‹ Histoire des Grecs depuis les temps les plus reculés jusqu'à la réduction de la Grèce en province romaineChapitre 13 sur 78 · I. DEl'CALION ET LES HÉROS ËOLIENS · texte numérisé non relu

I. DEl'CALION ET LES HÉROS ËOLIENS

Lorsqu'on demandait aux Grecs d'où ils venaient, leur réponse était bien simple : Prométhée, disaient-ils, était fils de la Terre et fut père de Deucalion. Celui-ci régnait sur la Thessalie, quand Jupiter, irrité des crimes des hommes, envoya un déluge qui ût périr toute la population. Deucalion échappa seul au fléau, avec sa femme Pyrrha, dans un navire qu'il avait construit d'après les conseils de Prométhée. Au bout de neuf jours, l'arche s'arrêta sur la cime du Parnasse. Lorsque les eaux se furent retirées, Deucalion et Pjrrha consultèrent l'oracle de Thémis, qui leur commanda de jeter derrière eux les os de leur grand'mère en se voilant le visage. Deucalion comprit le sens de DeuMUon etpjrriw'. l'oracle : ils ramassèrent les pierres de la terre et les lancèrent par-dessus leurs épaules. Celles de Pyrrha se changèrent en femmes, celles de Deucalion devinrent des hommes, et la Grèce put se repeupler*. Ce Deucalion fut l'auteur de la race

* Deucalion et Pyrrha dans une barque carrée flotla ni sur les eaux; devant, un homme et une remme debout; sur le devant de la barque, on lit le mot NÛE; un oiseau se tient perché au-dessus de la barque, et plus loin, un autre oiseau volant. En légende : AHAMEQN. EIIT ATONOOETOÏ APTEHA F {Artinuu étant chargé de prétider aux jeux pour la troûième foii). Le droit de cette pièce est à l'elligie de Septime Sévère. (Monnaie de brome frappée h Apamée de Phrygie.)

■ Homère, que l'on fait vivre vers l'an 900. et qu'Ëphore fait naître à Smyme de parents oT^naires de Cyme, ne fait aucune allusion à cette tradition et ne nomme même ni Deucalion ni OgTgès. Aristote [Métiorol., I, 14), qui connaît Deucalion, place le déluge en Épire, où se trouvait, près de Dodone, une Hellat. Mats la lAgende de Deucalion, que Pindare rapporte {Olpttp., IX, 66), était bien vieille en Grèce; elle faisait partie de la tradition générale que tant de peuples de race aryane et sémitique ont conservée sur un grand cataclysme, et qu'ont

hellénique, car il eut pour fils Hellen, lequel engendra Doros, qui eut la Grèce centrale; Éolos, à qui échut la Thessalie; et Xuthos, le père d'Ion et d'Achéos, qui posséda le Péloponnèse. . La vanité grecque ne se contenta pas de cette descendance. Sans respect pour

L'oracle de Thémis*.

Deucalion et les mœurs de sa maison, elle fit naître Hellen de Pyrrha et de Zeus; Pandore, autre femme de Deucalion, eut pa-

pu raviver en Grèce quelques faits particuliers, comme un débordement du lac Copaîs pour Ogygès, et pour Deucalion un mouvement des eaux qui, selon Hérodote, couvraient primitivement toute la Thessalie. Plus tard, la tradition chaldéenne, que la Bible a gardée, se mêla à la légende grecque, comme on peut le voir dans Plutarque et Lucien. Sur Tensemble des tra~ ditions relatives au grand cataclysme, dont le souvenir se retrouve dans le nouveau monde comme dans l'ancien, et jusque dans TOcéanie, voyez l'ouvrage de M. Renan, Histoire générale et système des langues sémitiques^ t. I, p. 458 et suivantes.

* Peinture de vase d'après Gonze, Vorlegeblâtter fur archâol. Uebungen^ série A, Taf. XI, 2. Sous le portique d'un temple, indiqué par une colonne surmontée d'une frise, se tient Thémis (6EM1S). Elle est assise sur le haut trépied delphique, la tête voilée, une patère dans la main gauche, une branche de laurier dans la main droite. Selon la légende, Thémis aurait reçu de la Terre la propriété de l'oracle de Delphes et l'aurait donnée à Apollon. Devant Thémis est Egée (AirEVS), couronné de laurier : le roi d*Athènes vint consulter l'oracle, parce qu'il était sans postérité.

LES ÊOLIENS ET LES AGIIÉEISS. 73

reille aventure et fut mère de Graîcos'. Une fille de Deucalion reçut Je même honneur : des œuvres de Zeus, elle enfanta l'ancêtre des Macédoniens. Les Grecs tenaient à avoir pour auteur de leur race, même des races voisines qui n'étaient qu'à demi hellénisées, celui qu'ils nommaient à bon droit le père des hommes et des dieux.

Sur cette renaissance de l'humanité courait une autre légende, celle de Prométhée formant l'homme'. On savait même de quel limon il s'était servi, et, en Phocide, l'on en montra les restes à Pausanias' :

Proméiliée et Atlas*.

c'était la vase que les eaux du déluge de Deucalion avait laissée en se retirant.

Les tribus nouvelles dont la Grèce pélasgique devenait le domaine étaient animées d'un esprit plus libre, plus héroïque, accordant moins aux dieux, davantage à l'homme. Le prêtre allait céder la place au guerrier. C'est donc avec justice que les Hellènes mettaient à la tête

■ Rellanicus, fr. 10, dans \m Fragm. Hitl. Grmc. de Didot, et Hésiode, fr. S3 el Sfi.

* Voyez, ci-dessus, p. 50.

