IV. - GUERRE DE TROIE
La guerre de Troie laissa de plus grands souvenirs dans la mémoire des Grecs et exerça sur l'art et la poésie une plus durable influence. Cet événement est certainement historique; il marque le moment où la Grèce, après avoir souffert durant des siècles l'invasion qui s'opérait d'Orient en Occident, réagît à son tour et commença le mouvement en sens contraire. Quelques-unes des circonstances qu'on rattache a cette guerre ont même un degré de certitude plus grand qu'aucun des faits de l'expédition des Argonautes ou des guerres de Thèbes. Mais la poésie a recouvert tous les incidents de jdétails merveilleux que V Iliade a pour jamais consacrés*.
De l'ensemble des traditions il résulte qu'un État puissant s'était formé en face de la Grèce, sur la côte orientale de la mer Egée. Aux temps primitifs, le premier besoin est la sécurité. Troie, la capitale de ce royaume, n'était pas sur le rivage dépourvu de ports, mais que l'ile de Ténédos protège contre les tempêtes de l'ouest. Comme Athènes, Argos et Corinthe, elle était assez loin de la mer
* Les chants des anciens poètes, n*ayant été confiés qu'assez tard à Fécritiire, se sont long temps transmis par la tradition orale avec de nombreuses variantes. Un de ces chantres, Homère, émule heureux de Démodocos et de Phéniios dont il est parlé dans VOdysséCy aura pris pour sujet particulier de ses vers un des épisodes du Cycle iroyen, la Colère d'Achille, et cet épisode nous est parvenu augmenté par des retouches successives. Un autre, ou plusieurs autres, car on a distingué, dans YOdyssée, plusieurs parties, le Nostos ou Retour d'Ulysse, la Télémadiie, etc., aura composé V Odyssée; ces deux œuvres sont la dernière forme d'une poésie populaire bien autrement vaste qui avait célébré les hauts faits des héros de la Grèce. (Sur la 1** édition des poèmes homériques, voy. le chap. x.) Quant à Hésiode, on n'est même pas assuré que la Théogonie soit de lui. Mais ce sont là affaires de philologues; ce ne sont pas les nôtres. 11 nous suffît que Touvrage soit fort ancien, et personne n'y contredit. La tlièse de F. A. Wolf reprend faveur; M. G. Christ (Homeri Iliadis carmina sejuncta, etc.) croit que YHiade est un groupe de chants, plutôt qu'un poème conçu du commencement à la fin par Homère, et M. M. Croiset (Ann. de la Soc. des Études grecques, 1884, p. 66) pense de même. Sur la littérature de cette question, voy. S. Reinach, Man, de phiioL, 1. 1, p. 168, n. 2.
pour n'avoir pas à craindre une attaque subite des pirates. Gomme ces villes eDCore» elle s'adossait à un roc abrupt haut de 400 pieds, dont les escarpements sont souvent à pic, et qui portait sa citadelle, Perçame, où le peuple, en cas d'alarme, pouvait se réfugier. Le Simoïs, descendu de l'Ida, l'entourait, à l'est, de ses replis, et le Scamandre, formé par les sources nombreuses qui sortent du rocher de Bounarhachi, fécondait la vallée où paissaient les troupeaux des rois. Différents peuples ou des dominations différentes s'y succédèrent; la dernière fut celle des Dardaniens, dont l'empire s'étendit jusqu'au Caicos, vers les frontières de la Lydie, et qui avaient pour alliés plusieurs peuples dé la péninsule. Priam y régnait alors; sa capitale, Troie ou Ilion, était célèbre pour la force de ses murailles, les richesses et le luxe de ses habitants, dont les mœurs et la religion étaient, comme la langue, les mêmes que celles LoiuiiTiaiii» ^^^ HcUènes, mais à un degré plus avancé de développement. Apollon était leur dieu protecteur; c'était sur l'Ida que trois déesses avaient remis à Paris le droit de décerner le prix de la beaufé et qu'Aphrodite avait donné pour fils à Anchise le pieux Ënée.
Cependant une haine nationale invétérée séparait les Grecs des Troyens et les arma, un jour, les uns contre les autres.
