‹ Histoire des Grecs depuis les temps les plus reculés jusqu'à la réduction de la Grèce en province romaineChapitre 18 sur 78 · I. — ORGANISATION SOCIALE · texte numérisé non relu

I. — ORGANISATION SOCIALE

Les Grecs ont de très bonne heure renoncé à la vie nomade, s'ils l'ont jamais pratiquée. La religion domestique qu'ils avaient apporléc de l'Asie a dû les ramener toujours à la vie sédentaire et à la propriété l)rivée, puisqu'il fallait à chaque famille un lieu lui appartenant en propre pour y dresser le tombeau des morts et le foyer des vivants. Mais il est difficile de retracer cette première organisation sociale. Ce qui vient d'ôtre dit des événements, il faut le répéter des mœurs. Si l'on doit rejioncer à dégager des anciennes traditions une histoire certaine et se contenter d'accepter quelques faits pris dans leur généralité, on ne peut arriver à une précision plus grande pour les institutions politiques et sociales. Cependant, à cet égard, la légende renferme aussi une portion de vérité : c'est l'impression que nous laissent du caractère de ces temps les récits qui en proviennent, ot surtout, pour une époque relativement moderne, les deux poèmes de VIliade et de VOdyssée.

Considérée dans son ensemble, la poésie légendaire se rapporte à deux époques. L'une peint la Grèce se débattant dans la vie barbare contre les fléaux physiques et les bètes des forêts, contre les rapines des forts et les violences des puissants. C'est le temps des héros, des travaux d'Hercule et de Thésée. L'autre montre un état plus civilisé, une vie plus stable, des races royales respectées, et les luttes intestines momentanément suspendues pour une grande entreprise. Au lieu de tribus hostiles, on voit un peuple dont la guerre de Troie a pour jamais rattaché l'une à l'autre les diverses fractions. Évidemment, dans la première période se continue la lutte des Hellènes et des Pélasges. ou des tribus nouvelles contre les peuplades primitives; dans la seconde, la victoire des Hellènes est assurée, l'unité de la nation

établie, quoiqu'elle n'ait encore d'autre nom général dans Homère que celui de Panachéens.

L'indépendance du caractère grec se montre déjà dans ce poème- Point de castes. Les nobles sont les plus forts, les plus agiles et les plus braves ou les plus éloquents. C'est parce qu'ils possèdent ces qualités qu'on les croit fils des dieux et qu'on leur accorde respect et obéissance. Mais cette origine, tous peuvent la revendiquer s'ils la prouvent par leur courage. Entre le peuple et les nobles, il n'y a pas d'infranchissable barrière; personne ne vit paresseusement de la gloire de ses aïeux. Gomme il arrivera chez les Scandinaves, tout appartient au brave. Malgré la prétendue descendance des dieux, l'homme se fait à luimême sa place, pour le moment par la force, plus tard par Tintelligence. A quelle dislance sommes-nous déjà de l'immobile Orient? C'est une civilisation nouvelle qui va naître, une seconde vie de l'humanité qui commence. En Orient, où les dieux régnaient, tout devait rester immuable comme la divinité. Ici l'homme commande, tout sera mouvement, passion, désirs sans bornes, efforts audacieux; pour lui, Prométhée a dérobé le feu du ciel, et en lui donnant l'inspiration, en lui enseignant les arts,- il a brisé ses chaînes.

Ces «nourrissons » des dieux \ qui ont reçu de Jupiter le

* * Moissonneur

sceptre et qui le transmettent à leur fils aîné, passent pour coupant ics être les intermédiaires entre leur peuple et le ciel. Qu'ils ^^*^ ' gouvernent bien, et la terre noire produit d'abondantes moissons, les arbres plient sous le poids des fruits, les brebis sont fécondes et la mer est riche en poissons. Que les rois, «mangeurs de présents* )>, rendent des sentences iniques, et Jupiter, dans son courroux, déchaîne l'ouragan; les fleuves débordent, les torrents se précipitent des montagnes et les champs sont dévastés*. Voilà l'idéal poétique; en réalité, ces rois ne sont que les chefs militaires et religieux de leur peuple; les plus puissants ont pour palais, où ils s'enferment, au besoin, avec leure richesses, une de ces enceintes en pierres énormes, que les Pélasges leur ont léguées, ou qu'à leur exemple ils ont construites. En toute affaire, ils consultent les nobles qui les entourent. S'ils

■ Atctpccplc; ou Sto^cyic;.