• Peinlure de vase, d'après Gerhard, Amerlet. Yatmbilder, Taf. LXXIVI. — Promélbée est enchaîné par les bras el par les jambes à une colonne sur laquelle esl posé un oiseau. L'aigle de Zeus lui déchire le foie d'où lombent des gnultes de sang. Devant lui est AiJas supportant péniblement son lourd fardeau ligure comme un rocher. Le serpent sert simplement à combler un tide. La lourde colonne qui supporte toute h scène l'isole du monde, bien loin duquel elle se passait. Pour Atlas, voyez la métope d'Olympic donnée plus loin, p. aH.

de leur race, comme père de Deucalion, le Titan qui avait ravi le feu du ciel pour le donner aux hommes et faire, par l'invention des arts, . d'une race dégradée la rivale des dieux. Aussi Jupiter foudroie Prométhée, il l'enchaine au sommet du Caucase, et un aigle lui déchire le foie incessamment; mais le Titan vaincu espère encore et prédit la victoire. « Jupiter tombera, dit-il, du vieux trône des cieux, précipité par un géant indomptable qui trouvera un feu plus puissant que la foudre, des éclats plus retentissants que le tonnerre, et qui brisera dans la main de Neptune le trident dont il soulève l'Océan et fait bondir la terre*. »

Mais si le mythe est d'accord avec le génie national, il l'est peu avec les faits.

Malgré cette généalogie si bien dressée, qui partage la race hellénique en quatre branches et qui la montre submergeant en une seule génération la Grèce entière, nous ne voyons dans la société grecque de l'âge historique que deux groupes bien distincts de population hellénique, les loniem et les Doriens, lesquels diffèrent, comme on le verra, par les institutions politiques et sociales, le dialecte et l'art, architecture, musique, poésie, même par leurs doctrines philosophiques. Mais ces peuples laissent, pour les temps anciens, la première place aux tribus éolo-achécnnes. Si les Ioniens sont alors un des éléments considérables de la population hellénique, ils n'ont pas un rôle distinct ni une renommée particulière. Les Doriens aussi restent dans l'ombre : les deux autres tribus apparaissent seules au milieu des lueurs trompeuses de l'époque légendaire.

Qu'étaient les Éoliens? Nous ne savons s'il ne faut pas, comme leur nom l'indique', voir en eux un mélange de Pélasges et d'Hellènes fait à des époques inconnues, en divers lieux et dans des proportions différentes. Ceux, en effet, que les anciens appelaient de ce nom, ne paraissent pas avoir été une seule et même tribu, comme le dialecte dit éolien semble moins un rameau distinct de la langue grecque que le mélange de toutes les formes de l'idiome hellénique qui n'étaient ni ioniennes ni doriennes. 11 a été en outre reconnu d'une manière certaine que les affinités les plus grandes du latin et du grec se trou-

* Eschyle, ProméthéCy 916-925. Prométhée fut, pour les Grecs, la personnification des débuts de la civilisation hellénique. « Le premier, lui fait dire Eschyle, j'ai mis les bètes de somme sous le joug pour décharger les hommes des plus durs travaux et j'ai construit les chars aux voiles de lin qui courent sur la mer. » (Vers 462-468.)

* Éolien, Mokt^f du mot aîoXoç, nuancé de diverses couleurs.

vent daus le dialecte éolien, qui, bien plus que les autres, se rapproche de leur type commun et renferme sans doute les éléments de la langue la plus anciennement parlée en Grèce et en Italie.

On voit les Éoliens s'étendre sur une zone presque partout marilime du nord-est au sud-ouest; on les trouve aux environs du golfe Pagasétique, dans une partie de la Béotie, dans la Phocide, l'Étolie, la Locride, l'Élide et la Messénie. Podalire, Machaon, Philoctète, Ulysse, Nestor et Ajax, fils d'Oïlée, étaient de cette race; les légendes y rattachent Jason, le grand chef de mer; le devin Mélampos.qui comprenait le chant des oiseaux et savait guérir les plus cruelles blessures; le présomptueux Salmonée et son frère, le rusé Sisyphe, fondateur de Corinlhe, qui, aux Enfers, doit, en punition de crimes mal défmis, poser au sommet d'une montagne un roc énorme, sans cesse retombant; enfin Athamas, le puissant roi des Minyens, le gendre de Cadmus, qui fut père de Mélicerte, dont le nom rappelle un dieu tyrien. Athamas Méiampos et lea Praiides*. fut père aussi de Phryxos et d'Hellé, qu'il voulut immoler et que Jupiter sauva en leur envoyant un bélier à la toison d'or pour les transporter hors d'Europe.

Les Achéens ont une physionomie encore moins distincte. Les anciens les rattachaient aux Éoliens*, avec lesquels Us finirent par se confondre, et il n'est nulle part question d'art ou de dialecte achéen. Ils ne formaient donc pas une tribu particulière. Gomme les Éoliens encore, ils préféraient les lieux maritimes; et leur histoire regarde à l'orient. Teucer, un de leurs héros, a le même nom qu'un roi de la Troade, et on trouve des Achéens en Chypre et dans la Crète. Mais ils s'élevèrent à un plus haut degré de puissance, et c'est par eux, à vrai dire, que l'histoire de la Grèce commença.

< Strabon le dil eipressément (liv. Vin, I, 3).

■ Les Irais Tilles de Prœlos, roi d'Argos, aUeînles de Toile, sont guéries par le devin Mélampos, qui immole un porc au-dessus de leurs tètes. Deux autres personnages, une nymphe el un acolyte, assislenl à la cérémonie. [Camée donné par M. le baron de Witte au Cabinet de France (16 millim. sur 15).] Pour Texplication du mythe, voyez l'inléressant i M. de Witte, dans la GatetU archéologique, 1879, p. 1^1 et suiv.

HISTOIHE LËGENDAIltE (20UO-1104?].

