Scène (le sacrifice
rendus sur la terre et garantissaient sa protection. Du reste, il permettait à ses adorateurs, comme un père débonnaire à ses enfants, de s'asseoir au festin qui lui était servi et de partager avec lui la victime. Un sacrifice était un repas sacré, une sorte de communion religieuse entre la divinité, les prêtres et les fidèles. Ceux-ci, pour faire
* Peinture dn vase, d'après Gerhard, Ataerle». Vatenb., Taf. CLV, An centre esl l'autel sur lequel ne brille pas encore la flamme ; on y Toil un objet arrondi, peut'ëtre une des conies àe \» victime. A gauche est le personnage qui offre lé sacrifice ; il est couronné de laurier, a la main gauche levée en signe d'adoration et tient nue coupe de la main droite, [fiké, la déet^se de la Victoire et du Succès, y verse la liqueur qui servira à la libation. (Sur le nom que porte ce personnage, APXENATIIII, mot h mot celui qui commande le navire, voy. Gerhard, ibid., 111, p. 21 et suiv. Le savant reconnaît dans celle scène un sacrifice offert par l'un des Argonautes.) A droite sont deux aides couronnés de laurier : ils tiennent en main une longue baguette qui serl de broche et à laquelle sont piquées les chairs de la TÎctime. Vient ensuite un joueur de lli'ile, également couronné : l'iuscription S[û]SS1T0^ qu'on a justement rapproclire de HafigiTo;, indique qu'il prendra pari au repas sacr^.
honneur au dieu, consommaient le plus possible de viandes saintes, de gâteaux sacrés et de vin ayant servi aux libations. McQiitv, dit Aristôle, signifiait d'abord boire après le sacrifice ; les pieux excès, si sou- Tenl renouvelés, lui valurent le sens de s'enivrer'.
L'usage romain de coucher les statues divines sur un lit pour leur offrir un repas sacré, existait aussi en Grèce. Un grand nombre de bas-reliefs représentent cette cérémonie et des inscriptions la mentionnent'.
Le sacrifice le plus complet, mais le plus rare, était l'holocauste, où la victime réservée au dieu seul était brûlée tout entière; le plus solennel, l'hécatombe; i* ut des dieux le plus efficace, celui où avait coulé le sang le plus précieux, comme dans l'immolation d'Iphigéhie, la viciée fille du roi des rois. Le pauvre qui n'avait pas de victimes offrait de petites images en pâte, et ce sacrifice n'était pas le moins bien reçu. Apollon surtout exerçait sur ses fidèles une action morale. Un riche Thessalien immole à Delphes cent bœufs aux cornes dorées, tandis qu'un pauvre citoyen d'Hermione s'approche de l'autel et y jette une poignée de farine. « Des deux sacrifices, dit la Pythie, le dernier est de beaucoup le plus agréable au dieu*. » Les philosophes des derniers temps parle-
* Athéuée, li, 13. « On ne sacririait pas tous les animaui à tous les dieux; on n'ofTraît ni chèvres à Hinerve, ni porcs à Aphrodite, mais on sacriDail le porc .i Cérès, parce qu'il détruit les fruits de la terre, et le bouc à Bacchus, parce qu'il nuit aui vignes. Les victimes de- Taient avoir un certain âge, et leur sexe âtait généralement r^lui de la divinité à laquelle on les ofTrait. Les victimes blanches étaient réservées aux dieux supérieurs, les noires aux dieux de la terre et de ta mer. ti (Salomoa Reinach, Manuel de philologie clattique, tome I, p. 363.)
* P. Girard, Bull, de coiretp. Hellén., tome II, p. 74. l'inventaire du mobilier de Héra, à Samos, mentionne une table avec sa nappe, des couteaux, des coupes, etc. Voy. ci-dessous, p. 287, n. 3. Le lias-rolirf, reproduit p. 279 d'apn-s VExpidiUon ÈcieulifiqHe de Mirée, II, pi. 63, est encastré dans l'église de Herbaka près d'Argos. — C'est un ei-voto à Esculape et à livgie. Esculape est étendu sur un lit au pied duquel est assise llygie : tous deux godtent les mets placés devant eux sur une table, tandis qu'un cadmile(a\i serviteur des dieux), debout à droite, plonge dans le cratère un vase plus petit et s'apprête à leur verser à boire. A gauche, est la Camille des suppliants, lu main droite levée dans l'attitude de l'adoration [::fnatvffy. Au-dessus des suppliants, apparaît dans une lucarne une tète de cheval : elle semble regarder dans le temple qui est llgiiré par deux pilastres surmontés d'une architrave. La présence du cheval dans ces ex-voto n'a pasencore élé expliquée d'une façon satisfaisante. Sur cette qiiesiion et sur celle série de bas-reliefs, voy. F. G. Welcker, Aile DettkmJller, II, p. 'IZi et suiv. — P. Girard dans le Bull, de Coii: hellin., II (1878), p. 68 et suiv.
