‹ Histoire des Grecs depuis les temps les plus reculés jusqu'à la réduction de la Grèce en province romaineChapitre 20 sur 78 · I. — LES DIEDX · texte numérisé non relu

I. — LES DIEDX

Il est deux sortes de religions, celles du Livre révélé et celles de la Nature. Les juifs, les chrétiens, les musulmans, ont celles-là; TOrienl et la Grèce eurent celles-ci. Les premières ont leurs racines en un Dieu solitaire et jaloux, qui ne tolère rien en dehors de son sanctuaire. Les secondes plongent dans le sein de la nature, d'où sort le grand courant de la vie universelle, et leurs temples s'ouvrent à toute idée revêtue de formes divines. Pour les cultes venus du Sinaï, de Jérusalem et de la Mecque, le développement religieux se fait par le prophétisme, commentaire d'un texte sacré; dans la Grèce, les révélateurs sont les poètes. Les rocs décharnés et nus qui ne montrent plus

^ Les anciennes divinités iialiotes différaient beaucoup des dieux de la Grèce par leur caractère et leurs fonctions. Mais quand l'induencede la civilisation hellénique eut gagné l'Italie, les Romains réunirent ces deux peuples de dieux et leur donnèrent des noms qui ont passé dans notre langue. U serait plus exact dans une histoire de la Grèce de n*employer pour les divinités helléniques que leurs noms grecs ; mais un lecteur français préfère les dénominations que la littérature et les arts lui ont rendues familières, et comme la science ne perd rien à ce goût, nous nous y conformerons, tout en nous servant parfois, pour la commodité du discours, de noms empruntés à Tune ou à l'autre langue. Dans les traductions, par exemple, nous conserverons les noms grecs. Voici du reste les deux nomenclatures pour les divinités prin-

cipales :

Gronos

Rhéa

Zeus

Héra

Athèna

Apollon

Artémis

Hélios

Hermès '

Ares

Aphrodite

Ëros

Saturne

Ops ou Cybèle

Jupiter

Junon

Minerve

Apollon

Diane

Le Soleil

Mercure

Mars

Vénus

l'Amour

Cr-

Hephaistos

Vulcain

Hestia

Vesta

Poséidon

Neptune

Hadès

Pluton

Déméter

Cérès

Koré ou Perséphoné

Proserpine

Dionysos

Bacchus

Asclépios

Esculape

Uéraklès

Hercule

Léto

Latone

Éos

l'Aurore

aujourd'hui que le squelette de THellade, étaient alors couverts d'une végétation luxuriante. A l'ombre des bois erraient les fauves; des monts descendaient les ruisseaux et les fleuves avec des murmures qui semblaient des voix : la vie était partout et la nature conservait sa majesté. Les premiers Grecs, ne pouvant encore faire sortir d'elle des lois, en faisaient sortir des dieux, que leur imagination jeune et souriante avait découverts derrière le monde visible. Ils les multipliaient à l'infini, et ils modifiaient leur histoire, en recouvrant de parures incessamment enrichies les conceptions nées du spectacle

Combat d'Ifcrculc contre le fleuve Achétoos*.

toujoui^ changeant de la nature ou des traditions apportées de lointains pays.

La poésie, qu'un de nos vieux écrivains appelait « la grande imagière », reflète toute impression en une image et, à un certain âge de civilisation, toute image devient une personne. Les dieux des Grecs sont des forces de la nature ou les manifestations de l'activité physique et morale; mais ce sont aussi des hommes bons et mauvais, comme nous le sommes; et c'est parce qu'ils représentent l'humanité qu'ils ont vécu si longtemps. Même dans le christianisme, les personnages les plus vivants sont le Fils qui s'est fait homme et la Vierge qui est femme et mère*.

* Peinture sur un vase de la collection de Witte. (Cf. Gazette archéol., I (1875), p. 84). — Le fleuve Achéloos est figuré sous la forme d*un taureau à face humaine. (Sur les formes des fleuves, voy. A. de Longpérier, Œuvres, éd. Schlumberger, IIÏ, p. 118.) Hercule, armé de sa massue, a déjà arraché une corne à son ennemi. La légende racontait qu*Hercule la lui rendit en échange d'une de celles de la chèvre Amalthée, qui devint la corne d^abondance. Derrière Bercule est le roi de Galydon, Œnée, dont les deux combattants se disputaient la fille, Déjanire.

* Havet, Le ChrUtianisme et tes origines, t. I, p. 51; Aristote, Polit., I, 1, ad /in., dit : i L*homme a fait les dieux à son image, il leur a aussi donné ses mœurs. »

Hérodote regarde les poèmes d'Homère et d'Hésiode comme la source de toutes les croyances religieuses de la Grèce. L'aimable et crédule conteur nous rapporte qu'il fit aux prêtresses de Dodone ces impertinentes questions : « D'où chaque dieu est-il venu? Ont-ils Ions et toujoure existé? Quelle est leur forme? » Et il ajoute : « De tout cela, on n'a rien su à \Taiment parler jusqu'à une époque très récente; car je crois qu'Homère et Hésiode ne sont guère que de iii>i-odoie'. quatre cents années plus anciens que moi'. Or ce sont eux qui ont fait la théogonie des Grecs, qui ont donné aux dieux leurs noms, leurs honneurs et leur forme. >■ Nous en savons un peu plus que l'écrivain d'Halicarnasse; mais il est vrai que, de la religion grecque, nous ne connaissons bien que sa forme dernièr-e, celle qu'elle prit quand le temps et la réflexion eurent mis l'ordre dans le chaos des anciennes créations; quand les conceptions spontanées des premiers âges eurent été recouvertes et «111placées par' les combinaisons poétiques et l'arrangement artificiel des temps postérieurs; quand YIHade enfin fut devenue la Bible hellénique. S'il est Dispuie diicreuie Cl dApoiion». difficile de décomposer par l'a-

nalyse celte synthèse des siècles et de retrouver les éléments primitifs, d'en déterminer le caractère

■ n, 53. H^rodole élait né vers 184. Les critiques d'Alexandrie ont mî!:, au conlraire, un iiilervalle d'un siècle au moins entre les deux poètes, et rapprochaient Hésiode de l'ère deF Olympiades, quoique sa Théogonie se rapporte » des croyances plus vieilles que celles d'Homère. Leur génie est aussi bien dilTérent ; Quintilien n'est que juste lorsqu'il dit du poète d'Ascra : a H s'élève rarement, mais il a d'utiles sentences, et de la douceur dans le style. On lui donne la palme pour le genre tempéré. » Mais toutes les œuvres qui portent son nom sont-elles de lui! C'est difïicile à croire.

• Revers d'une monnaie de l'empereur Hadrien, frnppée à Halicarnasse; en légende, HPQiOTOC AAIKAPNACCEQN. (Brome.)

> Bas-relief sur une plaque de bronze de Dodone, d'après Carapanos, Dodone, pi. \VI, 1 . — La dispute d'Hercule et d'Apollon pour la possession du trépied de Delphes est l'un des sujets le plus souvent traités par les artistes de l'antiquité.

ItELIGION DE L'AGE llËROlQlJb;. 18â

et l'origine, il ne l'est pas de s'apercevoir que les Olympiens sont des dieux de seconde formation, qu'Homère a perdu le sens du naturalisme antique et que ses personnages divins vivent an travers de fictions ingénieuses ou brillantes, parfois même irrévérencieuses, qui auraient blessé la foi courte et robusie des hommes de l'ancien temps.

La reine des cieux, Junon, « aux brodequins d'or », est parfois bien maussade, et la punition que Jupiter lui inflige, en la suspendant au milieu de l'élher par une chaîne d'or avec deux enclumes aux pieds ', est d'un sultan punissant une des femmes du harem. Elle aussi est bien dure pour Diane, qu'elle frappe au visage « et qui, fondant en larmes, s'enfuit comme la colombe à la vue de l'épenier' ». Pour récompenser Autolycos des nombreux sacrifices qu'il lui offre, Mercure lui enseigne l'arl de tromper'. Vulcain a de fâcheux accidents; Venus, de trop aimables complaisances; Mai-s, des fureurs brutales, et tous les dieux du poète subissent d'étranges misères. Vulcain est le personnage comique de l'Olympe, où il joue d'autant mieux son rùle qu'il le remplit très sérieusement, sans se iiéra [Junon); douter qu'Homère l'introduit là pour égayer les " '"* "'''^ """"^ ' dieux: soit qu'il les rende témoins de ses infortunes conjugales, en leur montrant Mars et Vénus pris dans ses filets; soit qu'il excite « un rire immense », lorsque, échanson improvisé, il leur verse, en claudicant, le nectar, ou qu'il leur raconte sa malencontreuse intervention dans une querelle de ménage entre Junon et Jupiter qui, le prenant par les pieds, le lança du « seuil sacré » à travers l'espace où il tourbillonna tout un jour avant de tomber à demi mort chez les Sinties de Lemnos, qui le guérirent. Aristophane se souviendra dos

• //«wfc, XV, 18.

< Iliade, XXI, 489 et suiv.

> Oâyuée, XIX, 595-597.

