‹ Histoire des Grecs depuis les temps les plus reculés jusqu'à la réduction de la Grèce en province romaineChapitre 12 sur 78 · IV. - LES MONUMENTS CYCLOPÉENS · texte numérisé non relu

IV. - LES MONUMENTS CYCLOPÉENS

Les lieux où elle se développa furent en Épire les environs du temple de Dodone, qui, avec ses chênes fatidiques et ses colombes sacrées, semble avoir été pour les Pélasges ce que Delphes fut pour les Hellènes, le sanctuaire et l'oracle le plus vénéré ; la Thessalie, qui prit une telle avance sur les autres provinces, qu'une partie de la

* Liv. I, 56. io sais bien qu'Homère ne prononce qu'une seule fois le nom des Ioniens (Iliade, Xlll, G85) ; je prends ce mot pourtant de période pélasgico-ioniennc comme Curtius et Schtrmann, parce qu'il montre d'une manière neUe le fait que je veux exprimer. Par une singulière fortune, ce vieux nom (Vloniens, 'Idiovi;, dont les Athéniens rougissaient quand Aristophane Je leur donnait par dérision {Achaniiens, \H), est aujourd'hui celui par lequel les Turcs désignent les Grecs du royaume indépendant, lonnan; les Grecs raïas sont pour eux les Rowni. Les Arabes ne les ont non plus jamais nommés que ïonnûn.

poésie homérique y est née et que les Muses en sont sorties; la Béotie, où s'éleva, dans les environs du lac Copaïs, la puissante cité d'Orchomène, dont les habitants, les Minyens, creusèrent, disait^n, à travers une montagne, des canaux d'écoulement pour se préserver des inondations du lac Copaïs : travail immense et qui accuserait des con-r

Joueuse de fiûte.

Qrontes trouTâs à Dodonc'.

naissances déjà bien avancées, si la nature n'en avait pas fait ellemême tous les frais*.

■ D'après Carapanos, Dodtme et te* minet, pi. XI, 4 et X, 1 bit. — Patlas, coifTée d'un casque à haut cimier, est Têtue d'une double tunique sans manches et d'une égide sans gorgonéion ni serpents. — La joueuse de date est vêtue d'une tunique lalaire à manches courtes et serrc^ à la taille par une ceinture. La disposition remarquable de la coiffure .se rencontre sur nombre de statues archaïques. On reconnaît la bande de cuir (çcpftid) qui servait a adoucir le son et qui est retenue par une bandelette au sommet de la tète. A son bras gauche est suspendu le sac qui renfennail les ftùles.

* Le lac Copaïs est à 98 mitres au-dessus du niveau de la mer. Il couvre dans les basses eaai une surface de 150 kilomètres carrés : dans les crues ordinaires SôO. On cornple, de l'ancienne Copaïs aux ruines d'IIaliarte, jusqu'à treize katavolkm ou conduits naturels, qui ont leur issue dans le canal de l'Eubée. B n'y a que 6 kilomètres du gouffre du Céphise, un des plus grands kalavothra du lac, au fond de la baie de Lar)'tnna, et ces deui points ne sont séparés que par unc^lde 35 mètres d'altitude. Slrabon (IX, 'J,1S| raconte qu'Alexandre chargea Cntès d'un travail de réparation, que les paroles du géogi'aphe, t^ i|ifif(iY[^'<^ ivaxiiQa!;(»v,

66 HISTOIRE LÉGENDAIRE (2ÛOO-H04?}

L'Attique, peuplée de bonne heure, n'a pourtant rien gardé des temps pélasgiques, si ce n'est une partie des murs de son Acropole. Les Arcadiens prétendaient que Lycosure était la plus vieille cité du monde; il est vrai qu'ils croyaient être nés eux-mêmes avant que la lune envoyât à la terre ses pâles rayons. Mais la contrée qui semble avoir joué alors le rùle le plus important est TAi^olide, où subsistent

Huraillcs de raeropolc de Tirynlbe'-

tant de traces de ces vieux âges, et où vivaient tant de souvenirs d'antiques relations avec l'Orient.

