AJAX PORTANT LE CADAVRE D'ACHILLE
D'après UD moulage. Groupe en marbre conservé i Florence dans la Lo);Kia de' Laniï, et connu soue le noni du Patquino. Il ea eiisle plusieurs répliques antiques [Voy. Overbeck. Bildaerke, p. 55!].
Jupiter avait donnû ù Uardanos, lui était enlevée, et si Philoetèlr, le possesseur de l'arc d'Hercule, était amené au camp des (irccs, I^c héros, blessé au pied par une des flèches dont la poinie avait été trempée dans le sang de l'hydre de Lerne, avait été abandonné par les Gi-ecs dans l'île de Lemnos, à cause de l'insupportable odeur qui s'échappait de sa blessure. Pjrrhus, fils d'Achille, vainquit sa résistance; Machaon le guérit, et Paris tomba sous une de ses flèches. Mais le Palladium était enfermé dans la citadelle de la ville, cl les Troyens, pour qu'on ne put le ravir, en avaient fait plusieurs images
Phitoclète donsMlc de LcHmos'.
semblables. Ulysse, déguisé en mendiant, pénétra dans la cité et, malgré tous les obstacles, rapporta au camp des Grecs la statue fatale. Cette guerre héroïque finit pourtant par une ruse. Les chefs, cachés dans les laides flancs d'un cheval de bois, perfide offrande qu'ils avaient laissée en faisant embarquer leurs soldats, furent, avec lui, introduits dans la place par les Troyens eux-mêmes, malgré les sinistres prévisions de Laocoon. Les dieux, résolus à perdre Troie, avaient puni sa patriotique prudence en envoyant contre lui deux serpents qui l'étouffèrent, avec ses deux fils, dans leurs replis tortueux, au pied même de l'autel où il sacrifiait. La nuit suivante, les cent
< Pànture de Tase, d'après L. A. Uilani, H ntilodi/'t/offefe (Florence. 1879),tig.uiv et p. 80. —Philoctète.laléle tristement inclinée sur la poitrine, est assis sur un rocher, à l'oinbre d'un •ii>re. Son pied gauche est enveloppé de bandages. A sa droite et à portée de sa main sont le ■ eu-quais et l'arc d'Hercule, qui doivent décider un jour des destinées de Troie.
15â lllSTOinE LÉGKNDAinE (2000-1104?).
chefs enfermés dans les flancs dn colosse en sortirent pour ouvrir les portes à leurs compagnons revenus en toute hâte. Troie fut détruite.
Vulcain et f.péios rabri<iuanl le cheval de Troie'
Priani égorgé, Ilécubc et ses filles emmenées en captivité; une d'elles, Polyxène, immolée sur le tombeau d'Achille: Andromaque, la veuve d'Hector, donnée à son fils Fjrrhus, et Cassandre, autre fille de Priam, à Agamemnon. Énée, fils de Vénus et d'Anchise, et Anlénor échappèrent seuls au carnage ou à la captivité (1184?).
Éiiêi' iwru.111 SOI) père Troic Cependant n'avait pas été détruite, ou elle ^c Anchise». rclcva une seconde fois; car le vieil historien Xanthos*
racontait qu'elle était tombée longtemps après sous les coups des
* Gravure sur uu miroir étrusque du Cabinet Ac France (Chabouillet, Calalogue, n* 3IÔ4). Vutcain (SelA/mit), à gauche, et Épéios|£(ufe),à droile, sonloccupés alemiinerle cheval de bois {Peete-l'égaae).Le cheval esl attaché par la jambe droite, comme l'étaient quelquefois, dans les temples, les statues des dieux, el l'inscription Hliiu, qu'on lit A droite. Tait partie de la dé- <licace : les Hellènes [à Minerve]. Vntcain, vêtu de la chlamyde, tient peut-£tr« un bloc de poil de la main gauche ; Épéios a le costume et le bonnet phrygiens. Cf. Gerhard, Etnukitdit Spieget, III. p. 319.
* Strabon, liv. XII, 8, 3, el XIV, 2, U. Sur les découvert«s de SchUemann en 1873, voy., ci-dessus, p. 33-35.
> Ëuée, armé en guerrier troyen, fuit en emportant son vieux p^re sur son épaule. Il cs(
LES EOLIE?iS ET LES ACHEENS. 133
Phn-giens. Alors ce fut pour toujoure. Ses ruines mêmes disparurrnl', el le voyageur, les cherchant en vain, put aisément remplir cotte solitude des grandes scènes que le poème immortel y déroule. U puissante cité est effacée de la surface de la terre, et la voix d'un poète aveugle et mendiant brave les siècles.