* Sur une monnaie d*or d'attribution incertaine. On a parfois donné à ce moissonneur le nom de Lityersès, héros phrygien, fils de Hidas, qui moissonnait lui-même ses blés.

* BxoiX^ac ôwpo^dpu; (Hésiode, Les travaux et les jours, I, 58).

* Odsu., XIX, i09-H4; Iliade, XVI, 384-592.

jugent, c'est avec le concours des Anciens et des sages; et, par Anciens, il ne faut pas entendre les plus âgés, mais les plus nobles. Ce sont ceux-ci qui, devant Troie, convoqués par Agamemnon, envoient des députés à Achille pour fléchir sa colère. Les revenus dps rois sont des dons volontaires, les fruils de leure domaines, une part plus grande dans le butin, et, dans les sacrifices, une double portion de la chair des victimes'. Pour se faire reconnaître, ils n'ont d'autre insigne que le sceptre, d'autres gardes que les hérauts, et aux réunions la place la plus honorable. Nulle Irace de cette adoralion, de

Agamemnon l'ecu par Hélène dans nie de Leucé*.

ces formes serviles qu'imposent les rois de l'Orient à ceux qui les approchent.

Si, dans Vliiade, Agamemnon, le roi des rois, paraît avoir une autorité plus grande, c'est qu'une expédition loin des foyers et une lulte dangereuse exigent une plus grande concentration du commandement. D'ailleurs Agamemnon joignait au litre ce qui, dans ce temps, le faisait surtout respecter, la force; il était parmi les plus vaillants, et ses soldats étaient les plus nombreux. Voyez pourtantcommc Achille le brave.

* Ce dernier usage se reproduit dans toute l'histoire de la 61*606 et de Rome, mt^me dans les premiers siècles du christianisme.

• Gravure sur un miroir étrusque du Cabinet de France (Catol., n* 3124). — Hélène (Eli«a!), revêtue d'un riche costume phrygien et assise sur un trône, tend la main à Agamemnon {Achtnemmn) i|u'elle accueille dans son royaume, l'île de Leucé, l'un d«s séjours des bienheureux. Kntre les deux personnages est Ménélas {Menle] sous les traits d'un homme jeune et tenant de sa main droite une phiale, de sa main gauche une lance. Derrière Agamemnon est une Lasa ou divinité secondaire {Lata Thimiae), qui lient un petit rase et uii Bijlel. De l'autre côté d'Hélène est Paris Alexandre {Elduntre), que couronne une divinité ailée {Uecii), accompagnée d'une biche. Suit Ajai {Aefaij. Cf. Gerhard, ffratt'. Spitgel, iU, p. 177.

MŒURS DES TEMPS HËROlQUES. 155

et comme Thersite l'insulte; voyez aussi, dans l'Oi/i/sï^e, en quel état tombaient ces rois de l'âge héroïque, quand ils fléchissaient sous le poids des ans, comme Laërte, et qu'ils n'avaient pas pour retenir le respect des hommes le souvenir de grands exploits ou la parole harmonieuse de Nestor. Bien souvent Ulysse est moins le chef que l'égal de ses compagnons; et le roi des Phéaciens est, comme lui. entouré dans son île de ceux que le poète grec nomme ^xuiHeç, les rois, ou ««««s, les maîtres, et qu'on appelle aussi « les bons, les justes » ; ce sont les mem

bres de certaines familles aimées des dieux, dont elles descendent, cl qui d'eux reçoivent, comme par droit héréditaire, la force, la bravoure et l'éloquence, c'est-à-dire des familles qui ont conquis leur noblesse par leur courage, et qui la conservent par leurs exploits '. Du reste, ils ne prétendent, sur le champ de bataille, qu'aux postes les

' Bas-relier, au Louvre,— Le héros esl représenté an milieu de gtiemers : il a déjà rcvélii sa «cuirasse, mis son casque, elun serviteur est occupé à atlaclier une cnémideàsajamiiedruite. Dans te personnage coifTé du pUot, à gauche, on reconnaît Uljssn.

