‹ Histoire des Grecs depuis les temps les plus reculés jusqu'à la réduction de la Grèce en province romaineChapitre 35 sur 78 · I — PREMIÈRE GUERRE DE MESSÉNIE · texte numérisé non relu

I — PREMIÈRE GUERRE DE MESSÉNIE

Chaque peuple reçoit du sol qui le porte, de ses traditions nationales et des circonstances au milieu desquelles se produit son déve loppement historique un caractère particulier. Tant qu'il reste fidèle à ce caractère, tant qu'il marche dans les voies naturellement ouvertes devant lui, il est fort; car il obéit aux influences qui rendent sa vie régulière et puissante, lorsqu'elles se combinent ensemble harmonieusement; mais qui la troublent et l'épuisent, si elles luttent les unes contre les autres. Dans ce dernier cas, tout effort pour éliminer les éléments contraires et ramener ce peuple dans la voie qu'il suivait, lui rendra sa force première. C'est ce que Lycurgue venait de faire à Lacédémone. Infidèle aux vieilles institutions et aux mœurs, nées du sol même comme les guerriers de Cadmos, Sparte périssait dans l'anarchie. Dès que Lycurgue eut ravivé l'esprit antique, la fortune lui revint.

D'abord, les Spartiates s'occupèrent à soumettre ceux des Laconiens qui n'étaient pas encore domptés, ou qui s'étaient affranchis. Sous Téléclos et son fils Alcaménès, les habitants d'iEgys furent réduits en esclavage, ceux de Pharis, de Géronthrées, d'Amyclées sortirent du Péloponnèse et se rendirent en Italie ; Ilélos fut ruiné de fond en comble (860-815?). A la même époque, Charilaos, le neveu de Lycurgue, envahit le territoire d'Argos et attaqua les Tégéales sur la foi d'un

1 La date du commencement de la première guerre de Messénie est donnée par Pausanias, ot Ton s'accorde à la faire durer vingt ans. Presque tout le paragraphe relatif aux guerres de Messénie est tiré de Pausanias, qui a suivi, pour la première, le rhéteur Myron de Prièue, écrivain inconnu qui vivait 500 ans après les événements qu*il raconte ; et, pour la seconde, un poème en Fhonneur d*Aristomène écrit trois siècles avant J.-C, par Rhianos de Crète; de là le merveilleux répandu sur cette histoire, qui n*est qu'une légende où il est impossible de séparer le vrai du faux.

oracle : « Je vous donnerai, avait dit le dieu, le territoire de Tégée; vous pourrez le fouler sous vos pieds en dansant et mesurer au cordeau ses belles campagnes. » L'oracle s'accomplit tristement : Gharilaos fut fait prisonnier; les Spartiates furent chaînés des chaînes qu'ils avaient

Pont sur le Pamisos '.

eux-mêmes apportées, et on leur mesura au cordeau les terres de Tégée, qu'ils cultivèrent pour leurs vainqueurs.

Ce revers tourna d'un autre côté l'ardeur des Spartiates. Le Taygète, qui, au-dessusdeSparte, mesure 2409 mètres, est une muraille longuede 100 kilomètres, presque partout d'égale hauteur et abrupte à l'est, en pente douce à l'ouest. Par delà cette arêle rocheuse s'étendait un pays presque aussi vaste et bien plus séduisant que la Laconie : des montagnes moins sauvages, des plaines plus fertiles, celle de Stényclaros surtout, que le limpide Pamisos traverse, et « la plaine heureuse » qui descend vers

' D'après VExpidition de Morét, Anliquiléê. I, pi. 48 et p. 47. — Les subsiruclions de ce ponl son), en partie, anciennes : elles sont de même caractère et de même époque que les murs de Hessèue. Le pont est situé au confluent du Pamisos et d'une autre rivière moins importante; il est divisé en trois brauclies, dont l'une se dirige au sud-oues(, sur la route de

le golfe Messéaien. Les Héraclides avaient occupé ce pays en même temps que la Laconie. Pendant que les compagnons d'Aristodèmos entraient dans la vallée de l'Eurotas, Cresphonlès faisait alliance avec les Arcadiens, épousait la fille de leur roi, et, soutenu par ce peuple, pénétrait avec ses Doriens dans la Hessénie, où il s'établissait à Stényclaros.

