IL — SECONDE GUERRE DE MESSÉNIE
Cependant une génération nouvelle avait grandi en Messénie, avec le souvenir toujours présent des malheurs et des brillants exploits de ses pères. Impatiente du joug honteux qui pesait sur sa tête, elle a'altendait qu'un chef et qu'une occasion.
Alors vivait dans Andania un jeune guerrier de la race d'Épytos, Aristoménès. Résolu à faire remonter son peuple au rang d'où il était tombé, il ne cessait de ranimer l'espoir des bannis et d'exciter la colère des opprimés. Il rattacha à sa cause les anciens alliés de la Messénie : Argos, Sicyone et les Arcadiens. Les habitants de la Pisatide et de la Triphylie promirent des secours. On voulait le proclamer roi; Aristoménès n'accepta que le titre de général. La deuxième guerre de Messénie commença trente-neuf ans après la prise d'ithôme.
La première bataille se livra dans la plaine de Dérées ; aucun des
deux peuples n'avait ses alliés avec lui. La victoire fut incertaine. Les combats isolés furent plus favorables aux Messéniens. Aristoménès montrait dans ces coups de main sa bouillante valeur et son audace. Un jour, il partit seul, traversa le Taygète, entra de nuit dans Lacédémonc, et suspendit au temple Minerve Chaiciœcos «. ^^ Miucrvc Ghalciœcos uu boucHcr avec cette inscription : <c Aristoménès à Minerve, des dépouilles des Lacédéjuoniens. » Sparte, effrayée, consulta l'oracle de Delphes; le dieu répondit qu'elle devait demander un chef aux Athéniens. Athènes ne voulait pas concourir à la grandeur de Sparte, et n'osait résister aux ordres d'Apollon. Pour obéir, elle envoya à Lacédémone Tyrtée, un maître d'école boiteux qui passait pour fou '. Mais ce fou
« Dates douteuses, mais acceptées par Curtius.
^ Minerve casquée, en terme, à droite, tenant dans la main droite un javelot et dans in gauche un bouclier; en légende : AAKEAAIMONIÛN;dans le champ, deux monogrammes, marques d'atelier. (Revers d'une monnaie de bronze à Teffigie de TempereurGallien.)
* Presque tous les écrivains anciens le font citoyen d'Athènes; quelques-uns de Milet : ses élégies sont en dialecte ionien. Il est douteux que les Spartiates aient demandé un générât aux Athéniens ; il ne Test pas qu'ils aient fait venir d'Athènes un poète renommé pour ses chants. Antérieurement, ils avaient déjà appelé Terpandre de Lesbos et Thalétas de la Crète, en leur demandant des chants pour les fêtes d'Apollon Carneios, et pour les gymnopodies, ou danses ds jeûnas garçons nus.
était un poète; il chanta, et sa mâle poésie ranima tous les courages.
<c 11 est beau pour un brave de tomber aux premiers rangs de la bataille et de mourir en défendant sa patrie. Mais il n'est pas de plus lamentable destin que d'abandonner sa ville, ses fertiles domaines, et d'aller mendier par le monde, en traînant après soi une mère chérie et un vieux père, et de petits enfants, et une légitime épouse.