* Aristote (Po/., IV, 6) regarde comme l'attribut essentiel de la noblesse la possession liêréditaire de la richesse et de la vertu. Hais on sait ce que les anciens appelaient vertu. Pour les tîrecs, dpn^ vient d'Apr.t, comme chez les Romains rirlut, vir, vi», ont le même l'adical.

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plus dangereux, aux combals singuliers avec les plus braves des ennemis; dans la cilé, à quelques prérogalives honorables pluMl qu'uliles. Dans l'intervalle descombats, ils s'exercent auxjeus, image de la guerre. • Quelques-uns jouent de la lyre, à l'exemple d'Amphion et d'Orphée, cl

Amphion et Zéthos*.

chantent les hauts faits des braves, ou écoutent les rhapsodes, qui étaient tenus en grand honneur; car, en conservant la généalogie

' Bas-relicren marbre, du palais Spada, d'après Braun, ZaOlfantike Batrelirft, Taf, DI,— .\mphion est debout, la Ijtc à la main, devant son frère Zélhos, assis auprès d'un auleî d'Arlémis. Artistes el poètes s'èlaicnt plu h peindre le contraste entre les caractères des deux nis jumeaux d'Antiope, les Dioscures béotiens : l'un ami des chants et même le plus ancien dos chanteurs ; l'autre, rude chasseur, qui honorait surtout Artémis et ornait ses autete.

des héros, ils conservaient la gloire des familles. Cependant ces

guerriers ne dédaignent pas plus les travaux manuels que Vulcain,

le fils du maître des dieux. Un d'eux, tué devant Troie,

est célébré par Homère comme très habile en toutes

sortes d'ouvrages, et pour cela particulièrement aimé

de Minerve. Ulysse se sert de la hache aussi bien que

de la lance. C'est lui qui construit sa couche et son

vaisseau. Achille lui-même fait tous les apprêts du

festin; et les charpentiers habiles sont admis à la table „

des rois, à côté des voyants, des médecins et des chan- sant un vais-

Ires inspirés des Muses.

Cependant celte aristocratie vivra des siècles. C'est qu'elle n'a point seulement pour elle la force et le respect traditionnel des peuples, mais

Char des temps héroïques*.

aussi la richesse. La massue d'UercuIe et sa peau de lion ne suffisent plus aux guerriers; il leur faut un char de guerre, des chevaux fou-

■ Piem gravée, d'après Oveiiieck, BUdwerke, Taf. XXXI, n* 8. — Ulysse, abandonné dans file d'Ogirgie, est occupé à construire l'avant d'un Taisseau : il a un marteau en main.

' Char de Zeus, sur le vase François, d'après les Monum. deW Inttil. archeol., IV, tav. LIV-LV, tXH .Qà\â^, Dat komeritcke Epot a»t den Denkm, er'duf,,11g. 18, p. 101. — Sur l'essieu porte In rage (S!?{)0{), qui ne protégeait les guerriers debout sur le char que jusqu'aux genoux. La cage n'est pas pleine et la pièce de bois recourbée qui la termine à la partie supérieure sert de balustrade : on l'appelait iivJi, et c'est là que, le char arrêté, on attachait les rËnes

gueux et une armure, si coûteuse qu'on la croit souvent un don des dieux, si forte que, dans la môlée, elle assure au chef un immense avantage sur la multitude livrée sans défense à ses coups. Plus que

Cuirasse antique en bronze, ii-ouïi>e dans le iil de l'Alpliâc '.

tout cela, ces nobles ont les fonctions religieuses : ils prieni, ils

Le limon (^'J|i4c) part de la partie inférieure de la cage et se termine nu joug : il est égali'ment relié n la partie supérieure de la cage par une tige en bois recourbé qu'on voil à Li liauleur de la main droile de Zeus. Le joug (Çut*;) se posait à l'exlrémilé du limon : on l'y Usait par une cheville et par des courroies (!;u-[ii5E3[i,Dî}. De larges courroies (XtsaSvi) passées au cou dus chevaux les raUachaienl au joug.