' Revers d'une monnaie de bronze à l'effigie de l'empereur Haximin, frappée à Mcomédie de Bilbynie. Le lit des dieux est surmonté de palmes et de couronnes ; dessous, on voit une ligure de tliaque côté d'un grand vase. En légende : NIKOMIIAEÛN NI^KOPON.
' Porphyre, de Abttin., H, 15. Sur des abstinences plus méritoires, parce qu'elles étaient plus diniciles, voyei Haury, op. cil., au chapitre vu.
280 HISTOIRE LÉGKNDAIRK (2000-H04?).
ront ainsi et ne tiendront nul compte de l'ostentation des sacrifices fastueux. Mais, avant eus, Euripide avait écrit : « Des hommes apportent au Icmple de chétives offrandes, et ils sont peut-être plus religieux que ceux qui immolent de grasses viclimes. •• La Grèce qui. dans son premier âge, croyait que les grands seuls étaient écoutés des dieux, ouvrira donc, dans le temps de sa maturité, les temples et le ciel à l'indigent obscur. Celle révolution morale correspondra à la révolution politique qui donnera des droits à ceux qui, aux premiers jours, n'en avaient pas.
Les offrandes devaient être pures, les victimes parfaites, le prêtre ne pas avoir un défaut dans son corps, le suppliant une pensée mauvaise dans son esprit, et l'on ne s'approchait des autels qu'après s'être purifié par t'eau, symbole de la purification morale. A la porte du temple se tenait un prêtre qui répandait l'eau Monnaies d'Épidaure '. lustrale suF Ics maius et la tète des
fidèles; quelquefois même on recourait à une sorte de baptême [lar immersion'. Dans toutes les religions, la purification est l'acte nécessaire pour approcher du dieu. «Mais, dira 19 Pythie, si, pour purifier l'homme de bien, une goutte de cette eau suffit; pour le méchant, l'Océan tout entier ne sufTirail pas »; et les prêtres d'Asclépios (Esculape), à Épidaure, avaient écrit sur son temple : « Ce sont les pensées saintes qui font la pureté véritable. »
Pour expier un meurtre, même involontaire, il fallait des purifications solennelles. La légende en imposait à Apollon après qu'il eut tué le serpent Python et |)ercé les Cyclopes de ses (lèches. Un meurtrier se présente à Delphes, l'oracle le repousse et lui prescrit, comme pénitence puhlique, d'aller, dans un temple du cap Ténare, se soumettre aux cérémonies expiatoires. Les villes mêmes, afin d'éloigner un fléau ou de conjurer la colère d'un dieu, devaient être purifiées; ainsi Athènes le sera par Ëpiniénide et Délos par les Athéniens- Un rite plus singulier se |)ratiquait à Samothrace. Les Cabires obli-
* TAli- laiirée d'Kscubpe, à <iroiIi<. i^. E!icula|M^ nïsi> .sur iiti Iràne à gauche, appiijé de la main gauche sur un long sceptre, et doiiiintil, de la main droite, à manger à un serpent qui se dresse devant lui. Dans le champ, la lettre E, initiale du nom d'Épidaure; sous le trône, un tynibole incertain. (Honnaie d'argent.)
* Anlhologie Palatine, XIV, 71.
RELIGION llE LAGE HÉROÏQUE. 281
^caicnt le suppliant ù se confesser d'abord à leurs prêtres. Mémo exigence ù Delphes : le coupable devait avouer son crime au prêtre d'Apollon et promettre le repentir*.
Dans une invocation à Zcus « qui habite la froide Dodonc », Achille parle des Selles, « ses interprètes, qui couchent sur la terre nue et dont l'eau ne lave jamais les pieds ». Mais les *'*""" •**"■"*■ Grecs n'ont guère connu l'ascétisme et ne lui attribuaient aucun
Saui-iûcc il Esculapc*.
mérite. Ils voulaient bien prier les dieux et leur faire des of-
' l'iutarque, Apophikegmala Laconica : Anlalcidat, I. Ili, p. 3G5, éd. Didol. cl Lytandre, itid,, p. 383. Je lis dans la Religion du Mexique, de M. Révilk-, p. 176, que les Het icaiiis avaient aussi la confession.
' Revers d'une moniiaii' <1p bronze ii l'efligie de Gordien le Pieux, frappée à Patara de Lycie. Apollon, dans sr.a fonctions de devin, est représenlé debout, lenanl une liranclie d'olivier ; à cùté de lui, un voil un trépied surmonté d'un serpeni, et un roriieau (lej'elié ^ur une petite
' Bas-relief découvert à Athènes dans les fouilles de l'Asklépiéion, d'aprèsune iihologi-npliie. — La scène se passe dans le temple, en présence du dieu qui est assis à gauche et de sa fille llygie, debout auprès de lui. La victime est aupn's de l'aulel et derrière elle on voit la famille 4fi suppliants. Au dernier rang une femme porte sur la tète une grande ciste cylindrique, à deiui-recouverte d'un morceau d'étoffe : celle ciste contient sans doute les gâteaux (i:di:ovEi)
