CHAPITRE lY
— MOUVEMENTS DE PEl'PLES EN GRÈCE APRÈS LA GUERRE DE TROIE.
La guerre de Troie avait, suivant la légende, duré dix ans; c'était un chiffre fatidique qu'on donnera encore à la guerre sainte de Cirrha, à une époque, pourtant, où commencera l'histoire plus certaine. Fûtce cette longue absence des chefs, les tragiques aventures du retour, la dispersion ou la ruine de la grande armée, qui déterminèrent de nouveaux mouvements de peuples? On ne le sait; mais un fait important se révèle sûrement : la Grèce a changé de face. Avant cette guerre, la suprématie appartenait aux Achéens et, parmi eux, aux Pélopides, qui avaient voulu conquérir l'Asie et s'étaient épuisés dans l'effort, à ce point que leur affaiblissement permit à de nouvelles tribus de saisir la prééminence. Les bouleversements intérieurs recommencèrent; la plupart des anciennes maisons royales disparurent, et une partie de la population émigra vers d'autres pays. *
Ce qu'on appelle l'invasion des Boriens marque donc une période nouvelle dans l'histoire de la Grèce*. La prépondérance, jusqu'alors exercée par les tribus maritimes de la côte orientale, qui étaient demeurées en rapport constant avec les populations asiatiques, passa aux tribus de l'intérieur et du Nord. La vie grecque, si brillante et déjà si expansive dans Homère, se resserre et s'efface. Les ténèbres, que la poésie avait à demi dissipées, redescendent sur le monde hellénique et l'enveloppent pour six siècles. Au travers
* CV'sl l'époqiie où Éphore et GallisUiène plaçaient le commencement de rhistoire certaine (le la Grèce. Mais que d'incertitudes encore du douzième au sixième siècle! Les Grecs comptaient ainsi les événements de cette époque : invasion des Thessaliens, 50 ans après ia prise de Troie; établissement des Ârnéens en Béotie, 60; retour des Héraclides, 80; colonies éoliennes 130; ioniennes, 140. D*après cette chronologie fabriquée pour metlre dans la main de l'Histoire un fil conducteur, l'invasion dorienne aurait eu lieu en 1104; des critiques la rapprochent d'un siècle, môme de deux; pour moi, dans ces ténèbres, je doute.
de cette nuit de l'Iiistoire, on ne voit passer que des lueurs vacillantes projetées par un petit nombre d'événements. Trop faibles pour tout éclairer, elles suffisent cependant à nous montrer les peuples qui se lèvent et marchent, et une grande révolution qui s'accomplit.
Le mouvement partit de l'Ouest, de la région où les noms de Grecs et d'Hellènes étaient indigènes, et où s'élevait le sanctuaire antique de Dodone'. Bien des Tois, les hommes de ce pays, gravissant les cimes du Pinde, avaient jeté des regards d'envie sur les riantes et fertiles plaines que de lu ils voyaient s'étendre à leurs pieds aux bords du Sperchéios et du Pénce.
I^ défilé de Gomphi leur ouvrait une route facile vers cette terre de promissîon, et beaucoup y avaient passé. Ces migrations, qu'atteste l'autorité du dieu de«Dodone dans la contrée qu'on appelait alors rilsemonie, n'ont pas laissé de trace dans la mémoire des hommes. La légende, lidèle à ses habitudes de faire dériver chaque peuple d'un héros, ne nous parle que d'un descendant d'Hercule, Thessalos, dont les fils, jetés par la tempête, au retour de la guerre de Troie, sur les eûtes de l'Épire, s'y étaient établis et avaient donné
à leurs sujets le nom de Thessa- F'ogmem. de bro.«« trouvés ùDodo«e.. liens. Ce qui veut dire, sans doute, qu'une de ces bandes héracléenncs
* Vo]f. ci-dessus, p. I, n. 1,
* D'après Carapanos, Dodone el ta ruinet, pi. XVI. — Scènes de combat. Sur la traisicme
140 HISTOIRE Légendaire: (^ooo-iioi?)
qui avaient suivi le héros mythique, ou plutôt qui vivaient l'épée à la
main, prit la prépondérance dans l'Épire.