' D'aprfs le Bull.de Con: hellén.. Vil (1885). pi. 1-111 (W.-J. Slillman). — De la cuirasse il ne resle que la face postérieure où l'on remarque, sur la ligne de l'épine dorsale et au cou d'un des personnages de e^uclie, des trous qui ont peut-être été raitspardesnèclies. Elle est enliéreinent décorée au trait de dessins de style archaïque. A la partie supérieure, sur les saillies qui protègent les omoplates, sont deui lions et deux taureaux : entre ces saillies sont deux groupes de sphinx et de lions alTrontés. La disposition de ces animaux par tones parallèles et la manière dont ils sont traités rappellent les peintures de vases de style oriental. A la parlif inférieur" sont six ligures humaines : on reconnaît a droite Apollon suivi de deux déesses, LaloneelArtémis(?). Devant le dieu, qui tient une lyre A la main, s'avancent trois personnages, dont le premier, la tète ceinte d'une bandelette, porte la main droite en avant, dans l'altitude de l'adoration.

sacrifient pour tout le peuple, car leurs dieux domestiques sont les dieux de la cité. La religion consacre leur prééminence, et quand les rois de Tâge héroïque disparaîtront, les Eupatrides seront pour longtemps les maîtres de l'État. Mais leur morale est courte; la vertu est alors la vaillance que Mars accorde, et la piété, la crainte que Némésis inspire.

Au-dessous des nobles, composant le conseil du roi et, dans la bataille, la ligne des chars de guerre, est la foule des hommes libres; plus bas, les mercenaires, ô-^re;, et un petit nombre d'esclaves. Les premiers forment, dans toutes les occasions importantes, une assemblée qui se réunit autour du cercle de pierres polies' où les chefs siègent avec le roi, au milieu de l'agora. S'ils ne prennent point encore part à la délibération, du moins ils entendent discuter devant eux tous les graves intérêts, et ils influent par leurs murmures, favorables ou contraires, sur la décision à prendre. Quand un roi a parlé, « l'assemblée émue est comme les grandes vagues de la mer Icarienne, soulevée par l'Eurus et le Notus qui se précipitent des nues, ou comme la vaste moisson dont un vent impétueux agite et courbe les épis ». Aussi Homère veut-il que Calliope soit la compagne assidue des rois, pour adoucir par l'éloquence les emportements populaires'.

Nous trouvons donc, si loin que nous remontions dans l'histoire de la Grèce, l'habitude des assemblées et de la discussion publique. La nécessité de convaincre avant de commander aiguisa l'esprit de ce

* Nous donnons, p. 159, comme spécimen de ces constructions, Tagorade Mycènes, d'après Schliemann, pi. VI. Dans ce cercle entouré d'un banc qui servait à la fois de siège et de clôture, M. Schliemann reconnaît « le cercle de Tagora » (Euripide, Oreste, 919). C'est dans cette enceinte circulaire, située à l'extrémité ouest de l'acropole, qu'ont été découverts les tombeaux si riclies en objets d'or.

'* Dans la description du bouclier d'Achille, Homère montre un jugement rendu par les Anciens, a On voyait, dit-il, le peuple se pressant dans l'agora où s'était élevée une querelle, à la suite d'un meurtre. Deux hommes se disputaient pour le prix du sang. L'un prétendait avoir tout payé et le déclarait au peuple, l'autre niait avoir rien reçu. Us se décident à aller devant des arbitres pour y terminer leur différend. Le peuple acclamait, ceux-ci l'un, ceux-là Fautre, car chacun d'eux avait ses partisans. Des hérauts contenaient le peuple. Les Anciens étaient assis sur des pierres polies, dans l'enceinte consacrée, et leurs bâtons étaient dans les mains des hérauts dont la voix faisait retentir les airs. Ils se levaient ensuite, en prenant ces bâtons et prononçaient à tour de rôle leur sentence. A terre, au milieu d'eux, étaient deux talents d'or, pour donner à celui d'entre eux qui rendrait le jugement le plus droit. » {Iliade^ XVin, 497-508.) Voy., dans V Annuaire de la Sociéié potir V encouragement des études grecques, année d884, p. 90, le commentaire juridique de M. Dareste sur ce passage. —Le bâton ou sceptre que prennaient les Anciens avant de parler était le signe qu'ils remplissaient à ce moment une fonction publique. Cet usage se conservera en se transformant : Athènes aura aussi des orateurs officiels

peuple; toutes ses facultés furent ainsi tenues en haleine et prêtes pour le plus brillant essor.