PEBSÉE, HERCULE,

Leur premier séjour fut peut-être la Phthiotide, riche vallée entre rOlhrys et l'Œta que le Sperchéios féconde et où leur capitale, attachée comme un nid d'aigle aux rochers, portait un nom pélagique, Larisse « la pendante ». Là avait vécu Pelée, le héros chéri des dieux, auxquels

il offrait des hécatombes de béliers, et que Thétis, la déesse aux pieds d'argent, aima. Leur fils fut Achille, que le sage centaure Chiron éleva sur les montagnes. Grand cœur, force invincible, courage indomptable, ami tendre et fidèle, il traverea rapidement la vie et fut moissonné dans sa fleur. La poésie a entouré son nom d'une gloire immortelle et a fait de lui l'idéal des héros de la race hellénique. « Telle était la ferveur du culte rendu à sa mémoire, telle était l'abondance des monuments qui lui étaient consacrés, qu'on pourrait presque recomposer loulc son histoire à l'aide de ceux de ces monuments qui nous restent, quelque faible qu'en soit le nombre, relativement à tout

' Peinlure de ïase, d'après l'amphore de Paiiphaïos au Louvre. — Chiron (XIPON) porte dans In main droite Achille enfant (\XIVEV[;{): de ta main gauehr.il lient, appuyée sur son épaule, une brandie d'arbre à laquelle (wiid un lièvn'. A la difTéreuce des autres centaures, Chiron, l'ami des dieui et des héros, avait les jambes d'un homme et était vâtu comme un homme.

iii-l M li

•sSil

■iii|li..r8

= 111: lil^ I» "

: - i' ; ï 5 ï «-=-§11° 1 |âf ' - ■'

ce que l'antiquité en possédait. II n'est aucune circonstance de sa vie qui ne puisse être constatée, à défaut d'un témoignage écrit, par quelque ouvrage de l'art; et, de même qu'on a fait un livre de la seule indication des passages d'écrivains grecs et latins, poètes et prosateurs, qui ont rapport à Achille, on pourrait en faire un autre, au moins aussi considérable, du seul catalogue des monuments qui le concernent'. » Les circonstances de la vie du héros dont les artistes et les poètes se sont tant occupés, sont surtout : la purification d'Achille par sa mère Thétis, qui essaye de le rendre invulnérable, soit en le plon-

geant dans les eaux du Styx, qui baignent tout son corps, excepté le lalon par où elle le tient, et où la flèche de Paris le blessera du coup fatal, soit en le plaçant au milieu des flammes, après l'avoir baigné d'ambroisie, pour détruire en lui tout ce qu'il y avait de mortel; son éducation par le centaure Chiron, qui le nourrit, au milieu des forets du Pélion, de la moelle des lions et des sangliers; son séjour dans l'Ile

' Raotil-JlocheUe, UonummU inidiU d'antiquité figurée, p. i. Homère donne le nom d'Hellènes aux seuls guerriers qu'Achille amena devant Troie, et toute la Thessalie est, pour lui, « la plaine pélasgique m.

* Peinture de vase, au Louvre. — Un jeune guerrier, coiiïé d'un casque, vêtu d'une tunique courte et d'une clitamyde, et tenant en main deux lances, prend congé d'un vieillard : eelui-ci est assis sur le seuil de sa demeure indiquée par une colonne. Derrière le jeune homme, on voit un cheval, et une jeune femme contemple la seène. Il est clair que le nom d'Achille, ordinairement donné au guerrier dans ces scènes d'adieux, n'est pas le seul qui lui convienne.

80 HISTOIRE LÉGENDAIRE (aOOO-1 101?).

de Scyros, où sa mère l'avait caché parmi les filles de Lycomède*; la ruse d'Ulysse qui le découvre en mêlant aux présents qu'il offre aux jeunes filles des armes, qu'Achille saisit aussitôt; son arrivée à Aulis, où il ne peut empêcher le sacrifice d'iphigénie; ses exploits et sa colère sous les murs de Troie; la vengeance qu'il exerce sur le cadavre d'Hector; sa victoire sur la reine des Amazones, Penthésilée, dont le casque en roulant de sa tête découvre la merveilleuse beauté; les pleurs d'Achille sur ce triomphe funeste ; les railleries du lâche Thersite, que le héros assomme d'un coup de poing; enlin, ses fiançailles avec Polyxène, une des filles de Priam; la trahison de Paris, qui le frappe par derrière ; et l'immolation expiatoire de Polyxène que l'ombre d'Achille demande aux Grecs.

Les Achéens du Sud se glorifiaient, non d'un chef aussi fameux parmi les hommes, mais de deux héros qui avaient accompli, par l'assistance des dieux, de plus merveilleux exploits, Bellérophon et Persée.

Le premier était petit-fils du roi de Corinthe,

Sisyphe, le plus rusé des mortels. Un meurtre que

commit Belléro|)hon l'obligea de quitter Corinthe; il

Beiiéi-opiion gg rendît à Tirvnthe, auprès du roi Prœlos, descen-

(lomptant Pégase". ■' '^

dant de Danaûs, qui le purifia du sang versé. La reine se prit d'amour pour lui et, offensée d'un refus, l'accusa auprès de son époux. Prœtos ne voulut point souiller ses mains du sang de son hôte. Il l'envoya auprès de son beau-père lobate, roi de la Lycie, avec une tablette pUée où il avait tracé des signes de mort : c'était une recommandation à ce prince de se défaire de Bellérophon'. Le roi reçut magnifiquement l'étranger. Pendant neuf jours, il lui donna des festins, cl chaque matin il immola aux

' Voyei dans Roux, Herailanum et Pompéi, l. [I, pi. [II el LXXU ; t. III, pt. XCV, elc. Ces pein-. t lires, dues A des artistes grecs, sont d'une trop basseépoquepourquenous les reproduisions ici.

' Hevers d'une monnaie de bronze, à l'efligie do l'empereur Hadrien, Trappée à Corinthe. Eu légende, on lit : COL. L. IVL. COR. [Colonia tout Julia Corinlhut).

> Iliade, VI. On a conclu de ce passage que du temps d'Homère on ne connaissait pas encore l'écriture. Un autre du chant Vil confirme celle opinion. « Aux reproches de Nestor, neuf guerriers se lèvent;... tous veulent combattre Hector, mais Nestor leur dit : Agiter les sorts... Chacun des héros trace un sort et le jette dans le casque d'Agameninon. » Ces textes peuvent être discutés ; ceux de Strabon (VI, f ) et de Servius (ad Aen. I, 507), portant qu'il n'y eut pas de lois écrites avant celles de Zaleucos (environ 664 av. notre ère}, ne sont pas encore une preuve décisive. Lorsqu'on trouve sous les laves de Sanlorin des metum el. dans les localités préhistoriques de la Grèce, tant de preuves de communications avec les pays orientaux, où l'écriture fut très anciennement employée, on est conduit k penser que les lirecs ont dû la connaître de bonne lieure. quoiqu'elle soit resiée longtemps cliezvuid'un usage très restreint.