Tandis que les habitants de rHœmonic s'amollissaient au milieu de l'abondance, les Thessaliens, dans les sauvages vallées de l'Ëpire, ne connaissaient que la chasse et la guerre, avec les mœurs violentes que leure voisins de l'Étolie gardèrent jusqu'aux derniers jours de la Grèce.
Morinaif des Bùoliciis '■ .
A une époque impossible a détermmer, mais qu'on place vers H54, ces Thessaliens franchirent en grand nombre le Pinde et se jetèrent sur les Éoliens d'Arné*, qui se donnaient pour chef éponyme le héros Boïolos, et se nommaient eux-mêmes Béotiens. Les Thessaliens les vainquirent sans peine, puis se partagèrent le pays et les captifs. Ceux-ci tombèrent, sous le nom de Pénestes ou pauvres, à la condition de serfs de la glèbe.
Une partie du peuple vaincu préféra l'esil à la servitude sous des maîtres impérieux; ils descendirent au sud, emportant leurs dieux, Neptune et Minerve Itonienne, avec ce qu'ils purent sauver de leurs richesses et de leui-s troupeaux. L'Œta franchi, ils trouvèrent dans la vallée du Copaïs un site qui leur rappelait celui d'Arné : de fertiles campagnes et des eaux abondantes. Deux peuples y dominaient, les Cadméens de Thèbes et les Minyens d'Orchomène, tous deux affaiblis par la guerre récente des Épigones. Les Béotiens, de gré ou de force, s'établirent entre ces deux villes, sur la rive méridionale du lac Copaïs, où ils élevèrent une nouvelle Arné qui, en peu de temps, prévalu! sur ses voisines. Une inondation du Copaïs détruisit leur ville, mais celles du pays leur étaient maintenant ouvertes et soumises, à l'exception de Thespies et de Platée; et cette région, qui avait été jusqu'alors sans nom commun, s'appela, de ses nouveaux maîtres, la Béotie.
D'autres exilés sortirent de rilœmonie. Les Doriens, qui habitaient au pied de l'Olympe, plutôt que de se soumettre, traversèrent vaillamment tout le pays, et, de fugitifs se faisant conquérants, enlevèrent
plaque, on reconnaît deux des travaux d'Hercule : Hercule luttant contre le taureau crétois et contre Auhéloosou l'hydre de Leme.
> Monnaie d'ai^enldettUéoIiens, m génère.— Télé laurée de Jupiter, à droite ^. BOIÛTQN.La Victoire debout à gauche, tenant une lance et une couronne. Dans le champ, le uionogramme d'un nom de magistral.
■ kiepert place Arné à Kiérion, sur un afOuent du Pénée, au sud-ouest de Krannon, dans la région nommée plus tard Thessaliolide.
LES UORIENS. 141
aux Dryopes les hautes vallées qui s'étendent de l'Œta au Parnasse, et qu'ils gardèrent à jamais. Ils avaient aussi apporté de la vallée de Tempe leur dieu national, Apollon, qu'ils regardaient comme le père du chef de leur race, Doros, et dont ils furent toujoui-s les plus zélés adorateurs. La route sainte qui conduisit plus tard de Delphes à Tempe passa par leur territoire.
Ainsi, la Grèce du Nord changea d'habitants et de constitution politique : elle perdit, à celle révolution, l'importance qu'elle avait eue
dans l'âge héroïque. L'Iliemonie avait été un des principaux foyers de la vie hellénique, la patrie des dieux, des héros et des plus anciennes légendes; presque toute la poésie d'Homère en sort. Sous ses nouveaux maîtres, elle se sépara de la vie commune. L'Hellade se resserra. Les Thermopyles devinrent, au Heu de la vallée de Tempe, la porte de la Grèce, et le Parnasse, au lieu de l'Olympe, le centre religieux de la société nouvelle.
< D'après le Tour du Monde, t. XXXllI, p. 104. On a commencé ^uin ]886) le dessèchement de ce lac.