De mutuels outrages ne suffisent pas à expliquer cette rivalité mortelle. Hérodote y a vu une première lutte de la Grèce pauvre et guerrière contre l'Asie riche et civilisée. D'autres ont représenté la cité de Priam comme une ville pélasgique, et sa ruine, par la main des Hellènes, comme le dernier terme d'une lutte de deux races qui, après avoir eu la Grèce pour champ de bataille, avait fini d'une éclatante manière sur un plus vaste théâtre. Hérodote, plus près des événements, paraît aussi plus près de la vérité.
Pour la légende, la haine des deux peuples n'est plus que celle de deux familles : les fils de Priam soutenus par Apollon, le dieu asiatique, et ceux de Pélops que protège la déesse d'Argos, Héra ou Junon, dont
t Le Génie du Scamandre, couché à gauclte, tenant de la maiti droite un roseau el s'appuyant de la gauche sur une urne renversée d'où s'fehappent des (lots. En légende : CKAMAN- APOC lAlEQN. (Revers d'une monnaie de bronze frappée à llium par l'empeivur Commode.)
« Priam coiffé d'un bonnet phrygien, assis sur un Irûne el tenant un sceptre; en légende : nPIAMOClAIEÛN. (Revers d'une monnaie de bronze frappée à Uium parTempereurCommode.)
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LES ÉOLIENS ET LES ACIIÉENS. Hl
le culle ne fut jamais populaire sur la côte d'Asie. Cette haine datait de loin, du temps où les deux royaumes de Troade et de Phrygie se disputaient la prépondérance dans l'Asie Mineure.
En Phrjgie régnait Tantale; un jour qu'il reçut les dieux à sa
Carte de la Troade.
table, il voulut éprouver leur puissance : il immola son lils Pélops dont il leur servit les membres déchirés. Jupiter voit le crime et cette audace sacrilège; il précipite le coupable aux Enfers où, au milieu de l'abondance, il souffrira éternellement d'une soif et d'une faim cruelles.
Les Grecs ne craignaient pas de prêter à leure êtres divins de mauvaises passions qui les rapprochaient de l'humanité : dans la légende de Niobé, les dieux punissent la fille de Tantale pour un noble sentiment, l'orgueil maternel. Mais les artistes surent gré aux poêles de leur avoir fourni un magnifique sujet de groupe sculptural. Fièrc des douze enfants qu'elle avait donnés au roi de Thèbes, Amphion, Niobé blessa Latone en opposant son heureuse fécondité à la couche stérile de la déesse, qui n'avait mis au jour que les deux jumeaux nés dans l'errante Délos, Apollon et Artémis. Pour venger leur mère iras-
llart d'Œnomaos el triomphe de Pélops '.
cible, le dieu destructeur des monstres et la vierge farouche lancèrent contre les Niobides ces flèches qui jamais ne manquaient leur but. Tous périrent, et Niobé fut changée, sur le mont Sipjle, en une source formée de ses larmes, que les rayons du Soleil tarissaient avant qu'elle arrivât dans la plaine, comme les traits d'Apollon avaient tari les sources de la vie dans le sein des Niobides.
Au festin de Tantale, Gérés, absorbée dans la douleur que lui causait la perte de sa fille Froserpine, avait mangé une épaule de Pélops, sans reconnaître ce mets détestable. Jupiter ranima l'enfant et lui donna une épaule d'ivoire, dont le seul contact devait guérir tous les maux, mais qui n'assura pas la victoire au nouveau roi de Phrygie, lorsqu'il attaqua les Troyens. Vaincu par Tros, roi d'Ilion, Pélops est contraint de fuir en Grèce. 11 emporte d'immenses trésoi-s et emmène de braves compagnons. En Etide, il veut obtenir la main d'Hippodamie, fille du roi de ce pays. Treize prétendants ont déjà péri, car Œnomaos, averti
< Bas-reliefd'unsaR'opliage, nu Luiivre. — l''lbLjsb première scène a gauche, Pélops est en conversation avec Œiiomaos : derrière le roi se lient un serviteurarmé. — S'Suit la <xturse, qui
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par l'oracle que son gendre causerait sa mort, défie à la coui-se ceux qui pt'étetident à la main de sa fille; il est sûr de les vaincre avec ses chevaux rapides, et il les tue après les avoir vaincus. Pélops gagne le cocher d'Œnomaos, qui ôte la clavette des roues; le char se renverse dans la lice, Œnomaos meurt, et Pélops lui succède. Selon d'autres,
Masque cii oi', de Hycénes [voy p. 117] ' .