282 HISTOIRE LÉGENDAIRK (2000-1104?).
frandes ; ils n'entendaient pas leur sacrifier les joies de la vie \ Ces dieux, nés de la terre, passaient pour rester en communication constante avec les hommes. A chaque instant des signes se montraient dans l'air, dans le corps des victimes, et des oracles parlaient dans tous les temples. Deux aigles planant sur l'assemblée que Télémaque avait convoquée dans Ithaque et se déchirant le cou de leurs ongles, prédirent aux prétendants le sort qui les attendait. Les entrailles des victimes, dont un défaut de conformation était un signe funeste, la direction de la flamme et de la fumée du sacrifice, ^e vol des oiseaux, surtout de ceux, messagers célestes, qui, descendant des hauteurs de l'atmosphère, semblaient en rapporter des ordres suprêmes, l'éclair qui déchire le ciel, les songes envoyés par Jupiter, des sons inattendus, des rencontres fortuites d'hommes et d'animaux, des mots prononcés au hasard, car le hasard était la volonté divine, révélaient aussi l'avenir. Des devins interprétaient les présages et les prêtres faisaient parler les dieux*. Il y avait donc comme un dialogue continuel entre le ciel et la terre. Tout en gardant son fond d'esprit rationaliste, le Grec crut avoir, dans les oracles, une révélation permanente de la volonté divine. Heureusement la sagesse politique les interprétait et les intérêts de l'État n'en souffriront pas. L'Hellène, non plus, ne courbera pas son intelligence, ainsi que fera le Romain, devant tous les signes dont l'aruspicë cherchera le sens. Agameninon s'irrite contre Calchas, « prophète de malheur, qui n'aime qu'à prédire le mal. » Polydamas, pour détourner les Troyens d'attaquer les vaisseaux des Grecs, leur annonce un signe funeste : un aigle au vol altier planait à gauche, tenant dans ses serres un dragon couleur de sang qu'il laissa tomber avant d'avoir atteint son aire et nourrit ses aiglons de cette proie vivante. Hector lui répond avec un dédain superbe et un vers héroïque: « Je ne m'inquiète point si des oiseaux volent à ma droite du coté de l'aurore et du soleil, ou à ma gauche vers
qu'on doit faire griner sur Fautel avant d*égorger la victime, et les offrandes précieuses. (A'oy. Bull, de Corr. hellén., II (1878), p. 70 et suiv.)
* Voyez cependant ci-dessus, p. 454, n. 1. Le stoïcisme qui viendra à la suite de Platon recommandera les pratiques d'ascétisme, et TÉglise les prescrira : divorce entre Tàme et le corps, qui ne vaut rien, quel que soit celui des deux principes de la vie complète qui sera sacrifié. De leur union, au contraire, naîtra, par l'art et la pensée, la glorieuse civilisation de la Grèce.
* Sur la divination chez les Grecs, voyez le savant livre de M. Bouché-Leclercq, EhL de la divination dans Vantiquilé. Je ne donne pas les détails des rites qu'on accomplissait dans les sacrifices, ils sont partout. On en trouvera, dans Ylphigénie en Aulide d'Euripide, une poétique description.
les ténèbres immenses, le meilleur des augures est le combat pour la patrie*. »
J'ajouterai certains détails qui conviennent moins aux temps héroïques qu'aux siècles suivants, mais sur lesquels je n'aurai pas l'occasion de revenir.
Le temple, aux anciens jours, était soit une grotte obscure où des bruits mystérieux étaient pris pour des oracles, soit un tronc d'arbre qui portait, cachée sous son épais feuillage, une image informe de la divinité; Pausanias, au second siècle de notre ère, a vu encore des temples de cette sorte. Celui des âges postérieurs se composait d'une vaste enceinte limitant le terrain sacré, et que ne devaient jamais franchir ceux à qui il était interdit de participer aux sacrifices communs*. Au centre, s'élevait sur une solide assise, le sanctuaire véritable, la cella tournée vers l'Orient, qui contenait l'image du dieu et souvent celles des divinités ou des héros que le dieu principal consentait à admettre dans sa demeure. Ainsi, dans nos églises, des «saints ont leurs chapelles particulières. Près de la porte, le vase renfermant IVau lustrale que l'on conservait pure en y jetant du sel ; sous le parvis, rfovaoç, ou au bas des degrés par lesquels on montait au temple, Tautel qui, dans l'origine, n'était qu'un tertre ou un monceau de pierres et qui plus tard fut une table de marbre entourée de guirlandes de fleurs et décorée de bas-reliefs. A Olympie, on ramassait chaque jour les cendres des victimes, on les gardait avec soin, et au bout de l'an, après les avoir délayées avec de l'eau puisée dans TAlphée, on en enduisait le grand autel, qui prit ainsi peu à peu des proportions énormes. Quand Pausanias le vit, il avait cent vingt-cinq pieds de circonférence et vingt-deux de hauteur. L'autel d'Apollon Spodios, à Thèbes, était également fait de la cendre des victimes.
