‹ Histoire des Grecs depuis les temps les plus reculés jusqu'à la réduction de la Grèce en province romaineChapitre 45 sur 78 · ii.ï · texte numérisé non relu

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nelle ne sont que des moyens de protection et de défense. Solon relire même au père le vieux droit de vendre ou de tuer son enfant Celui-ci grandit dans les bras du père et de la mère, sans que l'État vienne indiscrètement porter ses regards dans le sanctuaire du foyer domestique. De là résultent, du père au fils et réciproquement, des relations et des devoirs particuliers tout à fait conformes à la nature. A Sparte, le fils ne doit guère plus de respect à son père qu'à tout autre citoyen d'âge mûr : son père n'est à ses yeux qu'un des vieillards membres de l'État. A Athènes, Solon répète à son insu un mot du Décalogue que Platon redira après lui* : « Honore les dieux et respecte ceux qui t'ont donné la vie; » il oblige le fils devenu grand à nourrir son père infirme, et, avant de déférer une haute magistrature à un citoyen, la loi recherchera s'il a été bon fils, s'il a honoré ses parents pendant leur vie et après leur mort'.

Jusqu'à seize ans, les parents élèvent l'enfant de la façon qui leur plaît : usage qu'Arislote réprouve parce que celte éducation abandonnée aux parents sera souvent faible, capricieuse et contribuera àdissoudrelacité. A partir de la seizième année, ils se rendaient au gymnase, où l'Hermès Héqémonios, celui

"•* J ' Deux enfants

qui conduit, présidait à leurs exercices. On ne visait pas à luttant m remplir l'esprit des enfants d'une foule de connaissances rcurpédaqui surchargent la mémoire, sans développer l'intelligence, ^^^^ue'. Leur éducation était partagée en deux séries d'études : la GymnaRtiqucy ou danse, lutte, combats gjinniques, pour le corps; Y Emeignement des Muses, -h ixovdVA-h riyvny pour l'âme. On les faisait vivre avec les poètes, dépositaires des légendes héroïques ou sacrées et des maximes salutaires; avec Homère, Hésiode et les lyriques, qui regardent presque toujours en haut; avec les gnomiques. Deux Éros jouant aux

osselets *.

qui avaient recueilli toute la sagesse humaine; et on cherchait à leur inspirer l'esprit d'ordre qui se trouve au fond de la littérature grecque et le goût de l'harmonie que la musique peut donner; mais on n'accablait point l'esprit par des études trop prolongées et diverses, qui affaiblissent ou ruinent la constitution phy-

* Bzsu; Tîa«, -ycvï'a; at^w. Euripide le répète dans les Suppliantes, 562.

* Wutarque, Solon, 22; Démoslhêne, Contre Timocratès, 106. ' Pierre gravée du Cabinet de France, n" 1857 du Catalogue.

* Revers d'une monnaie de bronze d'Aphrodlsias de Carie; en légende A<I>POA!Cn£liN. Le droit représente la tête du sénat, avec la légende Ui?\ BOVAU.

416 DE LINVAS10\ DORIENNE Al'V GUERRES MÉDIQUES (llOi-«ft}.

siquc. Ainsi, pour cet ùtre double, une double éducation : d'une pari, " les présents d'Apollon et des Muses' »; de l'autre, les cscicices favorables au développement de la force, de l'adresse et de la beauté; (el était Ic'système suivi en vue de faire des hommes, des citoyens et des soldais.