U. ~ RETOUR DES HÉRACLIDES (llOi?)
Un mouvement de peuples plus considérable, à cause de ses conséquences, fut ce qu'on appela le retour des Héracîides. Les poètes contaient qu'Eurysthée, persécuteur des lîls d'Hercule, après l'avoir été de leur père, les avait privés de leur héritage et chassés du Péloponnèse. Thésée, le fidèle compagnon du héros, vivait encore; les Héracîides ^'o retirèrent près de lui, dans l'hospitalière Atlique, et habitèrent la plaine de Marathon, qu'à cause de ce souvenir les troupes de Laccdémone, durant la guerre du Péloponnèse, eurent ordre de respecter. Eurysthée somma le roi d'Athènes de lui livrer les fugitifs, et, sur son refus, envahit l'Attique; mais l'armée qu'il conduiî5ait fut détruite; atteint lui-même au milieu de l'isthme de Corinthe par Hyllos, fils aîné d'Hercule*, il périt avec tous ses enfants, et de la race divine de Persée il ne resta qu'Hyllos et les siens.
Le passage de l'isthme forcé, les Héracîides se répandirent, viclorieux, dans la péninsule; mais une peste terrible les décima, et roraclc consulté répondit qu'ils étaient revenus avant l'époque fixée par les destins. Suivant une autre tradition, une nombreuse armée d'Ioniens, d'Achéens et d'Arcadiens leur aurait barré le passage. Hyllos proposa de décider la querelle par un combat singulier, à condition que les Héracîides s'éloigneraient pendant trois générations s'il était vaincu. Il fut tué par Ékhémos, roi des Tégéates (1204?); ses compagnons retournèrent dans l'Attique, tandis que le Pélopide Atrée, gendre d'Eurysthée, succédait à son beau-père sur le trône de Mycènes. De nouveaux efforts tentés par eux ne firent qu'accroître la puissance des Pélopides, autour desquels plusieurs peuples du Péloponnèse vinrent se ranger, pour défendre l'entrée de la presqu'île contre ceux qui s'y présentaient en conquérants. Aux royaumes de Mycènes et de Tirynlhe, les Pélopides joignirent celui de Sparte, quand Ménélas épousa la fille et l'héritière de Tyndare, la belle Hélène! Corinthe aussi reconnut leurs lois, de même que Sicyone et sept villes des environs de Pylos. Les Héracîides, désespérant alore de réussir, quittèrent l'Attique où, d'ailleurs, Thésée ne régnait plus, et se retirèrent parmi les Doriens, qui, en souvenir des services jadis rendus par Hercule à leur race
^ Dans les mythographes, Persée, fils de Jupiter et de Danaé, a pour fils Slhénélos, père d*£urystliée, et Électryon, p^re d'Alcmène, qui fut mère d*Hercule.
contre les Lapilhes, les accueillirent avec honneur, épousèrent leur querelle, el quatre-vingts ans après la guerre de Troie les mirent à leur lète pour la' faire triompher.
Orosle, après avoir vengé sur Égisthe e( Clytemnestre le meurtre de son père Agamemnon el ressaisi la couronne de Mycènes (1176?), avait encore réuni les royaumes de Sparte et d'Ai^os et soumis une portion de l'Arcadie. Après un long règne, il avait laissé à son fils Tisaménos une domination qui selendait sur plus de la moitié du Péloponnèse.
Lo Parnasse, yu de la ciilc de l'Ëgialéc (Achaïe) '.
C'est contre ce Tisaménos que les Doricns marchèrent, guidés par l'Êtolicn Osilos, et sous la conduite de trois chefs Héraclides, trois frères, Téménos, Kresphontès et Aristodémos.
Avertis par un oracle, ils renoncèrent à passer par les montagnes de l'isthme de Gorinthe, si faciles à défendre; de ce côté, ils ne firent qu'une démonstration, qui trompa les Pélopides, tandis que le gros de leui-s forces, réuni â Naupacte, où le golfe n'a plus que 8 à 10 stades de largeur, y construisait une flottille de radeaux, sur laquelle luontérent vingt raille guerrière*. Ils lravei"sèrent rapidement l'Ëgialée
' D'iipm Slackelberg, La Grèce. La vue est prise en face du golfe de Crissa et du Parnasse, non loin de l'emplacement présumé de Gonou:i:ia, ville située sur le golfe de Corintlic, entre Sicyoïie et £gira.