A l'intérieur des temples, on suspendait les offrandes des citoyens, (les villes et des rois, nombre aussi d'ex-voto, surtout dans les Asclé" piom, en reconnaissance d'une guérison miraculeuse ou d'un salut inespéré'. Souvent l'État et les particuliers metfaient sous la garde
« Iliade, XU, 243.
^ Homère ne mentionne que les loniples de Minerve à Athènes et d'Apollon à Delphes (Odyu., Vm, 80), mais il y avait partout de grossiers sanctuaires. (Ibid., VI, 9.)
* Voyez ci-dessus, p. 277, le bas-relief de Herbaka qui est un de ces ex-voto. Cf. Beulé, T Acropole d'Athènes y t. I, p. 298. Des ex-volo représentaient, dans les temples d'Ksculape, \v.s parties du corps qui avaient été guéries. Voy. Le Bas, Inscripi. des îles de la vier Egée, \\* 280, p. 208, et au Bull, de Corr, hellén., t. I, p. 150-1(59, t. U, p. 06, le curieui catalogue des ex-
284 IIISTOIIIK LÉGENDAIRE {2000-1104?).
du dieu, à côté des richesses du temple, le Irésor public ou leur forlunc privée.
Au nombre des plus précieux objets étaient les reliques des héros: à Olympie, l'épaule de Pélops, dont le contact guérissait certaines maladies:
à Tégée,, les ossements d'OrcsIe, qui donnèrent aux Tégéates la victoire tant qu'ils surent les garder. Lorsqu'ils U's eurent perdus par la fraude pieuse de Lichas, il leur resta les chevcuï de Méduse, qui, placés sur leurs murs, sufiisaienl à mettre en Tuile l'armée ennemie; l'orteil de Pyrrhus fera aussi merveille*.
Les statues des dieux devaient, pour le moins, posséder autant de vertus que les reliques des héros. Elles en avaient de particulières: l'une guérissait les rhumes, l'autre la goutte. L'image d'Hercule à Érjthrées avait rendu la vue à un aveugle; à Trézène, la massue du héros tombée à terre était devenue un magnifique olivier sauvage. Plus souvent, les simulacres se couvraient de sueur, agitaient les bras, les yeux, leurs armes; c'étaient de grands signes. Dans ces temples, foyers de la superstition populaire, tout s'animait et parlait ; il y avait même des miracles périodiques : à Andros, le jour de la fêle de Bacchus, l'eau se changeait en vin.
Instruments dociles ou acteurs intéressés ,, . ^. ^ , de CCS merveilles, à la fois complices des
Sonnaio d Andros'. "^
fraudes pieuses et adorateurs convaincus des miracles qu'ils opéraient*, les prêtres gagnaient, à faire parler les dieux, de ia considération et du bien-être. Ils recevaient leur part
volo dernièrement rlécouTerts sur la pente méridionale de l'Acropole d'Athènes. Dcui stèlrs contenant le récit dn guérisons miraculeuses ont été exhumées par Garvadios n Ëpidaure ri traduite par M. S. Reinacli, Rev. Ai-ch., 1884, II, p. 278 ; 1885, 1, p. 265. « A Agrigenle. dit Cicéron {in Yerrcm, IV, 45), se trouye une statue dont la bouche et le menton ont été usés par les baisers de ses adorateurs. »
' Télé de ia Gorgone; au revers, lion qui gueUe ou qui dévore. (Télradrachme allique lr« arcliaïque.) Cf. Beulé, le* Monnaie* d'Athènea, p. 24 et suiv.
* Plularqiie, Pyrrhtu, 3, et Pline, Hàl. nal., VU, 2.
' Télé de Bacchus couronnée de lierre, à droite; derrière, h lettre *, marque d'alelier. i^. ANiP. Panthère debout, à droite. (Argent.)
* On a constaté dans plusieurs temples que le mur renfermait une f:;alerie aboutissant â l'endroit où la statue s'élevait : ainsi au temple d'Isis, à Pompéi.dnns unli'mplede Ninies.elc. L'abbé de Guasco {De l'tuage dei tialuet chet le* ancien*^ 1768) a relevé beaucoup de merveilles accomplies par les statue des dieui et les moyens employés pour les produiie.