* statue en marbre découverte dans l'tle de Samos, auprès du temple d'Héra, aujourd'hui au masée du Louvre. (Cf. dans le Bull, de Corr. hellén., IV (I8S0), l'article de P. Girard, p. 48^ 493). La déesse est nommée dans l'inscription tracée Terlicalement sur la partie du manteau qui se rattache a la ceinture : « Xn(<niia\i ji'(Ev>6nxn -d^p^i SyaXiux, Chéramuès m'a consacrée (moi) statue à Héra. * Les caractères de rinscriplion accusent la fin du siiième ou les premières années du cinquième siècle. Héra est vêtue d'une tunique d'étofTe très légère, d'une Ktrlede châlu croisé sur la poitrine, enlin d'un lourd manteau qui s'attache par devant à la

libertés que les vieux poêles avaient prises avec les dieux et dont les dévots s^étaient scandalisés. Aux Enfers, Pythagore, racontait-on, avait vu Tombrfi d'Hésiode enchaînée à une colonne d'airain et celle d'Homère pendue à un arbre au milieu de serpents, en expiation de leurs outrages envers les dieux; sur la terre, Heraclite et Platon humilièrent le chantre d'Achille : l'un l'excluait des concours et aurait voulu qu'on le souffletât à cause de son impiété; l'autre répand des parfums sur sa tête et le couronne de bandelettes, mais le chasse de sa république*. Xénophane, plus dur encore, a contre lui une haine de théologien V Homère ne représente donc pas le temps de la foi naïve; avec lui commence, sinon la révolte de l'esprit, du moins l'insoucieuse irrévérence qui mènera plus tard à la négation. Déjà ses héros ne craignent pas de combattre les immortels; Ajax s'écrie : « Avec les dieux, le lâche même peut vaincre; moi, je me passerai d'eux; » et il repousse l'assistance de Minerve. Un personnage d'Eschyle répond aux Argiennes qui le menacent de la colère de leurs protecteurs divins : « Je ne crains pas les dieux de ce pays et je ne leur dois rien*. »

Bien que, dans VIliade et dans YOdyssée, les puissances célestes se mêlent incessamment à la vie des héros, les deux poèmes sont, pardessus tout, la glorification de la force, du courage ou de la souplesse d'esprit des humains. S'ils montrent les dieux ayant sur la terre des amitiés et des haines, protégeant les uns, poursuivant les autres, c'est pour des actes qui, parmi les hommes, feraient naître la faveur ou la colère : aucun d'eux ne joue le rôle de Satan ou d'Ahriman. Eschyle a tracé un portrait hideux des Érinnyes, « ces chiennes enragées de l'Enfer dont les yeux distillent du sang, horribles à voir, même pour les bêtes sauvages*». Mais, entre elles, qui ne poursuivent que des coupables, et Satan, qui travaille à perdre l'humanité, la différence est grande. Il est, lui, le génie du mal, et elles sont la justice divine *•

ceinture et couvre toute la partie postérieure du corps. De la main droite, elle tient son manteau ; dans la gauche elle portait sans doute une grenade. Je donnerai plusieurs statues archaïques, malgré leur laideur, pour que le lecteur puisse mesurer la distance parcourue par rart grec pour arriver à la parfaite beauté.

* Diog. Laêrte, VIII, I, 21, dans la Vie de Pythagoreyei Platon, au III* livre de sa République.

* Il attribue aux dieux, dit-il, tout ce qui, chez les hommes, déshonore : le vol, radultère, le mensonge. (Sextus Empirions, Adv, Mathem,, IX, 19.)

' Les Suppliantesy 858.

* Les Choéphores, 276.

> Voyez plus loin, à notre chapitre xx, la magnifique explication qu'elles donnent de leur pouvoir et de leur rôle.

RELIGION DE L'AGE HËROrQUE. 18â

Le ciel de la Grèce n'est donc pas assombri par les monstrueuses apparitions qui ont rempli d'autres cieus' el jeté sur la terre tant de pieuses terreurs ; la dernière parole des mourants exprime le regret de « quitter la douce lumière du jour ». Homère est heureux au milieu des combats, le Grec au milieu de la vie.

Cette joie de vivre que le Grec moderne a gardée n'avait pas été le partage de ses premiers aïeux. Au temps de ceux-ci, la lutte pour l'exis-

Agamemnon, Épéios el Talthybios *.

lence était trop rude, et leur religion ne pouvait être riante, comme elle le devint plus tard sur les beaux rivages de l'Ionie. Celle des plus anciens habitants du pays ne fut qu'un naturalisme grossier; quand les dieux, se détachant des éléments au milieu desquels ils étaient confondus, devinrent des èircs vivants et passionnés, la trace de leur premier caraclcrc demeura reconnaissable jusqu'au milieu du riche développement de la mythologie hellénique. Parmi les rites et les légendes des héros et des dieux, on retrouve le culte plus ancien des forêts, l'adoralion des montagnes, des pierres, des vents et des fleuves. Agamemnon, dans l'Iliade, invoque encore ceux-ci comme de grandes divinités, et

' PolygDole est le premier qui, dans une de ses peintures, ait représenté un mauvais démon. (Girard, op. laud., p. 356.) * Baa-relief en murbre, découvert dans l'Ile de Samothrace; au musée du Louvre. — Aga-

186 HISTOIRE LËGËNbAIRE (2000-1104?).

Achille coosacrailau Simoïs sa chevelure. Durant toute la vie de l'Hellénisme, le chêne resta consacré à Jupiter, le laurier à Apollon, l'olivier à Minerve, le myrte à Vénus, etc. Les serpents, après avoir joué un rôle menaçant dans les anciens jours, quand Apollon, Hercule. Cadmus, Jason, luttaient contre eui.

devinrent des démons bîentaisanls à Delphes, à Épidaure, Athènes {Érichlhonios). Enfin certaines pierre:»

étaient des images divines. Ainsi, Hercule était représenté à Hyettos en Boétie par une pierre brute ; Jupiter à Tégée par une pierre triangulaire':

et il y en avait bien d'autres. Voilà d'où l'art grec est parti pour monter au Parthénon, et voilà aussi le fétichisme qui est devenu la morale df Socrate et le spiritualisme de. Platon.

Du temps de Tacite*, à Paphos, on adorait Vénus sous la forme d'une pierre*; mais cette Vénus n'était pas celle de la Grèce, et celte pierre était un symbole fort répandu dans l'Asie occidentale. Ce naturalisme dura même Figurine ai-ciiaîr|iic *. plus quc le paganisme : on découvri-

rait encore dans la Grèce moderne des gens qui croienl à un esprit des eaux', comme au temps Où le de], sur lalerre.

Marchait et respirait dans un peuple du dieux.

memnon (ATAHEMNQN) est assis à gauche sur son siège royal : debout derrière lui se Ikulient le héraut Talihybios (TAABVBIOS), le caducée à la raaiii, et Ëpéios (EFE(i(k]). Le basrelief dale de la seconde moitié du sixième siècle. ' Pausanias, IX, 24; Vill, H.

* uui., n, 5.

* Voy-, Hùt. det Romain», t. HI, p. 72, une moniiaie de Chypre, et p. 336, une peinture de Pompéi, représentant le temple de Vénus à l>aphos, avec le simulacre de la déesse ; ibid., t. VI. p. 585, deux pierres coniques représentant l'Hercule phénicien.

* Terre cuite de Tanagra, au Louvre. Elle appartient à la série des « figurines en galette ». dont le corjis se compose d'une maquette plaie, ou cylindrique et évasée vers le bas. Pincée à la hauteur des épaules, la maquette Torme de chaque calé un appendice qui ressemble à un croissant et devient le bras. La télé, fBt:onnée de la même manière, sans bouclie ni menton, » les apparences d'un bec d'oiseau. Vov, J, Hartiii, Catalogue de* figuriitei en lerre cuile du nméc de la Société archéologlqtie tPAlhinet, p. xïii,

Fauriel, ChanU populaire» de la Grèce moderne, II, 79.

Mais les Pétasges n'avaient pas égaré et perdu le long du chemin toutes les idées qu'ils avaient conçues au fond de l'Asie avec les Ai^as leurs frères. Maintenant que nous connaissons les Védas, nous pouvons suivre la destinée voyageuse de certaines divinités, comme à l'aide du sanscrit nous avons retrouvé la filiation des langues'. Par cette influence des souvenirs, le culte de la Nature se mélangea de la conception de forces physiques, qu'une abstraction facile tirait de la matière, et d'idées cosmiques que sucerait la vue de l'ensemble des choses.

Ainsi les Pélasges paraissent avoir, comme les Arcadicns des temps postérieurs, honoré l'Être suprême, sans temple et sans image. « Us ne connurent longtemps, dit Hérodote, le nom d'aucun dieu'. » La cime neigeuse des monts servait d'autel à celui qui, étant la pure lumière du ciel, deviendra Zeus, « le Brillant* ». Quand ils voulurent le rapprocher d'eux, ils l'appelèrent le Père des choses vivantes, Zevs Pater, d'oîi le nom romain de Jupiter. Son culte était dominant en trois des lieux que l'histoire nous montre comme les plus anciennement habités de la Grèce : à Dodone en Épire, où le chêne à glands doux et te hêtre aux fruits nourriciers lui étaient consacrés; sur le Lycée, la plus haute cime de l'Arcadie, et sur le mont Dicté, dans la Crète. Les Cretois ne faisaient même pas difficulté de raconter sa nais- '"''f^droyaiiM""'" sance et de montrer son tombeau.