* La largeur du détroit entre Rhion et Antirrhioii est, d'après Dodwell et Lcake, d'euviron 1 mille ijî; Thucydide lie lui donnait que 7 stades, SIrabon, I>, et Pline 1 mille romain.
et TArcadie, prirent possession, sans combat, de la Laconie et de TArgolide, d'où s'exila Tisaménos, chassèrent de la Messénie Mélanthos, descendant de Nestor, puis firent, par le sort, le partage de leur conquête. Téménos obtint « la royale Argos », et ses descendants dominèrent à Trézène, n^pidaure, Égihe et Phlionte. Kresphontès obtint par ruse « la belle Messénie » et se fixa à Stényklarôs; Eunsthènès et Proklès, les deux fils d'Aristodémos, mort durant Texpédition, eurent la Laconie. Un quatrième descendant d'Hercule, Alétas, régna plus tard à Gorinthe. Sicyone fut le patrimoine d'un autre Héraclide. Enfin l'iilide reçut, sans opposition, Oxylos et ses Éloliens. qui avaient la môme origine que les anciens habitants du pays. L'Arcadie conserva son indépendance, mais fit un pacte avec les nouveaux maîtres du Péloponnèse.
Quant à Tisaménos, après avoir abandonné aux conquérants ses fortes places de l'Argolide, il se jeta sur l'Égialée, en chassa les Ioniens et s'y établit avec ses Achéens, qui donnèrent leur, nom au pays. Les Ioniens dépouillés se retirèrent dans rAttique,'où les avait déjà précédés Mélanthos, avec les Éoliens expulsés de la Messénie, et une partie des habitants de Phlionte, de Gorinthe et d'Épidaure.
Ainsi la Thessalie, la Grèce centrale et le Péloponnèse changeaient d'habitants ou du moins de maîtres. Deux pays seulement ne furent pas atteints par ce bouleversement, les deux presqu'îles par où se termine la Grèce à l'ouest et à l'est : l'Acarnanie, qui garda si longtemps les mœurs de l'âge héroïque, et l'Attique, qui les perdit si tôt. G'est que l'Attique, si elle ne vit l'invasion la menacer qu'au dernier jour, en reçut dès le principe le contre-coup. Les Minyens, les Tyrrhènes et les Géphyréens de Béolie y cherchèrent un refuge, après l'invasion éolienne; les fugitifs de Trézène y peuplèrent les dèmes de Sphettos et d'Anaphlystos. D'Égine vinrent les Eacides, dont Miltiade et Gimon descendaient; de Messénie, les Néléides, qui formèrent les puissantes familles des Alcméonides, des Pisist rat ides et des Péonides. L'Attique fut comme l'asile des fugitifs du Péloponnèse et de la Grèce centrale. Les Doriens, après quelques années, voulurent les y poursuivre; sur leur route, ils s'emparèrent de Mégare, mais, arrêtés par le dévouement de Godrus, ils rentrèrent dans leur presqu'île (1066?), Au milieu de l'isthme qui la séparait de la Grèce centrale, une colonne fut plus tard élevée qui, sur la face regardant le Péloponnèse, portait ces mots gravés : «c Ici sont les Doriens, » et sur l'autre regardant l'Attique :
« Là est rionie. » Une longue et désastreuse rivalité devait prouver l'clle difTércnce.
Telle est la tradition généralement suivie sur ce qu'on appelle le rclour des Héraclides. Ce récit circonstancié peut se ramener à dos faits plus simples : les compagnons d'Hercule, ou les bandes armées qui se gloriliaient du nom de descendants d'Hercule, et, comme lui, vivaient d'aventures, rallièrent, dans la Drj'opidc, les lïoriens qui s'étaient fait jour jusque-là. Los Étolicns se réunirent à eux, et tous
Coupe d'oi-, trouvée àllycénes'.