IConnaic des Hcsséaiens in génère'. „ , . , . -, ,

Ce récit était trop simple pour la légende. Afin d'expliquer l'inimitié des Spartiates et des Messéniens, elle rapportait qu'après la conquête faite en commun des deux pays, Cresphonlès s'était faitadjuger par ruse, au préjudice de ses neveux Proclès et Eurysthénès. la Messénie, bien autrement fertile et riche que la Laconie. On était convenu de jeter deux boules en un vase plein

Moniuiie de Hotlioné*.

d'eau; celle qui sortirait la preiïiière donnerait le droit de choisir. Gresphontès fit la boule des fils d'Aristodèmos en terre séchée au soleil, et la sienne en terre cuite au feu. La première fut dissoute par l'eau, la seconde sortit seule, et Cresphonlès choisit la Messénie. Le temple de Diane Limnatide, placé sur la commune frontière des deux peuples, rappela leur fraternelle origine. Cependant la bienveillance que Cresphonlès montra aux vaincus irrita les Doriens; ils le tuèrent, et son filsËpylos s'enfuit de l'autre côté de la Néda, en Arcadie. Mais, parvenu à l'âge viril, il rentra dans le pays, punit de mort les meurtriers, et acquit lant de gloire. que lo nom d'Épytides remplaça pour ses descendants celui d'Héraclides. Ils continuèrent sa politique : doux aux vaincus, amis de la paix, et tournant les efforts de leur peuple vers l'agriculture et le commerce, ils bâtirent même un port, Mothoné. Une de leure cérémonies les plus solennelles était la fête arcadienne des « grandes divinités » et le Zeus

Messine, l'autre, au sud-est, sur celle de Mt^galopolis, et la troisième, qui se trouve à la pointe rormée par la rencontre liés deui rivières, au nord vers Andanie.

' Tète de Céri's rouronnée d'épis, à droite ; daus le cliamp, lû, initiales d'un nom de ina- Kislrat. if. MEIIAMQN. AEQN. Al (initiales d'un nom de magistrat). Jupiter d'Ilhdme. nu. debout A droite, tenant le Toudre de la main droite élevée et, sur son poignet gauche étendu, un aigle ; devant lui, un trépied. (Télradrachme.)

■ Guerrier combattant, à droite, avec un javelot. ^. MO. (Brome j n° 1791 de la cdleciionde Luyaes, au Cabinet de France.)

SPARTE ET LYCL'RGUE. 337

pélasgique avait son temple au sommet du mont Ithômc, comme les Arcadiens lui en avaient donné un sur leur mont Lycée. Ces faits et bien d'autres montrent une antique alliance entre les Arcadiens et les hommes de Messénie, qui perdirent leur caractère dorien : de là peutêtre la haine que leur portèrent les lléraclides de Lacédémone. Cinq

Vallée liù la Mdn •

générations après, de jeunes Lacédèmoniennes s'élant rendues au lemple limitrophe de Diane Limnalide, des Messèniens leur firent violence et tuèrent le roi de Lacédémone, Téléclos, qui voulait s'y opposer. Tel était le récit des Spartiates. Les Messèniens soutenaient que ces prétendues jeunes filles étaient de jeunes Spartiates déguisés et armés

' D'après le Tonr da Monde, l. XXXVU, p. 3S0.

SOUS leurs robes, qui avaient formé le projet d'égorger les principaux citoyens de la Messénie venus à cette fôte et de s'emparer de la contrée,

A la génération suivante, autre grief. Un Messénien, Polycharès, dont un prêtre lacédémonien avait volé les troupeaux et assassiné le lils, vint à Sparte réclamer vengeance ; le roi et les éphores ne daignèrent pas l'écouter. Irrité de cette injustice, il se posta sur la frontière cl tua tous les Lacédémoniens qui passaient par là. Sparte, a son tour, demanda qu'on lui livrât Polycharès, et essuya un refus. Elle menaça de se faire justice par les armes ; les Messéniens offrirent de soumettre le différend aux amphictyons d'Argos ou à l'aréopage d'Athènes. Les Lacédémoniens n'y consentirent point et commencèrent traîtreusement la guerre. Ils s'emparèrent une nuit de la ville d'Amphée qui, par sa position sur un contrefort du Taygète, au-dessus de la plaine de Stényclaros, pouvait leur servir de#place d'armes. Les habitants surpris n'avaient pu faire résistance et furent massacrés (743).