Il est encore à noter que la condition de ceux qui forment le peuple, (î:g(Ao?, est meilleure au temps de la royauté homérique qu'elle ne le sera sous les gouvernements aristocratiques : voyez, dans VOdyssée, les rapports d'Ulysse avec le pâtre Eumée, un ancien esclave.

Ce peuple, déjà si libre dans sa constitution politique, Tétait plus encore dans son organisation religieuse : point de prêtres, ou, pour mieux dire, point de clergé constitué à part, et point de livre saint, comme la Bible, les Yédas ou le Zend-Avesta, c'est-àdire point de corps de doctrines consacrées : double fait fondamental dans l'histoire du développement intellectuel des Hellènes'. Comme tout chef de famille est le prêtre de sa maison, le roi est le premier pontife de la cité : « Tu veilles sur le foyer de ce pays », disent les filles de Danaûs au roi d'Argos*. C'est lui, en effet, qui immole la victime pour son peuple, sans se croire investi d'un caractère sacré'; quand il sacrifie au nom de la ville, il remplit une fonction publique.

Mais la superstition est un des instincts les plus naturels de l'homme, et jamais encore le culte ne s'est borné à un acte d'adoration et de reconnaissance envers l'Être souverain. Tous les peuples ont voulu arracher à l'avenir les secrets qu'il gardera toujours, et tous ont eu des sorciers, des magiciens ou, comme les Grecs, des devins qui interprétaient les signes célestes, des hallucinés qui voyaient le monde invisible, des convulsionnaires, comme la Pythie de Delphes, qui sentaient le dieu s'agiter en eux et exprimaient ses volontés. Les Grecs croyaient

* Voyez ci-dessous.

« Eschyle, les SupplianteSy 370 et suiv.

' Il faut faire une exception pour- le grand prêtre des Cabires de SamoUirace, qui était en même temps souverain de File, comme peut-être aussi celui d'Apollon à Délos, au moins dans les anciens temps. Mais ceux qui avaient même des sacerdoces héréditaires n'en étaient pas moins, pour tout le reste, citoyens. Une plus grande pureté de mœurs leur était imposée. Beaucoup de sacerdoces étaient remplis par des femmes : la prêtresse de Gérés avait la tête couronnée de pavots et d'épis; celle de Minerve, à Athènes, portait Tégide, la cuirasse et le casque. Le temple de Bacchus au Marais, aussi à Athènes, était desservi par quatone vierges, comme les Vestales de Rome. Beaucoup de ces prêtresses étaient astreintes à faire vœu de chasteté, comme le montrent vingt endroits de Pausanias. Les prêtres de Diane, h Éphèse, étaient des eunuques. Du reste, ces privations, comme quelques autres abstinences, n-avaient aucun rapport avec l'idée chrétienne de la macération de la chair. Sur cette question, voy. Maury, tome 11, chap. xiv. Plus tard, il exista beaucoup de confréries religieuses dont il sera parlé aux chapitres xv et xxvn.

cis prophètes en relation directe avec la divinité et les consultaient m toute confiance. Ainsi le temple de Dodone avait ses colombes sacrées et ses chênes séculaires que le vent faisait parler en passant dans leur feuillage : trois pi'étresscs, les Péléiades, interprétaient ces sons confus. Les oracles d'Apollon à Delphes, reçus par la Pythie, étaient traduits par la bouche de ses prêtres; et Orphée accompagna les Argonautes pour charmer par ses chants leur long voyage, mais aussi pour expliquer les si- rie'^uilîjî'cs", gnes célestes. Les plus fameux devins furent Amphiaraos, auprès des sept chefs dans la première guerre de Thèbes,

Jtmjiliiuraos,' Tydéc cl Adi'astc'

Tirésias et sa fille Manto chez les Thébains, enfin Calchas, qui suivit les Grecs dans la guerre de Troie.