LES ËOLIENS ET LES ACHËENS. 81

dieux un taureau pour les remercier de sa bienvenue. Le dixième jour seulement il lui demanda son message, et, après en avoir pris connais-

i BcUérophon les labletlGS Taialcs'.

sance, lui ordonna d'aller tuer la Chimère, qui avait la tète d'un lion, la queue d'un dragon, le corps d'une chèvre, et dont la gneulc béante lançait des tourbillons de flammes. Le héros tua le monstre avec l'aide de Minerve, qui lui donna le cheval ailé Pégase, fds de Neptune et de Méduse. lobate lui commanda ensuite de combattre les Solymes et les Amazones* : il les vainquit encore, et le roi,

désespérant de réussir par la force ouverte, mit en embuscade les plus braves de son peuple; mais pas un de ces guerriers ne revit jamais sa demeure. Alors lobate reconnut le favori des dieux et lui

' peinture de vase, d'après les Monum. ddV Inttit. archeol., IV, tav. XKl. Bdléraphon est représenté sous les traits d'un jeune homme : derrière lui est Pégase, qui va l'emporter en Lycie, La reine, dont le héros a re|>oussé l'amour, assiste à son départ : elle est assise à gauclie, et de la main droite tient son voile. A côté d'elle, une servante porte un flat>ellum.

* Bellérophon, monté sur Pégase galopant à droite; dessous, lo koppa Ç. lettre initiale du nom de CorinDie. i^. La Chimère, à droite; dessous, Ai, marque d'atelier. (Monnaie de Corinthe. Argent.)

' Ces femmes guerrières ne sont, bien entendu, qu'une conception mythologique qui eut son point de départ dans le culte homicide de l'Artémis Taurique; la Chimère parait être la personnification d'une région volcanique, celle qu'on appelait la Phrygie brûlée.

donna sa fille en mariage. Sur la fin de sa vie, le héros voulut, monté sur Pégase, escalader l'Olympe, et se laissa choir. Son corps fut brisé, mais son coursier divin alla former une constellation parmi les étoiles.

Acrisios, roi des Argiens, et, comme Prœtos, descendant de Danaùs, avait, une fille, Danaé, que Jupiter aima. De cette union naquit Persée. Un oracle avait prédit à Acrisios qu'il serait privé par son petit-fils de la couronne et de la vie. Dés qu'il apprit sa naissance, dit Simonide dans son ode admirable à Danaé, il l'enferma avec sa mère en un coffre qu'on jeta au milieu des flots.

(c Dans le coffre artistement façonné grondent et le vent qui souffle a et la mer agitée. Danaé, saisie de frayeur et les joues baignées de a larmes, entoure Persée de ses bras, et s'écrie : « 0 mon enfant, quelle ce douleur j'endure! mais toi, tu n'entends rien; tu dors d'un cœur « paisible dans cette triste demeure aux parois jointes par des clous « d'airain, dans cette nuit sans lumière, dans ces noires ténèbres. Tu c< ne t'inquiètes pas du flot qui passe au-dessus de toi sans mouiller « ta longue chevelure, ni du vent qui résonne, et tu reposes enve- « loppé de ta couverture de pourpre, visage de beauté. Ah! si ce qui « m'effraye t'effrayait aussi, tu prêterais à mes paroles ta charmante (c oreille. Allons, dors, mon enfant; dorme aussi la mer; dorme notre ce immense infortune; mais, ô Jupiter, puissent mes yeux voir tes

ce desseins me redevenir favorables! Ce vœu que ce je t'adresse, il est présomptueux peut-être; parce donne-le-moi, par grâce pour ton fils! »

Les vagues les portèrent sur l'île de Sériphos, dont le roi les délivra de leur prison. Persée grandit vite en force et en courage. Sa première entreprise fut dirigée contre les Gorgones qui avaient des

Persée et la Gorgone*. i r i i

serpents entrelaces dans leur chevelure et changeaient en pierres tous ceux que rencontrait leur regard; mais Pluton donna au jeune héros un casque qui le rendit invisible. Minerve lui céda son bouclier. Mercure ses ailes et une épée de diamant. Il surprit les Gorgones endormies et coupa la tête de Méduse. Du sang de la Gorgone naquit Pégase dont Persée s'empara. Atlas, roi de

* Revers d'une monnaie de bronze autonome, d*Amisos du Pont. Persée est debout de face, coiffé d'un bonnet phrygien, tenant de la main droite la harpe, et de la main gauche la tête de la Gorgone, qu'il vient de couper; à ses pieds, on voit étendu le cadavre du monstre décapité. En légende : AMIZOY et un monogramme.

Maurétanie, lui refusant l'hospitalité, il lui présenta la tète de Méduse qui le changea en montagne. Sur la côte de Palestine, il délivra Andromède exposée à un monstre marin et l'épousa; mais Phinée, oncle de la princesse, vint troubler, avec ses partisans, le festin nuptial : la tète de la Gorgone les pétrifia. Le roi de Sériphos, qui voulait contraindre Danaé à le prendre pour époux, eut le même sort. Après ce dernier exploit, le héros rendit aux dieux les armes qu'il avait reçues d'eux et attacha sur l'égide de Minerve la tête de Méduse. De retour dans la Grèce, il tua son aïeul d'un coup de disque lancé au hasard et fonda, à la place où tomba son glaive, Mycènes, dont il fit bâtir les murs par les Cyclopes de la Lycie, comme Prœtos leur avait fait construire ceux de Tirj'nthe. Après un long règne, il mourut de la main d'un fils d'Acrisios qui vengea sur lui son père.