Les trois premières années se passèrent en escarmouches el en ravages; car, avant de combattre, le roi messénien Euphaès voulait aguerrir son peuple, qu'une longue paix avait déshabitué des armes. La quatrième année, il engagea une grande bataille. L'ardeur bouillante mais irrégulière des Messéniens ne put triompher de la valeur phis calme et mieux réglée des Spartiates. La victoire resta indécise. Pendant le combat, les esclaves des Messéniens avaient élevé sur les derrières et sur les flancs de l'armée un rempart de pieux qui, la nuit, fut continué sur le front, de sorte qu'Euphaès et ses soldats se trouvèrent à l'abri comme dans un camp retranché. Le lendemain el les jours suivants, les troupes légères des deux partis s'attaquèrent; mais les Messéniens évitèrent d'engager une action sérieuse, et les Spartiates, incapables de forcer le retranchement, se retirèrent dans Amphée. Ils voulaient terminer la guerre, les reproches des vieillards la firent continuer.

L'année suivante une nouvelle bataille eut encore une issue incertaine : aucun des deux partis n'éleva de trophée; ils s'envoyèrent des hérauts, et, d'un mutuel consentement, laissèrent enlever et ensevelir les morts.

Ainsi se traînait la guerre, indécise et cependant désastreuse pour les Messéniens, forcés d'entretenir à grands frais des garnisons dans chaque ville; leurs laboureurs n'osaient cultiver les campagnes, dont les fruits étaient moissonnés par les Spartiates, et leurs esclaves déser-

CONQUÊTES DE SPARTE JUSQU'AUX GUERRES MÉDIQUES. 53fl

tairnt on foule. La ramine cl, ;i sa suite, une maladie épidémiquo firent plus de mal encore. Les Mcsséniens se décidèrent à abandonner les villes de l'intérieur et se retirèrent dans Ithônie, sur la montagne de ce nom, masse isolée qui commande toute la Messénic comme une forteresse, et que ses pentes escarpées rendent de facile défense (815 mètres). Cependant ils envoyèrent consulter l'oracle, qui répondit : (' Choisissez par le sort une vierge pure, du sang d'Épytos, et immolez-

Le monl lihAmc'.

la pendant la nuit aux divinités infernales. Si le sort tombe mal, une anirc victime offerte volontairement suffira. » Le sort désigna la fille de Lyciscos. Dès que le père connut le terrible destin qui la menaçait. Il s'enfuit avec elle à Sparte. Lo peuple était consterné. Aristodcmos, un des Épytides, homme puissant et guerrier illustre. oITrit volontairement sa propre fille; mais elle était fiancée à nu Mossénicn. Pour la sauver, le jeune homme prétendit que lui seul maintenant, et non plus son père, avait le droit de disposer d'elle, ipio, d'ailleurs, elle ne pouvait satisfaire à l'oracle, puisqu'elle était l'pouse et mère. Aristodèmos, rendu furieux par celle supposition

' iïapri'S Le Bas, Votjage arrhéologiipie. lUnfrairf, pi. XIX. — Au premier plan, on voit I' trtnXe de Hesst-ne; derrière, le moni Elliôme; a droite, la mer.

outrageanlo, tue sa fille, lui ouvre les entrailles et montre que son sein est vierge. Quoique ce meurtre n'eût pas été commis à l'intention du dieu, on s'empressa de déclarer que l'oracle était accompli. Le peuple, persuade- que l'affreux sacrifice allait apaiser la colère diviiir, célébra par de joyeux festins sa réconciliation avec ]c ciel. La mcnic pensée jeta l'effroi dans le cœur des Spartiates, et la guerre fut suspendue. Les Messéniens en profitèrent pour faire alliance avec les Arcadiens et les Argiens que l'ambilion de Lacédémone effrayait.

Six années se passèrent avant que le roi Spartiate Théoporapos osât conduire une nouvelle armée contre Ithôrae. Euphaès commit l'imprudence d'engager l'action avant l'arrivée de ses auxiliaires; pourtant on combattit jusqu'à la nuit, el la victoire resta indécise. Les chefs s'étaient signalés par des combats singuliers; Euphaès attaqua Théopompos, mais il fut gravement blessé el mourut quelques jours après sans laisser d'héritier. Vainement les devins Épébolos el Ophionéos avertirent le peuple de se défier d'un homme qui porterait sur le Irône une tache sanglante : Aristodèmos fut élu roi. La douceur de son gouvernement lui concilia l'affection du peuple et dos grands, et les Arcadiens l'aidèrent plus d'une fois à Zcus ' ravager la Laconie. Ceux de Sicyone et d'Argos atten-