des viclimes, qiianlitù d'offrandes, soit en objets précieux pour la décoralion du temple ou de la statue d'un dieu, soit en terres dont le produit leur appartenait, sous la surveillance d'un conseil de fabrique', cl sous la condition d'employer ces revenus ù l'entretien du sanctuaire et aux dépenses du culte. Delphes avait des domaines aussi grands qu'une province. L'Athénien Nicias donna un jour au temple de Délos un palmier de bronze pour le dieu et une terre de 10000 drachmes pour les „„ , ,
prêtres, qui s'obligèrent en retour à célébrer chaque année un festin sacré en son honneur et à prier pour lui' ; on dirait une de nos fondations dt; messe perpétuelle. Uiodore de Sicile parle d'un temple dont les prêtres nourrissaient trois mille bœufs (tans leurs prairies. Des esclaves étaient aussi donnés aux dieux ; ils devenaient alore hiérodules, ou serviteurs du temple, et cette condition leur assurait un sort préférable môme à celui de l'aiTranclii ': peu de travail, grasse nourriture et aucun souci d'avenir ^
Xénophon nous a conservé les détails d'une de ces fondations pieuses. Lorsque les Dix-Mille furent arrivés à Gérasonte, on partagea le butin en réservant la dime d'Apollon et de Diane que les généraux reçurent en dépôt pour l'offrir aux dieux. Xénophon partagea l'argent qu'il reçut à ce titre eu deux portions ; de l'une il fit une offrande à Apollon Delphien et la déposa dans le trésor des Athéniens; avec l'autre, il acheta, prés de Scillonte, un lerritoire qu'il consacra à Diane : « 11 y érigea un temple et un autel, et depuis ce temps il a toujours offert à la déesse un sacrifice et la dime des productions de ses terres. Tous les citoyens de Scillonte, tous les habitants du voisinage, hommes ei femmes, prennent part à la fête. La déesse fournit aux assistants de la farine d'orge, du i>ain, du vin, des i'ruils, une portion des victimes engraissées dans les pâturages sacrés et du
' 'liii TisBuoia, ([nscr, de. Bœckit, n' 2693 c et 2695 f.) Voyez au cliap. m, les CUrouquies rondécs pnr Alhéiies au cinquième siècle.
* Tu Sili'ue nssis, joue de la doulik tlùU'., nu pierl d'un platane (iorrii're lequel est placi'e une slalQp de l*ri3pe sur une colonne; une jeune fille apporte des oITrandes, des fruits sur une pattre et du viu dans une œnochoé; une vieille femme voilée présente au dieu un ol(iel incer^ nia, peul^ètro une guirlande. (Camée sur sardiinyx .1 deux couches; 'i'i mill. de hauteur sur âT de largeur. Cabinet de France. Chaliouillel, Catalogne de» Caméa, etc., n' tji.)
' Hutarque, Niciai, i.
' Bull, de corrup. hellén., I. III, p. %, el I. Vlll, p. Gô et suiv.
' Strubnn ÇiU, p. 5ô5) en vit plus de dix mille attachés au service de la déesse Va, à Gomaiiade Cappadoce.
286 HISTOIRE LEGENDAIRE (2000-1104?).
gibier; car les fils de Xénophon et les autres habitants faisaient, pour cette fête, une grande chasse à laquelle assistaient tous ceux qui le souhaitaient. On prenait, soit sur le domaine de la déesse, soit sur celui de Pholoé, des sangliers, des chevreuils et des cerfs. Dans l'enceinte consacrée à Diane sont des bocages et des montagnes couvertes d'arbres, où Ton peut élever des porcs, des chèvres, des bœufs et des chevaux. Les chevaux de ceux qui viennent à la fête y sont abondamment nourris. Autour du temple même, on a planté un verger d'arbres fruitiers qui donnent toutes sortes d'excellents fruits selon les saisons. Le temple ressemble, en petit, à celui d'Éphèse; mais, à Éphèse, la statue de la déesse est d'or; ici, elle est de cyprès. Près du temple est une colonne avec l'inscription suivante : te Ces terres sont consacrées à Diane. Que celui qui les occupera et en recueillera les fruits en offre tous les ans le dixième, et que du reste il entretienne ce temple : s'il le néglige, la déesse y pourvoira. » Chez les anciens, la religion se mêlait à tous les actes de la vie; Xénophon, quoiqu'il appartînt à un âge où le scepticisme gagnait bien des esprits, restait un croyant : il commençait son Manuel du cmninan" dant de cavalerie par ces mots : « Avant tout, il faut sacrifier aux dieux.... ))
ce L'autel des dieux, dit Euripide, est le refuge commun*. » Avant lui, Eschyle avait écrit de son style énergique : « L'autel vaut mieux qu'un rempart; c'est une armure impénétrable*. » Les temples avaient donc, ainsi que nos églises du moyen âge, le droit d'asile. S'ils se fermaient devant l'excommunié, ils s'ouvraient, par une touchante exception, pour le suppliant. Celui qui portait les bandelettes de laine ou les rameaux verts, signes du malheur et de l'invocation adressée à la protection divine, avait toujours le droit de les déposer sur l'autel, près duquel il s'asseyait lui-même, sous l'œil et la main du dieu. Pour lui, les bois sacrés où le prêtre seul avait droit d'entrer devenaient une retraite inviolable. Parfois la protection de l'asile le suivait hors du temple, et le débiteur, l'esclave, réfugiés dans l'enceinte sacrée, y laissaient, en sortant, l'un sa dette, l'autre sa servitude. « Il suspendait ses chaînes, dit Pausanias, aux arbres du bois sacré, et il était affranchi d'esclavage". » Ailleurs le maître était forcé de composer avec lui.
* Ij^s Héradides, 2(50. Les droits de I^hospitalité étaient sous la garde de Jupiter Xénios.