Cette adoration silencieuse du «Dieu pur », du « Dieu père », auteur de toute vie, révèle une conception monothéiste qui ne dura pas, mais

' C'est ce que H. A. Haury a fait dans son BUloire de» religion» de la Grèœ antique, l Tol. in-8, 1857-1859. La donnée première de ce savant livre est la ressemblance des plus inctennes divinités de la Grèce avec celles des Védas. Celte découverte fut le triomphe delà philologie comparée; aitjuurd'hui les FolUoirUtet veulent entrer au moins en partage avec les philologues dans le grand travail de VkitUàre de» religio}it. Dans l'Introduction qui précède sa Mythologie grecque, H. Decharme a fait l'histoire des divers systèmes d'interprétation soutenus par les mylhographes, Voy. aussi M. I. Girard, Le Sentiment religieux tn Grèce, d'Homère à Etchyle, et E. Havet, Le Chrittianiime et te» origine», 1. 1, chap. i, d'Homère au «• tiède.

* Zêta est le même mot que Sejc, dent, dieu, dont le radical sanscrit div signifie briller. Ziîi; nsr^p, Diet'piter est eiactement le mot sanscrit Dyâtuhpitar, Jupiter. H. Maury l'identiOe 9TM l'Indre du Rig-Yida. Juno est la forme féminine de Zeus en passant par Dioné, qui, à Dodone, était son épouse. On l'appelait "Rpa, la maltresse. HËme dans les âges postérieurs, Zeus resta surtout le dieu des lieui hauts; ses autels couronnaient la cime des monls dans I) ïcgaride, i'Attiqite et l'Arcadie, comme son trône était sur l'Olympe.

• Le Jupiter crélois, debout, tenant le foudre de la main droite élevée, le bras gauche enve-

que la philosophie retrouvera. Au culte du Ciel fut associé celui de la Terre. « Le Ciel pur, dit Eschyle, aime à pénétrer la Terre, et la Terre aspire à cet hymen. La pluie qui tombe du ciel la féconde; alors elle produit pour les mortels les pâturages des troupeaux et les moissons. La même pensée se trouvait dans Tinvocation adressée à Zeus par les Péléiades de Dodone : « La Terre produit des fruits, honore-la du nom de Mère. » On l'appela Terre-Mère, yvî (ou yà) fiïîryjp, en dorien Ao-fxatTjp, d'où le nom de Démêler j une des épouses de Zeu$, que les Grecs Siciliens et Italiotes nommèrent Cérès. A Mantinée, on entretenait sur son autel un feu perpétuel, comme celui de Vesta à

Rome. Les hymnes chantés dans ses temples la faisaient venir de la Crète: elle arrivait de bien plus loin, car elle est la déesse voyageuse qui fait naître les moissons sous ses pas*. A Eleusis, on attribuait aux Thraces la fondation de ses mystères. Zeus, Apollon, Dionysos, Athéna et Poséidon, peut-être Artémis, sont de même entrés dans la Grèce de deux côtés, par le

nord et le sud, par la terre et la mer. Les dieux ont

naturellement suivi le double chemin des nations. La

nuée lumineuse que le Dieu jaloux d'Israël envoya pour

guider son peuple n'éclaira rien derrière elle; les hôtes

divins que les Grecs emmenèrent avec eux, sur les flots de

(lesoieii)». Ja mer Egée et sur les côtes de la Thrace, jalonnèrent

le chemin avec les autels qu'ils s'y firent élever et les

souvenirs qu'ils. y laissèrent. L'histoire des dieux devient ici comme

une contre-épreuve de celle des hommes.

Au dieu du Ciel, Hélios, « qui donne aux immortels et aux

loppé dans son pépias; autour de lui, les sept étoiles de la Grande Ourse; en légende : TAN KFHTArENHC. (Revers d'une monnaiede bronze de Tempereur Domitien, frappée en Crète.) Le mot TAN est la forme Cretoise du nom phénicien ZAN, pour ZFXZ, Voy. Nouvelle galerie myihologiqtie, p. 19-20.

* Il y avait, par exemple, de grands rapports entre le culte de Cérès et celui de rÉgyptienne Isis, la femme aussi du Jupiter égyptien. Osiris, et comme Déméter, la terre féconde. Hérodote (II, 4) raconte, d'après les prêlres d'Héliopolis, que les Grecs avaient emprunté aux Égyptiens les noms de leurs dieux, et Apulée le répète : « L'Egypte est le temple du monde » (Asclépias, 24). La science moderne a changé tout cela.

' Monnaie d'Eleusis. — Déméter assise à gauche, sur un char traîné par deux dragons ailés. 1^. EAErSA. Porc debout à droite. (Bronze.)

' Le Soleil éclairant le monde. Il est représenté sous les traits d'un homme jeune, la tète environnée de rayons, accroupi, et tenant de chaque main la bride de ses deux chevaux, qui s'élancent au galop; au-dessous, un thon, emblème de la ville de Cyzique. (Face d'un statère en électnim, de Cyzique ; le revers est un carré creux.)

RELIGION DE L'AGE IIËROlQlE. 189

hommes la lumière'», sont opposés les dieux de la terre: Saturne ou Cronos, « le grand semeur », dont le culle disparut de bonne heure, sauf en Élide, au profit de Démêler, dont l'importance et les honneurs s'accrurent, et Pluton ou Hadès, qui, n'étant dans l'origine

Sacrifice auprès d'un autel*.

que le roi des espaces souterrains', devint aisément le dieu des morts qu'on dépose dans la terre, puis celui des richesses qu'on trouve dans son sein. On comprend, d'après celte conception première de Pluton, comment on fut amené à donner au dieu de la terre pour épouse la fille de la déesse des moissons, Proserpine (Perséphoné), qui était elle-même une personnification de la puissance végétative.

L'anthropomorphisme se dégagea lentement de l'ancien naturalisme; les mariages et la génération des dieux vinrent plus tard encore. Ainsi Junon (Héra) fut longtemps, non pas l'épouse du maître des dieux, mais la vierge céleste, nxp6ïW, qui régnait à Arços'. L'Arlémis d'Éphèse, aux cinquante mamelles, symbole

Aulct de [lierres amoncelées*.

' Hymet homériqtut, XXXI. Il n'est question ni dans Homère ni dans Hésiode du char du Soleil, de ses chevaux, qui se nourrissaient de l'herbe poussant dans les Iles Fortunées, ni du • nivire d'or qui, chaque nuit, le ramenait par-dessous la terre, de l'occident .i l'orient.

' Peinture sur un vase de la collection Campana, au Louvre. — La flamnie brille sur l'autel que protège une sorte de toit, et l'on amène, aux sons de la double tlùte, la victime qui doit être sacririëe.

* L'Adilé des Védas, dont le nom indien se retrouve dans le Japiler infeinalit des Latins IDU, DUii).

* Peinture de vase, d'après A. de La Borde, Collection det tatet grect de M. le comte de Lamberg, I, pi. XXIII. — Une inscription peinte au-dessus de l'idole nous apprend te nom de la divinité ainsi représentée : Chrysé.

■ Béra n'a une grande existence que dans Homère. Hésiode l'invoque seulement comme la

m HISTOIRE LËGENDAIRE (2000-1104?).

de la fécondité, ne pénétra jamais dans la Grèce européenne, pas plus que i'Artémis farouche de la Tauride. Mais l'Areadie donnail ce nom à une vieille déilé pélasgique qui humanisait, par ta musique et les chants, les rudes pâtres de ses montagnes, sans qu'elle fût cependant la Diane Chasseresse, sœur d'Apollon et aussi belle que lui.

Aux croyances des temps primitifs se rattache

le culte du feu, Yesta (Hestia), celui qui brûlail

au foyer domestique, sur l'autel des dieux et

au foyer public desËtats*, ou celui qui sortait

mystérieusement de la profondeur des terres volcaniques, Vulcain

l-es forges d'Héphaislos".

{Iléphaistos). Ce dieu, l'Agni (ignis) des Védas, était le grand artisan

(li'esse poliadc d'Argos; Pindare, Eschyle, Sophocle, Euripide, Aristophane, la connaissaient fi pein«!. Au temps de Strabon, ses temples tombaient en ruines. Héra n'a retrouvé son rAIe, • comme épouse du maître des dieux, et de grands honneurs qu'à Rome où, sous le nom de Junoii, elle devint le type idéal de h matrone sévère et vénérable.

' AprAs la victoire de Platée, pour offrir le sacrifice, on alla prendre, à Delphes, le feu qui brûlait toujours au foyer du sanctuaire national. C'était au palais des Prytanes, â Alhénfs, qu'était le foyer public, au centre d'une salle circulaire. A Rome, le temple de Testa eut an^si cette forme, peul-élre pour rappeler le feu brûlant au centre du monde, dont les volcins attestaient l'existence.

■ Tfle de Yulcain, coiiïé du pilot conique, sur une grande monnaie de bronze de l'ile de

^ Bas-relter en marbre, au Louvre (cf. Ctarac, Mutée de Sculpture, II, 1" partie, p. ô56)- — Hépliaistos, assis A droite, est occupé ft î^uster l'anse d'un lourd bouclierque lui présente un

RELIGION DE L'AGE llÉROlQL'E. 191

de l'univers, idée aryane, qui ne se développa point dans la Grèce, mais qu'on retrouve dans les mystères pélasgiques de Samothrace. Son culte était localisé à Lemnos, où de tout temps on forgea des armes.