« Combattons avec courage pour cette terre et mourons pour nos enfants. Ne soyez plus avares de votre sang, jeunes guerriers; faitesvous dans la poitrine un cœur grand et vaillant, et n'abandonnez pas vos aines, ces vieux soldats dont les jambes ne sont plus légères : car c'est chose honteuse de voir étendu sur la terre, en avant des jeunes hommes, un vieux guerrier dont la tête est blanchie déjà, et qui exhale dans la poussière son âme généreuse, en retenant de la main ses entrailles sanglantes et ses chairs déchirées. Mais à la jeunesse tout sied. Tant que le guerrier a cette noble fleur de l'âge, on l'admire, on l'aime, et il est beau encore quand il tombe aux premiers rangs de la bataille. »
Ces brûlantes paroles valaient mieux que la froide expérience d'un chef habile. Il faut ajouter pourtant que Sparte reçut des secours plus matériels envoyés par Corinthe et les Lépréates, ennemis d'Élis; mais les Messéniens exilés étaient rentrés dans leur patrie, ramenant avec eux les prêtres réfugiés a Eleusis. Tout ^'' ^'"'TtZZX ™'''"''' le Péloponnèse, moins les Achéens, allait
prendre part à cette lutte suprême. Un an après la bataille de Dérées, les Messéniens et les Spartiates, soutenus de tous leurs alliés, livrèrent un nouveau combat dans la plaine de Stényclaros. près du monument du Sanglier. Cette fois, la brillante valeur d'Aristoménès assura la victoire aux Messéniens. Pas un Spartiate n'eût échappé « sans Castor et Pollux, qui arrêtèrent Aristoménès dans la poursuite, en lui faisant perdre son bouclier. Quand le vainqueur revint à Andania, les femmes jetaient des fleurs sur son passage, et chantaient : « A travers les champs de Stényclaros, et jusque sur le
* Tête diadémée de Déméter avec un léger voile, à droite ; dessous, AIKOM. (Aixo|it)ooç) nom d'un magistrat. ^. AIOSKOPOI. Les Dioscures, Castor et Pollux, à cheval, à gauche, et couronnés. L*un d'eux porte une couronne, et Fautre, une palme à laquelle sont attachés des bandelettes et une couronne. (Monnaie d'or de la collection de Luynes, au Cabinet de France.)
3t6 DE L'INVASION IIOIUE.NSE AUX GUERRES MEUIQIES {1104-490)-
<< sommet (Ic^ la montagne, Aristomûnès a poursuivi les Laccdôinoiiicns. » Abandonné sans doute de ses alliés après ce succès qui rejetait l'ennemi dans sa vallée de l'Eurotas, Arisloménès l'y suivit, rendant iimlileU^ surveillance par ses mai'dtes raf^||lK et imprévues. Un soir, au coucha soleil, il entre en Laconie, sur Pharis, la pille et revient t de butin. Sur sa route, il ren Anaxandros, roi de Sparte, hoplites, et ics dispei-se. 11 eût^S que Sparte elle-même, si Hélène* deux frères, les Dioscures, ne lœ sent apparu en songe pour l'e tourner. Une autre Ibis il eolé| Caryes les jeunes filles qui danaîi en chœur, en l'honneur de Dû ne les rend qu'au prix d'une fortëjl çon'. A Ëgila, il fut moins beu « Là, Cérès a un temple très ' Aristoinénès et sa troupe, sachin les femmes y célébraient la fêtèl déesse, tentèrent de les surpn mais ces femmes, animées sansi!
par (lérès, blessèrent la plupad Messéniens avec les couteaux '.
broches qui leur servaient aux ï ces, et Aristoménès, aveuglé .■ lumière des torches, fut pris elc - ^-.«... — jg chaînes. Il s'échappa néaii
Danseuse doriennc'j , , , •. i u- J* "'.-3
dans la même nuit. Archimadieï'j ti-esse de Cérès, fut accusée d'avoir facilité son évasion, enb par l'amour que depuis longtemps elle avait conçu pour lui. »
' Vitruve raconte (1,1) que, pour punir «ne tratiison des Caryens, tous les hommes d avaieul été tués, toutes les femmes vendues et qu'afm d'éleriiiser le souveiiii uvait, dans les temples, représenté ces lem mes son tenant des corniches. C'est un coute;Û les caryatides sont un des plus élégants motifs de l'ornementation architecturale. Cdh fiie nous donnons page 347 est une des sii caryatides du Pandnmon d'Alhènes. La léle et TaTanl i>ras ont élé restaurés par Thorwaldsen.