■ lile de ta Pjlhie delphiqiie, sur un létradrachmc de SïracTise. Les clicveux sonl It^rissës el b télé ceinte de bandelettes; autour, des dauphins. (VojeïA. de Longpérier, CEavret, puliliées par G, Scblumberger, t. m, p. 409.)

(imure sur uu miroir étrusque, d'apn'SGerlmt'd, Elruskiuhc Siiiiyel, I. Taf. CLXXVllI, el

tm lllS,TUIltK LÉGENDAIRE (2000-1 lOi?).

Oh croyait aussi que les dieux envoyaient aux hommes, dans les songes ou par les éclats de la foudre, des avis salutaires, des menaces ou des espérances'. Certaines familles passaient même pour avoir par droit héréditaire l'inspiration divine ou le privilège d'être plus agréables aux dieux dans l'accomplissement des mystères'. Elles étaient sans doute les restes survivants d'anciennes races théocratiques que les révolutions avaient dépouillées de leur pouvoir temporel. Uans la croyance des tirées, quelque dieu se trouvait toujours ii l'origine de ces familles respectées. Piiidare. célébrant un vainqueur aux jeux Olympiques, qui comptait parmi ses aïeux un devin iamide, raconte comment vint à cette raw le don de voir l'avenir : « Kvadné, la jeune fille aux cheveux couleur de la violette, vivait aux bords de l'Alphéo. C'est là qu'aimée d'Apollon elle goûta pour la première l'ois les douces amours; là aussi un jour, venue pour puiser de l'eau, elle fut contrainte de déposer sa ceinture de pourpre avec son vase d'argent. Aussitôt le dieu à la blonde chevelure envoya près d'elle lUthyit' qui calme les souffrances, et l'enfant de ses entrailles et de ses chères douleurs, lamos. s»critioaic.r portant ,.„ .-cau=. ^^^^^^ ^ ,^ lumière. Briséc par la souffrance.

elle le laissa à terre ; mais, par l'ordre des dieux, deux serpents aux yeux verts le nourrirent du suc des abeilles... Quand l'aimable jeunesse eut mis sur son front la couronne d'or, il descendit au milieu de l'Alphéc et invoqua son aïeul, le puissant Neptune, ainsi que le dieu ■A l'arc redoutable qui protège Délos, son sanctuaire. Il leur deman-

p, 171. Devant Adiasle {Àlrtie), assis à gauche, sont Tjdée (riile) et Ampliiaraos (Aiiipltiare]. qui lui adressent la parole. Tjdée est debout et tient un bracelet à la main : peut-are raiil-il V vuiv une aUusioii a la trahison d'Eriphyle, sœur d'Adraste et Temnie d'Amphiaraos. Celles:!, pour un collier d'or, découvrit à Polynice la retraite de son épouï : le devin savait, en effel. qu'il périrait devant Thèbcs, et se cacliait.

' Le tonnerre tombant h droite était un signe favorable {llinde, U, .'ïj,>.

* Ainsi chez lesËlêens, les Telliades, les Clyliades et les lamides; à Eleusis, les Eumolpides et les Cérjces ; à Athènes, les Étéobulades ; à Thèbes, les ^ides; à Sparte, à Sicyone, les prêtres d'Apollon Carnien: à Delphes, les descendants de Deucalion.

' Statue archaïque en marbre, découverte sur l'Acropole d'Athènes ; d'après une plwtograpliie. Le vêtement, dont le relief est très faible, était sans doute rehaussé de couleurs, ain^i que lu barbe : les yeux étaient de quelque matière dilTéronte.

MŒCRS DES TEMPS HÊRUlQUKS. 163

«lait de ceindre sa tète de la bandelette vénérée des peuples. Son père lui donna un double trésor de science prophétique; dès lors il entendit la voix qui jamais n'a proféré le mensonge el il put annoncer l'avenir sur l'autel du grand Jupiter'. »

Mais ces devins, même les collèges de prêtres qui exerçaient, à rexclusion des laïques, certains sacerdoces, comme ceux de Jupiter à Dodone et d'Apollon à Delphes, ne formèrent point un corps séparé <lu reste des citoyens, et ne jouèrent-jamais, comme tels, un rôle politique; les Grecs, en un mot, n'eurent pas plus de caste sacerdotale qu'ils n'avaient de caste militaire.

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