‹ Histoire des graphidéesChapitre 8 sur 18 · INTRODUCTION · texte numérisé non relu

INTRODUCTION

Si l'on peut souvent reconnaître une plante sur des échantillons imparfaits, il n'en est pas toujours ainsi des Cryptogames, des Graphidées , et du genre Opegrapha en particulier. Une plante, quelque rabougrie qu'elle soit, pourvu qu'elle ait parcouru toutes les périodes de sa croissance, ne laissera aucun doute sur son identité à l'œil exercé qui l'examinera , parce que les Phanérogames , composés, comme ils sont , d'un grand nombre de parties qui ont dans chaque espèce des caractères propres, ordinairement moins variables, offrent des signes plus sensibles que peut saisir même un Botaniste peu observateur. Mais quelle induction tirer de l'examen d'une Opégraphe en mauvais état, lorsque les caractères n'en sont établis que sur trois parties : la croûte , la lirelle et le disque, sujettes elles-mêmes à de fréquentes modifications PTantôt la croûte aura éprouvé une perturbation, et le parenchyme , au lieu d'être continu, comme c'est l'ordinaire, se trouvera interrompu, aminci et dans un état voisin de la délitescence; tantôt il manquera autour des lirelles. Comment se déterminer alors, les lirelles étant, a bien considérer, semblables dans toutes les espèces? raison qui sans doute a porté les anciens Botanistes à n'établir que deux espèces.

Il arrive aussi souvent que la croûte est détruite totalement ou en partie, soit au milieu, soit sur les bords. On la voit même, dans plusieurs espèces qui la présentent bien prononcée, épaisse à sa naissance, s'étendre , s'amincir et finir par disparaître à une époque plus ou moins avancée (Opegrapha reticulata, Jwrpetica, atra, rufescens, rimicola , scripta, rubella, ccrasi\ ou bien, pour toute trace, il n'en existe qu'une limite ou bord circonscrivant la place qu'elle occupait auparavant; lequel bord, formé par une matière luligineuse noire et réuni à une nuance particulière de lecorce de l'arbre , simulera une véritable croûte ayant des lirelles encore dans un état sain, rrendrez-vous un tel échantillon pour une espèce distincte , parce qu'il offre des caractères très-sensibles, et de là conclurez- vous avec assurance qu'il doit tenir un rang parmi les autres espèces? 1 1 Opegrapha œnea, V Opegrapha decorticata , prouvent la possibilité de tomber dans cette sorte d'erreur : lune est une variété ou plutôt une défectuosité de Y Opegrapha herpelica, qui a une croûte très-prononcée; l'autre est YOpegrapha rubella à l'état d'imperfection ; néanmoins en examinant ces deux variétés dans un herbier, ou sera porté naturellement à les admettre comme deux espèces.

A L'ÉTUDE DES OPÉGRÀPHES. 9 Les Opégraphes ont en général une croûte d'un blanc mal , quelquefois d'une blancheur lactescente; dans quelques unes elle a une teinte grisâtre cendrée, d'autrefois rougeâlre , roussâtre , sulfurine : serait-elle alors parasite? enfin d'une couleur de poix , même noirâtre, Opegrapha picea , Opegrapha fuliginosa.

Parmi les causes qui altèrent le plus ordinairement l'éclat de sa blancheur, les fuliginosités sont les plus communes, surtout quand ces végétaux croissent dans des endroits humides, ombragés, au bas des arbres: alors ils ont une teinte verdàtre produite par la lèpre verte, Opegrapha viridu/a, variété de Y Opegrapha mbella, ou une couleur rembrunie, Opegrapha fumosa, autre variété de la même Opégraphc.

On rencontre aussi des espèces où la croûte, de blanche qu'elle était à sa naissance, devient promptemeiit roussàtre; c'est un aspect assez ordinaire sous lequel il s'en présente quelques-unes^ et celui qui les caractérise (Opegrapha rufescens). On ne reconnaît l'état primitif de leur croûte qu'en l'observant dès son commencement sur de jeunes arbres dont l'écorce est encore unie.

Quant à X Opegrapha rubella, dont la croûte est rougeâtre , elle se voit aussi quelquefois sur le coudrier, ayant une couleur d'un blanc de lait sur le même échantillon, ou isolément (Opegrapha albicans). Mais comme cette espèce a ses lirelles simples et immergées à leur base (lirellœ basi subimmersœ) , on la distingue aisément au premier abord : cette section ne présente que deux types.

Les changements qui surviennent le plus fréquemment aux lirelles tiennent à quelques circonstances atmosphériques : au passage brusque de l'état humide à celui de sécheresse, plus ou moins prompt suivant l'exposition, ainsi que l'indique la forme que prend le disque dont les bords élargis plus ou moins chagrinés se resserrent alors tout à coup pour se dilater de nouveau , en offrant plusieurs étranglements irréguliers. Par l'effet seul de l'âge le disque s'évanouit; la lirclle, dont la surface se montre alors comme déprimée et prend dans plusieurs espèces une convexité remarquable, ressemble manifestement , sous cet aspect , aux sculelles des Patellaires. La dépression des lirelles s'observe quelquefois dans le même individu , quoique

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