Pan, Hermès', dieux des pâtres de l'Arcadie qui représentaient ces divinités par une image ou des attitudes obscènes, n'étaient que des personnifications particulières et locales du principe de la génération.

Hiircl poi-lc pélasgiques à Sauutlu-acc*.

Le procédé le plus habituel de la légende ultérieure fut, eu effet, de prendre une des idées contenues dans la conception générale d'un dieu, pour la transformer en une divinité nouvelle qui commençait une vie particulière où l'élément primitif se confondait au point de se perdre dans le mélange avec des éléments nouveaux. L'esprit des

(le se» aides : celui-ci, par un caprice de l'artislc, csl Iraité en faune. [><<iTièr8 le dieu, la cuirasse et l'épêe lemiinées sonl placées sur une base. Des deux autres ouvrîei's, l'un, à droite, acbère une cnémide; l'autre, k gauche, auprès de la porte, martèle un casque. Un jeune saijTe est caché derrière la porte et clierche à enlever le piloi du vieux forgeron.

' Hermès était aussi itn dieu thrace : a Les Tliraces n'adorent qu'Ares, Dionysos et Arténus ; luais les rois honorent principalement Hermès, dont ils se croient descendus, et ne jurent que par lui. s (Hérodote, V, 7.) Si l'Artémis de la Tauride eut un temple à Drauron dans l'Atlitpie (Hérod., VI, 158), ce Tut moins une importation de la déesse scythique qu'un souveuir de la légende d'Iphigénie et d'Oreste. (Pausanias, I, 33, 1 ; 111, 16, 7.)

' D'après A. Conie, ReÏK anf den Inicln dct ThrahUcken Meeret, Taf. XIV et p. S7i

102 HISTOIRE LËGENDAinE (2000-t 104?).

Grecs fut un miroir à mille facettes dont chacune réfléchit un des aspects inflnis de la nature.

Voilà ce qu'on peut donner comme l'apport des Pélasges dans la religion hellénique, et les dieux qui leur durent le droit de cité dans l'Olympe.

Les Phéniciens de Sidon répandirent le culte de leur divinité protectrice, Astarté ou Aphrodite ; son image ornait la proue de leui-s navires', pour les protéger contre les flots, ce que les Grecs exprimèrent poétiquement en disant que Vénus était née de la hlanche écume des ondes amères. D'Asca- Ion, elle passa dans Chypre et de là à Cythère « l'Ile empourprée' », où les Phéniciens lui bâtirent un temple. Mais son culte se répandit lentement : à l'époque homérique, il était encore très restreint. Plus tard, la déesse syrienne, devenue la déesse de l'amour, fui la plus charmante création de l'esprit religieux des Hellènes; elle eut partout des autels, des images, qui réalisèrent le type accompli de la beauté féminine, et de trop nombreux adorateurs.

A leur tour, les Tyriens, qui succéde- Asiarié phénicienne^ reut à la domination maritime des Sido-

niens, propagèrent le culte de leur dieu national Meikarl, qui se transforma en Hercule.

' Images bien grossières, car le sentiment de l'art manqua toujours aux nténiciens. Dans Homère, il y a des bois sacrés, mais il n'y a pas de statues des dieun et point de fêles périodiques. Il n'est question que de la fêle nationale d'Apollon à Ithaque et du sacriQce annuel oITert par les Athéniens à Ërechthée. Il ne faudrait pas conclure de ce silence qu'il n'y eut pas alors un culte, des enceintes consacrées, des temples, el des images diTtnes. Hais ces images ne furent longtemps que des pierres brutes ou simplement équarries, des troncs d'arbres ou des pièces de bois à peine taillées. Sur ce point les témoignages abondent; quelques-unes de ces grossières images subsistèrent jusque sous l'empire romain, objets d'une adoration persévérante. Voy. p. 95, n. I, et p. 109, n. 2.

* le Murex brandari», dont on tirait la n pourpre de5.ile9i>, y pullulait cntellequantilé, qu'à uue certaine époque l'île prit le nom de Porphtjrocua. (Maspero, Hàl. Ane. de l'Orient.)

' Terre cuite du Louvre. Cf. G. Perrot et C. Chipiez, Hiiloire de l'aH data VaaOïpùU, m, p. 200 et flg, 142. La dOesiO presse une colombe sur sa poitrine.

RELIGION DE L'AGE IlÉROlQl'E. 193

Poséidon ou Neptune', le dieu de la mer qui veut des sacrifices humains et des immolations de chevaux, doit être une des plus vieilles divinités du pays, apportée sans doute par les Grecs d'Asie et des îles avec Bhéa, la Cybèle phrygienne, et Minerve (Athéna). L'une ne joua jamais en Grèce qu'un rôle effacé, l'autre eut pour emblème l'olivier, qui est indigène sur les côtes asiatiques. Delphes, Olympie et Athènes semblent avoir pri- ^ . ^ „, ,

' ' J r r Naissance de Venus*.

mitivement honoré Poséidon d'un culte particulier, et les Ioniens le regardaient comme leur dieu national ; en

Hercule et le iroupcau (le Géryon'.

Asie, ils tenaient leurs assemblées générales dans son temple. Par

■ L'ancienne forme de son nom en dinicclc dorien, élait lloTEiSéii.

» La d«esse, complèlement nue, la tète et le corps i-erivers^s eu arrière, les cheveux en désitrdre et ruisselants d'eau, tenant un ample pi'p'os dont elle semble vouloir s'envelopper, es! retirée de l'onde par Éros, qui se tient debout sur un rocher. On lit en lettres rélroRrades A*POilT. (l'Iaque d'argent doré, de grandeur originale, trouvée à Galaxidi. en Locride. Musée du Louvre. — Voy. J. de Witte, dans la Go*, arehtol., 1879, p. 171 et pi. XIX. n* 2.)

» Bas-r?lier cypriote d'Alhiénau, d'après Oeccaldi, Monumenti antique* de Chypre, pi. V (cF. G. Perrot et C. Chipieï, Hùtoire ds l'Art dam l'anliquilé, IH, p. 573 et (ig. 587). Le dieu, * gauche, occupe presque toute la hauteur du bas-relief, qui est divisé eu deui registres. Ilans le registre supérieur, le chien Orihros, pourvu de trois télés et armé d'une pique, menace Hercule ; dans k registre iuTérieur, le troupeau de Gérjon s'enfuit, jKiussc par le berger Eurytion; celui-ci

19i HISTOIRE LÉGENDAIRE (SOOO-1 104?).

contre, il fut peu en honneur auprès des Doriens, excepté à Coriiilhc. Les légendes poslcrieures firent natureliement de Poséidon l'époux de Déméter : l'élément humide fécondant la terre.

Athéna ne fut pas, aux premiers jours, le symbole des qualités morales que Mincne représenta plus tard, mais une personnificatioQ des eaux, ce qui la mettait en rapport naturel avec Neptune, non toutefois pour l'hymen, car, stérile comme l'onde amère, elle resta vierge inféconde. Plus tard, elle fut la divinité guerrière qu'Homère nous montre couvrant les héros de son égide, au milieu de la bataille. Mais il était inévitable que la déesse des eaux incorruptibles et de l'air impalpable devint aussi celle de la chasteté et de la pureté morale, quand le polythéisme grec, échappant au naturalisme par le progrès des idées, se spiritualisa en substituant, à la personnification des forces - fatales de la matière, celle des qualités morales qu'on mit dans les dieux à me-

?ii']iluiii; [l'uscidon] '. ■ ■ ■ ■ ■. , iti.

sure qu on les découvrait dans 1 nomme.

Alors Pallas-Athéna, sortie du, cerveau de Jupiter, comme sa pensée divine, devint la déesse industrieuse et la foi'ce in- Iclligente à laquelle rien ne saurait résister'.

Dionysos (Uacchus), le dieu de la vigne, qui apparaît d'aboi"d dans l'He de Naxos, et que les Thraces adorèrent de tout temps; Artémis (Diane), au culte homicide et aux mœurs farouches comme celles des Amazones, qui eut à Epht'yo un sanctuaire fameux,

et dans la Tauride des autels redoutés, enfui Arcs (Mars), le dieu du

lient sur son bras (jaurlje un arbre lout entier cl de la main droile levée fail un geste d'effroi.

* Slaluelle du bi-onze du C;iliiiiel de Franie, Catalogne n° 3027.

* Le nom grec do Minerve varie beaucoup dans lej auteurs ; je prends la forme Âttiéna qui distingue la ville de sa déesse poliade.

' Télé il'Atliéna, adroite, avec un casque ii cimier orné de feuilles d'olivier. (Télradrachme areliaique d'Athènes.) Le revers [lorie la légende AyiC, avec l.i clioiielle. symbole d'AUièii», debout sur une anipliure.

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carnage, et peut-être la principale divinité de la Thrace, sont évidemment d'origine étrangère'.