A dix-huit ans accomplis, majorité civile: le jeune homme peut prendre possession de son patrimoinf; Toiradi-acinnou Aihènc.'. '' ^^l inscHt sur le livn> des épkèbe» ei il va commencer son noviciat politique et militaire. Chaqui' année, les Athéniens de cet âge se réunissent devant l'autel appelé « le foyer commun du peuple » el, en présence des exégèles, charges d'interpréter les oracles, du prêtre des Grâces qui a le devoir d'appeler sur la ville la proleclion de tous les dieux, l'éphèbe prête le serment suivant : » Je ne désho- « norerai pas les armes sacrées que la patrie me donne " et je ne quitterai pas mon compagnon de ranj;. Je « combattrai pour tout ce qui est saint et sacré, seul ou « avec beaucoup, et je ne rendrai point à ceux qui nous succéderont « ma pairie moindre que je ne l'aurai reçue, mais plus grande ol plus ■■ forlo. J'obéirai aux magistrats el aux lois, e( si quelqu'un détruil " ces lois, ou n'y obéit pas, je les vengerai, seul ou avec mes ronci- " loyens, et j'honorerai la religion de mes pères. Je prends les diou\ « à témoin de ce serment. »

Après ce serment héroïque, les éphêbes passent sous la suneillance d'un magistrat annuel, le cosmète. Us assistent à des cours de philosophie, de musique, d'éloquence et de poésie pour former leur esprit; aux fêtes religieuses parce que le culte et la patrie se eonfondenl ; aux assemblées du peuple, afin d'étudier les alTaires publiques; aux exercices gymnastiques, qui rendront leur corps souple et fort; enfin, comme apprentissage de guerre, ils feront un semre de police dans l'intérieur et un senice de garde dans les forteresses de la frontière et du littoral. Quelle éducation complète du corps et

' Li' mot est de Plalon au srplii''mc livre des Loit.

' L'Ili'rmès du Gymnase, tenant un caducée, en symbole sur un lélrarfrachme dAIlttni's. Beul<^ lui donne le nom d'il^gi'monios ou Knodios. Iteulû, Monnaie» d'At/iènet. p. 15.>.

' I>eui nllilùles de gymnase, enlîi^remenl nus, et s'apprètanl ii sp frapper pcul-f tre aver li' ceste: à cA\è de chacun d'euï est le vase conlenanl l'huile dont les allilètes se rroltsiciil les membres. (Uonnaic d'aUribution incertaine. — Percv Gardner, Typet of Crrek eoi", pi. IV, 51).

de lame'! C'est que la guerre sans merci rôde sans cesse autour de la cité et, comme on n'a point de machines pour en défendre les i-emparts, il faut avoir des hommes forts, lestes, résistants, pour les combats corps à corps, et de fermes esprits résolus à tous les sacrifices que la patrie demandera.

A vingt ans, majorité politique : le jeune homme devient citoyen dans toute l'acception du mot; il vote dans l'assemblée générale, il peutmème y prendre la parole. Nous avons indiqué ce que ces orateurs de vingt ans devaient apporter de mouvement et d'activité, mais souvent aussi de turbulence et de désoi-drc, dans les assemblées publiques.

Au moyen-âge commence aussi sérieusement le sor- ^ vice à l'armée. ^

Cette double majorité était bien prématurée :

c'était parler au jeune homme trop tôt de ses droits, et pas assez long- vn cosmitp".

temps de ses devoirs. Toutefois ce ne sera que dans la décadence générale des mœurs, alors que les meilleures lois seraient impuissantes, qu'on verra ces jeunes dissipateui-s devenus des types sur les scènes grecque et latine.

A trente ans, le citoyen peut entrer au sénat.

A soixante, il est quitte du scr\'ice militaire et peut se reposer.

L'adoption conférait les mômes droits que la lUiation naturelle et par les mêmes raisons tirées du culte des morts; « Si vous imnulcz l'adoption faite par Ménéclès. dit un orateur aux juges

* Sur celti- institution qui ne Tul poiiil particiiliiTe ù AtHi^nes, voy. Alli. DumonI, Estai «aVifkébie.. et Collignon, ileColleriiU epkrbûrum aptid Gmecoi ejrepta Allîca.

* iuslp en marbre, d'après le Bull, de Cuit. hfUfn., (1877), pi. IV et p. 235. — Ce persoiiuge est Sosjstralos, lils <te Sosistralos, du dème de Harallion : il a exercé les fonctions du cosraète au deuxième sliVIe de noire ère, probablement en l'année 157.