Les Achéens revendiquent un personnage plus fameux, qui devint pour les Grecs le héros national, mieux encore, une divinité siégeant parmi les immortels, Hercule, fils d'Alcmène et d'Amphitrjon. Tous deux descendaient de la race divine de Persée, et Amphitryon était le légitime héritier du royaume de Tirynthe. Forcé de fuir, après le meurtre involontaire de son oncle Électryon, il se rendit à Thèbes, où Jupiter prit ses traits pour tromper la tendresse d'Alcmène. Hercule naquit. Junon, qui ne pardonna pas à Alcmène de lui avoir ravi l'amour de son époux, envoya deux serpents pour tuer l'enfant dans son berceau : il les saisit et les étouffa de ses

Hercule étouflaiit

puissantes mains. Adoucie par les prières de Pallas, la les serpents «. déesse consentit à lui donner le sein pour le rendre immortel, mais il la mordit avec tant de violence que le lait jaillit jusqu'à la voûte céleste, où il forma la Voie lactée. L'enfance d'Hercule se passa au milieu des rudes exercices des pâtres du Cithéron. 11 commença ses glorieux travaux en délivrant les campagnes de Thespies d'un lion énorme qui les ravageait; il affranchit Thèbes du joug des Orchoméniens, et, fermant les issues du lac Copaïs, changea la plaine d'Orchomène en un vaste marais. Jupiter s'aida de son bras contre les Titans qui voulaient escalader le ciel, mais n'en laissa pas moins son fils soumis aux capricieuses volontés d'Eurysthée, roi de Mycènes, soit en accomplissement d'un serment imprudemment fait par le

• Hercule enfant, agenouHlé à droite, étouffe les serpents. En légende : IÂMK2N. Revers d*un tétradrachme de Samos. Au droit de cette monnaie est un mufle de lion, de face.

8i HISTOIRE LÉGENDAIRE (2000-41047).

dieu, soit en expiation d'un meurtre commis par le héros. Hercule eut à combattre le lion de Ncmée, l'hjdre de Lerne, dont les têtes

Hercule luitant centre le taureau crélois*.

repoussaient si on ne les coupait que l'une après l'autre, le sanglier d'Érj'manthe, les oiseaux gigantesques du lac Stymphale et le taureau de la Crète. Il saisit à la coui-se, après l'avoir poursuivie une année entière, la biche aux pieds d'airain et aux cornes d'or du mont Cérynéc, nettoya les étables d'.\ugias en y détournant l'Alphée, fit manger par ses propres chevaux le roi Hercule combattant thracc, Diomède, qui les nourrissait de chair humaine, ï « cme . j,gyjj jgg pommes d'or du jardin de Hespérides, malgré le dragon qui les gardait, tua le triple Géryon et enchaîna Cerbère, pour délivrer Thésée retenu chez Piuton.

' Hercule ngeiiouilli^, liraiit avec son arc sur les oiseaux du lac de Stymphale; derrière lui, samassucrt sapeaudelion. (Pierre praïée du Cabinet de France. Cornaline delômill. sur 17. CItabouillet, Calatogue, elc, n' 1764.)

' Hercule, armé de sa maasue, a terrassé Diomède, roi des Bistoniens de Thrace. Hercule a la tète une et porte la peau de lion ; tHomède est casqué et armé d'un bouclier. (Pierre gravée du Cabinet de France. Conialinede 19 mill. sur 15. Chabouillel, Calaiogue, etc., n-n71.)

^ Métope du temple de Jupiter, àOlympie (au Louvre). Hercule s'apprête à frapper le taoreau de sa massue. Rendu Turieut par Neptune, qui l'avait Tait sortir de la mer, à la prière de Miiios, l'animal dévastait les environs de Knussos.

* Hercule debout à gauche, armé de sa massue, avec la peau de lion sur le bras et com-

Ce furent là ses douze travaux, mais il en accomplit bien d'autres dans ses longs voyages à travers l'Asie, l'Afrique et l'Europe. Il délivra Uésione, sœur de Priam. qu'un monstre marin, envoyé par Neptune, allait dévorer, prit Troie, tua, sur l'Aventin, le brigand Cacus et, dans la Libye, Antée, qu'il étouffa en l'enlevant dans ses bras puissants; car, chaque fois qu'il terrassait le géant, il l'avait vu retrouver

Hercule el Allas*.

de nouvelles forces en touchant la Terre, sa mère. Il extermina les Centaures, délivra Alcesle des mains de la Mort et Prométhéc du vautour qui lui rongeait le foie; il aida Atlas à porter le ciel, et ouvrit le détroit que bornent les colonnes d'Hercule. Exilé pour un meurtre, il fut vendu 5 talents en Lydie par Mercure et fila aux pieds d'Omphale. De retour en Grèce, il secourut les Doriens contre les

ballanl l'hydre de Lerne; h ses pieds, un crabe. ^. *A[STtûN. Vache marchant à droite. (Télradrachme de Phaestos, de Crète.)

■ Métope du temple de Jupîler, à Olympie, d'après un moulage. Au centre, portant sur un double coussin la voùlc céleste, se tient Hercule, qui remplace Atlas : celui-ci, debout devani le héros, lui présenle les pommes qu'il vienl de cueillir dans le jardin des Hespérides. Derrière Hercule, une Bespéride aide le héros à porter le ciel.

Lapilhes, s'empara des États d'Amjnlor, roi d'Orchomène, et lua le roi d'Œchalie avec tous ses enfants, à l'exception d'iole. A la vue de cette belle jeune fdle, Déjanire, femme d'Hercule, comprit qu'elle allait perdre l'amour de son époux; pour le retenir, elle lui envoya, suivant le perfide conseil de Nessus, une tunique teinte du sang du Centaure et imprégnée du venin de l'hydre de Lerne. Dès que le héros s'en est revêtu, un feu secret et terrible le dévore. Il veut

mm.

Ilei-cule dans roijinpe '.

l'ai'racher, sa chair tombe en lambeaux; vaincu par le mal, il se fait dresser un bûcher au sommet de l'Œta et y monte, après avoir confié ses flèches à Philoctète. C'était la dernière épreuve. Les dieux reçoivent dans l'Olympe le héros purifié par la douleur et l'amour, et lui donnent la jeune Hébé pour sa compagne immortelle.

