entier et de la propriété ; depuis dix ans, un travail sourd, profond, se faisait parmi les ouvriers et les prolétaires; la liberté de la presse permettait les plus licencieuses publications. Les saintseimoniens avaient les premiers porté un coup mortel à la famille, à ia propriété; leur œuvre se continuait

if.

dans le prolétariat. Vous aviez les doctrines de Fourier, phalanstère-communiste : un écrivain sans style, sans goût, espèce de teneur de livres audacieux, osait les insultes les plus odieuses contre Tétat social ; un autre inventait Tlcarie, société égalitaire et presbytérienne. Un esprit de petit détail, un beau diseur de parti, aux formes doucereuses, s'était fait le promoteur d'une prétendue organisation du travail, de Tégalité des salaires : l'ouvrier avait son journal, qui lui faisait voir un prochain triomphe, essayé à Lyon en 1834, et que le procès devant la Cour des pairs avait pressenti.

Et c'est au milieu de ce grand désordre que la garde nationale, composée des notabilités commerciales, unie au centre gauche jouait aux démonstrations, aux banquets, à l'opposition 1 C'était à inspirer une triste pitié, que de voir ces illuminations de h rue Saint-Denis, des rues des Jeûneurs, Saint-Martin, Petit-Bourg, des Bourdonnais, à chaque échec qu'éprouvait ce pouvoir qui pourtant protégeait les capitaux, leur commerce, leur industriel S'imaginaientils, ces pauvres esprits, qu'il s'agissait du renversement du ministère ou même seulement de l'abdication du roi? La question allait bien au delà

de madame la duchesse d'Orléans! Le rôle de ces deux ministres à cheval sur le boulevard fut profondément ridicule; le peuple des barricades voulait un remaniement social, et non pas les parades de la foire. On put voir à cette époque tout ce qu'osent les passions crédules des partis : l'émeute plaça son quartier général sur le boulevard des Italiens, au lieu même ou se lient la petite Bourse : il fallait voir avec quelle ardeur les coulissiers parlaient des banquets électoraux, avec quel patriotique accent ils exaltaient les barricades, les héroïques défenseurs de la réforme! bavards de politque, ils jouaient à la révolution (1).

(4) Voyez poar les détails mou ouvrage $ur la $ociéié, le gouvernement et le$ partis en 1848.

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