‹ Histoire des Grecs depuis les temps les plus reculés jusqu'à la réduction de la Grèce en province romaineChapitre 27 sur 78 · partie extérieure de la religion domestique; le culte du Foyer en · texte numérisé non relu

partie extérieure de la religion domestique; le culte du Foyer en

' Helief sur un vase funéraire en marbre, découvert à Alliènes, d'après un moulage hu nuisis ilu Trocndvro. — Hennés, reconnaissable à ses laloniilùccs, enlraiiic HyrrliiiiR (.MrPPtMl). Le dieu se retoumo vers la jeune femme dont la démaivlic lenle el triste eoutrasie avec le mouvement du ravisseur. Toul d'ailleurs dans celle belle flgure, et la leiileur i)p sa démarche cl l'inclinaison de sa lête, Iraliît une proroiide douleur. Réunis pour le dernier adieu, ses parenls assistent à cette scène : ils sonl à l'arriOre-plan, et la morlc les

260 IIISTOIHI': LÉGENDAIRK (200fl-l 104?}.

fut la partie intime et discrète, et il s'accomplissait à tous les instants du jour.

Des souvenirs inconscients, que les Grecs gardaient du vieil Orient, les avaient conduits à l'adoration du feu. Une de leurs plus vieilles légendes montrait Prométhée dérobant au ciel cet agent primordial de la nature

Iqui mit aux mains de l'homme une puissance presque égale à celle des dieux. Une étincelle de ce feu brillait jour et nuit au foyer de chaque maison, mais il était plus pur que celui qui assouplissait les métaux, car il reprédérébam'*!^ tcu ' s*^"**^'* \esia (Hestia), la déesse viei^e et la sœur aince de Jupiter. L'image se confondant avec l'ôtre représenté, ce feu était Vesta elle-même, la gardienne de la maison, la protectrice de la famille. Devant elle ne se disaient point les paroles que la chaste déesse ne devait pas entendre et il ne se faisait rien qu'elle ne dût pas voir'. Le père, seul prêtre du culte domestique, lui donnait les prémices de chaque repas; il répandait pour elle des libations de vin et d'huile, et la flamme alimentée par cette offrande s'élevait plus brillante : la déesse remplissait la maison de ses purifiantes clartés.

Elle était associée aux joies de la famille. Le cinquième jour après la naissance d'un enfant, la nourrice, portant le nouveau-né dans ses bras et suivie de toute la parenté, faisait trois fois le tour du foyer, àf^ftdpo'fiia. C'était là, près de l'autel de Vesta, que l'enfant entrait véritablement dans la vie, car, de ce jour, cessait pour le père le droit d'abandonner son fils". Là aussi venait s'asseoir l'esclave nouvellement reçu dans la maison; sur sa tète, on répandait des figues sèches, des dattes, des gâteaux, qu'il partageait avec ses compagnons de servitude' ; Vesla leur donnait un jour de fête.

Pour les Grecs et les Romains, il n'y avait point de repas sans sacrifice', comme il n'y en a pas pour les chrétiens sans prière.

domine de sa hniilc lailIc.Potir la dernière fois, t'imagc agrandie de UyiThine va passer devant leurs ^e\iJi.C(.O.^nnAorf:,MittlMlimgendfsdeuUchenarcMolog. Intlitalesvi Alhm, IV (1878), p. t83. — F. Ravaisson, Catellô aithéologigue, t. 1 (1875), p. 31 ; Hùloire de» Rom., I. IV. p. 35.

' PromëUi^e, à demi nu, s'inclinaiil pour d«rol)er le feu sur l'aulel de Jupiter ; au-dessus de raulel,un papillon, symbole de VAme. (Cornaline gravée du Cabiiiel de France j liaut. 13 mill-, larg. 19 mill.; nM709 du Calalogue.)

' Hésiode, Travaujc ei Jours, 078.

' Les Romains avaient pareil droit : voy. Hisl. des Rom., I. V, p. 2tf.

* Scholies d'Arislophane, Ptulm, 708.