Mais la plus importante de ces nouveautés religieuses fut la tardive introduction en Grèce du culte d'Apollon*, le dieu éternellement jeune et beau, personnification de la lumière radieuse qu'il a créée, Xux))yev»îç. 11 est en rapport avec Neptune, car tous deux travaillent à relever les murs de Ti-oie; tous deux aussi sont les grandes divinités des villes établies sur les côtes de l'Asie Mineure, et c'est un insulaire, le Cretois Minos, qui porte partout avec lui le nouveau dieu. En Grèce, le culte d'Apollon nelail pas encore populaire au temps de la guerre de Troie, quoique dans VIliade, Agamemnon aille consulter l'oracle delphiquc; mais on lui donne déjà un double berceau ; la vallée de Tempe où il commença humblement, puisque Apollon, selon la légende thessalienne, servit d'abord comme berçer chez Admètc, et l'Ile d'Ortygie, « la pierreuse Délos, » au centre des Cycladcs, qui l'entouraient comme d'une brillante couronne*. I^es poêles contaient *< que les chantres harmonieux de Phœbus, les cygnes de Méonie, quittant le p» o" ' s .

Pactole, étaient venus tourner sept fois autour de l'ile sainte pour

< Hérodote tlil (11, 53) que Dionysos Tut loiigicmps inconnu à la Grèce entière, AjMillon â l'Arcadie. [)aiis les lemps horaériqnes, le cnlte dr Dionysos étail encore Iri^s reslreinl, et Zi-u s dans Homère {Iliade, V, 890)appelle Ares ^SiorocOESni. Ce dieu farouche est le moins grec des bôles de l'Olympe, Pour l'histoire de Bacchus, voy. le Dictionnaire du Anliquilét de Saglio, s. T. H. A. Bertrand (£»»at »«r le» dîeiie proliclear» dst hérot gréa et troijeni dont l'Iliade) met dans le camp grec Héra, Pallns-Athéna, quoiqu'elle ait dans llion un (emple où elle soil imndemcnt honorée, Poséidon, Hermès et Uéphaistos; dans le camp opposé, Apollon, Artéinis, Aphrodite, Ares, Xanlhos et Latone. C'est presque la division en dieux anciens et <'n divinités nouvelles. Au-dessus d'eux s'élève, dans le poème, comme dans la croyance populaire, la figure majestueuse de Zeu^. le dieu suprême.

* Tardiïe, sans doute, mais cependant fort ancienne, car VIliade parle de la roclieuse Pytho ; il est vrai que ces mots peuvent être une interpolation.

' Délos esl moins une Ile qu'un grand écueil ; en une heure de marche, on la traverse dans sa plus grande longueur.

* Statuette archaïque en bronte, découverte sur l'emplacement du sanctuaire d'Apollon Pldos, m Béotie (fouUles de H. Maurice llolleaux), d'après le Bull, de Corr. kellin.. X (1886), pi. IX i>l p. 190. Le dieu tenait l'arc de la main gauche el sans doute une flèche de la droite. Sur la jambe gauche esl gravée la dédicace suivante qui justifie le nom donné à cette statuette : Bîmhe ihiSixc ■K{î)ax'AmÇi). « Eufltias a consacré A (Apollon) Ptôosn. Cf, l'Apollon de Naios, Ârdaologitdif! Zeilung. XXXVII (1879). pi. VII.

19» HISTOinE LÉGENDAMtE (2000-UOi?).

ciîlébrer la naissance du fils de Latone' ». Les premiers autels d'Apollon, dans l'Hellade, s'élevèrent donc sur l'Olympe et sur le rocher de Délos'. Un troisième, qui effaça en renommée les deux autres, fut celui que les Cretois passaient pour lui avoir dressé à Crissa, au bord du golfe de Corinthe, et qu'on porta plus tard au milieu des rochers du Parnasse, en un site majestueux plus favo- Monnaicdc Dcios=. rablc à la sécurité des prêtres et à la foi des

pèlerins. Quand les Dorlens de l'Olympe s'établirent au voisinage de ta Phocide^ ils confondirent dans une même vénération les deux sanctuaires de Delphes et de Tempe, et chaque année une procession religieuse alla de l'un à l'autre.

Apollon se trouva ainsi la grande divinité des deux

moitiés du monde hellénique, des Ioniens à Délos.

des Dorions à Delphes, et par excellence le dieu

LesGiUces' civilisateur de la Grèce, le destructeur des monstres

(Python) ; celui qui, plus que tout autre, exigeait la

pureté physique et morale; qui, entouré du chœur des Muses et des

Grûccs, charmait les Immortels par ses chants et les sons de sa lyre,

révélait aux hommes les choses futures et frappait le méchant de

ses flèches d'or. « J'aimerai, s'écrie le fils de la glorieuse Latone,

j'aimerai l'agréable cithare et l'arc recourbé, et j'annoncerai aux

mortels les desseins de Zens'. »

Sous l'influence des Idées attachées au cuKe d'Apollon, une civilisation plus haute se montre' et un âge nouveau de la vie grecque

' Calliinaque, Mijmne à Délot, ad fin. L'auleur AeVHymne à Apollon, que Thucydide attribue il Homère, mais que la critique moderne lui conteste, bien qu'il soit certainement d'une époque reculi^e, raconte les voyages du dieu n lorsqu'il descendit de l'Olympe cherchant le lieu nu il rendrait ses oracles », puis son étrange rencontre avec un navire créloîs qu'il amène dans le port de Crissa, pour Taire des hommes de l'équipage les serviteurs de son temple. Cette vieille poésie montre, à la manière d'un récit des itiUe et me A'uilt, le double courant que suivit le culte delphien. Pindare {Pylhitiue*, I, 77) appelle Apollon « roi de Lycie et de Wlos ».

» m. Ueuzey [Olijmpe et Acamanie, p. 00} a retrouvé sur cette montagne les traces d'un temple d'Apollon.

^ Télé lauréc d'Apollon â gauche. ^ AH. Lyre. (Monnaie d'ai^ent.)

* Camée sur i>anluine à deux couches (30 mill. sur 22). Cabinet de France, n* 46.

* Hymne à Apollon.

^ Sur la légende relative à la lutte d'Apollon et du serpent Python, c'est-à-dire du soleil conire les miasmes mortels des contrées marécageuses, voyez la curieuse discussion de H. tfaury (t. I, 150-1 i2| ; « Il n'y a pas un point; dans la mythologie grecque, dit-il, oi!i se laisse eiilrevoir avec plus d'évidence l'origine védique des idées grecques.... Les premières

commence. La société s'organise mieux; la vie urbaine se développe, et les temples s'élèvent pour les dieux'. Les chants, la musique, remplacent les cris sauvages. Les dieux se rapprochent de l'homme et lui révèlent leurs desseins par la voix des oracles, car Jupiter avait donné à Apollon l'inspiration divine, et l'avait fait asseoir sur le trône prophétique*. Les mœurs s'adoucissent. Le coupable n'est plus condamné à une mort certaine, et le crime cesse d'être une tache héréditaire qu'il faille punir jusque dans la postérité du coupable. L'expiation peut effacer le péché, et le remords brise la puissance I vengeresse des Erinnyes.

C'est le monde de l'hai^ monie, de ta lumière, de A,«iion .ur iw,,A./«>. ''mtcUigcnce et de la grâce qui remplace celui du chaos, des ténèbres, de la force et de la terreur. Delphes en est le centre, comme de tout l'univers, et de là le dieu répand sur la race hellénique l'inspiralion des vers, de la musique et des arts, ainsi que la révélation, qui ne s'arrête jamais, de la pensée divine. ApoUondeThéra*

Toutes les tribus helléniques adoptèrent son culte; et, au pied de ses autels, se renconlrèrenl, dans la même prière cl dans la même foi, l'homme de sang dorieu et le Grec de race

popiilalions de la Grèce étaient en possession des idées naturalistes, dont les Hindous nous ont conservé, d.ins le Rig-Yéda, le résumé le plus pur et le plus antique. ■

< Les premiers sanctuaires étaient In cime des moûts, l'ombrage des chênes, comme â Dodone ; ou des lieux consacrés par une enceinte de grosses pierres, comme sur le mont Lycée en Arcadi-^; des grottes, comme celle de Pau, sur le Parnasse, de Zeus, eu CK'Ie. [lans cette ile, la construction des preuiiers temples ne remantail pas au delà d'Ëpiméiiide. Homère n'eu mentionne pas pour la Grèc«, et Callimaque dit. dnns YHymue à Apollon^ 59 : «Dès l'âge de quatre ans, t PliŒbus, tu construisis sur les bords charmants du lac d'Ortygie, le premier édifice sacré qu'aient tu les mortels! ii

' Eschyle, Eumén., 15.

* Apollon nu, assis à gauche sur Vomphalot du temple de Delphes, tenant de la main droite une flèche et de la main fçauche son arc. Eu légende : BAIIAEQI ANTIOXOV ; dans le champ, deui monogrammes. Le droit porte la lèle d'Aiiliochus I", roi de Syrie. (Tètradrachme.)

' Statue en marbre, découverte a Tliéifi, d'apK-s un nmulage du musée du Trocadéro. — L'ullilude du dieu, avec le» brns collée au ciu'ps i-l Ic^ jumlx's ;i peine si-parces, rappelle la

300 lllSTOtRE LÉGENDAIRE (2000-11047)

ionienne. Sparte ne (aisaît rien sans consulter, à Delphes, son oracle, et Âlhêncs, avec toute l'Ionie, l'honorait à Dclos par des fêtes solennelles. Les Milcsiens établirent son culte dans toutes leurs 'colonies, depuis Naucratis, au bord du Ml, jusqu'à la Tauride, au fond de l'Euxin. Les autres dieux restèrent des divinités poliades, Apollon seul et Jupiter furent les grands dieux nationaux. De bonne heure on plaça, dans les temples d'Apollon, des slai lues d'Artémis; une de celles-ci récemment trouvée à Délos, allesle par sa laideur une vénérable antiquité'.

