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qui, porté trop loin par les vieux corps et les vieux partis, peut devenir souvent le désir, le besoin de l'immobilité. Ce régime mixte et tempéré caractérise le génie de Solon et montre les difficultés qu'il eut à résoudre. 11 concilia fort habilement des intérêts en lutte : le peuple y gagna beaucoup et pourtant la noblesse n'y fit pas d'opposition, parce que, possédant alors tous les biens, elle ne vit pas la portée de cette substitution démocratique de la richesse à la naissance, de la fortune qui se perd ou se gagne à la noblesse qu'on ne tient que de ses aïeux. C'est la même révolution pacifique que, vers ce temps-là, Servius Tullius opéra dans Rome.
Une magistrature qui jeta un grand éclat à Rome, celle des censeurs, manquait à Athènes. Mais on a vu que la censure n'y manquait point, qu'elle était exercée par l'Aréopage, qu*elle pouvait l'être par tout citoyen, qu'enfin chaque candidat aux fonctions publiques était soumis à un examen, là ^oxia«(Tta, dont les conditions étaient sévères'. 11 eût mieux valu sans doute que ce pouvoir fut exercé par une magistrature spéciale, mais, à Rome même, la censure n'empêcha rien, quand arriva le débordement des passions mauvaises. La censure la plus eflicace est celle des mœurs publiques, lorsqu'elles sont pures. A Athènes, non plus, ne se faisaient ni le cens ni la grande solennité romaine de la lustratîo*. Cependant la purification de la ville avait lieu chaque année, au milieu de cérémonies religieuses, pour expier et effacer ce qui avait pu irriter les dieux contre le peuple ^
Il est possible que quelques-unes des dispositions réglementaires que nous venons de rapporter aient été introduites postérieurement, surtout depuis Clisthénès; mais, à part ces détails, la législation de Solon se laisse bien saisir dans son ensemble. Comme il le dit dans un de ses paeans, il avait mis un terme à l'irritation des pauvres contre les riches, et donné à chacun des deux partis, non pas une épée pour attaquer et gagner une victoire fatale, mais un bouclier pour se couvrir et se défendre *.
dieux, de raniiée 398/7; d'après le Bulletin de Corr. hellén,, Il (1878), pi. X. — Le Peuple, de même taille que la déesse et appuyé sur un sceptre, donne la main à Athéna. Pour les rcprêsenlations analogues, voyez P. Foucart, ibid., p. 59 et A. Dumont, p. 559-509. » Voy. au chap. xix.
* Voy. Hi8t. des Rom., t. I, p. 106.
5 Ilipponax, /»•. (>0, dans les Poetœ Lyrici Grœci de Bergk. On a vu plus haut la purification de la viUe faite par Épiménide, celle de Délos par Pisistrate, et Ton verra, durant la guerre du Péloponnèse, Délos purifié de nouveau par les Athéniens.
* Aristote le loue d^avoir, le premier, étabU un gouvernement miite, xa>.û; j«Ç«t« t^^» iroXittiav. « En effet, on y trouve l'oligarchie dans Paréopage, Paristocratie dans ie mode
ATHÈiNES ET LA CONSTITUTION DK SOLOX. 405
Remarquons encore que la part faite par Solon, même aux plus pauvres, dans rassemblée générale et dans les tribunaux, montre que ce vrai sage eut au plus haut degré le sentiment de la dignité de rhomme, et qu'il avait compris que les bonnes lois sont celles qui relèvent le citoyen, non celles qui l'abaissent et le dégradent. A Athènes, il n'y a point de parias politiques : Solon veut que tout citoyen ait une assez nette intelligence des intérêts de la cité pour bien voter à l'assemblée, et des lois de la morale pour bien juger aux tribunaux. Tous, le pauvre comme le riche, le libre comme l'esclave, sont appelés aux fêtes, qui, en même temps qu'elles représentent et développent le sentiment religieux, éveillent celui du patriotisme et de l'art. Quelle éducation pour le peuple que ce continuel exercice des plus hautes facultés! Aussi quand vous verrez les Athéniens appelés encore au concours des poètes, des sculpteurs et des peintres, pour prononcer entre Eschyle et Sophocle, Zeuxis et Polygnote, Phidias et Polyclète, ne vous étonnerez-vous pas qu'ils soient devenu» le plu« intelligent des peuples du monde !
Vi. -INSTITUTIONS CIVILES, INDUSTRIE ET COMMERCE, ÉTRANGERS ET ESCLAVES.
On sent moins à Athènes qu'à Sparte le lien qui unit les institutions civiles aux institutions politiques. Tout ne va pas d'une seule pièce, comme dans la cité de Lycurgue, où l'homme disparaît pour ne laisser voir que le citoyen, partout et toujours enchaîné à l'État.
La propriété n'est pas absorbée à Athènes par l'État, ni gênée par le formalisme étroit des modes d'acquérir qu'on trouvera en Italie : elle existe au contraire dans toute la liberté et l'indépendance qui la constituent véritablement. Solon fonda cette liberté par sa loi sur les testaments. « Jusqu'à lui, dit Plutarque, les Athéniens n'avaient pas eu le pouvoir de tester; tous les biens du citoyen qui mourait sani enfants retournaient à ses gennètes. Solon, qui préférait l'amitié à la parenté, la liberté du choix à la contrainte, et qui voulait que chacun fut véritablement maître de ce qu'il avait, permit à ceux qui étaient sans enfants de disposer de leurs biens comme ils le voudraient. U n'approuva pas indistinctement toute espèce de donation ; il n'au-
d'éleclion des magistrats, et la démocratie dans la forme des tribunaux. Mais quelques-uns lui reprochent, pLipLocvTai -cmu d'avoir détruit lui-même cet équilibre en donnant la décision suprême à des juges désignés par le sort. » (Politique, U, 10.)