Neptune lui avait donné un char d'or et des chevaux ailés. Son autorité ou son influence s'étendit sur les îles voisines et sur la péninsule
se déroule daiis h plaine de Pise, que persoiinilie la nymphe êletidue à lerre ; à cùlé d'elle se Irouvenl, dans une corbeille, les branches de palmier réservées au vainqueur à lii course. (Eiiomaos, vaincu, est ivnversé sous ses chevaux, dont il lieul encore les rênes : auprès de Mjrtilos qui l'a Irahi, un serviteur effrayé lève la main au ciel. Pélops, vain<jueur, a son fouet en main, et à sa gauche est un homme qui s'apprête à le couronner. Cette dernière figure et celle du cavalier qui précède le citar sont empruntées aux représentations du cirque romain, ce qui donne à ce monument une date très basse. — 5' Pélops a reçu le prix de sa victoire : guidé par l'Amour, il entraîne Hippodainte. qu'encourage sa vieille nourrice.
< D'après Schliemann, Mycènet, flg. 474. Ces masques étaient appliqués sur tes visages des morts. Le corps tuul entier, dans certaines tombes, êUiit littéralement enseveli sous les bijoux (Schliemann, ibid., p. 294) : masque sur le visage, diadème sur le front, plastron sur la poitrine, aux doigts des bagues et des bracelets, à la ceinturo un baudrier, enfm des Jambières, sans compter les ornements fixés aux vêlements, tout était en or.
116 IHSTOrRE XÉGEfiDAIItE (2000-1104?).
Apia qui prit son nom : le pays de Pélops avec ses îles, vHnç, ou Péloponnèse.
Mais ce favori des dieux, a une , abominable postérité : Thyeste souille la coucbe de son frère îAtrée renouvelle le festin de Tantale, en servant à Thyeste les membres de «es enfants; Agamemnon et Ménélas furent ses petits-fils. Égisthe, né de l'inceste de Thyeste avec sa fille Pélopée, égorgea Agamemnon et tomba sous les coups d'Orestc, qui frappa aussi sa more Clytemuestre. Telle est la famille des Alrides dont les crimes et les malheurs ont si longtemps défrayé la poésie et l'art.
Enlèvement d'Hélène'.
Après avoir conquis ou obtenu le pouvoir sur les côtes occidentales du Péloponnèse, les Pèlopides avaient, à la suite d'événements que nous ignorons et que la tradition présente sous la forme de conventions pacifiques, transporté sur les côtes orientales le siège de leur puissance, et remplacé dans l'Argolide la race royale des fils de Persée.
< Peinture de vase, d'après la Catelle archiot.. Si (1880). pi. VIII (de Wilte). Le vase porte les sifpiatures du céramiste HiéroD eidu peintre Hacron (MAKE*ON EAPA4SEX, HacronapeinI)' — Hélène a cédé aux inspirations de l'Amour, de \in\K, et de la Persuasion (que nous reverrons dans le bas-relief du musée deNaples, mis à la pnge 117), et Paris l'enlraine. Deiant le héros, marche Énée (AlNEAf), qui, par l'ordre d'Aphrodite, avait accompagné Paris en Grèce : il est armé comme Paris. Celui-ci (ALEXSANAPOS) conduit de la main gauche Hélène (HEVENE) vers laquelle il se retourne, et lui serre Fortement le poignet droit, d'un geste qu'on retrouve souvent sur les monuments anciens. Hélène marche lentement, la télé légèrement inclinée, la main gauche posée sur la poilrine : sur le duuhle chilon, elle porte un ample péplos de mariée. L'Amour lui attache une couronne sur la tète, tandis qu'Aphrodite (AOiplOiiTE) ajuste le péplos et le ramène sur le front de ia jeune épouse. Pitho (TEieû) suit Vénus, une fleur à la main.