' Atlii'uéi', Deipiiosophislcs. V, l'J.

ai

* -Si s II

I îi

L'autel de ce culte domestique était le foyer; et comme, dans ces intelligences, traversées tout à la fois de lueurs éclatantes et d'ombres épaisses, le sentiment religieux ne distinguait pas la réalité de la fiction poétique, le foyer devint un objet sacré, un être divin. C'est à lui qu'Alceste mourante adresse ses dernières supplications et Agamemnon son premier salut, au joyeux retour de Troie; à lui encore que la pieuse femme de Mégare confie les ossements de Phocion, en attendant qu'ils puissent être rendus au tombeau des aïeux. Dans la description d'un banquet, on lit : « Au centre de la salle du festin s'élève un autel chargé de fleurs; la maison retentit d'acclamations joyeuses. D'abord on chante le dieu avec de chastes paroles et par des libations, des prières, on lui demande le pouvoir de vivre selon la justice*. »

Cette religion de la famille avait même la sanction de l'État : elle était une des conditions du droit de cité complet. Qui perdait sa propriété et par conséquent n'avait plus ni foyer héréditaire, ni tombeau des aïeux, ne pouvait aspirer aux charges publiques, même à celles dont les titulaires étaient tirés au sort. Celui-là semblait abandonné des dieux, et devenait comme un étranger dans sa ville.

La cité, ou la famille agrandie, avait son foyer public, et toute ligue possédait un foyer central : ceux de Delphes et d'Olympie servaient à la Grèce entière. Les sacrifices, môme pour les dieux les plus honorés, ne commençaient qu'après une prière et une libation à l'autel de Yesta. Quand le Mède eut été chassé de la Grèce, la Pythie ordonna d'éteindre, dans tous les prytanées, les feux qu'avait souillés la présence des barbares et de les rallumer avec la flamme prise à Delphes, au foyer national*. A Sparte, la coutume était qu'on portât en tête de l'armée « le feu sacré qui ne s'éteint jamais », afin qu'en toute circonstance, à l'entrée dans le pays ennemi et au moment du combat, le roi pût faire un sacrifice et connaître les signes favorables ou contraires'. De même, au départ d'une colonie, les émigrants emportaient du feu pris au foyer public de la métropole, et à ce feu s'allumaient tous ceux des nouveaux autels.

Comme, dans la maison, Yesta présidait au repas de la famille, elle

* Xénophane, ap. Bergk, op, cil,, p. 556.

* La nature volcanique de la Grèce et de ses îles avait fait naître l'idée d'un feu central. Aussi était-ce au centre d'une salle circulaire qu'on plaçait le foyer public dans les prytanées grecs et, à Rome, l'autel où brûlait éternellement le feu de Vesta.

- Xéuophon, la République de Sparte ^ XIIl.

264 HISTOIRE LEGENDAIRE (20 00-1104?)

présidait, dans le irpuraveio», au repas des prjtanes et des citoyens qui avaient obtenu, par décret public, l'honneur d'être nourris aux frais de l'État. Chez certains peuples, il existait des tables communes. Ces agapes fraternelles, nécessité des anciens jours, étaient un acte l'eligieux, autant que politique, une communion avec les dieux et avec la cité, qui donnait au patriotisme une singulière énergie'. Pour les vieux poètes, la cité est l'endroit où se font les sacrifices aux dieux*.

Vesta, « la déesse bienfaisante et secourable*», avait un autre privilège :

son autel était un asile inviolable. Au moment de l'assaut suprême, Priam se retire près de son foyer : « Tes armes, dit Hécube au vieux roi, ne le défendront pas', mais cet autel nous protégera. » Thémistocle, menacé de mori.

se réfugie chez son ennemi le roi des Molosses; de retour dans son palais.

Admète trouve Te proscrit assis à son foyer : il refuse de le livrer et le sauve. A Rome, les vierges de Vesla délivraienl le condamné mené au supplice, si elles le rencontraient par hasard, ce qui veut dire : si la déesse les avait conduites sur le chemin du malheureux.

' Voy. Aristotc, Polit., VU, ii, et au Vure ID dp VOdijuie, i«Uio, les nmî longues tables dressées pour tout le peuple de Pylos, parU^ant avec ses dieux l'hécatombe qui leur nvail Hé olTerte. Le philosophe Xénophane voulait que l'on terminât chaque repas pai* une iiriére flux dieux pour leur de mander la s.igesse.