1)8 DE r/INVASlON DOrtIENNE AUX CLERRES MÉDtQUES (liOi-490).

(l'Alhèncs, il sera mort sans enfant; personne ne lui fera les libations funèbres, et il n'aura plus de culte'. »

J'ai déjà dit que l'Attique est un sol généralement stérile parce que l'eau y manquait. Cependant la rosée y répandait chaque nuit quelque humidité; et les Athéniens qui la voyaient, au matin, en rcmerciaieni r.Aurore. L'agriculture pourtant y était fort en honneur, et les Grecs

L'Aurore versanr ta rosée sur la icrre».

disaient que c'était là que le premier grain de blé avait été confié à la .lerre par Triptoléme'. Les lois d'Athènes punissaient de mort celui

' Iséc, plaLHoyer [wur VbérUage de Ménêcléi, fO cl siiiv.; de niémn d.ins le plaidoyer pour l'héritage d'Astyphilos, 7.

* Ptùnluns ile Tnsc, d'apK's Jlillingen, Anàfiil unedited MonuineiiU. pi. VI. — Éos (WS) ou 'Aurore, velue d'un long cititon, suiité dVloiles, vole dans It-s airs, (enaiil les hydries d'où elle verse la ros^e sur la lerre.

» Cette légende se pcrpéliia. Nous la retrouvons sur le lias-relior eu marbre, céli'hre soii^ I' nom de ,« bas-n?lief d'Eleusis », di'couvert eu 18à9 ii Eleusis, prés des Propylées. ïovei page 419. — Déinéter, delwul, à gauche, et le sceptre eu main, remet au jeune Triploli^ne k grain de blé, le premier qui Tmindcra la lerre. Kon>, debout derrière l'enranl. tienlunclDiigiie torclie de la main gauche et dl^ la droite pose une. couronne sur la léte de Triptolême. Peu «Ir sculphires sont plus expressives el rendent raieuï le prorond sentiment religieui qui a inspiré l'artiste, l'œuvre est du cinquième siècle. — Triplolème inslruil par les deux déesses, parcourra le inonde sur un char ailé pour l'initier aux bienfaits de l'agriculture. Yoy. ci-dessus, p. o^, la gravure et la note 5.

OÉMÈTER, TRIPTOLÉMOS ET KORÉ.

Bouzytrès •*.

qui tuait un bœuf*, et cette défense n'était éludée que pour les sacrifiées à Jupiter Polieus. On plaçait de l'orge sur un autel et on amenait un bœuf tout auprès : lorsqu'il avait touché au grain on l'immolait, mais le victiniaire, après avoir frap|)é, laissait tomber sa hache et s'enfuvait. Les assistants paraissaient n'avoir point, vu le meurtrier; ils ramassaient la hache et la portaient au juge, qui condamnait le fer comme auteur du meurtre, et le faisait jeter à la mer'. Après Périclès, le travail des champs et la surveillance des cultures était encore la principale occupation des citoyens, même riches. Le bonhomme Strepsiade, dans les ISuées d'Aristophane, n'en a pas d'autre.

Solon n'avait donc aucune prescription à établir pour favoriser l'agriculture. Préoccupé du désir d'encourager l'industrie et le commerce, il voulut que chaque citoyen sût un métier. Jérusalem avait une loi semblable. Singulier rapport! Les deux villes qui ont le plus profondément remué le monde de l'esprit sont celles aussi qui ont le plus honoré le travail des mains. D'après une loi de Solon, le père qui n'avait pas fait apprendre un métier à son fils ne pouvait exiger que celui-ci le nourrît dans sa vieillesse*; et l'Aréopage, chargé de s'assurer des moyens "d'existence de chaque citoyen, dut punir ceux qui restaient dans l'oisiveté. Ainsi Lacédémone avait proscrit le travail, et Athènes en faisait une loi. Toute la différence de leur destinée et de leur gloire est là.