Les exploits de Bellérophon et de Persée ont surtout l'Orient pour théâtre; la légende d'Hercule est plus nationale, bien que le héros porte par tout le monde alors connu sa force invincible, et que le Tyrien Melkarth n'ait pas peu contribué à enrichir son histoire; celle de Thésée est presque exclusivement grecque.

Ce héros, fils d'Egée ou de Neptune, naquit à Trézène, au milieu des Achéens. Egée avait placé son épée et sa chaussure sous une énorme pierre. A seize ans, Thésée se trouva assez fort pour enlever ces

' Peinture de vase, au Louvre. Le héros velu de la peau de lion, la massue dans la main gauche, le carquois et l'arc à l'épaule gauche, s'avance vers Hinerve en armes, qui tient une fleura la main : derrière lui est Mercure.

signes qui devaient le faire reconnaître de son père, mais il ne voulut se montrer à Athènes qu'après s'èlre rendu digne du trône par ses exploits. Des brigands infestaient l'Ai^olide, l'isthme de Corinlhe et l'Attique : Sinnis, qui attachait les étrangers tombés dans ses mains à deux pins courbés en sens contraire, puis laissait les arbres se redresser et déchirer les victimes; Sciron, qui les précipitait du haut des rochei's dans la mer'; Cercyon, qui les forçait de lutter avec lui et les tuait quand il les avait Taincus; Procruste, qui les attachait sur un lit de fer, coupant les extrémités à ceux qui en dépassaient la mesure,allongeant avec des courroies ceux dont les membres étaient trop courts.

Thésée les tua, et, arrivé enfin à Athènes, il se lit reconnaître d'Egée, malgré la magicienne Hcdce, qui, répudiée par Jason, s'était réfugiée dans la cité de Minerve, sur un char attelé de serpents ailés.

Dans l'Attique, le héros trouva encore à montrer sa force el son

., . . , „ Thésée et le Hînotaui-c*.

courage; il vainquit les Fallan-

tides, qui voulaient dépouiller son père, et prit vivant le taureau qui désolait les plaines de Marathon. Athènes payait à la Crète un tribut de sept jeunes lUles et de sept jeunes garçons, que le Minotaure dévorait. Thésée s'offrit à être du nombre des victimes. A l'aide du fil qu'Ariane lui donna, il pénétra dans le labyrinthe de Dédale, tua

* Les Mégariens, loin de faire de Sciron un brigand, l'honoraient comme un bienfaitt^ur. Hais le pas.sage des roches Scironiennes Tul toujours chose dangereuse. Naguère encore il étaîL bon de s'y faire accompagner. Lorsque, en janvier 18T0, je traversai l'isthme de Corinthe, avec des voyageurs veims d'Alhënes, des soldats étaient échelonnés de loin en loin, le long de la route, pour protéger contre de fâcheuses surprises la caravane qui passait là à jour ùxe.

* Groupe en marbre de la villa Albani, d'après Clarac {Mutée de tculptnre. planches, V, pi. 811 A, n'SOTlR.). — Thésée esl représenté sous les traits d'un homme jeune, el anné de la massue, comme Hercule : aussi a<t-0R pu voir dans ce groupe le combat d'Hercule contre le fleuve Achéloos. Pour la Qgure du monstre, on peut la comparer avec la nioiuiaie de Knossos donnée plus haut, p. 60

88 HISTOIRE LEGENDAIRE (2000-1104?).

le monstre * et revint, avec Ariane, qu'il abandonna dans Tile de Naxos. Il avait oublié d'ôter à son vaisseau les voiles noires qu'il portait au départ; Egée, à la vue de ce signe de deuil, crut son fils mort et

se précipita dans la mer qui prit son nom. Thésée hérita de son pouvoir et donna de sages lois à l'Attique. Il institua des fêtes en l'honneur de Minerve et d'Apollon, et, chaque année, le navire qui l'avait ramené de la Crète porta des offrandes à Délos. Entretenu avec un soin religieux, ce vaisseau, sans cesse réparé et toujours le même, vécut des siècles. MiHe ans plus tard, il conduisait encore à Délos la théorie sacrée.

Cependant le goût des aventures rejeta Thésée dans la vie errante. Il prit part à la chasse du sanglier de Calydon et à la conquête de la toison d'or : il combattit les Amazones sur les bords du Thermodon, enleva Hélène et voulut aider son ami Pirithoùs à ravir Proserpine. Mais Pirithoùs fut mis en pièces par Cerbère, et Thésée, retenu aux Enfers, ne fut délivré que par Hercule. Rentré dans Athènes après deux ans d'absence, il reçut les plaintes de Phèdre contre Hippolyte et prononça sur son fils innocent des malédictions que Neptune entendit : un monstre marin, sorti des flots, effraya les coursiei's du jeune prince qui, renversé de son char et embarrassé dans les rênes, expira, déchiré par les rocs où ses chevaux furieux le traînaient. Dès loi's tout se tourne contre Thésée. Malgré ses services, le héras perd l'amour du peuple; les Athéniens le chassent, une tempête le repousse de la Crète sur l'île de Scyros, et le roi de cette île le fait périr en trahison. Cimon rapporta plus lard ses cendres, et les Athéniens l'honorèrent comme un demi-dieu.

Il y a peu à prendre pour l'histoire dans les légendes de Bellérophon et de Persée, si ce n'est comme un écho d'anciens rapports entre l'Argolide et les pays à l'orient et au sud de la Grèce. Dans celle d'Hercule, il y a certainement des faits historiques; mais comment les détacher du merveilleux qui les enveloppe, comment faire la part des temps et des peuples qui, chacun, ont apporté leur tribut pour augmenter la gloire et les travaux du héros par excellence? Homère le connaît mal, mais les poètes cycliques en savent bien long sur lui. D'abord il faut

• Cette légende et celle d'Hercule, tuant le lion de Némée, sont un souvenir de scènes souvent représentées sur les cylindres et les monuments de TÂssyrie et de la Chaldée.

