‹ Histoire des Grecs depuis les temps les plus reculés jusqu'à la réduction de la Grèce en province romaineChapitre 22 sur 78 · I. — ïtl · texte numérisé non relu

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318 IIISTOIKi: llCGKNDAntE (:2000'110'1?].

profonds abîmes de la niei'; « c'est une vapeur légère qui s'élève au-dessus dos flots blanchissants ». Mineire veut envoyer Nausicaa vers Ulysse, elle se glisse « comme un souffle léger « dans la riche demeure où dort la vierge royale et elle prend, pour lui parler, les traits d'une de ses compagnes. Voyez, dans l'Iliade, comment les dieux se rendent invisibles, ou de quelles apparences ils se couvrcul, lorsqu'ils vont se mêler aux combats devant Troie.

Ainsi, pour la foi, les dieux étaient partout présents, sans pouvoir

EnlèvEinenl d'Europe'.

être nulle part reconnus, si ce Ti'est par les pensées qu'ils faisaient naître dans les âmes. Pour la légende qui voit tant de choses dans le lointain des âges, ils empruntaient toutes les formes, celles, par exemple, qui servirent à Jupiter dans les nombreuses séductions auxquelles succombèrent Europe, Alcmène, Léda, lo, Antiope et Danaé. Une dernière remarque. La vie religieuse de la Grèce a clé un culte d'intérêt et ne fut jamais un culte d'amour. Gomme il fallait aux ombres des morts goûter au sang d'un sacrifice pour retrouver une vie d'un momenl. les dieux étaient supposés avoir besoin de victimes et

< PeiiiUive ài' V3SP, d'aprvs Lcnorniant ot de Wille, Élite <Ut Uonumenlt eéramografAîquet, 1, jil.XWll. — Europe estcmporU^c parle tuurenu puissant au-dessus dp la mer; dans les flots un voit deux asli'rics, an-dessus un poisson, etc. L'Amour ailé suit Europe, une longue l^nie à la main. Sui' le rivage, à droite, se tient Zens lui-même, ap)iuyé sur son sceptre. Cf. Overbeck, Griechùehe Kwttlmylhologie, I, p. 458, n" i9. Ce dédoublement du dieu, k la fois speclateur cl aripur, sera l'xpliqué au chapitreXXI.

d'honneurs, pour conserver leur rang dans l'Olympe et leur crédit parmi les hommes. Aussi étaient-ils favorables aux cités qui célébraient pour eux les fêtes les plus magnifiques; mais parmi les dons que leur accordaient les hommes n'était point la bonté, qui a conquis le monde à un autre Dieu. De son côté, le suppliant leur demandait pour sa vie terrestre, en retour de ses dévolions, des biens solides; de sorte que les pompes religieuses cachaient un marché : « Donne et tu recevras. » Dans Homère, Chrysès exige qu'Apollon le défende, parce qu'il lui a

Appn'ts d'un saiTJlice '.

sacrifié beaucoup de gras taureaux; et, pour se venger d'Œnoé qui négligeait son autel, Diane envoya dans son royaume le sanglier farouche qui dévasta les campagnes « de la riante Calydon' ». Eschyle exprime donc le sentiment qui était au fond' de tous les cœurs lorsqu'il met celte prière dans la bouche du roi Ihébain que menacent de puissants ennemis : « 0 dieux qui habitez parmi nous! si vous donnez le succès à nos armes, si notre ville est sauvée, j'arroserai vos autels du sang des brebis et des taureaux'. » Rome pensera de même ; elle "promettra à Jupiter des jeux magnifiques, à condition qu'il la fasse triompher du roi de Macédoine*. Les Grecs n'ont pas eu

' PdiUure de vase, signée de Polygnolos, d'apri's Gerhard, Âuterl. Yatenb., Taf. CCXLIIl. — [ ne prêtresse, couronnée de lierre, orne de batideleUes ta It^te d'un taureau. Derrière se dresse un Irépied élevé.

' liiade, I, 57 ; IX, 532.

' Ui Sept ehtf,, 252. Cf. Eurip., la Phinic, 575.

* Bût, de* Rom., loine 11, p. 94, et (orne VII, p. 509. Chez les Égyptiens, la prière était un«

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pour leurs dieux un respect filial ; ils les honoraient par crainte, les sachant envieux de toute prospérité humaine, et jamais ils ne les ont aimés*. Lorsque Télémaque voit son père transfiguré par Minerve, il le prend pour un dieu, et ses premières paroles expriment l'effroi : « Apaise-toi; nous te ferons d'agréables sacrifices et des offrandes d'or travaillé avec arl; mais épargne-nous*. » Les chiens du vieil Eumée, qui ont reconnu la déesse, éprouvent la même terreur. Au lieu d'aboyer, ils s'enfuient en gémissant. Comme des solliciteurs que rien ne rebute, les Grecs cherchaient chaque jour à gagner leurs dieux par des présents, afin qu'ils détournassent l'infortune de leur maison ou de leur cité; mais ils n'attendaient pas d'eux, pour la vie d'outretombe, la béatitude que des religions différentes promettent à leurs adorateurs, et ils ne mettaient pas le bonheur éternel dans la contemplation des perfections divines. Sans doute l'amour divin, comme tous les autres, excepté l'amour maternel, est intéressé, mais il exalte les âmes, il fait des martyrs, et l'hellénisme n'en a pas fait. La cité en a eu, point le temple : la piété d'un Grec était le patriotisme. 11 est vrai que la cité et le temple étaient tout un : en mourant pour sa ville, il mourait aussi pour son foyer et pour ses divinités poliades.

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