daient, pour se joindre à lui, une occasion favorable: elle ne se présenta qu'au bout de cinq années. Les deux peuples, fatigués d'une lutte si longue, cherchèrent à la terminer par une action générale. Ils appelèrenlà eux leurs alliés. Du côté de Sparte, il ne vint que des Corinthiens. Aristodèmos adossa le gros de ses forces au mont Ithônie et plaça en embuscade, dans les replis de cette monlagnc. des troupes légères qui, se montrant tout à coup au fort du combat, tombèrent sur le flanc de la phalange lacédémonienne et lui firent essuyer des perles considérables.

Les Spartiates, abattus par cette sanglante défaite, essayèrent de !m trahison. Cent de leurs citoyens, bannis avec éclat, se réfugièrent en Messénie. Aristodèmos les renvova en disant : « Les crimes des Lacé-

' Staluelte eu bronze, découverte ii Olvmpie, d'après Die Aiugivbiuigen :m Olympia, V, Taf. XXVIII.

démoniens sont nouveaux, mais leurs ruses sonl bien vieilles. » Ils ne réussirent pas mieux à rompre les alliances que les Messéniens avaient nouées. Mais un oracle releva leui-s espérances. La Pythie avait répondu aux Messéniens qui la consultaient : u Les dieux donneront le pays messénien à ceux qui placeront les premiers eent trépieds autour de Monnaie JesHe!séNic>,siHff«,«^'. l'autel de Jupiter Ithomate. » Le temple de

Jupiter Ithomate étant dans l'intérieur des murs, il paraissait impossible que les Lacédémoniens pussent accomplir l'oracle. Mais un Uelphien le communiqua aux Spartiates. Un de ceux-ci fit tant bien que mal cent trépieds de lerre, les cacha dans un sac, et, prenant des lilets comme un chasseur, se mêla aux gens de la campagne qui entraient dans Ithôme. La nuit venue, il offrit ses trépieds au dieu, et retourna annoncer à Sparte ce qu'il venait de faire.

La vue de ces trépieds jeta le trouble dans le cœur des Messéniens; Arislodèmos s'efforça de les rassurer; mais il reconnut bientôt que le lemps marqué pour la ruine de son peuple était arrivé. Un jour qu'il voulait sacrifier à Jupiter Ithomate, les béliers allèrent d'eux-mêmes heurter l'autel de leurs cornes avec tant de violence qu'ils en moururent sur le coup. Ce présage et d'autres aussi menaçants l'effrayaient, quand un songe lui ôta lout espoir. Il se voyait couvert de ses armes et

Guerrier grec*.

prêt a marcher au combat; devant lui, sur une table élaient les entrailles des victimes, quand sa fille apparut, vêtue d'une robe noire, et lui montrant du doigt sa. poitrine entr'ouverle. Rlle renversa ce qui était sur la table, arracha les armes des mains de son père, et en échange lui donna le long habit blanc et la couronne d'or dont les Messéniens paraient les morts illustres au juur des funérailles. Ce songe était un signe de fin prochaine. Arislodèmos réalisa lui-môme le présage en se tuant sur le tombeau de sa fdle. Il avait régné près de sept ans. Privés de cet intrépide chef,

' Té(e diadémée de Jupiter, à droilA. ^. MES. nUAÏKAHX. Trépied. Le liiul dans unu couronne de laurier. (Drachme. Cnbiitcl de France, ii* 175G.) ' Statuette cd brome, trouvée à Olympie, d'après Die Aiugrabungen, V, Taf. NXVll.

les Messéniens résislèrenl encore à l'entiemi el à la famine. Enfin il fallut céder (725). Tous ceux qui avaient des liaisons d'hospitalitià Argos, à Sicyone ou dans quelque ville d'Arcadic, s'y retii-èrenl. Ceux qui tenaient à la race des pn^lres el au culte secret des grandes déesses allèrent à Eleusis. Les Lacédémoniens rasèrent Ithôme just|u'aux fondements et s'emparèrent des autres cités, à l'exception peut-être de Mothoné et de Pylos. Ils exigèrent des vaincus restés dans le pays le serment de ne jamais se révolter, et, « courbés comme des àues sous de lourds fardeaux, ils furent dans la dure nécessité

Hothoné (Modon)'.

de donner à leurs maîtres la moitié des fruits que produisaient leure champs. » On les obligea, sous des peines sévères, à venir de la Messénie à Sparte pour assister en robes noires aux funérailles des rois et des grands jiersonnages. «■ Ils pleurent, eux et leurs femmes, lorsque la Parque tranche les joui's de quelqu'un de leurs maîtres. >• (Tyrtéc.)