Une plus haute fortune attend même le dieu de Delphes pour les derniers joursdu paganisme, quand AricmiB ailée de i>éios'. l'empereur Aurélicn l'appellera le

Ûeus certus et que Julien le fera roi du ciel et du monde. Rien avant eux, Pindare lui avait déjà donné quelques-uns des traits du Jéhovah mosaïque : « Dieu puissant, dit-il, „ , , . j. .^ ,^ . n , ■ tu connais la fin dernière et les

Base de la statue dArtéinis ailée de Delos'.

voies de toutes choses: tu sais le compte des feuilles que le printemps fait éclore et des grains de sable que les flots et les vents impétueux roulent dans la mer; tu

description que donne Pausanias de la slaliie de l'alhlèle Arrachion qui fut vainqueur avant la LIV* olympiade (561 av. J.-C.). La slalue de Théra n'est donc pas postérieure à la première partie du vi* siècle. Le nom d'Apollon lui a élé contesté, depuis surtout qu'il a été prouvé que l'Apollon de Ténéa avait été découvert au-dessus d'un tombeau et n'était autre que l'image d'un mort (ArcItOotogitche Zeitung, XXXtX (181Jl), p. 54). Hais les récentes découvertes de H. Ilolleaux au sanctuaire d'Apollon Ptôos et les inscriptions gravées sur ces marbres ou ces liroHzes montrent qu'on ne peut voir dans loules ces statues de simples images de mortels.

* Statue en marbre, découverte k Th'los (fouilles de U. Th. Ilomolle), d'après un moulajfe du musée du Trocadéro. (Cf. Bull, de Con: kt'llén., 111 (1879), p. 395 et pi. VI-VIl.) — U déesse n'est qu'à demi a^nouillée : le corps ne porte pas sur le genou eauclie, mais sur la pointe du pied fiauclie, tandis que la jambe droite est pliéc el tendue par l'effort. C'est t'nltitude que les sculpteurs anciens et les peintres de vases donnent le plus souvent aui lif^res emportées par une marche précipitée. Telle est la statue de Délos qui porte en outre desailes aux épauk's

vois clairement ce qui doit ôtre et quelle on sera la cause'. » L'idée monothéiste flottait vaguement au milieu des nuages du polythéisme.

Hésiode, à une époque où l'on roulait coordonner des légendes plus vieilles qu'Homère et en former un système, a tracé dans sa Théogonie, sorte de Genèse hellénique, le tnbleau de la famille des Olympiens.

« Avant toutes choses fut le Chaos, ensuite la Terre au large sein, demeure inébranlable de tous les êtres, et le ténébreux Tartare dans les profondeurs de la lerre immense, et l'Amour, le plus beau des immortels, qui règne sur les dieux comme sur les hommes, amollit les âmes, change le cœur et dompte les résolutions les plus sages*. Du Chaos naquirent l'Érèbe et la Nuit sombre. La Nuit, fécondée par les caresses de l'Érèbe, enfanta l'Éther et le Jour. La Terre produisit d'abord Ouranos, le Ciel étoile, égal en grandeur à elle-même, alin qu'il la couvrît tout entière et qu'il fût éternellement l'inébranlable demeure des divinités bienheureuses. Ensuite, elle produisit les grandes montagnes avec leurs cimes élevées, retraites gracieuses des Nymphes qui habitent les monts aux gorges profondes. Elle enfanta aussi, mais sans avoir goûté les charmes du plaisir, Pontos,

, . ., , « I -.1 Arlêmis de Délos",

la mer sti^rile aux flots bouillonnants, et, ayant

partagé la couche d'Uranus, elle donna le jour à Océanos qui habile

pt aui lalons. Le nom d'Ai lémis psl jnstiflé par l' in script ion gravée sur la base. (Cf. Bull, de Corr. heUin., VII (1S8:>), p. 251.) El y esl dit que « Hikkiadi'-s (MIKK[i(»ii:]) et Archermos rAjPXGPMQI) ont fait et dédient cette statue fi la déesite (|tii lance au loin ses traits; eut, les Chioles (01 XiO)), pratiquant l'art héréditaire de Hélas b (dernière ligne). Ces trois nom^i sont célèbres dans l'histoire de la statuaire grecque n ses débuts : ils ont été portés par trois sculpteurs de la même école cl de la même ramillc : Hélas deChio, l'un des premiers qui aient Iraviitlé le marbre, vivait vers la Xt' olympiade. Son fils Hikkiadès. son pelit-Ols Archermos. «es arrière-petit s-flls, Boupalos el Athénis, héritèrent des secrets de son art et de sa renommée,

■ Psthiqua, K, 80-86.

* Eros, qu'flomèrene connaissait pas, est pour Hésiode un des éléments primitifs du monde; c'est l'imour qui anime la nature entière, en setnaiil la vie sur ta terre, au milieu des Océans el dans l'humanité. Pour les philosophes, ce sera le sentiment qui produit l'unité en rapprochanl les êtres et les choses opposées, puisque aimer est chercher l'autre moitié de soimême, de son cœur, de sa pensée el, par conséquent, mettre en soi l'harmonie.

' Dans Homère, au contraire, c'est de l'Océan que naissent tous les êtres et la science moderne lui donne raison, en montrant que la vie a commencé dans la mer.

' Statue en marbre, découverte à Délos (fouilles de M. Th. Homolle), d'après un moulage

202 HISTOIRE LEGENDAIRE (2000-1104?).

les gouffres profonds, à Caeos, à Crcos, à Hypérion et à Japet, à TliDBia et à Rhéa, à Thémis et à Mnémosyne, à Phœbé qui porte la couronne d'or et à Taimable Thétys. Après tous ces dieux, elle mit encore au monde l'astucieux Cronos (Saturne), le plus terrible de ses enfants, qui devint l'ennemi de son vigoureux père; enfin elle enfanta les Cyclopes : Broutes (le tonnerre), Stéropès (la foudre), Argès (l'éclair), qui servirent de ministres aux puissances d'en haut; les Titans et les Centimanes, qui régnèrent les uns sous la terre, les autres dans les profondeurs de l'océan. »

Le poète raconte ensuite la querelle d'Ouranos et de ses fils. La Terre forge une faux d'airain, et Saturne s'en arme pour mutiler son père. Mais la blessure est une source de vie. Le sang du mutilé produit d'autres dieux: les Géants, les Érinnyes et la gracieuse Aphrodite. ce De la mer fécondée par le sang d'Ouranos, s'élève une blanche écume d'où sort une jeune fille, ravissante de beauté. Elle s'élance sur la rive cyprienne. L'Amour et le Désir l'accompagnent; sous son empire qui s'étend aux dieux et aux hommes sont placés les caresses virginales, les regards séducteurs, la douce volupté, la beauté et les grâces enchanteresses. »

Ce premier Olympe est, comme la terre des anciens joure, une demeure pleine de violences. Saturne, vainqueur d'Ouranos, est forcé par Titan, son frère aîné, de dévorer ses enfants. Poséidon et Hadès; Rhéa leur rend la vie et sauve Jupiter qui, aidé des Titans, renverse

Saturne et saisit l'empire du monde. Pour le conserver, il lui faut bientôt lutter contre ses anciens alliés : effroyables combats auxquels la nature entière prend part. La terre tremble, l'océan mugit, le ciel s'agite convul-

. sivement. Les Titans entassent les montagnes pour escale Tonnerre *. or

lader l'Olympe, et répondent aux coups de tonnerre par des rocs énormes qu'ils lancent contre le ciel. Mais ils tombent foudroyés, les dieux anciens sont vaincus: les dieux nouveaux triom-

du musée du Trocadéro. (Cf. Bull, de Corr. hellén., III (1879), p. 99 et pi. I.) —Cette sUlue présente le type de ces idoles primitives en pierre polie ou Ç6ava, vénérées des Grecs qui leur attribuaient souvent une origine surnaturelle. Ce type ne nous était connu jusqu'à présent que par des peintures de vases ou des monnaies. La statue de Délos est une œuvre originale d'un sculpteur naxien qui vivait sans doute à la fm du vu* siècle. Une inscription métrique (BulL de Corr. hellén.f Ilï, p. 3), gravée sur le côté droit de la statue, nous apprend qu'elle a été consacrée à Artémis par Nicandra, fille de Déinodikos, de Naxos. L'école de sculpture de Naxos est une des plus anciennes de la Grèce.

* Le foudre ailé, sur une monnaie d'or d'Agathocle, roi de Syracuse, avec la légende ArÀeOKAEO:^: BAIIAEO:!:. Au droit, figure la tôte casquée d'Agathocle.

ItKLIGlO?! DE 1/AGIC lILItUÏQL'E. 303

plient et un des Titans, Atlas, est condamné à porter étcracncment le ciel où les vainqueurs résident.

C'est ainsi que le vieillard d'Ascra cherchait à s'expliquer l'énigme du monde '.

La lutte dont il parle est-elle un souvenir de l'opposition religieuse des populations? C'est possible. On en trouve un écho jusqu'au

milieu des âges récents; la dualité religieuse se reconnaît encore dans les drames d'Eschyle, auxquels aboutissent les conceptions religieuses d'Homère et d'Hésiode. Et les nouveaux dieux ne sont pas toujours, pour le grand tragique, les divinités les plus morales, témoin le Jupiter du Promélhée enchaîné'; dans les Euménides, les Érinnycs disent à Apollon : « Nouveau dieu, tu outrages d'antiques

' Théogonie, vers 664 et suîv. Voy. la gravure de la p. 205 cl p. 204 la noie qui l'explique.