ensemble résolurent de quitter leurs vallées sauvages et leurs montagnes désolées, pour aller chercher fortune dans la grande et riche presqu'île, on, à en croire les terribles légendes qui couraient sur les Pélopidcs, cette maison royale avait perdu l'affection des peuples. La conquête no fut ni aussi aisée ni aussi prompte que les traditions le disent. Les Achéens avaient joué, quelques générations auparavant, un trop grand rôle pour qu'ils aient cédé dés les premiers coups, et nous savons que plusieurs peuples ne quittèrent les solides remparts de leurs cilés qu'après une longue résistance. Il n'y eut point de combats pour Sicyone, Épidanre, Cléone, Phlionte et Trézène; mais Amyclées, Argos
■ D'après SclilJemaiin, fig. ùi6. La descriplion que donne Homère de la coupe de Neslor [Uiade, \l, 653-655) convient en plus d'un point au vase de Sycènes, où l'on retrouve, par «temple, les colombes en or qui ornaient les anses de la n coupe magnifique du vieillard ». Voj. W. Helbig, Dat homerùche £po» aut dea Denkmaiern erlûuUrl, p. *J72.
itë niSTOIRE LÉGENDAIRE (2000-H04?).
et Corînthe ne se soumirent qu'après des attaques répétées; Mycènes même et Tirynthe jamais. Ces deux villes gardèrent, avec leur indépendance, leurs souvenirs : chaque année, durant des siècles, elles célébrèrent une fôte funèbre en l'honneur d'Âgamemnon, et, à l'époque de l'invasion des Pei'ses, elles supplièrent les anciens héros du pays de les aider dans la grande guerre de l'indépendance.
Dans la Messénie, les descendants de Nestor restèrent également libres à Pylos; et si Lacédémone, ville ouverte, tomba au pouvoir des conquérants, il semble qu'ils restèrent longtemps à sortir de la vallée supérieure de l'Eurotas : on sait, par exemple, qu'ils ne s'emparèrent que fort tard de la côte orientale, depuis l'Argolide jusqu'au cap Malée. Incapables d'enlever une place entourée de bonnes murailles, les Doriens s'arrêtaient dans quelque forte position du voisinage, comme au Téménion, près d'Argos, au Solygion^ près de Corinthe, et de là tenaient la cité dans de perpétuelles alarmes, attendant que la famine, une surprise, ou une trahison, leur en ouvrissent les portes.
Une des plus graves conséquences de tous ces bouleversements fut la fondation de colonies dans les îles de la mer Egée et sur les côtes de l'Asie Mineure. On verra plus loin l'histoire de ces établissements; dans le Péloponnèse même, la conquête dorienne eut des effets qui se firent sentir pendant toute la durée de la vie historique de la nation. Une partie seulement des vaincus, les familles royales ou aristocratiques, émigrèrent, et presque partout, à l'exception de l'Élide, où la fusion fut complète, les deux peuples restèrent en présence, l'un dominateur, l'autre dominé. Celte superposition d'un peuple conquérant à un peuple conquis donna naissance, là où elle eut lieu, à des gouvernements aristocratiques ; et cette organisation sociale, sortie d'une nécessité politique, entra si avant dans les mœurs de la race dorienne, qu'elle en forma le principal caractère. On la retrouve dans la Thessalie, chez les Béotiens, et même à Athènes; car ce fut à cette époque un fait général, comme les commolions qui l'avaient produit, bien qu'on ne l'étudié d'ordinaire qu'à Sparte, parce que la séparation des deux races et l'asservissement de l'une à l'autre devint, dans la cité de Lycurgue, le principe même de la constitution.
Une aristocratie puissante et un peuple asservi, tel est le point de départ de l'histoire des Grecs, au onzième siècle avant notre ère, et la cause de tous leurs déchirements intérieurs, jusqu'à leur dernier jour. Cette histoire a deux grands représentants, le peuple Spartiate et le peuple athénien : l'un qui monte jusqu'à l'aristocratie la plus étroite,
l'autre qui descend jusqu'à la démocratie la plus large, tous deux qui conçoivent différemment la vie, l'art, la science, el qui parlent des dialectes différents.
Mais, avant d'étudier ces deux imposantes figures de la race grecque, arrêtons-nous encore aux temps héroïques pour en voir les mœurs, la religion et l'oi^anisation sociale.
' D'après Scblieniaaa, Mgcènet, Gg. 535. La scène est gravée sur le chaton d'une bague en or massif.
Scbiedecombal. (IntaiUe de Hycënes'.)