‹ Histoire des grandes opérations financières; banques, bourses, emprunts, compagnies industrielles, etcChapitre 4 sur 39 · MAI A OCTOBRE · texte numérisé non relu

MAI A OCTOBRE

J'ai dit, dans un âiltre livre, là politique sérieuse et très-élevée du prince de Talleyrànd dans Tévénement considérable de cette époque, là restauration de là maison de Boiii'KDn (1). Je dois aujourd'hui considérer M. de de Talleyi'and dans son caractère financier & cette période où il eut la direction suprême des affaires du pays. Un des côtés d'habileté, ou si on aime mieux, un des défauts du prince, fut toujours de grandir sa fortune par la spéculatioti : l'ami de l'abbé d'Espagnac ne s'était jamais départi de ce caractère hasardeux qui avait marqué le début de sa vie dans la fihance. M. de Talleyrànd avait toujours joué sur les fonds publics pendant la République et l'Empire, en Angleterre, aux États-Unis,

(1) Voyez mon Hittaire de la Rutauration de la maUon de Bourbon en %êiàf itf ée êon go wm r iMm M juq%*à èà chute.

à Hambourg : il avait défait ou refait sa fortune à deux ou trois reprises avec la persévérance d'un joueur déterminé.

Président du gouvernement provisoire, la voie lui était encore ouverte pour spéculer avec la certitude des événements. Il avait autour de lui des hommes de son caractère, Fabbé Louis, habile acquéreur de biens nationaux, négociant par tendance invincible, et son grand-vicaire, à la messe de la Fédération; l'abbé Louis, sous l'Empire, était resté dans les bureaux de la guerre, et depuis attaché aux liquidations ; M. de Talleyrand, lors de la restauration

de 1814, en faisait un ministre des finances; il le

savait têtu en affaires, mais âpre en même temps dans toutes les questions de bénéfices. Ce n'était pas un grand esprit, mais une main active et hardie dont il pourrait se servir pour les opérations du Trésor.

M. de Talleyrand avait encore avec lui le duc d'Alberg , un des hardis spéculateurs de l'Allemagne. Son oncle, le Prince- Primat, avait été un des protecteurs des Rothschild de Francfort, et en général des juifs. Le duc d'Alberg avait la manie de commanditer de hautes maisons de banque.

Sa fortune considérable était dispersée à Paris, Hambourg, Londres, Amsterdam. Il était évident que ces trois esprits essentiellement portés à la spéculation, allaient donner une nouvelle impulsion au crédit public en France et aux tendances des affaires.

D'ailleurs, la Restauration avait été accueillie avec enthousiasme par les hautes banques; M. Lafiitte en

avait été Tinstrument le plus actif. Dans son salon fut signée l'adhésion du maréchal Marmont, gendre de M. Perrégaux , au gouvernement provisoire. Le premier, M. Laf&tte avait porté une large cocarde blanche à son chapeau (1) ; il ne quittait pas les Tuileries. Dans les gens de finance, les banquiers faisaient partie de la garde nationale et de son étatmajor : MM. Mallet frères , Tourton, Delessert , Odier s'étaient groupés au pavillon Marsan, autour de Monsieur, comte d'Artois. Tous les gens d'affaires, commerçants, banquiers, semblaient pressentir que la paix , en rendant au commerce toute sa liberté , allait donner à la banque cette puissance d'action qui multiplie ses ressources et ses capitaux : on en

(i) Je rayais dit depuis bien longtemps dans VHUtoire de la Restau^ ration ; Je sois heureux de voir ces faits confinnés par les Mémoires

avait assez du système violedt et glorieux imposé par la conquête.

L'état des finances devait nécessairement s'améliorer : l'armée allait être mise sur le pied de paix; la marine de guerre licenciée « l'administration réduite dans son personnel. Mais pouvait- on aussi garder le système d'impôts « résultat si lourd de la révolution française? M. le comte d'Artois avait fait des promesses sur l'abolition des droits réunis , pourrait-on les tenir? L'abbé Louis ^ âpre sur les contributions, déclarait que tout crédit était impossible si l'on ne conservait les impôts.

Une autre question très-grave était celle de l'arriéré considérable accumulé sous l'Empire. Je ne parle pas seulement des soldes ou traitements de l'armée ou de l'administration non acquittés à peu près depuis un an et même dix-huit mois (exercice de 1813 et 1814), mais encore des sommes dues à des particuliers ou fournisseurs, banquiers, compagnies, depuis la République et le Consulat : le dernier gouvernement avait assigné des crédits annuels spécialement appliqués à l'extinction de l'arriéré ; mais les nécessités de la guerre n'avaient pas toujours permis l'exact acquittement des règlements ; la Restau-

ration prondrait-clle cette charge si lourde à son compte? On lui disait pour l'y entraîner que le premier élément de crédit public c'était Tacquittement exact des dettes du passé. A cela on pouvait répondre que ce passé n'était pas si pur qu'on voulait le dire! Il y avait bien des liquidations achetées, bien des tiers porteurs qui avaient acquis à vil prix les créances de l'arriéré.

CependautTabbé Louis adopta le système des banquiers pour la liquidation de l'arriéré : le bugdel de ^ 1815 présenté aux deux Chambres (juillet 1814) et adopté, offrait les résultats que voici. Il est curieux de comparer les temps !

Recettes, voies et moyens.

Contributions directes, y compris les centimes additionnels. 320,000,000

Enregistrement et domaines 120,000,000

Contributions indirectes 1 50,000,000

Recettes diverses, postes, forêts 28,000,000

Total de recettes 618,000,000

Les dépenses étaient ainsi réglées :

Liste civile, y compris la maison du roi et la garde (supplément de solde) 25,000,000

ir^

Famille royale 8,000,000

Chambre des pairs /i,000,000

Chambre des députés 3,200.000

Chancellerie ^0,000,000

Affaires étrangères 9,500,000

Justice 85,000,000

Guerre 200,000,000

Marine 54 ,000,000

Police générale 1 ,000,000

Finances 23,000,000

Dette publique 100,000,000

Intérêts de cautionnements 8,000,000

Frais de négociations 10,000,000

Dépenses 547,700,000

Tel était le budget de laRestauration qui laissait un excédant de recette évalué à 70 millions que le ministre appliquait à l'extinction successive de l'arriéré, c'est-à-dire à ce qui était dû antérieurement au 1" avril 1814 jusques et y compris les créances de l'arriéré à partir de l'an XI de la République. Ces créances liquidées dans les formes et ordonnancées par le ministre des finances devaient être acquittées, soit en rentes consolidées au taux moyen, soit en obligations

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