Afin de tenir les denrées de première nécessité à bas prix, Solon défendit l'exportation des produits du sol, l'huile d'olive exceptée; c'était un encouragement à l'industrie. Une loi interdisait de reprocher à un autre citoyen le gain qu'il avait fait au marché, mais une autre

» Varron, de Re ntstiat, II, 5; Pausanias, 1, 24,4; Élicn, Hist. Tar., viir, 3.

* Pausanias, 1, xxiv, 4; Élioii, Hist, Far., VUI, 3. Dans le temple d'Érechthée, on n*ofrrail rien en sacrifice qui eût vie. (Pausanias, I, xxvi, 5.) U en était de même dans le temple de Jupiter Upatos en Arcadie. (/d., VIU, ii, 3.) On disait à Athènes que Triptolème avait laissé pour commandement d'honorer ses parents, d'offrir dos fruits aux dieux et de ne pas donner la mort aux animaux. La dernière prescription était de celles qui naissent des lieux mêmes. L'Attique a peu de fourrage, c'est-à-dire peu de bétail; de là, avec la sobriété que le climat impose, les lois protectrices des animaux. Les Grecs modernes mangent aussi très peu de viande, et les jeûnes multipliés du rite grec ne leur sont point pénibles. Que de prescriptions religieuses qui ne sont que des lois instinctives d'hygiène !

' Bouzygès conduisant devant lui le bœuf laboureur. Légende : A0HNAIÛN. (Revers d'une monnaie de bronze d'Athènes.) On peut voir aussi dans ce type Thésée chassant devant lui le taureau de Marathon jusque dans l'Acropole où il le sacrifia à Minerve.

* Plutarque, Solon, 22.

422 DK L'INVASION DORIENNE AL'X GUERRES MÉDIQUES (1104-490). loi lut défendait de surfaire en employant le mensonge. Celait une Icnlalive pour donner de la moralité au commerce.

Athènes ne pouvait faire le commerce de lerre que vers le nord, avec la Béotie et Mégare. De tous les autres côlés, elle était entourée par la mer. Solon, le conquérant de Salamine, fut un des premiers à reconnaître la belle position maritime de l'Attique, quoiqu'on n'eùl point encore apprécié tous les avantages qu'offrait le Pîrée. 11 conscna

Atelier de forgeron '.

la division du lerriloirc en quarante-huit nmicrariet ou districts pour la perception de l'impôt et les levées militaires. Les habitants de

' l'einUiri' <ie Tase, d'après les Jftnam. dHV lniUI. arthfol., XI, Taï. XXIX, 2. Vojei liaiis li-s Annan, 1881 (p. 105 t't suiï.) le commenlaire il.! M. Hugo Blfiiùiier. — La scène repn'sciiliune rorge, A ftauctic un voit le rourncau; au cpiilre est l'eiiPlume sur laquelle mii honmif fiitièrement nu appriii^, au moyen d'une longue tenaille, nti morceau de fer i|ue sou coiii]»ftiion, nu commclui, va frapper d'un lourd inarleau. L'n autre marteau etuiie autre tenaille sout à terr<!. A gauche sont suspendus na mur les Tèlcinents des forgerons, puis des ontili. marteaux et couteaux ft manche de bois, une scie, im broc, el au-dessus hh cispau p), -\ droite sont assis, le premier sur une petite enclume, le second surun siège, deux personnages cuveloppt'S dans leur manteau. Peut-être le plus grand des deuï est-il le maître de la forge, qui surveille ses ouvriers; H. 11. Blûmner a IW's Justement reconnu dans Tautre un visiteur, un curieuï. On sait que rAtliénien bavard se plaisait à fréquenter les boutiques et les ateliers Mes coiffeurs et les parfumeurs, les cordonniers et les forgerons avaient ses préférences, t^i'lail surtout l'hiver, et cela dès le temps d'Homère, qu'on fréquentait les forges : les pauvres y passaient la nuit. (Voy. Odi/Mtie, XVIIl, 538 et suiv.; Uésiodc, Tmvaux H jour*, 493 et le Scholiaste).