11 était inévitable que les rois prissent durant cette longue guerre une autorité que la constitution el les mœurs ne leur donnaient pas. Un mouvement de concentration se produisit dans le gouvernement. Pour combler les vides faits par les combats dans les rangs Spartiates, les droits |)olitiques avaient été reconnus à beaucoup de Laconiens, qui épousèrent les veuves des guerriers morts. Mais, en même temps, la vieille aristocratie s'était fortifiée contre les nouvcans venus, en

' Vue de Hodon, d'apKs Sl.ickelberg, la Grèce, etc. — La vue est prise de l'E. S. E. i gauche, ou voit l'une don lies Œnoussœ.

décidant que les rois et le sénat auraient le droit d'annuler une résolution de l'assemblée lorsque son vote leur paraîtrait contraire aux intérêts de l'État, et l'oracle de Delphes avait sanctionné ce règlement de son autorité religieuse. Tant que la guerre dura, il put en aller ainsi ; avec la paix, les nouveaux citoyens rentrèrent en force dans la ville» L'aristocratie se débarrassa d'une partie d'entre eux par un expédient fort habituel en Grèce et qui le sera aussi à Rome, mais qui était absolument contraire à l'esprit de la constitution Spartiate, l'envoi d'une colonie à Tarente*. On promit aux émigrants, appelés dédaigneusement les Parthéniens ou <c enfants de filles », que si l'expédition ne réussissait pas, ils auraient un cinquième des terres de la Messénie (708). Ceux qui restèrent dans la ville s'irritèrent de la condition inférieure où ils étaient retenus; des émeutes éclatèrent : une d'elles coûta la vie au roi Polydoros. Le monument qui fut élevé dans Sparte même à son meurtrier et le pouvoir de surveillance et de contrôle dont les Éphores furent investis sur les actes des rois et du sénat prouvent le succès de l'insurrection populaire. Cicéron compare les éphores aux tribuns de Rome ; la ressemblance est vraie à certains égards. Comme ceux-ci, ils étaient tirés du peuple, souvent des derniers rangs, et ils avaient, ainsi que leur nom l'indique, le droit de surveiller la constitution et les mœurs. On verra plus tard à quelle puissance ils arrivèrent ^

^ La tradition, qui n'aime pas à laisser les clioses dans cette simplicité, racontait que, |)endant que les Spartiates étaitiiit retenus par la première guerre de Messénie loin de leurs loyers, les femmes lacédémoniennes contractèrent de nouveaux jnariages avec ceux qui n'avaient pas prêté le serment de ne rentrer à Sparte qu'après la victoire. De ces unions illégitimes naquit une génération qu'on appela les Parthéniens, et qui, plus tard, ne pouvant supporter les mépris qu'on leur prodiguait, quittèrent la Laconie sous la conduite de Plialantos. Ce seraient Liles fondateurs de la grande colonie lacédémouienne (707).

* On ne connaît pas rorigine des cinq éphores, ou surveillants, qui sont probablement antérieurs à Lycurgue et ne furent d'abord que de très humbles magistrats, mais l'élection leur donna le pouvoir que toujours elle communique, et ainsi que les tribuns de Rome, peu à peu ils attirèrent à eux toute rautorité. Polybe (liv. XXIV, chap. vni) fait des rois les subordonnés des éphores, qui, plus d'une fois, les traînèrent en prison, et qui restaient assis en leur présence, tandis que les autres citoyens devaient se lever devant eux. Ils tenaient en échec toute autorité, et n'avaient pas eux-mêmes de limites précises à leur pouvoir. Ils décidaient de la paix et de la guerre avec ou sans le sénat et le peuple. Ils commandaient les trois cents jeunes gens chargés de la police de la Laconie, et prononçaient comme juges dans certaines affaires. Quand les éphores auront la plénitude de leur pouvoir, Sparte sera réellement un £tat gouverné despotiquement par des chefs annuels et électifs pris dans la classe du peuple ; seulement alors le peuple entier, ou les citoyens jouissant des droits politiques, sera un millier d'hommes, à peine.

Page 1