Atrée, Thyesle et Agamemnon régnèrent successivement à Mycènes, alors la capitale du pays, Ménélas à Sparte et dans la Laconie, par son hymen avec Hélène, lîlle de Tyndare. Leur influence s'étendit sur toute la péninsule Apia, et noinbre d'îles leur furent soumises. C'étaient de grands chefs sur terre et sur mer- Les découvertes faites à Mycènes pi-ouvent leur richesse et leur puissance {Voy. p. Hu). Paris, fils de Priam, venu en Grèce pour sacrifier à Apollon Daph-
Aphrodite persuadant llËlénc '.
néen, s'arrêta à Sparte; il y vit Hélène, une de « ces victimes de Vénus » pour qui les Grecs avaient tant d'indulgence', et l'enleva. Une fuble postérieure à Homère, comme à Hésiode, contait que Vénus
' Bas-relief du musée de Naples, d'après le Miueo Borbonico, III, lav. XL. — Debout devant Hélène assise est Péris (Alexandros), velu d'une chtamyde. Trois divinités secoiideiil le héros dont elles favoriseiil ta passion, l'Amour, Vénus et la déesse même de la Persuasion. L'Amour s'appuie sur Paris. Vénus, assise à cOté d'Hélène, que la déesse domine de sa haute taille, s'eiïorce de la persuader avec l'uide de Pitho {11100). Cf. la peinture de vase donnée p. 116 {Eniècement d'Hiléne).
' Ainsi Siédèe, Ariane, Pasiphaé et toutes celles que Jupiter aima.
118 HISTOIRE LËGICNDAIRE: (2000-1104?).
lui avait promis la plus belle des femmes, lorsqu'il lui avait adjugé la pomme d'or, prix de la beauté que cette déesse, Junon, et même la sage MineiTe, se disputaient. Ce rapt insolent réveilla la haine des Atrides, ils la firent partager à la Grèce entière, et de la Crète à la Macédoine tous les chefs s'armèrent et se réunirent « sur la presqu'île pierreuse » qui portait la petite ville béotienne d'Âulis. Onze cent quatre-vingt-six vaisseaux furent rassemblés dans son port'; mais des vents contraires les y retinrent longtemps, etCalchas déclara qu'on n'en obtiendrait de
favorables qu'après que la fille du roi d'Argos aurait été immolée sur l'autel d'Artémîs. L'armée exigea que le sacrifice fût accompli, et le prêtre frappa, mais à ses pieds tomba une biche blanche qu'Artémis
' Remarquons que, dans Homère, il n'est pas encore question d'un seul combat naval.
■ Bas-relier, au Louvre. On y retrouve deux des scènes racontées par Euripide dans la tragédie d'IphiginU m Tauride. — l'A gauche, Oresle, l'épée i la main, s'affaisse, soutenu par Iliade : derrière est une Furie, la torche et le fouet à la main. Dans la tragédie, un bouvier racunle a Ipliigénic que deux t-trangers ont été capturés sur le rivage inhospitalier : l'un d'eux, pris d'un accès de fureur, s'est précipité sur les trou|>eaux, croyant combattre les Ériimyes (V. 281 et suiï.). L'artiste a représenté le moment où Oresle. épuisé de fatigue et revenant à la raison, s'affaisse entre lesbrasde son ami.— 3* Les deux captifs doivent être immolés à Diane, mais Iphigénie a reconnu son frère et, portant dans ses bras l'image de la déesse, elle annonce au roi Thoas qu'elle veut purifier dans les flots de la mer l'idole et les captifs (V. 1157 et suiv.). Sur le bas-relief, elle porte l'idole voilée et assiste au combat d'Oreste contre les gens de Tlioas. Dans Euripide, l'apparition de Minerve met fin au drame, et Thoas renonce à poursuivre les fugitifs.