* Le» Suppliantes, 185.
^ Liv. U, cii. xui, 4, au sujet du temple d'Hébé à Phlionte. Même chose dans celui d'Hercule,
L'usage des quêtes pieuses n'était pas inconnu. Pour la reconstruction du temple de Delphes, on quêta par toute la Grèce et jusqu'en Egypte*. Nombre d'amendes étaient prononcées au profit des dieux; elles allaient, avec la dime du butin, et chez quelques peuples avec celle des fruits de la terre, grossir le trésor des temples: au cinquième siècle, celui de Minerve à Athènes recevra un soixantième du tribut des alliés, soit chaque année 10 talents. Aussi les temples seront souvent assez riches pour faire la banque en prêtant à gros intérêts*. On ne voit pas cependant que le sacerdoce païen ail jamais eu à son usage privé des biens considérables comme notre ancienne Église. Les prêtres étant, dans la vie ordinaire, citoyens ou magistrats, et pontifes seulement à l'autel de leurs dieux, les biens restaient attachés au temple sous une administration séculière', et
à CaDope. Du moment que Tesclaye fugitif avait reçu les stigmates divins, il devenait le serviteur du dieu. (Hérodote, II, 115.) Pour la question de Tesclavage, voyez l'ouvrage classique de Wallon.
* Hérodote, V, 62.
* Une grande inscription du milieu du cinquième siècle, trouvée en ces derniers temps à Eleusis, est un décret du peuple athénien qui règle « xaerà là n^rpia xa\ ttjv p.avTe(av ttsv Ik AfXç&v )», que les Athéniens et leurs alliés offriront aux dieux d'Eleusis ^ pour 100 médimnes d'orge récolté, -^ pour 100 médimnes de blé. « Si quelqu'un récolte annuellement plus ou moins, qu'il offre les prémices -en proportion. » Le décret ajoute que l'hiérophante et le dadouque,lors des mystères, inviteront les autres cités helléniques à envoyer aussi les prémices de leurs récoltes et que le conseil d'Eleusis fera porter partout cette invitation. Ces orges et froments, gai*dés dans des silos, étaient successivement vendus et, avec le produit, on achetait des victimes pour les déesses et des offrandes pour leur temple. L'inscription se termine par l'annonce d'un autre décret sur les prémices de l'huile. On voit que le temple d'Eleusis était bien rente, puisque les prémices auxquelles il avait droit dépassaient la dîme que notre ancien clerçé prélevait sur les récoltes; mais on avait eu soin de fixer quelle serait, sur ce revenu, la part prélevée par les prêtres et les prêtresses, ce qui ne se faisait pas dans nos églises et nos couvents. Cf. Foucart, BulL de Corr. hellén., t. IV, p. 225, et t. VIII, p. 194.
^ À Athènes, l'administration des biens de Minerve était régie par dix trésoriers annuellement élus, un par tribu, lis dressaient l'inventaire des richesses du temple en or, argent, étoffes précieuses et tout ce qu'on appelait le »i<mo4 de la déesse, et ils le remettaient à leurs successeurs, en séance du conseil des Cinq Cents. Les statues les plus anciennes et souvent les plus vénérées étaient informes; on les couvrait de bijoux, de tuniques, de voiles, de bandelettes, et leur toilette, xoau.r.(n;, était fréquemment changée. Aussi le vestiaire d'une déesse était-il très encombré. L'inventaire du temple de Junon, à Samos, qui nous reste, est fort long et très curieux. Outre sa garde-robe, la déesse avait son service de table, nonîpia, pour les repas sacrés. Voy. Karl Curtius, Monnaie de Samos. Intchriflen^ n* 6; Foucart, les Clérouquies, dans les Mém. de VAcad. des ( Cabinet de France. ) inscr., 1879, p. 387 et suiv.; BulL de Corr. helL, VI, p. 111-2. Des monnaies de Samos montrent que l'usage de costumer ainsi la vieille statue de bois qui représentait Héra durait encore sous l'empire romain. Cet usage, qui existe toujours dans rinde (Monier Williams, Religions ihoiight in India, p. 144 et suiv.), était pratiqué pour toutes les divinités, comme il l'est encore pour les nôtres. Apulée (Met., XI) représente Isis
servaient de ressource à TÉtat dans les nécessités publiques, au lieu de devenir la propriété d'une caste sacerdotale qui n'exista jamais en Grèce.
Les femmes grecques, étant toujours en tutelle, ne pouvaient disposer de leurs biens sans l'autorisation de leur xiîptos; une exception paraît avoir été faite pour les donations pieuses*; et Ton peut être assuré que les temples en reçurent beaucoup.