* Bas-relief de i'aulel de Zcus, au Capilole, d'après Overbeek, Griechitcke Kumlmythotogie, Ta[.ni, ii'it. — Kronos, assis à droite, reçoit ta pierre en vélo p|)ée de langes que Rhca lui remet à U plaa. de sou enfant, Zeus. {Cf. Overbeck. texte, I. p. 526.)

* Tout le dranie du Protnélliée endialné repose sur l'opposition des anciens et des nouveaux dicuiiSurl'usurpatioudeZeuï, quia conquis le triïue du eiel,d'oii, à son lour, il SL'ra précipité.

déesses*. » Mais, cette fois, le nouveau dieu fait prévaloir l'équité sur le droit impitoyable des anciens jours'.

On a soutenu ' que des croyances pélasgiques, écho des grands systèmes théologiques de l'Orient, s'étaient conservées dans les mystères. Il n'en est rien.' Lés mystères ont une origine plus récente et différaient moins par le fond que par la forme de la religion populaire. Celle-ci n'enfermait pas ses dieux dans un impénétrable sanctuaire, elle voulait les voir et les toucher. « L'homme a été fait à l'image de Dieu, » dit la Genèse, et elle explique nos imperfections présentes en racontant la chute du premier homme. Le polythéisme grec faisait ses dieux à l'image de l'homme : il les douait seulement de qualités supérieures : Mars fut plus fort, Apollon plus adroit, Vénus plus belle que ceux qui leur offraient des victimes. Dans celle différence du point de départ des deux religions, hébraïque et grecque, se trouvait d'avance l'opposition des deux civilisations qui sont sorties d'elles.

Remarquez encore que, dans la théogonie hellénique, les dieux ne sont pas les créateurs, mais seulement les administrateurs de l'univers. Il fut un temps où ils n'étaient pas. Fils du Ciel et de la Terre,

* Eumén.^ 727. Ailleurs le poète appelle Apollon le quatrième des dieux venus à Delphes.

* Voy. notre chap. XX.

s C'était Topinion d'Otrried Mûtler ; mais ni Homère ni Hésiode ne parlent des plus fameux de ces mystères, de ceux d*Ëleusis, qui passaient pour les plus anciens. Lobeck a montré dans son Aglaophanuu qu*ils n'avaient point de révélations bien hautes à faire à leurs initiés sur Dieu, Thomme, le monde, et qu'il n'y avait de mystérieux que le secret dont on entourait la célébration des rites. Chacun était libre de se faire initier. Sur les mystères grecs, voyex plus loin au chapitre xv.

^ La lutte des dieux et des géants est représentée page 205, d'après une coupe de la fabrique d'Erginos peinte par Aristophanès. (Les signatures du céramiste et du peintre sont au fond de la coupe). Gerhard. Trinkschalen und GefOsse des kôn. Museunu su Berlin (Trinksckalen, Taf. 11-UI). Tous les grands dieux prennent part au combat, luttant chacun contre un géant et symétriquement groupés sur chacune des faces de la coupo. Dun côté, c'est Zeus (lEÏS) luttant contre Porphyrion, (P0P<I>YP1QN) ; de rautre Apollon (ATOAAQN) contre Éphialte (E<&IAATES). Puis Athéna (ABENAIA) contre Encélados (EKRUAOS), Héra (IlEPa) contre Rhoïtos (*01T0S<ic). Enfin, au groupe d'Artémis (APTEMI2) et d'iEgœon ([A^jrAIûN) correspondent Ares (APES) et Mimas ([MiJMfo;)). Au fond de la coupe est représenté le combat de Poséidon (HOSEIAÛN) contre Polybotès (TOArBÛTES) ; derrière le dieu apparaît la Terre ou Gœa (PE) : l'expression de son visage et ses gestes trahissent sa douleur et son épouvante. (Pour la représentation de la Terre, voy. p. 52.) La peinture est très soignée, et l'artiste a introduit autant de variété qu'il a pu dans les costumes et les armes. Les dieux combattent avec leurs armes préférées : Zeus avec le foudre, Artémis avec ses torches, Poséidon avec son trident; Apollon a son arc en main. Pour les géants, Tun, Porphyrion, est armé d'une pierre, l'autre, Polybotès, d'une lance : la plupart se défendent avec une épée courte. Seul ^^EgaBon n'est pas armé : de son bras gauche, enveloppé d'une peau de bêle, il cherche à se faire un bouclier.

COMBAT DES DIEUX CONTRE LES GÉANTS. (Vu;, p. 'JU2, ^j vl •îtH, note i.)

RELIGION DE L'AGE HÉROlQlE. 207

ils ont trouvé le monde tout fait et en représentent les forces diverses et périssables. Aussi ne sont-ils, pas plus que les phénomènes qu'ils expriment, des êtres nécessaires et éternels. «Vous mourrez», leur dit Prométhée; et un jour les peuples entendront une voix qui criera : « Les dieux sont morts ! »

Ces dieux de l'Olympe homérique, sensibles à la joie et à la douleur, et sans cesse en communication par les oracles et les songes avec les habitants de la terre, avaient tous les défauts de la nature humaine, toutes nos passions, la colère, la haine, la violence, môme nos misères. Apollon et Neptune, furent esclaves de Laomédon. Les Aloïdes tinrent pendant treize mois Mars enfermé dans une prison d'airain. « La servitude, s'écrie un poète, mais Gérés l'a soufferte. Ils l'ont soufferte aussi, et le forgeron de Lemnos, et Neptune, et Apollon à l'arc d'ai^ent, et le terrible Mars. » Dans les combats devant Troie, Vénus, Mars, Pluton, Junon même, la reine de l'Olympe, furent blessés par des mortels*. « Leur sang coule, dit Homère, mais un sang tel qu'est celui des dieux, semblable à la rosée, une sorte de vapeur divine; car les dieux ne se nourrissant ni des dons de Gérés ni des présents de Bacchus, n'ont pas un sang terrestre et grossier comme le nôtre; aussi jouissent-ils de l'immortalité. »

Homère, qui aime encore les conceptions gigantesques des anciens jours, quand le dieu était caché dans le phénomène qu'ensuite il représenta, donne à ses divinités et à leur force physique des proportions énormes. Lorsque Minerve s'arme pour le combat, son casque d'or est assez vaste pour couvrir les nombreux bataillons d'une armée que cent grosses villes auraient mise sur pied; et d'un bond ses coursiers franchissent autant d'espace qu'un homme assis sur un cap élevé, par un temps calme et serein, pourrait en embrasser du regard sur l'immense étendue de la plaine azurée.

Dans un autre endroit de Y Iliade, Jupiter, pour donner aux Olympiens une idée de sa puissance, leur dit : « Attachez au ciel une chaîne d'or, et, tous, dieux et déesses, suspendez-vous à elle; en dépit de vos efforts, vous n'entraînerez pas vers la terre Jupiter, le suprême ordonnateur. Que moi seul je tire cette chaîne, et avec elle je tirerai la terre et la mer, que j'attacherai au sommet de l'Olympe, de sorte que tout l'Univers restera suspendu, tant je suis supérieur aux dieux et

" Voy., dans YlliadCf 374 et suît., le modeste discours de Dionée h Vénus, blessée par Biomède et qui s*était enfuie de la bataille en pleurant comme une enfant.

aux hommes*. » Avec ce bravache, nous sommes dans un monde encore bien petit et bien loin du dieu qui réglera tout par sa tranquille et souveraine intelligence, lorsque la philosophie et la science

Neptune et Apollon à Troie*.

auront pénétré dans les profondeurs infinies des cieux. Cependant ces dieux qui représentent, chacun, une des faces de la

* Iliade, Vni, 19-27.

* Peinture de Pompéi, malheureusement bien médiocre. (Cf. Overbeck, GriechUche Kttnsimylhologie, Taf. XII, iV^k). — Neptune et Apollon, révoltés contre Zeus, se sont mis au service de Laomédon et surveillent la constniction des murs de Troie. Selon la légende, pendant que Poséidon construisait les murs de la ville, Apollon gardait sur le mont Ida les troupeaux du roi. {Iliade, XXI, 446. et Vil, 452.)