avait substituée à la royale victime. Iphigénie, transportée dans la Tauride et consacrée au service de la farouche déesse, n'oublia pas, au milieu de ses tristes honneurs, sa famille et sa patrie. « Oiseau qui, sur les falaises escarpées, chante la douleur et l'éternel regret de l'époux penlu. Alcyon, comme toi, je chante ma peine; mais, oiseau sans ailes, je ne puis prendre l'essor dans la voie resplendissante du soleil et arrêter mon vol au-dessus de la maison paternelle, où, vierçe destinée il un noble hymen, je me mêlais à la troupe joyeuse des jeunes filles pour leur disputer le prix de la grâce et des riches parures*. »
La flotte grecque, délivrée par le sacrifice d'Iphigénie, conduisit en .\sie plus de cent mille guerriers, i-ésolus, dit le sage Nestor, à punir le crime de Paris en infiigeant à tous les Troyens la honte de Ménélas'. Priam put à peine leur opposer la moitié de ce nombre, bien qu'il lui fût venu des secours de la Thrace, de la Macédoine, . et jusque de l'Ethiopie*.
Les Grecs avaient accepté pour chef l'Atride Agamemnon. Près de lui était son frère Ménélas, roi de Sparte, l'époux outragé d'Hélène; Achille, qu'Ulysse avait découvert dans l'ile de Scyros, caché par Thélis parmi les filles du roi; Patrocle, son ami; Diomède; les deux Ajax, l'un roi des Locriens, l'autre roi de Salamine et, après Achille, le plus beau et le plus brave des Grecs ; le sage Nestor; Ulysse, le rusé roi d'Ithaque; Phîloctète, le possesseur des flèches d'Hercule ; l'Élolien Thersile, aussi lâche qu'insolent railleur. Parmi les Troyens, le vaillant Hector éclipsait tous les chefs; Énée ne venait qu'après lui.
Le premier des Grecs qui mettrait le pied ^^^^^^ combatiam*
sur le sol troyen devait périr : les dieux
l'avaient ainsi décidé. Protésilas, pour faire cesser l'indécision des chefs, se jeta le premier au rivage. Le destin s'accomplit : il tomba
■ Euripide, Ipkiginie tn Tauride, 1089-1153. Voy. ci-dessous, au chap. u, § ut, des extraits de Vtphigénir à Aniii.
< fftorfc, I), 36^-556.
' La date In moins improbable pour la prise de Troie, mais sans qu'elle ait la moindre certitude, est celle que donne Ératosthêne, 407 ann^s avant la première olympiade, ou 1184 iTanl J..C. Pour Homère, il y avait dii-liuit traditions sur la date de sa naissance, qui varie de 34 à 400 ans après celte guerre.
* Hector armé du casque, de la cuirasse, de la lance el du bouclier, debout sur un char de guerre traîné par ses quatre coursiers, à droite. En légende : EKTQP lAIEQN. (Revers d'une tiiunnaie de bronie frappée par Caracalla à Ilium.)
120 HISTOIRE LÉGKiNDAIRE (2000-1104?).
SOUS les coups d'Hector. Cependant les Grecs, débarqués, gagnèrenl une bataille qui leur permit de se construire un camp, qu'une partie de leurs troupes garda, tandis que le reste alla piller les villes An voisinage ou cultiver la Chersonêse pour fournir des vivres a l'armée. Cette division des forces grecques et les querelles qui, plus d'une fois, éclatèrent permirent aux Troyens de faire une longue résistance. Leurs ennemis restèrent dix ans eu face des murs de l'imprenable cité.
C'est dans la dixième année seulement que VHUide commence, car
Homère n'a chanté que la colère d'Achille et les incidents qu'elle amène. Irrité qu'Agamemnon lui ait enlevé Briscis sa captive, le héros se retire sous sa tente et appelle la colère des dieux sur le chcl qui lui ravit celle qui, après avoir été sa part do hutin, est devenue sa compagne bien-aimée. Jupiter écoute sa prière; les Crocs sont battus et rejetés dans leur camp, qu'ils sont réduits à fortifier d'un mur et d'un fossé pour mettre leurs navires à l'ahri d'Hector. Alors ils cherchent à apaiser Achille et lui envoient des députés pour réclamer le secours de son bras; il reste inexorable.