A celte période antéhistorique se rapportent des monuments d'une construction particulière, que les générations postérieures attribuaient à une race de géants, les Cyclopes. On voit encore des restes de ces constructions cyclopéennes à Mycènes, à Argos dont les Lyciens avaient, dit-on, bâti les murs, à Tiryntbe, à Athènes, à Orchomène, à Lycosure, et peut-être dans deux cents autres villes helléniques. Ce sont d'énormes

ne hissent pas bien comprendre, el qu'une sédition arrêta. On voit encore aujourd'hui, sur les deux cols qui séparent le Inc Copais de la baie de Larymna et du lac Hylica, seae grands puits que les Hiiiyens avaient creusés pour iieltoyer la conduite du Céphise et enlever les éboulis qui s'y étaient produits. Cr. Emile Burnouf, Archives de* miuiom, 1. 1, p. 143. • D'après une |)hotograpliie.

quartiers de roc souvenl bruts, quelquefois taillés, mais toujours placés les uns sur les autres, sans ciment, en polygones irréguliers'. Les plus remarquables de ces monuments sont les murs et les galeries de

Hurs cyclopéCDs de systèmes dilTércnts*.

Tirj'nthe, bâtis de pierres dont deux chevaux attelés ne pourraient ébranler la plus petite, et l'édifice appelé le Trésor d'Atrée, à Mycènes,

■ Le D' Schliemann a trouvé du mortier dans les mui-s des maisons de Tirjnlhe. {Tirynthe, |>. 238 et suiv.)

D'après Schliemann, Mycènei, ilg. 17-19. — Les mnrs 1 et 2 sont d'appareil poljgonaL Les Mocs, dans les murs du premier système, sont bruis et souvent énormes ; entre ces gros blocs soni interposées des pierres beaucoup plus petites : par cïemple, dans les murs des acropoles de Tirynthe et de Kycênes. Dans les murs du second système, les blocs sont taillés sur les joints, le parement est aplani et l'ensemble est d'aspect très imposant : par exemple, dans b muraille ouest de l'acropole de Hycéties, dans la nmraillc de l'acropole d'Alhéues, derrière l'aile sud des Propylées, et dans celle de la terrasse qui soutenait le temple de Delphes, Dans le troisième système, les blocs, ordinairement rectangulaires, sont disposés par assises boriiontales : par exemple, à la porte aux Lions de Uycènes.

dont la porte a pour linteau une pierre, longue de 8",25 sur 5",10 de largeur, qui est la plus considérable qu'on ait jusqu'à présent trouvée dans une construction régulière. Une partie des murs de Mycènes et une porte surmontée de deux lions offrent le même genre d'architecture. Ces lions, gardiens farouches de l'acropole, sont le plus ancien bas-relief qui existe en Europe. Leurs deux têtes, peut-être en bronze, mais à coup sûr rapportées, comme le prouvent la coupure nette du cou et les trous qu'on y voit, ont disparu; tournées, sans doute, aux anciens jours, vers ceux qui approchaient de l'enceinte, elles les regardaient d'un œil menaçant*. L'Acarnanie est encore couverte de ces monuments en appareil cyclo-

péen ou polygonal, dont l'usage s'est très certainement maintenu fort tard dans cette province. Du reste il est à remarquer que les Grecs, qui trouvaient la pierre partout sous leur main, em- Monnaie de Tirynthe». ployèrent rarement dans leurs murailles la brique

et le mortier. Ils les formaient de pierres posées les unes sur les autres, se maintenant en équilibre par leur disposition et leur poids. Même à Eleusis, on a découvert un tombeau qui reproduit en de plus petites proportions le Trésor d'Atrée, avec le passage en ogive, la salle ronde et l'appareil cyclopéen des murailles de Tirynthe'.

