Scène de culture
remplit seule Tarchontat et l'aréopage. Dans une pareille tyrannie l'Atlique ne pouvait être heureuse. C'est la classe des hommes libres, des petits propriétaires francs tenanciers, ytùyiiéûoi, qui eût fait la force de rÉtat, et cette classe ne se formait point, tandis que s'accroissait celle des pauvres. Aussi, pendant cette obscure période de cinq siècles et demi écoulés entre l'abolition de la rovauté et la législation de Solon, rhistoire n'a aucun fait à recueillir.
Cependant les pauvres avaient pour eux le nombre; il leur vint même des auxiliaires puissants, quelques eupatrides qui, ne trouvant pas assez grande la part que leur faisaient les nobles, passèrent au peuple. Ainsi les Alcméonides se mirent à la tète des habitants de la côte, et les Pisistratides devinrent les chefs des montagnards. Cies chefs régularisèrent l'opposition populaire qui arracha, en 621, la rédaction d'un code de lois, afin d'échapper à l'arbitraire des tribunaux où les
* Sur la véritable condition des pauvres, c'est-à-dire des colons, à cotte époque, voyez, plus loin, la réforme de Solon.
* Peinture sur un vase de la collection Gampana, "au Louvre. (Le revers de cette coupe a été donné ci-dessus, p. 507). — La charrue et le chariot sont traînés chacun par deux mulets : sur le chariot sont placées deux grandes amphores fermées. Le dernier personnage à gauche est un surveillant.
o7i DE L'INVASION DORIENNE AUX GUERRES MÉDIQUES (1104-490).
eupalrides jugeaient d'après des coutumes que conservait la tradition 1 orale et que, bien souvent, l'intérêt faisait varier. Dracon fut charge de | l'écrire. 11 ne toucha pas à la constitution politique, mais il régla la vie du citoyen depuis le moment de sa naissance jusqu'à celui de sa mort. Tous les délits, assure-t-on, le plus léger larcin comme le meurtre ou le sacrilège, devaient être punis de mort. Il prétendait que les moindres offenses méritaient ce supplice et qu'il n'en connaissait pas d'autre pour les crimes. Ce mot est-il vrai? J'en doute, car on
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Loi de Dracon sur le meurtre*.
trouve dans ses lois d'autres châtiments : des amendes, la privation des franchises, et même, en certains cas de meurtre, l'exil.
Dracon constitua ou réorganisa le tribunal des éphètes, « ceux qui envoient en exil ». Ils étaient au nombre de cinquante-un, tous chefs de
» Fragment d'un décret athénien, d'après le Corpus inscripiionum Atticarum, f, 6i. En Toici le texte et la traduction :
Ai6'Yvr)TG; 0p&dppio; iypafii/dcTEue" AioxXtjç îjpxe. — "EôoÇsv tï) pcuXf xa\ tG â/j(jup* 'AxajiavTl; Irpotave-je, Ai6yvt)To; l']^pa[ijjLi7fuE, EùOuoixoç iTceord^TEi. 'AOTjvo^dwTjç eTire* rbv Apdxovro; vofjiov Tb;jL 7X^\ ço'vo'J àva-|^pai{>db/"wv oî divdt']fpa^^; tGv vojxwv, 7:apaXa6ovT£ç rapà toû Jtaxà ^puTocvEiav '^pajijj.zTÉco; t^ç 3ouXr)ç, IotîjXtj XiOivif] xa\ xocTaOÉvrwv ::p6a6£V x^ç oroaç x^ç PadiXsîaç. Oî 8ï n<akr^za\ dbioix'.oOcoazvTetV xarà Tov vcpiov ot 8è 'EXXrjVOTapifat ô6vTei)V tô dip'ppiov.
npîoTo; dcçtov. Ka\ £a{x {x^ 'x ;cpovo{aç xteîvt) t(ç Tiva, ç£u-|[Eiv. Aixdfl^Eiv ôè touç ^xaùÂoi^ a^rtSjv ^vw 5j ^ouXEÛasco; touç (Jei PaaiX(EU0VTaç...
« Diognétos de Phréarrhe était secrétaire, Dioclès archonte. (La date répond à VOL 92, 4 : 409—408.) — Le Conseil et le peuple ont décidé. La trihu Acamantide exerçait la prytanie, Diognétos <tait secrétaire et Euthydicos président. Alhénophanès a proposé : La loi de Dracou sur le meurtre sera gravée de nouveau par les graveurs des lois sur une stèle de marbre. La loi leur sera fournie par le secrétaire de la prytanie qui siégera au conseil, et ils Texposeront en avant du portique royal. Les polètes régleront leur salaire, selon la loi, et les trésoriers de la caisse hellénique fourniront l'argent.
(Suit la loi de Dracon, empruntée à la première table de Solon.) — « Première lable. — En cas de meurtre commis sans préméditation, la peine sera l'exil. Les archontes rois jugeront les causes de meurtre ou d'intention, chacun pendant la durée de ses fonctions... d
Pour la traduction et le commentaire juridique de ce texte, voyez R. Dareste, Les Plaido^n civils de DémosUiène, H, p. 55, n. 29. — Pour les oÇove; ou tables mobiles de Solon, voyei monnaie donnée ci-dessous.
familles considérables et choisis peut-être par Tarchonte roi. Ils siégeaient au Palladion, pourles meurtres involontaires, dont l'auteur était condamné à un exil temporaire; au Delphinion, quand le meurtrier n'avait frappé qu'en se défendant, ou pour punir un flagrant adultère*; au Phréattys, sur le bord de la mer, quand l'homme exilé pour un meurtre involontaire en avait commis un second avant de quitter TAttique. L'accusé ne devant plus fouler le sol de la patrie, plaidait sa cause du bord d'un navire. Leur principale fonction était de réconcilier les parties en faisant payer le prix du sang, ri uTroopoVta. — Au Prytanéion, les roU des tribus jugeaient les objets inanimés qui avaient causé mort d'homme et qui étaient rejetés hors des limites du territoire.
Cette organisation était même un adoucissement aux anciennes coutumes; car jusque-là tout meurtre était vengé par les parents de la victime, ce qui produisait des haines héréditaires, ou déféré à l'aréopage, qui, sans examiner les circonstances, prononçait toujours la mort ou l'exil avec la confiscation des biens. Dracon a un tel renom de sévérité, qu'on a dit de ses lois qu'elles avaient été écrites avec du sang. Peut-être faut-il, au contraire, les considérer comme un adoucissement à d'anciennes et cruelles coutumes.
Montesquieu a fait cette remarque, que les lois les plus sévères ne sont pas les plus efficaces : elles exaspèrent ceux qui les subissent, ou elles effrayent ceux mômes qui les appliquent, et, par ce double motif, elles tombent vite en désuétude. Il en fut ainsi de celles de Dracon; dont quelques une tombèrent en désuétude, et l'Attique se retrouva en proie aux mêmes désordres. Cependant elles avaient produit un bien. Le droit, la loi, n'étaient plus un mystère; le peuple avait compris l'avantage de cette publicité, et il demandera bientôt à Solon de reprendre avec d'autres idées la réforme de Dracon.