' Peinture d'un vasp de la fiibriqued'Hiéron, itii Louvre, — Agamcmnon (A.A[«]!HI".i\SIO[«) *ir) eiilraine Briséts. Dans IIomi>re, il avait spulcnit-nt menacé Achille de se rendre en iwrsunne û sa lente et d'enlever de sa main la jeune captive : ci^ sont des hérauts tgui la lui amènent. Briséis, la tête couverte d'un voile, suit le nlemenl le roi, hmr le geste d'Aganiemiion et l'atlitude de Briséis, voir l'enlève ment d'fiélène sur un V3?r> peint de la même ral)ri<}ue, domié p. lUi. Derrière Briséis marchent le héraut Tallhjbios («ALeVElOS), en tout semblable â ïercure, puis Dioméde (AIUIUEAES),
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Cependant le combat recommence avec fureur. Junon protège les Grecs, et le maître des dieux, assis au sommet de l'Ida, d'où il contemple la bataille, encourage les fils de Priam. Ils vont triompher, lorsque Junon, empruntant à Vénus sa ceinture, vient charmer et séduire son époux. Une nuée d'or les enveloppe; les fleurs parfumées s'épanouissent autour d'eux, et le Sommeil, « qui dompte les dieux et les hommes' », endort Jupiter dans les bras de la déesse. Cependant les Trojens tombent en foule; mais Jupiter se réveille; il reproche à Junon sa ruse et verse au cœur des Trovens une ardeur nouvelle; ils
franchissent le fossé, le mur, qui défendent le camp des Grecs et font tomber nombre de chefs sous leurs coups. Les Achéens cherchent un refuge sur leurs vaisseaux, où Hector veut porter l'incendie.
A cette vue, Achille s'émeut. Patrocle, son ami le plus cher, le supplie de secourir les Achéens, ou tout au moins de lui prêter ses armes. Il n'accède qu'à la dernière prière; mais, après maint exploit, Patrocle rencontre celui qui n'a de rival qu'Achille el périt de sa
■ L'Océan seiil échappe à sa puissance : a D n'oserait, dit Bomère {Uiade, XIV, 245), tenter d'endormir son courant éternel. »
' Peinture de vase, au Louvre. Revers de la coupe d'HIéran, où est représenté l'enlèvement de Briséis. — Ai:hille (['A;(^i]V VEVS) occupe le centre de la scène, et vers lui se portent les regards des autres personnages. Le héros est assis sur un okladias ou siège pliant : enveloppé Aam son vêtement, il semble tout entier à sa douleur. Son épée et son pilo* pendent au mur. Devant lui se tiennent Ulysse {OVVITEVS), le cher de l'ambassade envoyée par Againemnon, etAjax (AlAS); derrière est le vieux Phénix (*OINI[ïj), l'ami dévoué d'Achille. (Voyez le chant IX de VIliade, et Overbect, ouvr. âU, p. 408.)
12* HISTOIRE LÉGKNDAIRE (2000-1H4?).
main. Cette nouvelle rend Achille furieux de douleur. Il ne peut se précipiter dans la mêlée, puisqu'il n'a plus d'armes; il s'avance, du moins, jusqu'au rempart et pousse par trois foïs un cri terrible. Les Troyens ont reconnu la voix du héros, et trois fois ils reculent épouvantés. Les Grecs peuvent ressaisir le corps de Patrocle.
Achille implore sa mère, Thélis, qui accourt du fond des grottes marines avec le cortège éploré des Néréides, afin d'adoucir la douleur de son fils; il lui demande des armes pour remplacer celles que Patrocle a perdues, et la déesse obtient de Vulcain qu'il forge une armure complète et un bouclier merveilleux'. Revêtu de ces armes divines, « le fougueux Éacide » court aux Troyens, qui fuient devant lui comme un troupeau timide. Les dieux se jettent encore dans la mêlée : « Junon descend près de la flotte des Grecs, avec Minerve, Neptune, qui entoure la terre de ses flots. Mercure, à l'esprit subtil, et le robuste Vulcain. Les Troyens ont pour eux Mars, au casque étincelant, Phébus- Apollon, à la longue chevelure, Diane, fière de ses flèches, Latone, Xanthos, Vénus, qui aime les sourires. Sous leurs pas, la terre tremble, les cimes des monts s'agilent, et Pluton craint que son royaume souterrain ne s'entr'ouvrc pour montrer aux mortels les demeures ténébreuses et redoutables, dont les dieux eux-mêmes ont horreur'.