UELIGlUN «K LAGK llÉItUÏQUK. 209

nature n'ont qu'un empire limité ; toute ville a le sien qu'elle honore d'un culte plus particulier. Minerve régnait à Alliènos, Céros à Eleusis, Junon à Argos. Apollon à Delphes, fiacchus à Thèbes, Vénus en Chypre. Ailleurs ils recevaient des honneurs limités, et parfois ne trouvaient que l'indifTérence : « Je ne crains pas les dieux de ce pays, dit le héraut dans les Suppliantes d'Eschyle, car je ne leur dois ni la vie ni l'âge que j'ai déjà atteint'; » et lolas, dans les liéraclides d'Euripide' : ■< Les dieux qui combattaient pour nous ne ie cédaient pas à ceux des'Ai^iens. Si liera les protège, Athéna est notre déesse; une divinité plus vaillante, plus vertueuse, garantit sûrement la victoire. » Ces divinités jalouses, implacables, avaient, comme le Jéhovah hébreu, leur peuple favori et tenaient les autres pour des ennemis. Tous les maux des Troyens vinrent, selon le poète, de la colère de Junon et de Minerve irritées contre Paris qui avait donné à Vénus le prix de la beauté; et Neptune vengea sur eux la fraude de laomédon : sentiment haineux qui leur était rendu par les hommes. « 0 Phœbus, s'écrie .Achille, û le plus cruel junon <i Ar^-os'.

des dieux! lu m'as privé d'une grande

gloire en sauvant les Troyens. Ah! comilic je me vengerais sur toi, si j'en avais la force*. » De là aussi l'alliance des cultes qui suivait celle des peuples. Les villes unies par des traités s'envoyaient de solennelles ambassades aux joui-s de fête de leurs « dieux paternels ». U sentiment religieux perdait à ce morcellement de la divinité; mais de cet abaissement des dieux aux passions des hommes résulta le riche développement de la poésie légendaire. Chaque divinité ayant ses poètes, ceux-ci, tout en respectant les traits généraux de l'histoire du dieu qu'ils chantaient, l'augmenlaicnt de mille incidents qui,

' Vers 893-4.

* Tere 547 cl suit.

* Buste de Héra d'Argos, la tète «inle du ptilot, ips clicveui lombiint sur les rpaulcs, (CnudV duC)bin«lde France (sardanyx A. trois coUcIr'S; hauteur 7 (;i;]il.; largeur 5 teiil.) Uiabauillel, Cataiugue de* Ctnnéei, etc., u' 11.)

' iliade, XXU, 15.

210 lIlSTUltlE LÉGENDAIIIE {2000-1104?).

durant des siècles, défrayèrent, avec les aventures des héros, l'ima-

ginalion |)0|)ulaire et le théâtre.

Cependant cette mythologie (jui persoinii fiait tous les phénomènes

du monde malériel et qui personnifia plus tard tous ceux du monde moral, garda toujours la trace des théologies orientales et du naturalisme d'où elle était sortie: ses dieux restèrent, jusqu'à un certain point, idcnliliés avec les puissances de la nature.

Jupiier ne fut pas seulement le maître de l'Olympe, l'époux de Junon, le héros de mainte aventure où le père des dieux daignait s'abaisser jusqu'aux iilles de la terre : il l'ut aussi l'air qui enveloppe toute la création. Apollon, le dieu de la poésie et des arts, était encore le soleil, Hélios, et Neptune, l'océan qu'il parcourt sur son char d'or, tandis que les monstres marins bondissent autour de lui. De nombreuses divinités t(tur à tour confondues avec l'éiément auquel elles présidaient, et'séparées de lui pourprcndre une forme et des passions tout humaines, peuplaient les lleuves, les bois et les montagnes. Ainsi la Naïade était à la fois la source même et la déesse chaste et craintive qui se ca- .NuïadcoiiSjiiipiiu*. chait au fond des grottes obscures'.

Les divinités qui comptaient le plus

d'adorateurs étaient les douze grands dieux de l'Olympe, dont la

théogonie des derniers temps restreignit l'empire et précisa les

fonctions :

• Los iiyiiiplii'S, ou dotssps des oaiii el di^s lieuï liumidtœ, ont ppHt-êlrc on, dans les époques rei;uléi.'s, un rôio itnporinni, tomme repi^soiilnlion do l'élèmoiit hmiiide si nécessaire il lu prodiirlion ; mais, |)liis Inrd, elles n'occuporeiit qu'un rang itilormédiaire oiilre li's liumiiios ol los dioux, jouissant d'une longue vie et non de l'immorlalité, bien que se nourrissant d'ambruisio (l'ausnuias, X, SI ,10). l'Iutnrquo savait au juste leur âgo : elles detaient mourir à 9030 ans. {De la ce$talion de» oraclei.)

• Slaliio en iiiarbn' décoiiviTlo à Itamo. (V;ilii-;iu. .Vitiro PithCI.. I, pi. XXXV.)

Jupiter, le dieu suprême' à qui les autres obéissent, le protecteur de toute la race des Hellènes, Ztù; navt\y.r,vioi^, qui s'appelle aussi, comme le Jéhovah mosaïque, le très haut, CitsToç;

Junon ou Héra, la reine du ciel, qui avait le paon pour symbole. ' parce que les yeux brillants de son plumage étrndu rappelaient le firmament constellé;

Neptune, le dieu des eaux;

Apollon, le soleil qui éclaire et l'inlelligence qui inspire;

Minerve, la sagesse et la science, qui donne aux hommes les prudentes pensées, qui enseigne aux femmes les beaux ouvrages et les sages résolutions*;

Vénus, la beauté;

Mars, la guerre;

Vulcain, les arts utiles;

La chaste Vesfa, qui présidait aux vertus domestiques;

(ÀTès, qui faisait mûrir les mois- '""^'^ '

sons;

Diane, « la sœur divine de Phœbus, » comme lui sans hymen et. comme lui encore, « amie des flèches rapides »;

Mercure, dont le caractère primitif est incerlain, mais qui de bonne heure dut donner aux hommes l'éloquence artificieuse et l'habileté pour la ruse, le mensonge et les larcins hardis, toujours en honneur dans les temps barbares. Homère fait déjà de lui le messager des dieux; il fut aussi le conducteur des morts' et peut-être,

' Celle liste des douze grands (iiniiost ci'Meqiicdonni? le Sclioliasle d'Apollonius de Rhodes, ad Argon.f U. 535. Kllft ne fut, bien enlendti. amMée qu'à une époque réci'ule,

' Pausan., I, 18,9. Les Irois Pélindps oh prétresse» de Dodone l'inToquaient nhisi : Ziîj; fy, Zciî iiTti, J.ùi l'oaiTot, ù firjikt Zeî. (Irf., X, 12, 10.) Dans l'AttîquP, dans le Pélopoiinèsi', on lui donnait souvent les surnoms d'Giisiec, S^iani. (Id., I, 20, 5; III, 17, 0; V, 15, 5, etc.)

' Odgu.. VII, HO. Pour Homère, Minerve n'est pas encore la prolecirice dWlIiènes, mais ffl\f d'Alalconiêne, ville béotienne sur les bords du lue Oopais {Iliade, IV, S). Avant d'êln: In diiinilé poliade d'Albènes. elle fut la divinité prolectricn des Ëtéobutades qui fournirent toujours la prétresse de la déesse. (Cf. Eschine, Dei prétatimlioni de l'Amhattadf.)

' La déesse est casquée et porle l'éside. ((Carnée sur sardoiue à 3 cniielies (7 cent, sur 6). Cshiiiotde France, n" 26 du Catalogue.)

' I.a)(r3vure de la page 213 représente Berenre, conducteur des moris, sur un bas-relief er marbre, du iniisêo de Saples, d'apri's une photographie. Orphée (SI"l;'^P0) fait ses adieux à Eurydice (ElTrilKll) qu'Hermès (IIPHIIS «c) va ramener auï Kiifers, Il e\isle denx r<"-pli-

212 HISTIIIRE LÉGENDAIUE (2000-H04Î).

dans cette double fonction, n'était-il que la pcrsonniricalion du vent qui transmettait au loin les divines paroles et emportait à l'abîme souterrain les àines, pauvres feuilles desséchées. Mais pourquoi el comment devint-il l'Hermès ithyphallique et, plus tard, la Raison divine, le logos envoyé par les dieux à la terre'? Le temps mel des choses bien différentes sous un même nom, el l'histoire des relî-

Scplunc ol Aiiipliîlritc'.

gions csl pleine de ces transformations qui sont une des conditions de leur vitalité.

Il y avait bien d'autres dieux que les grands Olympiens : Pluton, né de Saturne, comme Jupiter et Neptune, comme Cérès et Yesta; Bacchus ou Dionysos, divinité d'origine récenle*, venu d'Asie sur son char

qxien ancienno!! àe ce lias-i-elii<r : Tune, dans In villo Albanî, nn porle aiicuix' inscription. (Cf. Tni'ga, BauiriUevi antichî di Roina, I, tav. XMI.) L'aiilrr, an mnsi'c du Loiivn'. porte les inscriptions suivanlcs ZIH'VS. ANTEOPA. AMPHION, (|ui datent de la Renaissance. (Cf. Clarac. JfiM^ de Êciilplure, lexle, II, 1" partie, p. 515.) Voy. Gerhard et Panollia, Nfapflt nalikr BUdwakf, p. I>7, ii* 20fi

' Voy. Rùt. des Rom., t. V, p. 104, et t. VII. p. 49.

■ Peinture de Tase, d'apn'-s les Monum. deW liiil. arckeol., V, tav. XLIX. Anipliitrite (|'An9iT(ii]TH) est assise au pied du lit sur lequel est éleudii Poséidon (NOSEIAQN ùr) : en avant du lit est ta tnblo du repas. Amphitritti lient de la main gauche un vase à parfums et y trempe un pinceau qu'elle portera ensuite à sa chevelure ou à son visage.

* Pour Dionysos, voy. p. lyi, 197, n. 1, et au cliap. XV. Le Bacchus archaïque est viril et harhu. Le type iï'iïiiriin de Ifacclins ne parait pas ftre antérieur à Praiilète, Quant à Silène, ce compère joyeni et égrill.Tiil, nn nez écrasa', n\\\ oreilles velues, au ventre rebondi, il est une

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