* Tête de Thésée, coilYé comme Hercule de la peau de lion ; en légende : 8HCEA. NIKAIEÛN. (Revers d'une monnaie de bronze frappée à l'effigie de Caracalla, à Nicée de Bithynie.)

reconnaître plusieurs Hercules : le héros grec et le dieu pliénicien; celui-ci accomplit les voyages autour de la Méditerranée; il est le soleil ou le représentant du peuple navigateur dont les comptoirs couvrirent les côtes de l'Afrique, de l'Espagne et de la Gaule. Dans le héros grec il y a plusieurs personnages. L'un, celui qui brise les rochers et qui détourne les fleuves, qui fend les montagnes pour faire écouler les eaux et qui détruit les bêtes féroces, appartient au

Pliëdrc et llippolyte'.

temps de la civilisation primitive, aux premiers efTorts d'une société naissante contre le monde matériel, même à l'imagination de tous les vieux peuples qui, dans leurs théogonies, aiment à placer un dieu exterminateur des monstres. L'autre qui, à la tête de compagnons dévoués, défend le faible contre le fort, punit les tyrans, renverse les oppresseurs et fait don de leurs royaumes aux braves, était d'un

* Relitî d'un sarcophage du musée de Lnirdn, à Rome, d'après les Monum. delV Intiit. archeol., VIU, lav. XXXVIII. Les personnages son! répartis en deux groupes : d'un cAlé, Phèdre, ses servantes et sa nourrice; de l'autre, Hippolyle et sesservileurs. Phèdre est assise, non loin d'un temple dont on dislingue à l'a mère-plan une colonncet leTronlon. La lèlecouvcrle d'un Toile et rejclée en arriére, elle semble eu proie i sa douleur, et ses deux servantes s'empressent autour d'elle, tandis que la nourrice adresse encore la parole è Hippoljte. Celui-ci, debout et le bras droit levé, semble la repousser. Derrière lui sont deux serviteurs, ses chiens et son cheval sur lequel est jelée une peau de h$te dont on dislingue la lêle. Aux pieds de Phèdre, un Amour appuyé sur sa lorcJie renversée et plus à gauche le petit groupe d'Ëros et de Psyché rendent eu quelque sorte visible la passion de Phèdre.

âge moins reculé, de l'époque où les tribus helléniques se disputaient la possession de la Grèce. Enfin on pourrait encore distinguer l'Hercule

thébain, qui apparaît comme un chef puissant, comme un conquérant invincible, et l'Hercule de Mycènes, soumis, on ne sait pour quelle cause, au capricieux vouloir de

Hercule ttiébain». «OU COUSiu Eurysthéc.

Mais pourquoi chercher de l'histoire là où ne se trouve que de la poésie légendaire, enrichie de nouveaux détails à chaque nouvelle génération de poètes, même de philosophes? Ceux-ci mêlèrent des idées purement mythiques à des récits d'aventures humaines, et Hercule devint la personnification d'agents physiques, de forces morales et d'idées astronomiques*. Ainsi il fut le héros sauveur, luttant sans relâche pour le salut du monde. En Béotie, on l'honora comme le dieu qui chasse les maux (àXe^cxaxoç) et qui donne la santé (awr/ip). H fut la source de la vie et de la force, l'air pur et l'atmosphère lumineuse. Tandis que les uns ne voyaient en lui que le vaillant à qui nul et rien ne résistaient; d'autres, dans l'âge postérieur, firent de lui l'idéal de la perfection humaine et, de sa vie entière, une passion soufferte pour le salut du genre humain '. Hercule fut aloi's l'homme divin sur lequel tous les autres devaient prendre exemple. De là l'allégorie fameuse que Prodicus nous a conservée : cette apparition au fils d'Alcmène, prêt à débuter dans la vie active, de deux femmes, l'une majestueuse et sévère, c'est la Vertu; l'autre riante et douce, c'est la Volupté. Chacune s'efforce de l'attirer à soi et de lui faire prendre la route qu'elle suit. Il se décide pour la première.

Thésée est resté un homme, un héros. Malgré sa naissance à Trézène et sa jeunesse passée dans l'Argolide au milieu des Achéens, il semble personnifier une époque de puissance que l'Attique aurait eue avant sa grande histoire. La légende qui conduit Hercule dans tous les pays de la Grèce ne lui donne rien à accomplir dans cette province. Les Athéniens s'en dédommagèrent en faisant de Thésée le héros de l'At-

* Tête d'Hercule imberbe, coiffé de la i)eau de lion, à droite. ^. nrppi.... (nom de magistrat). La massue d'Hercule et le bouclier béotien. (Monnaie deThèbes. Bronze.)

* Ses douze travaux rappelaient la marche du soleil à travers les douze signes du zodiaque. « Voyez, par exemple, Y Hercule fwieux de S:'*nèque, vers 762 et suiv., et mon Histoire des

Romains f t. V, p. 714.

tique, comme Hercule était celui des peuples de l'Ai^olidc et de la Béotie, par son origine, et celui des Dorîens, qui prirent ses fils pour chefs et eurent toujours des Héraclides pour j^^Kk rois. On verra plus loin, au commencement du cha- \^^/ pitre IX, les institutions qu'on attribue à Thésée. ^^"^

Si l'on voulait passer en revue tous les personnages *i»^ ^J.^^"' des temps héroïques, on trouverait encore : à Mycènes, d'Achiiic. les Pélopides Atrée et Thyeste, et leur sanglant festin; — à Sparte, Tyndare et Léda, qui fut aimée de Jupiter et donna le jour aux Dioscures Castor et Pollux, fameux par leur amitié fraternelle, et à leurs sœurs Hélène et Clytemnestre, beautés fatales; — dans Égine, Ëaque, le plus juste des mortels, et ses fils Télamon et Pelée, moins illustres l'un et l'autre que leurs enfants, Ajax et Achille; — à Corinthe, le rusé Sisyphe, qui enchaîna la Mort et trompa Pluton en s'obstinant à vivre une seconde fois, quand le dieu lui eut peniiis de revenir pour quelques joure sur la terre, et Pircne, la mère inconsolable dont les larmes avaient formé la source de l'Acrocorinthe; — à Sicyone, la plus antique race royale; — en Arcadie, Atalante, la hardie chasseresse qui devançait à la course les pl\is rapides des Grecs et les tuait après les avoir vaincus. Elle fut cependant vaincue elle-même par Hippomène, qui, pour ralentir la couree de la vierge indomptable, jeta devant elle trois pommes d'or du jardin des Hespérides, que Vénus lui avait données.

