‹ Histoire des Grecs depuis les temps les plus reculés jusqu'à la réduction de la Grèce en province romaineChapitre 25 sur 78 · SÏ · texte numérisé non relu

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RELIGION DE L'AGE HÉROfQUE. 245

clairement que, parmi les Grecs, ceux-là agissent avec discernement qui ont deux temples d'Hercule : l'un où ils lui sacrifient comme à un Olympien, l'autre où ils lui rendent les honneurs dus à un héros*. »

Les héros, qui tenaient une si grande place dans la vie religieuse des Grecs, en avaient une encore dans leur vie politique : ils intervenaient dans les traités. Une des clauses de la convention fameuse qui porte le nom de Nicias (421) stipula que toutes les conditions en seraient fidèlement observées, cr à moins qu'il n'y ait empêchement de la part des dieux et des héros* ».

Enfin on verra la postérité des morts illustres, gardienne de leurs tombeaux et des rites de leur culte, former la classe des Eupatrides qui restera si longtemps maîtresse du gouvernement des cités.

Aux héros qui, nés des dieux et de femmes mortelles, relient le ciel à la terre, se rattachent les démons dont Hésiode nous a déjà parlé et que nous allons retrouver dans le culte des morts.

A certains égards, les Grecs eurent de bonne heure une idée confuse de la puissance divine, prise en elle-même, indépendamment des pei'sonnages qui se partageaient les fonctions surnaturelles. Le (Jai^wv d'Ilomère, comme le numendes Latins, n'est pas toujours un être divin particulier; il correspond souvent à la croyance instinctive en un pouvoir supérieur et indéterminé, ri i«t/xoviov, ou, comme dit Cicéron, dkinum quiddam^ qui produit les incidents tristes ou joyeux dont les hommes sont surpris, sans qu'ils puissent les attribuer à un dieu spécial. Qui souffle à Télémaque, en face de Nestor, les paroles de prudence, ou fait tomber l'arc des mains de Teucer, quand il est sur le point de frapper Hector? Qui inspire à Achille son obstination funeste? De quel démon parle Andromaque quand, au départ d'Hector, elle sourit à travers ses larmes, et Priam lorsqu'il se rend à la tente d'Achille? Homère ne le sait pas : c'est une force divine et innommée qui agit en eux. Les dévots l'appelleront plus

« Thucydide, V, 50.

' Voyez ce qui est dit au chapitre xxr, paragraphe 2, au sujet de la croyance h la présence réelle des divinités poliades dî\ns leurs statues. Cette distinction passa de la religion dans la politique. Les Romains de rempire séparèr«;nt le tribunat et la puissance tribunitienne, le proconsulat et Tautorité proconsulaire. Ils élurent, chaque aiuiée, des tribuns et des proconsuls, mais ils donnèrent à Auguste, pour sa vie durant, la potestas Irihunicia et Yimperium procoruulare.

tard la Providence, les indifférents le Hasard ou la Fortune ' et les philosophes n'y verront que l'impulsion inconsciente de la volonté*.

Pour Homère, les démons sont donc, quand ce mot ne s'applique pas à un Olympien, une puissance supraterrestre, sans nom et sans forme, qui n'a point de place dans la hiérarchie céleste, fWT\ mais qui participe de la divinité. Hésiode condense ces I ffl^ souffles divins en personnages réels. Ses démons sont des 4?Syi hommes de l'âge d'or qui ont obtenu l'immorlalité et, au ^^^^ s nombre « de trois fois dix mille, parcourent, enveloppés d'un nuage, la terre féconde. Zeus a fait d'eux les gardiens de la justice. » Mais, comme ils n'ont point de ces poétiques légendes que tous les héros possèdent, comme ils gardent quelque chose de l'abstraction d'où ils ont élé tirés, ils seront moins populaires. « Hésiode, dit Plularque, a le premier clairement établi les quatre classes d'êtres doués de raison qui peuplent l'univers : au som- Agati.(,dén.o.. (mon- ™«^ les dieux, puis un grand nombre de bons génies, naic dAiciMidrie eusuite Ics héros OU dcmi-dicux, enfin les hommes*. »

d'Egyple). ,

Le besoin d'avoir ce que le christianisme appellera des anges gardiens fera aussi de morts honorés des génies bienfaisants, eùiJaijLtowïî, dont l'orphisme multipliera le nombre. Zeus sera même par excellence « le Bon démon », Agathodémon *. Plus lard, les philosophes, pour expliquer le mal, imagineront les mauvais démons, ii.iLx.oiaifj.ovec, elle règne de Satan commencera. Hélas! anges gardiens et démons sataniques existent de tout temps, car ils sont en nous; et le ciel où ils habitaient n'était qu'un reflet de la terre qu'ils n'ont jamais quittée.

' La B Bonne ForUiiie » eut cepeiidaiil assez lui un temple n AUii'-iies; son nom était mis, ail quatrième siècle, en tète des décrets, comme mot de bon augui-e : 'AyaOîS Tûxi-

' Voy,, au chap, txtii, le démon de Socrate.

' Jupiter sur son trône, tenant le sceptre; l'nigleà ses pieds. (Coninlînc gravée de 12 milL sur tO. Cabinet de France, n* 1419.)

* De la reitation dft oraflrt, 10; llild, det Dfmoni, p. 106.

■ Pansanias (VIII. 56) vil, en Arcadie, sur la roule de Mégalopolis au Nénali^ un lemplp 'A-[aBtQ BtoG. Dans la syncrèlique Alexandrie, Agathodémon, sans doute Sarapis. te grand diru guérisseur, est représonlé sous la figure d'un serpenl, le fidèle compagnon d'Esculape. Notre monnaie, à l'elligie de Néron, a élé frappée à Alexandrie d'Ëgjple et porte la légende NEO. AT-VeO iAlHÛN. Cabinet de France, n" 911.

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