Cependant l'action s'engage, Énée est sur le point de périr; Nep-
■ Ce n'est pas ici le lieu de réptUer la descriplioii d'Homère (//imfc, XVm, 478-608). J'y note un seul trait : Ares et Athéna, qui conduisent une troupe de soldais, ont une taille plus haute que celle des hommes. Les artistes onl reproduit celle difTérence qui aide souvent à distinguer, sur les vases et dans les bas-reliefs, les élres divins des martels ou des ombrfs conduits par Hermès aux Champs élyséens. Hésiode, ou plutdt un véritable poète qui avait le génie épique, a fait aussi une description du bouclier d'Hercule.
* Hectorluttanlcontredeuiguerriersgrecsquis'erapressentde relever le corps de Patrocle. En légende ; EKTQP lAIEÛN. (Revers d'une monnaie de bronze d'Alexandre Sévère frappéeà llium.)
» Camée, d'après Winckelmann, Monum. ant. ined., Rg. 129. —Achille, assis à la porte de sa tente, s'abandonne à sa douleur. Debout devant lui est Anlilochos, son ami et le plus rapide des Grecs, qui vient de lui apprendre la mort de Patrocle.
• IliaiU, XX, 1-6G.
lune le sauve en l'enveloppant d'un nuage. Le fleuve Xanthos a beau gonfler ses ondes, il ne peut arrêter le héros. Mais il s'unit au Simoïs et inonde la plaine. Achille va reculer enfin devant les deux divinités, lorsque Junon envoie Vulcain et ses flammes puissantes qui tarissent les deux fleuves, et la poursuite recommence. Hector veut couvrir la retraite des Troyens; Achille l'atteint, et un mémorable combat s'engage. La lutte est longtemps incertaine. Déjà, pour la quatrième fois, ils reviennent près des fontaines, lorsque le père des dieux et des hommes, pesant dans la balance d'or les jours des deux héros, voit que le Destin a condamné le fils de Priam'. Achille le frappe de sa lance à la gorge et l'étend mort à ses pieds. Il le dépouille
Combat d'Acbillc cld'lleclor'.
de ses armes, lui pei-ce les talons, attache le cadavre par une courroie à son char, puis le traîne trois fois autour de la ville. Rentré au camp, il fait à Patrocle de magnifiques funérailles, immole douze jeunes captifs sur son bûcher et célèbre en l'honneur de son ami des jeux funèbres. Il avait juré de laisser aux chiens et aux oiseaux de proie les restes d'Hector; mais la nuit suivante, Priam, le vieux roi, parait dans sa tente : « Il s'arrête près d'Achille; il embrasse ses genoux; il baise les mains terribles qui lui ont tué plus d'un fils et le supplie en ces termes : « Souviens-toi de ton père, Achille égal « aux dieux. 11 a mou âge; il est, comme moi, sur le seuil funeste " de la vieillesse. Peut-être qu'en ce moment des voisins l'attaquent " et que personne n'est là pour écarter de lui la guerre et la mort. " Du moins il sait que tu vis; il espère chaque jour te revoir. Moi " malheureux, je n'espère plus rien. J'avais engendré, dans la grande
• lliûde, ÎXn, 30M13.
■ Peinture de vase, d'après G«rhart], Aiuerletene Vatenbilder.taf. CCIV. — Hector (HEKTOP), moneUement blessé, s'afTaisse. Apollon (AHOV VON), son protecteur, l'abandonne et se relire, Uwdis qu'Athéna (ASENAIA) excite Acbille victorieux (AXIVVEVS). (Voy. le chant XXII de Vltiade et Overbeck, oiirr. cité, p. 4484
i28 HISTOIRE LÉGENDAIRE (2000-H04?).