Mais de terribles expiations attendaient les vainqueurs de Troie, llysse erra dix ans sur les Hots avant de revoir son Ithaque. Ménélas fut pendant huit années battu par les tempêtes, .\gamemnon périt
Sort de Priam*.
assassine par Ëgisthe et par sa femme Glytemnestre, qui, à leur tout', tomberont sous les coups d'Oresie dont Apollon conduira la main. Uioraède, menacé à Ai^os d'un sort pareil, s'enfuit en Italie. Minerve, poursuivant de sa colère Ajax, fds d'Oïlce, brisa son vaisseau. Réfugié sur un rocher, il s'écriait ; « J'échapperai malgré les dieux. » Neptune fendit le roc d'un coup de son trident et précipita le blasphémateur dans l'abîme. Tencer, repousse par la malédiction paternelle pour
|>rMn]j de Creuse, sa Temme, quï, délournanl yen lu! la lêle, Ml, en portant leur flis. Kn Ifgeode AINEAS; dans le champ, une rosace. Au revers, un cnrré creux. (Télradrachme d'.Cnea, en llictkloine, frappé vers l'an 600 av. J.-<^. L'exemjdaire unique est au musée de Brriin. Voy. ZeiUckri/l fBr Numiimalik, t. VII, 1880, p. 321.)
' .... Eliam periere ruina (Lucaîn, Phart., IX, 969).
• Bas-relief sur une urne en marbre, au Louvre. —Pyrrhus, un poignard à la main, va frapper Priam, qu'il ticnl renversé sur l'aulel de Zens llerkéios, près d'un palais ou d'un temple dont on voit lentaUement. Derrière ce groupe esl une Furie, la lorchc à la main. Pyrrhus a la télc toumëe vers une des Glles de Priam qui, à genoux devant l'autel, regarde son père et supplie eu même temps Agamemnon. Celui-ci s'avance, sans doule l'èpée levée, contre l¥iam. Derrière lui, Ulysse, reconnaissable i son piloi, et un autre guerrier se tiennent immobiles el nralemplent la scène.
134 illSTOIRE LÉGENDAIRE (2000-1104?).
n'avoir pas vengé la mort d'Ajax, son frère, alla fonder, dans l'Ile de Chypre, une nouvelle Salamine. La tradition conduisait encore Philoclête, Idoinénée el Épéios sur les côtes de l'Italie, qui offrit aussi un asile au Troyen Anténor et au fils d'Anchise. Les poètes avaient chanté ces malheurs des héros, et leurs récits formaient tout un cycle épique, dont il ne reste que YOdyssée qui ne semble ni de la même époque ni de la même main que Ylliade. En voici l'analyse succincte.
Depuis bien longtemps déjà Troie avait été prise, et Ulysse, roi d'Ithaque, n'avait pu voir encore s'élever la fumée de son île natale. Pénélope n'a pas cessé un jour de pleurer son époux, et elle ne sait plus comment résister aux obsessions des prétendants; ils lui demandent impérieusement de choisir parmi eux celui qui régnera sur elle el sur Ithaque, el, en atleiidanl, établis dans le palais d'Ulysse, ils dévorent ses richesses.
Elle a un lils qui arrive à l'âge d'homme, Télémaquc. Minerve, reportani sur lui l'affection qu'elle a toujours eue pour son père, lui conseille d'assembler le peuple, de lui dénoncer les indignités que les prétendants commettent, puis d'aller lui-même chercher à Pjlos et à Lacédémone, auprès de Nestor el de Ménélas, des nouvelles de son père.
Ulysse languissait dans l'ile d'Ogygie, où le retenait la déesse Calypso',
fille du farouche Atlas, qui soutient les colonnes du ciel. Le souvenir
de la patrie lui fait enfin, avec l'aide des dieux, rompre le charme.
Il construit un radeau et se lance sur les Ilots. Mais une tempête brise
son frêle navire; il lutte deux jours et deux nuits contre les vagues
furieuses qui le jettent, mourant de faim et de fatigue.
sur l'île des Phéaciens. Il y voit la belle Nausicaa qui,
entourée de ses compagnes, leur faisait laver au fieuve
les riches vêtements de son père Alcinoos, le puissant
roi des Phéaciens. La vierge accueille le héros comme un
Hausicaa'. „
envoyé des dieux, et Minerve, sous la figure d une enlant, le conduit elle-même au palais du roi, où Ulysse paye la somptueuse hospitalité d' Alcinoos en lui racontant ses longs malheurs. Il lui dit comment, poursuivi par la colère « du dieu qui ébranle la terre », il a été poussé tour à tour sur les côtes inhospitalières des Lotophages
• De x{tî.&rni>, cacher.
* Tête de Nausicaa, sur une monnaie de brome de Lesbos. En légende, NATCIKAAK IIPQIA.^. Le revers de celle médaille représente Sappbo assise et jouant de la tfre.