Les traditions plaçaient encore à Pylos le sage Nestor, fils de Néiée, échappé seul au massacre fait par Hercule de tous les siens; ^ * '

— dans l'Attique, Érechthée, qui, pour obtenir une victoire, immola

' Ajax, casqué, armé de la lance et du bouclier, se penche pour relever Achille, qui s'aiïaîase iloiinl lui. (Pierre gravée du Cabinet de France. Améthyste de 15 mill. sur 12. Chabouillet, CaiaiojBC, etc., n' 1818.)

■ Atalante combattant le sanglier de Calydon, qu'elle perce de sa lance; derrière le sani^ier, un irbre. A l'exergue, la légende : TEFEA. (Revers d'une monnaie de bronze frappée à l'erTigie de Julia Domna, à Tégée d'Arcadie.)

' Statuette de bronze du Cabinet de France. Hauteur 19 cent. l/2.Cépha1e(!) assis sur unro-

ses trois filles, victimes volontaires; — Céphale, l'amant de l'Aurore, et Orilhyc que Borée enleva, comme elle jouait avec ses compagnes sur les bords de l'Ilissos. Dans l'ÉtoHe, c'est Méléagre, qui tua le sanglier de Calydon envoyé par Diane pour désoler le pays, et Tydée, père de Diomède; dans la Thessalîe, Pirithoûs et la lutte, tant de fois

Oriihye enlevée par Borée '.

reproduite par les artistes grecs.. des Lapithes et des Centaures; dans la Phlhiotidc, Pelée, avec son fils Achille, né de Thétis, une des Océanides, et le centaure Chiron, qui connaissait tous les simples des montagnes et savait lire la destinée des hommes dans les étoiles, au

clier, y appuie sa main gauche. De la droile mutilée, H. Chabouîllet {Catalogue giniral, etc., n* 305i) suppose qu'il lenail tin javelot. La |)ose de cette staluelte est idenlique à celle du célèbre Mercure en bronze du musée de Naples. (Voj. GaieHeoi-cftA»/., 1876, p. \K\.)

' Peinture de yase, sur une cenochoé du musée du Louvre. (Cf. MonumenU grée* publiés par l'Attociation pour l'encouragement de» Étude* grecque*, 1874, pi. 3.) Le dieu vêtu d'une (unique rourle serrée à la laille et d'une chlainyde à la riche bordure, emporte la jeune fille qui se ramasse en vain dans un dernier eFTort : c-elle^i est vêtue d'un long et riche péplos d'élofTe lrausparenl«. La jambe droite de Borée leudue en avant, les plis delà cblamjdeet du péjdas que le vent soulève el rtjelle eu arrière marquent la rapidité du mouvement qui entraine le couple divin.

umn

^il: i »^

S S. I : = ! 1 if

•3 iî ^- ' I o ;

il 1 = I i 1

milieu desquelles, après sa mort, il alla former la constellation du Sagittaire; enfin, à Phères, Admète, qui dut offrir à son beau-père Pélias, en présent de noces, un char attelé d'un lion avec un sanglier sauvage*, et dont la femme, Alceste, se dévoua volontairement à la mort pour lui conserver la vie.

Pour raconter les légendes relatives à tous ces personnages, l'espace me manquerait; mais deux d'entre eux. Castor et PoUux ont droit à quelques détails, car ils ont joué un grand rôle dans la plastique grecque et romaine. Homère ne voit en eux que des hommes, l'un dompteur de chevaux, l'autre invincible au pugilat, et il ne les amène pas devant Troie, « parce que la terre renfermait déjà, dans Lacédémone, les deux héros». Du chantre d'Achille à celui des vainqueurs aux jeux nationaux, la légende s'est développée; dans sa dixième yéméenjiey Pindare donne leur histoire : Castor, né de Tyndare, était mortel; PoUux, né de Jupiter, pouvait jouir de l'immortalité des dieux. Le premier ayant été tué dans un combat, le second voulut mourir avec lui. « Il implore le fils de Saturne : 0 mon père! fais, dieu puissant! que la Mort m'enlève avec lui.... » Le dieu répondit : « Je le laisse le choix. Veux-tu habiter l'Olympe avec Athéha et Ares à la sombre lance, ou aimes-tu mieux te dévouer pour ton frère? Si tu es résolu à partager tout avec lui, tu vivras la moitié du temps sous là terre, l'autre moitié dans les palais d'or- du ciel. » Pollux accepta ce partage. D'autres légendes représentaient les Dioscures, comme les protecteurs des marins, les gardiens des lois de l'hospitalité et des règles des jeux gjmniques : Castor était par excellence le dompteur des chevaux, et Pollux le maître des pugilistes. On leur donnait aussi un caractère guerrier : les rois de Sparte emportaient à la guerre leur image, et les Romains prétendirent les avoir vus dans leurs rangs au grand combat du lac Régille*. Ces divinités secourables, 6eol (jwr^peç, étaient très populaires, et leurs temples nombreux. Durant l'expédition des Argonautes^ ils avaient sauvé les héros en apaisant une tempête; et l'on avait vu, à ce moment, une étoile briller sur leur tête. Aussi mettait-on leur séjour au ciel dans la constellation des Gémeaux.

* Voyez, sur ce sujet, la belle mosaïque trouvée à Niraes en 1885 (Hist» des Rom,, t. VU, p. 548).

* HtMt. des Rom, y 1. 1, p. 55.

Page 1