' Slatue eu bronze du musée deNapIes; d'après une pholograpliie. — la jeune tille saisit et
CARYATIDE Statue du Vatican (Bi-aceio Nuovo, n° 5). D'api-és une pholograplik
Encore ce trait tout poétique, puisque nous racontons moins une histoire qu'une légende : Aristoménès tombe un jour entre les mains de sept Cretois au service de Sparte; ils s'arrêtent, sur la route, dans une maison pour y passer la nuit. Là habitait une jeune fille qui, la nuit précédente, avait rêvé qu'elle délivrait un lion que des loups amenaient enchaîné. Frappée de cette rencontre, elle comprend qu'Aristoménès est le lion de son rêve et que les loups sont ses indignes gardiens. Elle enivre ceux-ci et détache les liens du héros; il tue les Cretois et donne la jeune fille pour épouse à l'un de ses fils.
Cependant Tyrtée remplissait en poète ses fonctions de général; ses ordres étaient des chants de guerre, mais aussi des leçons de discipline et de tactique.
« Allons! ô fils de l'invincible Hercule, prenez courage, Jupiter ne s'est pas encore détourné de vous. Ne redoutez point le nombre des soldats. Ne tremblez pas.... Ceux qui restent serrés les uns contre les autres et joignent de près les premiers rangs ennemis meurent en moindre nombre et protègent le peuple qui les suit.... Honte au mort qui gît dans la poussière le dos percé d'une lance acérée. Que les deux jambes écartées, le guerrier tienne ferme, pressant de ses deux pieds la terre, mordant sa lèvre de ses dents, la poitrine à l'abri sous un large bouclier. Qu'il balance dans sa main droite une lance puissante; qu'il agite sur sa tête une crinière terrible; qu'il ne reste point hors de la portée des javelots, mais qu'au milieu des œuvres hardies de Mars il apprenne à combattre; qu'il joigne de près l'ennemi avec sa longue pique, le blesse de son épée et le fasse prisonnier. Pied contre pied, bouclier contre bouclier, aigrette contre aigrette, casque contre casque, poitrine contre poitrine, luttons et combattons, l'épée ou la lance à la main. Et vous, soldats des troupes légères, retirés chacun sous votre bouclier, renversez l'ennemi avec de lourdes pierres, lancez contre lui vos javelots bien polis, tout en restant auprès des panopliles. »
soutient sa robe de la main gauche, tandis qu'elle arrondit légèrement son bras droit au-dessus (le sa tête. Cette statue, trouvée à Herculanum, faisait partie d*un groupe comprenant cinq autres figures. 0. Rayet y reconnaît u des danseuses doriennes, yraisemblablcment des Lacédémoniennes, et peut-être des caryatides ». On sait que les danses graves et lentes n'étaient pas inconnues aux Grecs : telle était rifi^xtXeia qui consistait surtout en une suite de gestes et déposes. Plusieurs de ces danses sacrées, qui, dans les sacrifices, accompagnaient le chant des hymnes, appartenaient au Péloponnèse, et « les plus célèbres de beaucoup étaient celles que les jeunes filles lacédémoniennes venaient chaque année danser à Caryae, sur les confins de la Tégéatide, dans le bois sacré d'Artémis Garyatis ». (0. Rayet, Monuments de Vart antique. Danteutsê.,,.
En môme temps que Sparte ramenait la discipline dans son armée, elle préparait la victoire par une trahison. Aristocrates, roi des Arcadiens, gagné par des présents, promit de faire défection à la prochaine bataille. Elle se livra près d'un lieu appelé la Grande-Fosse; on combattait avec ardeur quand Aristocrates, sous prétexte que les victimes présentaient des signes menaçants, retira ses troupes et dégarnit la gauche des Messéniens. Ce mouvement jeta le désordre dans leurs rangs. Malgré sa valeur, Aristoménès dut céder; la cause messénienne ne se releva pas de ce sanglant désastre. Ils se retirèrent sur le mont Ira, comme, dans la guerre précédente, sur le mont Ithôme, et s'y défendirent onze années. Pour les y affamer, les Spartiates changèrent la Messénie en désert et défendirent aux laboureui*s des. cantons limitrophes, en Laconie, de cultiver leurs champs jusqu'à la fin de la guerre. Cette défense amena la disette dans Sparte même et des troubles éclatèrent ; Tvrtée les calma en chantant cette fois la concorde et l'obéis^ sance aux lois.