40i DE L'INVASION DORIENNE AUX GUERRES MEDIQUES (1104490)
lorisa que celles qu'on aurait faites sans avoir l'esprit aliéné ou affaibli par des maladies, des breuvages et des enchantements, sans avoir éprouvé de violence, ou avoir été séduit par des caresses. » Les gennètes n'héritaient plus alors qu'en l'absence d'un testament. S'il y avait des enfants, les lils partageaient la succession en portions égales, et conformément à l'ancienne coutume, ils constituaient une dot à leurs sœurs. A défaut de fils, la lille héritait; mais l'absence d'un lils semblait une calamité, parce que la fille ne pouvant continuer la religion domestique, les aïeux allaient manquer des honneurs funèbres nécessaires au repos des mânes. L'enfant illégitime n'avait aucun droit à la succession qui, dans ce cas, retournait aux plus proches parents du mort ; il n'était pas même citoyen ; mais la recherche de la paternité était permise à l'enfant né d'une mère athénienne. Le père pouvait du reste exhéréder son fils, à condition que le conseil de famille y consentît par une délibération que l'autorité publique homologuait*.
Beaucoup de villes grecques avaient interdit le célibat; Platon répète encore dans ses Lois que le citoyen qui n'aura pas contracté mariage avant trente-cinq ans doit être soumis à une araendi* annuelle de 100 drachmes et qu'il ne pourra réclamer des jeunes hommes les marques de respect et d'honneur dus à la vieillesse*. Nous ne savons pas si Solon eut besoin de pareille sévérité. De son temps la religion était encore obéie, et comme elle exigeait que le foyer domestique eût toujours des offrandes, les morts, des libations, elle imposait le mariage. Une famille qui ne se continuait pas, c'était un foyer éteint, un tombeau oublié et des aïeux privés des honneurs qui les consolaient dans leur vie d'outre-tombe.
Les jeunes filles vivant très retirées, le mariage se concluait surtout d'après les convenances des parents, habituellement dans le mois de yajmyjXtwv, janvier-février, temps où la nature commence à se réveiller du sommeil hivernaP. Cette solennité était toujours accompagnée de cérémonies religieuses : d'abord des sacrifices en l'honneur
* Cailleiner, Le droit de snccemon à Athènes, p. 25; R. Daresle, Le testament d^Épidéla (youv. rev, hist, du droit, 1882, p. 250). Sur renfaiit né après divorce, voyez la savante éludr «le M. Daresle sur la loi de Gorlync, qui Iraile de l'étal des personnes, de la propriété et des successions en Crête.
* Au IV' livre des Lois, ad fin., et au liv. \1. A Rome les censeurs frapperont aussi les ct'libataires d'une amende (Val. Maxime, 11, 9), et Cicéron trouve très justement que cette abstention d'un devoir civique doit être punie : Censores, dit-il, cœîibes esse prohibenio (de Lp(7.,III, 5).
' D'après la loi de Gortyne, ligne 670, la fille pouvait se marier n à douze ans ou plus ».
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dos dieux prolocloucs de l'hyménéc; puis le bain nuplial dans l'eau sacrée (]ue des jeunes fillesavaienlpuisée àla fontaine Kallirrhoé'. Après le dernier repas fait par la liancée dans la maison palernelle, clic attendait, en habits de lelo, son époux, qui remmenait sur un char que
Scèni' iiii|)Iiiilc : 1(! rti'ïOilenieiiL-.
suivait un cortège de jeunes filles chantant l'épithalame. Théocrile nous en a conservé quelques traits dans le chanl nufitial d'Hélène.
' La fonlaine Kallirrhoé csl rcpi-ési^nU'e sur un vase, doiil nous l'eproduisons la peiiilure page 409, d'après Gerhard, Autcil. Vaaenb.,Vi, Taf. 507. Six jeunesTiiles vicnneiitypuiser IVaj du bain nuplial : elles tiennent à la main uiir branche de reuillage. I^ fonUiue est désignée par rinsuription KAVIPE {aie) KPEINL (KaXXippdn xpijvii), cl rhacune des jeunes filles l'st nommée : SipXfc (deux fois r<<pélé, à ce qu'il semble), 'EinjpdiTTii KuaviJ, Eiiji^, Xo^oviu;.
* Groupe en lerre cuite, découvert à Hyrina, dans les fouilles entreprises par l'f^cole frani.'aisr d'Attiènes et maintenant au musée du LouvVe. CI'. Bull, de Corr. hfllén., X (1886), p. 331 l't pi. XIV (E. Pottier). — L'épouK, à demi nu, se penche vers sa jeune compagne, assise à cAlé de lui sur un lit richement orné. Celle-ci est étroitement envelopp4''e dans sou péplos et dans un long voile que le jeune homme vient d'écarter de son visage : t'esl le * dévoilement » ou tiu£h^i(, le premier acte de la soirée des notes. Il faut rapprocher te très beau gi-oupe lie la peinture célèbre des Noces .\ldolirandines, que j'ai donnée dans VHiiloîre det Romaint, 1. V, p. 2118 (hors leïte). Les deux œuvres laissent une même impression de recueillement '1 de graviié sereine.
408 DE L'INVASION DORIENNE AUX (lUEIlRTS MÉlfiQl'ES (1104-190).
« Quand le blond Ménëlas é[iousa celle qui, dans Lonle l'Achaîo, ne voyait point de beauté égale « la sienne, douze vierges, des plus nobles familles de Lacédémone, leur soyeuse chevelure ornée de guirlandes d'hyacinthe, se réunirent devant l'asile heureux des deux époux et.
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