LES EOLIENS ET LES ACHEENS. " 135
cl des Cyclopes. Un de ceux-ci, Polyphème, fils de Neptune, a enfermé le héros et ses compagnons dans l'antre qui lui sert de demeure et il les mange l'un après l'autre, l'iysse l'enivre avec du vin, lui crève son œil unique avec un pieu durci au feu et s'échappe en ^'attachant à la laine du ventre des moutons énormes que, chaque jour, le géant mène pailre dans la montagne. 11 arrive chez Éolr, le dieu des vents, qui lui donne enfermés dans une outre ceux qui seraient contraires à sa navigation. Ses compagnons veulent savoir ce
Vue J'llJiai|iJc'.
que renferme cette outre précieuse et l'ouvrent; il en sort d'affreuses tempêtes qui rejettent leur navire bien loin de sa route. Ulysse échappe pourtant encore. Mais c'est pour aboi"der dans l'île de Circé, l'enchanteresse qui se plaît à changer les hommes en bêtes, par certains breuvages dont le rusé roi d'Ithaque se garantit. Dans la contrée des ténèbres, il évoque les âmes des morts; près des rochers (les Sirènes, il se fait attacher au mât de son vaisseau, après avoir pris soin de boucher les oreilles de ses compagnons pour qu'ils n'entendent pas leurs chants séducteurs et homicides; il évite Charybde
' D'après VÉniide de la duchesse de Devonsliire, qui a Fail reproduire par la gravure les principaux ailes menlioniiés dans le poëme (Biblioliièque nationale).
et Scjlla el leurs gueules dévorantes, et il aborde à l'île du Soleil, dont ses compagnons égorgent imprudemment les bœufs. Le dieu, dans sa colère, soulève la lempête qui le jette seul sur l'île des Phéaciens. Alcinoos, charmé de ces longs récils où les Grecs retrouvaient toutes les traditions merveilleuses qui avaient cours parmi eux touchant les pays de l'Occident, comble le héros de présents et lui donne un de ses vaisseaux rapides qui, sous la main de ses pilotes, n'avaient jamais dévié de leur route. Les Phéaciens le déposent endormi sur les rivages d'Ithaque el iiïsse cl le monsii-e scïUa'. s'éloignent. A son réveil, i) se croit encore abandonné, et il maudit les perfides; peu à peu l'image de ta patrie se révèle, il se rend chez Eumée, le gardien de SCS troupeaux, et apprend de ce fidèle serviteur tout ce qui s'est passé
^ en son absence.
A ce moment même, Télémaque revenait de La-
(cédémone. 11 échappe aux embûches des prétendants qui veillaient sur son retour pour le faire périr. Ulysse s'ouvre à lui, puis se rend à son palais sous les haillons d'un mendiant. Nul ne le reconnaît, excepté son vieux chien mourant et sa " nourrice.
Cependant Pénélope a soumis les prétendants iijsBc mendiant'. ^ ""*^ dcmicre épreuve ; celui qui pourra tendre l'arc d'I'lysse sera son époux. Aucun n'y réussit. Ulysse demande à essayer; on se rit du mendiant; on l'outrage, et sa colère est près d'éclater; mais il se contient, tend sans peine l'arc qu'on lui a remis par dérision, avec le carquois plein de flèches, et, répandant à ses pieds les traits rapides, il frappe tous les prétendants qui tombent sous ses coups.
Le favori de Minerve a expié par ses longs malheurs le supplice
> Le monsire Scvlla, entouré de chiens, dans un bige traîné par deux daupliins k longue queue relevée, tient un gouvernail de la main gauche, el de la main droite saisit par les cheveux le pilote du navire d'Ulysse. Le roi d'Ithaque, casqué, se précipite à la défense de son compagnon; sur le navire, on voit plusieurs guerriers, et dans les flots, d'autres compaguoiis d'Ulysse déjà submei^s. (Revers d'un médaillon contomiate; au droit, la tète de Ronii.*
» Pierre gravée (onyx), d'après Overbcck, Bildwerke, Taf. XXXIll, n" 9. — Dlysse porte un^ •'pw sous sa besace, et semble adresser la parole à quelqiie interlocuteur.
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qu'il a infligé au fils de Neptune; maintenant arrive la récompense : il redevient maitre de sa femme, de ses biens et de son ile, malgré les divinités ennemies, les hommes conlraires et pïesque malgré lo Destin, dont il triomphe par sa persévérance indomptable et la souplesse ingénieuse d'un esprit qui n'est jamais à court de bonnes paroles ni d'expédients utiles. Ulysse est le symbole de la sagesse l'usée des Grecs, comme Achille était pour eux le type de la force
invincible et de la bravoure éclatante. Dans les siècles historiques, l'un s'appellera Thémistocle, l'aulre Alexandre, et à toules les époques 11 y aura de l'I'lysse et de l'Achille dans les héros de co peuple. C'est là une des raisons qui ont rendu immortelles r//iWe et l'Odyssée.
• Bas-relief en lerre cuite de la villa Albani, d'aprâs Winckelmann, Moniimenti aniichi inedili, I. Il, pari. If, n* ICI cl p. 217, — En lui lavant les pieds, Eurykiéia, h vieille nourrice, a reconnu la cicatrice d'une blessure que son maître avait reçue à la cliasse. Elle se lève, mais riysse lui ferme la bouilic et l'empêche de le nommer au vieil Euméc. qui s'avance en mendiaut. A cAlé d'Utysse est couclié son chien lidèle, Argos.
■ l'Iysse rentrant à Ithaque, est coiffé du casque conique et tient à la main le bàlon des voyageurs ; son chien bondit à ses pieds. (Revers d'un denier d'ai^ent de la République romaine, porlanlle nom de C. Uamilius Limelanus.)
Ulysse reconnu par son chien *