Mais Aristoménès ne se laissait pas enfermer dans Ira. Une fois, vers la nuit, il sortit avec la troupe d'élite de trois cents hommes qui l'accompagnait toujours, et marcha si rapidement, qu'il atteignit Amyclét^ avant le lever du soleil, la prit et la pilla ; il avait déjà fait sa retraite, quand les secours envoyés de Sparte arrivèrent. Dans une autre expédition, il fut surpris par les deux rois lacédémoniens. Frappé d'une pierre à la tète, il tomba évanoui et fut pris avec cinquante de ses compagnons. On les précipita dans le Céadas, gouffre où l'on jetait les malfaiteurs*. Les autres Messéniens périrent brisés; mais quand vint le tour d'Aristoménès, un aigle, dit la légende que nous abrégeons, le soutint dans sa chute sur ses ailes étendues, de sorte qu'il arriva au fond sans blessure. Pendant trois jours il resta dans le gouffre, enveloppé dans son manteau, et attendant la mort. Au bout de ce temps, il entendit un léger bruit; il se découvrit la tète, et comme ses yeux étaient accoutumés à l'obscurité, il vit un renard qui mangeait les cadavres. Imaginant bien que cet animal avait pénétré jusque-là par quelque issue secrète, il le laisse approcher, le saisit d'une main; lui présente son manteau à mordre, le suit ainsi, et arrive jusqu'à un trou qui laisse passer une faible lueur; il le lâche alors, élargit l'ouverture avec ses mains, s'échappe et retourne à Ira.
Aristoménès recommença aussitôt ses courses; il tailla en pièces une
* M. 0. Rayet croit avoir retrouvé remplacement de ce gouffre. Voy. Couat, La poésie alexandrine, p. o4i, n. 2.
CONQUÊTES DE SPARTE JUSQU'AUX GUERRES MÉDIQUES. 551 troupe d'auxiliaires corinthiens, el offrit pour la troisième fois ù Jupiter Ithoincen le sacrilice appelé hécatomphonie, parce qu'il était réservé au guerrier qui avait tué de sa main cent ennemis. Cependant le temps marqué pour la prise d'ira approchait. L'oracle avait dit ; « Lorsqu'un twuc boira dans la tortueuse Néda, je ne défendrai plus les Messéiiiens. » La Nédaest uue rivière voisine d'Ira. Four empêcher la menace de l'oracle de s'accomplir, on en écartait avec soin tous les boucs. Mais il y a dans le pays un figuier sauvage qu'on appelle tragoi (bouc).
Coi'gcs et rhtile de la SOda •.
Il arriva qu'un de ces figuiers poussa horizontalement sur les bords de la rivière, de telle sorte que l'extrémité des branches s'y baignait. L'oracle était accompli : le tragos avait bu dans la Néda.
Quelque temps après, par une nuit sombre, comme la pluie tombait à torrents et qu'il n'y avait point sur les remparts d'Ira d'abri où les gardes pussent se mettre à couvert, tous se retirèrent pour attendre que l'orage eût cessé. Un esclave transfuge des Lacédémoniens s'en aperçut, et, saisissant cette occasion de rentrer en grâce auprès de ses anciens maîtres, courut l'annoncer au camp des Spartiates. Ils se
' D'après le Tour du Monde, l. XXXVll, p. ZVi.