Certaines familles, à cause des légendes formées autour de leur nom, possédaient des sacerdoces héréditaires, ceux des dieux et des héros regardés comme les auteurs de leur race, ou dont elles avaient apporté le culte dans la cité. Mais cette hérédité religieuse qui, aux anciens jours, avait fait leur puissance, ne leur valut, dans Tépoque historique, que des honneurs et ne les affranchit d'aucun des devoirs du citoyen. Gardiens de la divinité, de son temple, de ses trésors et des traditions de son culte, les prêtres n'étaient que des fonctionnaires religieux. Ils guidaient les citoyens dans l'accomplissement des rites et ils repoussaient de l'autel national l'étranger qui n'avait pas le droit de sacrifier aux divinités poliades.
Ainsi, à Athènes, la prêtresse interdit au roi Spartiate Gléomène l'entrée du temple d'Athéna. Une des conditions pour exercer un pontificat était de n'avoir aucun défaut corporel', règlement qui passera dans rÉglise chrétienne.
Autre conséquence de ce fait important, l'absence en Grèce d'un corps sacerdotal : il n'y eut pas plus de dogme pour gêner les philosophes, qu'il n'y avait de « temporel d'Eglise » pour gêner l'Etat. Le Creào n'ayant pas été mis sous la garde jalouse d'une classe intéressée à le retenir au fond d'un sanctuaire, derrière des portes
ayant sur la t^lo une couronne de fleurs et un nimbe lumineux, vêtue d'une robe à couleurs changeantes et d'un manteau noir semé d'étoilcîs, et on a les inscriptions d'une Ornatrix DianaB, Murât., 104, 4, et, à Nimes, d'une ornatrix fani. (Rev. épigr, dumidi de la Fr., 1885, n* 50, p. 149.) Ce n'était pas la déesse seule que ses fidèles couvraient de voiles magnifiques. Tout autour d'elle et au-dessus de sa tète étaient suspendues des tapisseries richement brodées. Voyez le curieux livre de M. de Ronchaud, La tapmerie dans Vantiquité; le Péplos d'Athéné; la décoration intérieure du Parthénon^ 1884. Singulière rencontre dos idées et dos coutumes. Le roi de Syrie, Antiochus Kpiphane, enleva du temple de Jérusalem le voile qui devait toujours cacher le Saint dos Saints, et en fit offrande au Zeus d'Olympie, comme le sultan et lo khédive en offrent un chaque année au sanctuaire de l'Islam. (De Saulcy, Ilisi. de Varl judaïque^ p. 574; Clermont-Ganneau, The veil oflhe temple of Jérusalem at Olympia^ 1878.
* H. Lewy, De condicione mulierum Gnecai-um, 1885, p. 18-22.
* ... ôX6/.Xrjpov. (Platon, au livre VI des Lois, 1. 11, p. 555 éd. Didot.) Celte règle était générait». Voy. Foucart, Inscr. iniklile de l'île de RliodeSf n° 00: Le Bas et Waddington, Inscr. d'Asie Mineure^ IV 559; 0. Rayet, Revue archéol.^ 1874, 11, p. lOtî.
d'airain, la Grèce deviendra, par excellence, le pays de la libre recherche dans le domaine de la pensée.
Ce clergé, si faible politiquement, était cependant armé d'un droit considérable : il pouvait exclure un coupable des sacrifices communs et appeler la malédiction divine sur la tête d'un sacrilège. Debout et la tête tournée vers l'occident, le prêtre le maudissait en secouant sa robe sacerdotale, comme s'il le rejetait du temple et de la cité *. Mais cette excommunication différait de la nôtre en un point essentiel : les divinités étant nombreuses et divereement honorées dans chaque ville, la condamnation prononcée en leur nom n'avait pas le caractère redoutable des sentences portées au nom d'un Dieu unique, par une Église universelle, qui ne laissait point de refuge au condamné. L'excommunication grecque frappera quelquefois toute une ville, même un peuple entier, que d'autres peuples feront mettre au ban de la Grèce; alors auront lieu les longues guerres et les abon[iinables égorgements qui sont habituels dans les luttes religieuses.
Durant plus d'un siècle, les Alcméonides furent exposés à de pieux ressentiments pour n'avoir pas épargné les amis de Cylon, suppliants de Minerve; les Phocidiens seront, comme nos Albigeois, voués à l'extermination, et si Alcibiade était rentré dans Athènes, après que les prêtres l'eurent excommunié, il eût été jeté au barathron.
Tels étaient les traits généraux du polythéisme grec. Malgré les résen^es qui ont été faites, aux pages 274-275, touchant l'influence heureuse que pouvaient exercer certaines croyances, il faut bien reconnaître qu'une religion qui représentait la plupart des dieux comme livrés aux plus honteuses passions, commettant le vol ', l'in-
* Lysias, Contre Andocide, 50-51. Voyez, dans Eggef, Mémoires de littérature ancienne ^ la formule d'imprécation des Téiens et, dans son Mémoire mr les traités publics, celle des Amphiclyons. Voici la dernière qui nous a été conservée parËschine, Contre Ctésiphon, §109-113 : « Si quelqu*un, soit ville, soit simple particulier, soit nation, contrevient h ce serment, qu'on maudisse celle personne, cette ville, cette nation, comme exécrables et dignes de toute la vengeance d*Apollon, d'Artémis, de Latone et de rAthéna Pronaia. Que leurs terres ne produisent aucuQ fniit; que leurs femmes n*accouclient point d^enfants qui ressemblent à leurs pères, mais de monstres; que, dans leurs troupeaux mômes, aucune béte ne mette bas que des animaux formés contre nature. Qu'ils aient toujours le dessous et à la guerre, et dans leurs procès, et dans les délibérations publiques ; qu'ils soient entièrement exterminés, eux, leurs maisons et leur race; qu'ils ne sacrifient jamais saintement à Apollon, à Artémis, à Latone, à TAthéna Pronaîa, et que jamais ces divinités n'aient leurs offrandes pour ^éables. » Deux mots inexacts ont été corrigés dans la citation.
