‹ Histoire des grandes opérations financières; banques, bourses, emprunts, compagnies industrielles, etcChapitre 8 sur 39 · JUILLET ET AOUT · texte numérisé non relu

JUILLET ET AOUT

À la fin de juillet et dans la première quinzaine du mois d'août 1815, sept cent mille baïonnettes ennemies occupaient le territoire de la France, s'imposant avec toutes les violences que permet Tétat de guerre. On avait en vain cherché à mettre un peu d'ordre dans cette confusion armée. A la suite d'une note signée Nesseirode, prince de Metternich, baron de Hardenberg et lord Castelreagh, une commission mixte avait été désignée pour régulariser les réquisitions de guerre dans les départements occupés par les alliés (1 ] ; mais les généraux et chefs de corps n'en tenaient aucun compte; les préfets même nommés par le roi Louis XVIII avaient éprouvé des violences : les Prussiens avaient enlevé et con-

(i) 7 juillet 1815.

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doit dans des forteresses les préfets MM. Auguste Talleyrand , Jules Pasquier et Gasville « tous trois parents des ministres. Quand on leur en faisait des reproches, les généraux ennemis répondaient avec fierté : « Uintendant-général français M. Daru a fait bien autre chose à Berlin , à Spandau ; les généraux Davoust et Yandamme ont bien autrement agi en Allemagne. C'est bien assez que nous ne mettions pas la main sur vos banques, vos établissements de crédit, vos monts-de-piété, votre caisse d'amortissement , comme vos républicains l'on fait en Italie. Ce ne serait que représailles (1 ) . »

Cependant le prince de Talleyrand insistait auprès des plénipotentiaires alliés afin de mettre un peu d'ordre dans ce chaos; il faisait comprendre au prince de Metternich , esprit d'affaires : « que les récriminations sur le passé ne servaient à rien, et que si l'on voulait sérieusement qu'une contribution de guerre fût levée, il fallait que les impôts rentrassent intacts dans les coffres de l'État. » En conséquence d'une convention signée le 10 août 1813, un premier payement de 50,000,000 fut fait aux alliés :

(1) Le roi Louis XVIfl défendit justement l'honneur des gënéraax français et de l'administration financière.

-Sale 1^ septembi^, il fut également payé 30,000,000, ptiis Un complétiieht d'effets, draps , qui porta la Bomme reçue par les alliés à 4 83,840,1 30 fraUcs, qui fut fidèlement réunie au milieu des pénuries les plus extrêmes d'un pays envahi et opprimé.

Voici la répartition qui en fut faite entre les alliés, ^'après les documenta officiels et secrets :

Contingents en hommes. Part de contribution.

Autriche,

Prusse et ses alliés,

Angleterre,

Russie,

Bavière,

Wurtemberg,

Bade,

H esse,

Piémont,

Saxe,

Contingents, 1 ,133,000 183,840,130

Ainsi la ï^rance était envahie par plus d'un million d'étrangers qui avaient soif de représailles après avoir avoir été si longtemps envahis eux-mêmes ! Comment le gouvernement du Roi pourrait-il ré-

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pondre à tant d'exigences T Les ressources ordinaires pouvaient-elles suffire? L'abbé Louis, qui avait repris le département des finances, déclara qu'il fallait recourir à des moyens extraordinaires si l'on ne voulait que le Trésor ne succombât, et lé conseil des ministres décida que, pour répondre adt réquisitions de guerre de toute nature imposées par les alliés, un emprunt forcé de cent millions serait levé sur les principaux propriétaires et capitalistes. Le Roi disait : « plein de confiance dans le patriotisme des principaux négociants et capitalistes , nous dési-rous les associer à notre sollicitude pour les départements ruinés par l'invasion, sans prétendre que les sommes qu'ils paieront restent définitivement k leur charge au delà des contributions régulières (1).)^ En conséquence, des Comités étaient formés dans chaque département, chargés de fixer la quotité des contingents et de déterminer la somme à payer par chaque contribuable dans des états rendus exécutoires par les préfets : les receveurs-généraux dressaient des mandats et tiraient des traites divisées par quart de contingent, payables à Paris ou à leur domicile fixe dans les départements, du 15 septembre au

(1) l^août 1815.

45 novembre. Ces traites devaient être acceptées à présentation et payées dans les mêmes formes que la contribution publique.

Au moyen de ces traites le Trésor se trouvait nanti de 100 millions de bonnes valeurs qu'il pouvait négocier ou déposer à la Banque de France; c'est ce que fit l'abbé Louis, ministre des finances ; car l'étranger exigeait la contribution de guerre dans le délai de quinze jours. Les Commissions de départements procédèrent avec une grande impartialité sans distmguer la conduite et les opinions des contribuables, impartialité que né pouvaient comprendre le feld-maréchal Blûcher et avec lui quelques hommes de parti qui avaient bien leur logique et leur prévoyance. Il leur paraissait étrange que les frais de la guerre ne fussent pas supportés par les hommes qui l'avait provoquée par le 20 mars : plusieurs de ceux-ci étaient immensément riches; il y avait des fortunes de 150,000 à 200,000 livres de rentes, liées aux événements des Cent-Jours, ne devaient-elles pas être spécialement taxées? « En politique, c'est une faute, a dit Machiavel , de laisser la fortune dans les mains de ses ennemis. » Un gouvernement ne se consolide jamais qu'après de grands

changements dans la propriété, témoin TÂngleterre où le système de confiscation fut si odieusement et si largement appliqué depuis le xvi* siècle ; et cette cause fut la seule puissante pour empêcher la restauration des Stuarts.

Comme annexe à l'ordonnance, on publia Tétat de répartition entre départements : les plus imposés furent la Seine, portée pour 13,340,000 fr., la Gironde pour 5,330,000, le Nord pour 4,350,00, Seine-et-Oise pour 5,330,000 fr. Les départements qui avaient le plus souffert par suite de l'invasion furent pour ainsi dire exemptés de cette espèce d'emprunt forcé : l'Aube n'y fut compris que pour 70,000 francs, car il avait été ravagé et était encore occupé par les Prussiens.

C'est à cette même époque que la ville de Paris fit son premier emprunt de 9 millions pour ses besoins particuliers : il fut assez difficilement accompli : on n'était pas encore accoutumé aux idées et aux formes du crédit. Le budget de la ville n'offrait pas toutes les ressources de l'octroi excessif; les subsistances ne payaient pas le tiers des droits qu'elles acquittent aujourd'hui. Louis XVIII tenait à ce qu'on ne grandit pas les droits sur la viande et

les comestibles. L'emprunt fut fait en rente perpétuelle 5 p. 400 avec le système d'amortissement par tirage» avec des lots depuis 1,000 francs jusqu'à 100,000, système qui attire surtout les petits capitalistes par l'appât encore d'une loterie légale. L'emprunt fut difficilement placé parmi les banquiers de Paris, si empressés aujourd'hui de prendre ces sortes de valeurs I On était à l'origine du crédit : on avait souvenir que la Révolution avait dévoré les rentes sur l'Hôtel-de- Ville, qu'on appelait le pot au feu de la bourgeoisie de Paris I

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