55ï DE L'INVASION DORIENNE AUX GUERRES MÉDIQUES (1104-490).
mirent aussitôt en marche; le bruit de leurs pas était couvert par celui du tonnerre et de la pluie, et ils arrivèrent, sans être remarqués, jusque dans la ville. Les premiers qui les aperçurent furent Aristoménès et le devin Théoelos. Ils crient aux armes, les Messéniens accourent de toutes parts, les femmes montent sur les maisons d'où elles accablent de tuiles les Lacédémoniens. Pendant trois joui-s on disputa pied à pied le terrain, au milieu de la tempête qui ne cessait pas; mais les Spartiates étaieni encouragés par les éclairs qui brillaient à leur droite, présage favorable ; ils avaient d'ailleurs l'avantage du nombre. Quand il n'y eut plus d'espoir. Théoclos se jeta au milieu des ennemis et péril en frappant. Pour Aristoménès, il lit signe aux Lacédémoniens qu'il voulait se retirer avec les siens :
on n'osa pas pousser au désespoir celte poignée d'hommes héroïques.
Aristoménès plaça les vieillards, les femmes, les enfants au milieu des guerriers, et sortit ainsi d'ira avec la fortune de la Mcssénie.
Cet homme infatigable ne désespérait pourtant pas encore. .\ peine retiré en Arcadie, il propose aux cinq cents Messéniens qui lui restent de pousser vivement en Laconie, et d'aller prendre Sparte, ou au moins d'y saisir des otages. Tous accueillent avec enthousiasme cet audacieus projet, et trois cents Arcadiens se joignent à eux. Mais Aristocrates, par une seconde trahison, avertit les Spartiates et fait tomber celte dernière espérance. « Quand les Arcadiens eurent découvert celle perfidie, ils accablèrent Aristocrates de pierres et pressèrent les Messéniens d'en faire autant : ceux-ci regardèrent Aristoménès, qui baissa les yeus et se mit à pleurer. Les Arcadiens, après avoir lapidé leur i;oi, jetèrent son cadavre hors de leurs limites, sans lui donner de sépulture; et pendant des siècles, on put lire au sommet du Lycée, près de l'aulel
Zeiis brantlissani le foudre'.
' Statuette en bronze, trouvée A Oljmpie, d'après Die Aatgrabungat m Olym^, P- Taf. XUV. Le dieu brandit le foudre de la main droite et sur sa main gaucbe est posé raiglt'-
du dieu, une inscription portant ces mots : << Par la grâce ijc Zcus, le trailre a élé découvert et puni de son parjure. Aucun crime ne reste caché. »
Les Messéniens furent répartis parmi les Ililoles, mais les habitants lie Pjlos et de Mothoné montèrent sur leurs vaisseaux cl passèrent à Cylléné, chez les Éléens. De là ils proposèrent à ceux de leur nation qui étaient en Arcadie de s'embarquer avec eux pour chercher quelque établissement en pays étranger : ^„^^^i^ ^e RitÉgm, '. ils prièrent aussi Aristoménès de se
metiro à leur tète. Le héros répondit que, tant qu'il conserverait un souflle de vie, il combattrait les Lacédénioniens, et qu'il était assuré de leur faire encore beaucoup de mal. Mais il leur donna pour chef son fils Goi^os, sous lequel ils allèrent à Uhégion, où
plusieurs Messéniens s'étaicnl déjà reli- Monnaie arciiiui|ue de zandu*. rés après la première guerre. Deux siècles plus lard, un Messénicn, Anaxilaos, devenu tyran de Rhégion, s'empara de Zancle, où il établit les descendants des exilés, qui, en souvenir de la patrie de leurs pères, donnèrent à celle ville le nom de Messène : ce glorieux nom se, retrouve encore dans celui de la ville actuelle. Messine. u™ i « „ , >.
' Monnaie de Hcssana (Zauclc)'.