* Ihirant les l'êtes de Mercure, à Samos, il était permis de vpler. (Plutarque, Queslionê grec»' 7w«, § 55.)
290 HISTOIIIE LÉGENDAIRE (2000-H04?)
cesle, l'adultère, respirant la haine, la vengeance, et qui obscurcissait !a notion du juste, en légitimant le mal par l'exemple de Ceux qui auraient dû être la personnification du bien, n'avait point la vertu nécessaire pour aider beaucoup au perfectionnement moral de l'individu. Il est même permis de voir en elle une cause active de la démoralisation qui se développa dans les âges postérieurs.
Le fond du polythéisme étant l'adoration des forces productives de la nature, il y eut toujours dans son culte des rites dangereux et des images qui devinrent obscènes, parce qu'on voulut figurer, par des symboles matériels, les diverses conceptions du naturalisme'. Pour quelques-uns qui, dans le signe extérieur, ne voyaient que l'idée, combien finirent par ne plus voir que la représentation qui plaisait à leurs sens et qui leur semblait justifier le désordre en le divinisant. Aussi Aristote dira-t-il, en parlant non pas d'une loi existante, mais d'une Vénus'. loi à faire : « Il ne doit être per-
mis qu'aux pères de famille de célébrer les rites où la pudeur des enfants serait compromise, et il sera défendu à ceux-ci d'assister aux représentations des comédies et des drames satyriques jusqu'à ce qu'ils aient l'âge nécessaire pour se préser\'er eux-mêmes des mauvaises influences. >■ Ces lé-
■ Voyoz, dans les Aeharnien» d'Arisloptianc, le sacrilice de DicéopoUs à Bacclius, t. SIS cl suiv., el, dans Origine [adv. Celtum, IV, 48), les paroles de Chrysjppe au sujet de l'union de Jupiter et de Junon. Aristole {Politique, VIII, 4) demandait qu'on proscrivit les représentations obscènes, mais on ne l'écoula pas. Les courtisanes de Corintlie avaient des foiKlions religieuses (Athénée, XIII, 52), et le dieu sévère de Delphes acceptait, dans son tempk, une statue dorée de o Phrjiié In Th<?spienne », commandée par ses amants (Pausanias, X, 14, 7).
■ Slatuelle en brome, de la coUeclion de Luynes au Cabinet de France. La déesse lient un; pomme de la main droite el de la gaucbe relève les plis de son vAtemenl. La tête est omet d'une haute tUphani garnie de grandes palmettes. Cf. Cas. anMol., V (1879), pi. Itietp. 91.
RELIGION DE L'AGfc: HÉKoIQUE. S91
gcndesdcs dieux, toutes remplies de leurs amoun', forcèrent la piété et la poésie à s'arrêter avec complaisance surdesdétailsvoluptueuxet impure', dont le moindre mal fut de priver les Grets d'une des grâces les plus charmantes de l'art, de la pensée et du sentiment, la pudeur. Les adorateurs de Vénus n'ont guère connu l'amour chaste, et leurs poètes n'ont chanté que le plaisir. Alors il arriva, par le développement parallèle, mais en sens contraire, des légendes divines et de la raison humaine, que le polythéisme tomba à cette condition, mortelle pour un culte, que la religion fut d'un côté et la morale de l'autre: car les idées religieuses sont transitoires et changeantes comme toutes les conceptions de l'esprit, au contraire des instincts moraux qui sont éternels comme l'humanité, et qui se développent à mesure que la conscience de
I ^ V^us'.
l'homme s'élève et s'épure. I^ lutte
entre ces deux forces, quand elle éclate, est nécessairement fatale à
la première.
■ Je n'en rapporterai qu'un seul. Au temps de l'ausanias, on montrait près de Nauplie la romaine KaxAAci. 'EvraûOa ■:^t *Hpin faa\v 'Ap-[<fot xoità Im Xou^vi]v «apOfvov ybuiai. (H, 38, 2.)
' Statuette en bronze, de la colleclian de Luynes, au Cabiuel de France. La déesse porte un collier d'or. Cf. Gat. ardUoL, I (1875). p. 33 et pi. CXXVll.
■ Deai personnages sacrillant un quadrupède. Cornaline gravée du Cabinet de France, n* 1673; baut. 10 milL, long. 1-2 mill.