« Troie, de vaillants fils. Et pas un ne me restera. Us étaient cin- « quante, quand arrivèrent les Achéens, dix-neuf nés du même sein; t' des femmes m'avaient donné les autres dans mes palais. L'im4)é- « tueuï Mars a brisé leurs genoux. Celui qui défendait la ville etnous- « mêmes, voilà que tu l'as tué. Et moi je viens maintenant vers les " vaisseaux des Achéens apportant une immense rançon' pour racheter « son corps. Respecte les dieux, Achille; aie pitié de moi, au souvenir « de ton père. Je suis bien plus que lui misérable, car j'ai eu le « courage de faire ce que nul autre mortel n'a jamais fait : j'ai ap- « proche de ma bouche la main de l'homme qui a tué mes enfants. » Au souvenir de son père, Achille s'attendrit; il relève doucement le vieillard et tous deux pleurent, l'un sur Hector, l'autre sur Fatrocle et son père'.
L'Iliade ne va pas plus loin, mais la tradition continue. Avec Hector, Troie avait perdu son plus ferme boulevard; cependant, secourue par Penthésiléc, reine des Amazones, et par l'Éthiopien Memnon, elle résista encore, Achille, à son tour, tomba percé au talon d'une flèche partie de l'arc de Paris et qu'Apollon avait dirigée. Ajax et Ulysse se disputèrent ses armes: l'assemblée des Grecs les adjugea ^fsm^^"' au second, et Ajax, à la fois furieux et désespéré, se jeta sur son épéc.
Troie ne pouvait être prise que si une statue, le Palladium, que
• Voyez p. 126, celle scène dessinée d'après les Moniim. delV Initit. arckeol., V. lav. XI. (Le revers de ce benu vaiie a élé donné plus Jiaut, p. 101.) — Achille (AXIA&ErS) est assis sur un lit de repos, en proie n la douleur : son vêtement est ramené sur sa tète en signe de deuil, et l'arlisle l'a peint la télé rasée, car il a coupé sa l>dle chevelure el l'a jetée sur le bûcher de Patrocle. Autour de lui, les dieux, Athénael Hermès (EPMAIS), s'elTorceiU de Aéchir le héros resté sourd à la voix de ?(estor (NESTQP) et de son Tits Antilodios (AM^PIAOSU^ lie). Au mur sont suspendus son pitot, son bouclier, ses cnémtdes; à gauche, on voit le char auquel a été attadié Hector. — Au-dessous d'Achille est Priani (PPIAMOI). Le vieillard, revêtu
. d'un ridic costume phrygien, tient de la tnaiir gauclie une brandie d'olivier, mais il dc la lend pas en suppliant au meurtrier de son iils, il est tout entier au spectade qui s'oITre à ses yeux. Le cadavre d'Heclor (I^KTÛP) est devant lui, porli' par deux hommes qui se dirigent à gauche vers la balance où sera pesée In dépouille du héros troyen. Derrière le-roi, est Thétis (8E[ti(]), mère d'Achille, et un Jeune homme, peut-'élre un ïyrmidon. Les deux génies ailés semblent des génies runèbres : l'un s'apprête à couronner le cadavre d'Hector, l'autre luï apporte des bandelettes et un plateau chargé de fruits. — Le peintre s'est inspiré d'Uomère {Iliade, XXIV) et de la tragédie, aujourd'hui perdue. d'Eschyle, intitulée Ut Phrygimi ou In Rançon d'Hector : c'est au poèli^ tragique qu'appartient l'idée de faire peser le cadavre, (Voyei Ovcrbeck. owr. riW, p. 4(54 i-l suiv.)
* Iliade, chani XXIV, v. 477-SI2.
' Ajax agenouillé, se peri;aut de son épét- ; à ses pieds, son bouclier. (Revers d'une monnaie de bronze de l'rusa de Billiyiiie, à Uefligie deCnrucalla; en légende, ^i>OrC.\EU^i.)