Peu de temps après, Aristoménès était ii Delphes, quand un roi de l'Ile de Rhodes vint consulter l'oracle sur le choix d'une femme. La PyUiie lui ayant dit d'épouser la fille du plus vaillant des Grecs, il pensa qu'il n'y avait personne dans la 'Irèce qu'on pût comparer pour la bravoure à Aristoménès, et il lui
■ VuQe de lion de face; à gauche, une branche d'olivier H. RECINOI (en légende réirograde) . IV^rsonnnge barbu, à demi nu, assis à gauche sur un siège et s'appuyanl de la inahi droite sur un long sceptre; sous le siège, une cigogne. Le lout dans une couronne de feuilles d'olivier. [Hoiniaic d'argent.)
' [bupliin tourné à gauche; au-dessous, l'inscription D.\?iKVE, le tout dans un cercle orné d'un grénelis. ^. Carré crcui partagé en neuf comparlimenls; dans le eompnrliment central, une coquille; dans les autres, des lignes disposées en diagonales. (Monnaie d'argent.)
' Mufle de lion de face. ^. MESSENION. Téle de veau, à gauche. (Monnaie d'argent.)
S54 DE I/iyVASION DORIENNE AUX GUERRES MÉDIQfES (H04-490).
demanda sa fille. Arisloménès se rendit avec elle dans l'ile de Rhodes. 11 y emporta sa haine contre Sparte et il cherchait encore quels ennemis il pourrait soulever contre elle, quand la mort vint le condamner à l'éterne! repos. Son peuple fui, comme lui, fidèle au souvenir de la patrie perdue, et jamais ne so.
réconcilia avec ceux qui lui avaient injustementravi le foyer domestiqne, les tombeaux des aïeux et la liberté.
Tous les ennemis de Sparte, .ilhénes, Épaminondas, les trouvèrent prèls, iiounaie de Rhodes*. partout et loujours, à combattre con-
tre l'éternel ennemi; et quand il n'; avait plus de Sparte, quand il n'y avait plus de Grèce, les derniers des Messéniens chantaient encore, neuf siècles après la chute d'ira : « A travers les champs de Stényclaros, et jusque sur le sommet de la montagne, Aristoméncs a poursuivi les Lacédémoniens. »
m. — GUERRES DE SPARTE CONTRE TËGËE ET AHCOS.
Par la législation de Lycui^ue et la conquête de la Mcssénic, Sparlc était devenue l'État le plus puissant du Péloponnèse. Mais, après le grand effort eonfre les Messéniens, elle avait besoin de repos. Ce ne fut qu'en 620 qu'elle reprit les armes . , , ^, ,. . et attaqua les Téeéates, qui lui avaient au-
Honnaïc de Tégue d Arcadie'. ^ o j
trefois infligé d'humiliantes défaites. Celle guerre dura avec de longues interruptions, plus de soixante ans, cl Sparte n'y éprouva d'abord que des revers.
Ici se place une de ces traditions qu'Hérodote aime tant et raconte si bien. L'oracle, consulté par les Spartiates, répondit qu'ils seraient vainqueurs quand ils auraient rapporté dans leur ville les ossements d'Orcsfe, ensevelis là où soufflent deux vents contraires, oîi le type frappe l'antitype, où le mal est sur le mal. Or il arriva qu'un Lacé-
' Tète de face du Soieil, les ulieveui disposés commft des ravons. ^. POilOIS. La ro?e, eniblèine du nom de l'ile de Rhodes ; sur la même lige, un boulon de rose ; dans le champ, un trident, et la Icllie J, marque d'atelier. (Tetra drachme.)
' Tète casquée de Minerve, ?i droite, H. TEr£AT,\>'. Guerrier armé du bouclier, du casque et de l'èpée, combattant à droite. ([)raclime.)