Ces monuments, qui ont un même caractère général, marquent cependant, par quelques détails, des époques différentes. Ainsi on a cru pouvoir attribuer aux Pélopides le Trésor d'Atrée ou tombeau d'Agamemnon, et la porte aux Lions, qui attestent un art plus avancé, surtout plus asiatique. Mais comment de telles masses ont-elles été remuées avec le seul instrument que ces peuples connussent, le levier? Des constructions qui ont exigé une telle dépense de force musculaire, et par conséquent d'hommes, doivent appartenir à une époque de servitude publique, sous des chefs militaires ou sous une caste dominante de prêtres guerriers, que les traditions laissent entrevoir; et les Pélasges furent sans doute condamnés par leurs maîtres à de pénibles corvées, comme les Romains, sous Tarquin le Superbe, quand ils construisirent le grand Cloaque et le Capitole; comme les Égyptiens,

* Schliemann, Mycènes, p. 87. Voyez cette porte, ci-dessus, p. 59.

• Monnaie de Tiryns (Tirynthe). Tète diadémée de Junon, à droite. i^.%TIPT (pour Tipuvô(«v). Palmier. (Bronze.)

' F. Lenormant, Comptes rendus de VAcad. des inscr.^ 1866, p. 59.

quand ils bâtissaient leui's pyramides et leurs temples; comme les habitants de la Gaule, quand ils dressaient les alignements de Karnac et d'immenses cromlecs. L'influence orientale à laquelle les Grecs

Cmf,*m,l.l^A3

Tombeau pélasgique. à Eleusis'.

devaient arracher le monde durait donc encore parmi les tribus pèlasgiques*.

' D'après la GaxetU archéologique, VIII(1885),pl. 43.— Ce tombeau, découvert par F. Lenorloanl sur le flanc de l'acropole d'Eleusis, oiïre des analogies Trappantes avec les Trésors de Hrcènes (Trésor d'Airée, Trésor dit de H" Schliemann). avec le Trésor d'Orchoinène et les chambres sépulcrales de Ménîdi (près de l'ancienne Acharnes) et de Palamidi (près de Nauplie). Le plan et la forme sont les mêmes.

■ H. Curttus rapporte les constructions dîtes cjclopéennes à toute l'époque héroïque, et, s'appuyant de la tradition qui fait venir les Cyclopes de Lycie, pense que ce genre de conslmction fut en Grèce une importation phénicienne ; mais il distingue les enceintes cyclopéennes d'irgos, de Tipynthe, de Mvci^nes et de Kidée, qu'il attribue aux princes de la race de Persée. des tombes royales et des chambres souterraines, appelées Trésori, qu'il reconnail pour l'œuvre des Pétopîdes. Voy. cette intéressante discussion, Gricchiiche GetckidUe, t. I. p. 118 et sqq. C'est aussi l'opiuion de M. A. Bertrand, £tuda de mylliologie et d'archéologie çrtequei, d'Atkéna à Argot.

70 lllSTOIllE LÉtiENBAIllK t2O00-HO4?).

Notons toutefois que les muraillos cyclopéennes ne servaient pas à enfermer un dieu ou à garder une momie de roi, comme les fastueux monuments qu'éleva aux bords du Nil l'orgueil des prêtres et des monarques; ce n'étaient pas non plus, comme en Gaule, d'inutiles constructions dont le but est resté pour nous une énigme. Ni temple, ni insolent tombeau, ni forteresse imprenable d'un chef, mais cité de tout le peuple, ces ruines nous disent que, dès l'époque la plus reculée, la Grèce commença ia vie urbaine qui a fait sa grandeur. Ses premiers peuples fondèrent les villes où s'est élaborée plus tard la civilisation du monde.

', trouve a Mycènes. (Schtiemimii, Myeiuet, lig. SSt.)

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