» Odyu., V, 101.

> Voy. les Hymnet komériquet, XXŒ et WW, et YHgmne orphique, LXXXI.

* Statue en marbre dite Vesta Ciiustiniani ; elle fait partie de la collection Torlonia, A Romp. — La déesse tenait un sceptre de la main gauche. La tèle est couverle d'un voile, le corps dis~ parait tout entier sous un Télement aux plis lourds et réguliers c<»nrae les cannelures d'une colonne. L'artiste a su donner à celte belle ligure la gravité et la chasteté qui convenaient à la déesse vierge, à la gardienne du foyer.

* La gravure de la page 265 reproduit une peinture de vase du musée de Naples (lleydeniann.

La société gréco-latine avait une double assise, la pierre du foyer et la pierre du tombeau. Autour de Tune s'était formée la famille sous Tautorité morale et religieuse du père; autour de l'autre se conservaient le respect des aïeux et le culte héréditaire.

Nos races latines ont gardé le culte des morts. Puisse-t-il durer toujours pour rappeler le lien moral qui doit unir les générations qui s'en vont avec celles qui arrivent, puisqu'il existe entre elles une étroite solidarité pour les fautes commises et pour l'expiation inéluctable! Mais souvent le mal sort du bien. L'antique et pieuse coutume d'honorer les morts comme des êtres divins conduisit les Grecs, puis les Romains, à décerner l'apothéose à des princes. La divinisation des rois et des empereurs, qui nous est justement odieuse, ne l'était pas plus aux contemporains que la canonfsation ne l'est aux catholiques. C'est parce qu'on n'a pas reconnu une croyance pieusement enracinée durant des siècles au cœur des populations, qu'il a été écrit tant de déclamations contre les honneurs rendus aux divi Au- (jn$ti\

Catalogue, n* 2422, p. 298), d*après le Mmeo Borbonico, XIV, tav. XLI-XLQI et fiircb, Histonj of ancieni Pottery, p. 287 et 289. — Autour du Palladion et de Tautel de Zeus Herkéios se groupent les scènes les plus dramatiques de TUioupersis ou Destruction de Troie. — I. Au centre, assis sur l'autel de Zeus Herkéios, est le vieux Priam. Déjà blessé à la fête et à Tépaule droite, il tient sa tète de ses deux mains : sur ses genoux est étendu le cadavre d^Astyanax ; à ses pieds est le cadavre de Politès. Néoptolémos, Tépée levée, va égorger le vieillard qu'il a déjà saisi par répaule. Derrière Néoptolémos, un Grec à genoux se défend contre Andromaque qui s*appréle à le frapper d*un lourd pilon. — II. Derrière Tautel, au pied d'un palmier, est assise une Troyenne qui s'est réfugiée auprès du Palladion. La statue, de forme archaïque (Ç6avov), se dresse sur une base; la déesse porte le casque, est armée du bouclier et brandit la lance : on dirait qu'elle prend part au combat. Derrière le Palladion est assise une Troyenne; devanl est agenouillée Cassandre, qui s'y attache de la main gauche et tend, en suppliante, la main droite vers Ajax. Le héros Ta déjà saisie par la tête : à ses pieds est étendu Corœbos. — lil. Deux scènes moins violentes terminent à droite et à gauche cette composition singulièrement ordonnée. A gauche, Ênée s'enfuit, portant sur son dos son père Ânchise et accompagné de son flls Ascagne. Énée seul est armé : tous trois tournent la tête en arrière vers leur ville qu'ils abandonnent. — IV. A droite, les Théséides sont représentés reconnaissant leur aïeule Jlthra, assise derrière Andromaque. La dernière figure, plus petite que toutes les autres, est celle d'Hélène : assise sur une pierre, Hélène pleure à la vue des malheurs qnVlle a causés.

» Voy. Ilist, des Rom., t. IV, p. 48-42 et 151.

268 JIISTOinE LÉGENDAIRE (2000-1104?).

Page 1