CONQl'ÊTES DE SPARTE JUSQU'AUX GUERRES MÉDIQl'ES. 5Ùb
démonien nommé Lichas, étant allé à Tégée, entra dans la boutique d'un forgeron; celui-ci lui conta, par hasard, qu'en creusar;t dans sa cour, il avait trouvé un cercueil d'une grandeur surprenante. Lichas se rappelle, à ces mots, l'oracle : les vents contraires sont bien les soufflets de la forge, le type est le marteau, l'antitypc l'enclume, !e mal sur le mal est le fer qu'on forge sur le fer : le cercueil est donc celui d'Oreste. Lichas retourne à Sparte, révèle aux magisirafs ce qu'il a découvert : on l'exile pour que personne ne prenne défiance de lui. 11 retourne à Tégée, loue la cour du forgeron, recueille les ossements et les rapporte aussitôt. Dès ce moment les Spartiates
crnrent à la victoire, c'est le meilleur moyen de l'assurer : ils vainquirent, et la cession, par les Tégéates, des ossements d'Oreste fut sans doute une des conditions de la paix. Tégée conserva son territoire et ses lois, mais elle tomba au rang des peuples que Sparte traînait à la guerre avec elle, et n'eut que le stérile honneur d'occuper l'aile gauche de l'armée fédérale.
Avant ou durant cette guerre, plusieurs cantons peuplés d'Arcadiens furent ajoutés au territoire de Lacédémone. Ainsi la prépondérance, autrefois exercée par les Pélopides sur la péninsule, se rétablissait au profit desSpartiates : la translation des os d'Oreste à Lacédémone montrait ce peuple comme l'héritier de la puissance d'Agamemnon, le grand roi des temps homériques.
Entre Argos et Sparte, le différend avait pour cause la possession de Tyrée et de la Cynurie. Ce pays montagneux aurait été, entre les mains des Argiens, une barrière utile contre les incursions de Sparte; d'ailleurs, il leur servait de communication avec le reste de leur territoire.
' D'après ScliliemanD, Mycènet, fig. *50, p. 383-384. — L'os a élé découvert dans le cin quième lombeau : un large ruban d'or, décoré de rosaces au repoussé, y étsit encore atlaché. ïoy. ci-dessus, p. 115, n. i.
556 DE L'INVASION DORIENNE Al'X GUERRES MÉDIQUES {1104-490).
car ils possédaient toute la côte orientale de la Laconie jusqu'au caji Maléecl les îles adjacentes jusqu'à Cythère. Pour épargner le sang, 1(« deux peuples convinrent, vei-s 547, de choisir chacun 500 combattants : la Crnurie devait être le prix de la victoire. La bataille dura (oui un joui'. Othryadès survécut seul du côlé des Spartiates, mais grièvement atteint et couché parmi les morts; du côté des Argicus, deux guerriers, Alcénor et Chromios, étaient sans blessures. Ne voyant plus d'ennemis devant eux, ils se hâtèrent de porter à leurs concitoyens la nouvelle de leur vicouinit'iis moLi- tolrc. Pendant leur absence, Othryadès faisant un dernier effort éleva un trophée avec les armes des ennemis et se perça de son épée pour ne point survivre à ses compagnons. Le lendemain les deux peuples se prétendirent victorieux, et il fallut trancher la question par une bataille générale que les Lacédémoniens gagnèrent. Les Argiens cédèrent les pays disputés, el sans doute aussi la cdie orientale de la Laconie. qui, depuis le milieu du sixième siècle avant noire ère, parait faire partie du territoire lacédémonicn. La guerre avecArgos se renouvela plus tard, jiiîiIs sans cesser d'être à l'avantage des Lacédémoniens. vicioire Ku 514, Icur roi Cléomcne, remporta près de Tirynlln'
i^i'i^ant u[i trophée '. , ■ ■ - i i • .
une grande victoire sur les Argiens, s avança jusque sous les murs de leur ville, dont il brûla le bois sacré; il l'aurait prise, si les enfants, les vieillards, les femmes même, excités par la poétesse Télésilla, n'eussent lait une vaillante défense. Le même prince fit deux invasions dans l'Attique : la première par l'ordre (if l'oracle de Delphes, pour chasser les Pisistratides ; la seconde pour établir dans cette ville un gouvernement aristocratique. Enfin, en 491, l'aiilorité de Sparte, franchissant les rivages de la presqu'île, s'étenilil jusqu'à Égine, dont les habitants livrèrent des otages.
Elle avait encore occupé un autre boulevard du Péloponnt'se.
■ L<^ guerrier spartiale est représente s'arfaissanl sur lui-raèine, son bonclier »a tira' gnuchp; le trait qui l'a blessé est encore dans sa poitrine. De la main droite il écrit sur un lan^e bouclier le mot VICT. A cûlé est étendu le cadavre d'un ennemi, el plus loin, on aperçoit la léle d'un antre guerrier. (Pierre gravée inédite. Cornaline, haut. Hmill.; larg. 14 rnill'; n' 1 17 de la Collection de Luynes, au Cabinet de France.)
* Victoire à demi nue, debout à droite, érigeant un tropliée ; elle tient de la main droite uji marteau et de la gauche un clou. Le trophée est formé d'un poteau auquel sont flxéps de:cnt^mides et qui e^t surmonté d'une cuirasse, d'un casque et d'un bouclier; dans le cliam|). la Iriquelra, emblème de la Sicile, l'Ile aui trois promontoires; en légende, ArA60KAEI0~ (Revers d'une monr"'e d'argent d'Agalhocle, roi de Syracuse.)
Cylhère, au sud du cap Malée. C'était une île aride et rocailleuse : la légende y faisait aborder Vénus, quand elle sortit du ^^^^ sein des flots, mais elle ajoutait que la déesse des plaisirs BSRJI s'était bien vile enfuie en Chypre. Les vaisseaux mar- |'''^|^'l chands venant d'Egypte cl d'Afrique trouvaient là une ^^^J excellente station navale; aussi les Spartiates entrete- venus naient-ils une garnison dans !a citadelle, et, chaque sonanidcsnois'. année, ils envoyaient un maf^istrat pour gouverner l'île.
Sparte était maîtresse par elle-même des deux cinquièmes du Péloponnèse*, redoutée ou obéie dans le reste, et les peuples répondaient
à son appel quand elle les invitait à suivre son armée hors de la péninsule. Elle était la première puissance militaire de la (irèce: sa réputation pénétrait même en Asie, car, vers l'époque du combat des si» cents, une ambassade de Crésus, roi de Lydie, était venue solliciter son secours, et elle se disposait à lui envoyer des vaisseaux et des soldats, lorsqu'on apprit la chute de Sardes. C'est à elle encore que
< Vénus Anadyomi'tie, ou Vénus .sorl.int des dois, fait ('j^otiUer srs clievcux. (Amélliysli- (.-riTée, de 12 mill. de linulpur sur iO de largeur. Cabinet de France, ii' ihi'J du Catalogue.)
* Le territoim de Sparlp s'éteiidail, du cdté d'Argos, jusqu'à la riviùre Tanos (Luku) ; du cdié de l'£lide, jusqu'à la Néda (Buzi).
> D'après le Tour du Monde, t. XXXJI, p. Z.
"558 DE LINVASrON DORIENNE AUX GUERRES MÉDIQUES (1104-490).
s'adressèrent les victimes de Poljcrale, l'exilé samien Méandrios, les Ioniens contre les Perses, Platée menacée par Thèbes, Athènes enfin qui voulait se venger d'Égïne. Elle était donc, avant les guerres Médiques, reconnue par les Grecs et par les barbares, comme la tète de l'ilellade.
> Bronze découvert à Olympie, d'après die Auigrabtingen su Olympia, lH, pi. XXil.