chacun d'eux élaienl tenus d'équiper une galère ; ce fui le fondement delà triérarquie el delà puissance maritime d'Athènes. A Lacédémone, où tout avait été mis en commun, les jeunes gens étaient exercés au vol pour développer leur adresse. A Athènes, il y eut peine de mort contre celui qui volait, au gymnase, des ohjets d'une valeur de plus de 10 drachmes.

Pleine liberté pour le citoyen d'aller et de venir. Il peut s'établir à l'étranger et y porter tout son bien. .< si, dit \c Criton de Platon, nous ou la république ne iioriiLisAfi'iiïfos'hii plaisons pas. »

Les peuples commerçants et Industrieux n'ont point de fierté dédaigneuse à l'égard des étrangers ; ce n'est même que par des relations fréquentes avec eux qu'ils assurent et développent leur prospérité. Loin de fermer l'Altique, Solon ordonna d'accueillir les nombreux éniigranls qu'y attirait la liberté dont on y jouissait. 11 ne donnait le droit de cité qu'à ceux qui avaient été bannis à perpétuité de leur pays, n'estimant pas qu'il fût meilleur d'avoir deux patries que de servir deux maîtres; mais il jetait dans les fers, même avant le jugement, ceux qui usurpaient ce titre, parce qu'il ne fallait pas (|ue la souveraineté fût viciée a sa source par le mélange «onfus d'éléments impurs. Ce n'était qu'à la seconde génération que l'archonlat et le sacerdoce pouvaient s'ouvrir à la famille du nouveau citoyen.

L'étranger établi à Athènes portait le nom de métèqiie (qui habite avec). Il fournissait une contribution personnelle de 12 drachmes comme chef de famille, en retour de la protection que l'État lui accordait, sous peine, s'il ne l'acquittait pas, d'être vendu comme ■'sclave. C'eût été, par exemple, le sort du jdiilosophe Xénocrate, si un riche citoyen ne l'avait reconnu en passant par le marché aux enchères et n'eût payé sa dette. La taxe de la femme étrangère était moitié moindre; celle du lils exemptait la mère, comme celle du mari exemptait l'épouse. Mêmes conditions pour l'affranchi. Le métèque devait se choisir parmi les citoyens un patron qui répondit de sa conduite et lui serait de caution. Ces obligations remplies, il trafiquait et exerçait librement sa profession. Mais les métèques ne pouvaient acquérir de propriété territoriale, et l'usage s'était introduit de leur imposer dans tes fêles certaines corvées humiliantes; ainsi aux Panathénées, ils

' llcmn'S qui pn^sidtt au marrlié, debout à fraiiHiP. tenant la l)oursc et le caducée ; en légende : ABIINAIQ?!. (Revers d'une monnaie de brome d'Alliènes.)

portaient les vases, les ustensiles sacrés, et leure femmes tenaient }e parasol sur la tète des matrones athéniennes. Xénophon souhaita plus tard qu'on abolit ces distinctions irritantes; beaucoup en effet, à la suite de longues guerres, furent admis aii rang de citoyen, et la condition générale du métèque fut quelque peu adoucie. Ils ravaient mérité, car ils prenaient leur part des dangers de la commune patrie, en servant sur sa flotte comme rameurs ou soldats, même dans ses armées de terre comme hoplites, c'est-à-dire au milieu des troupes nationales.

Même esprit libéral à l'égard des esclaves, et pour les mêmes raisons. Solon voulut que, maltraités par leur maître, ils pussent exiger la vente et passer ainsi sous une autorité moins dure. La loi leur assurait un défenseur; et, en attendant le jugement, ils trouvaient dans le temple de Thésée* un asile inviolable. Il n'était pas permis au premier venu de les frapper. Leur mort, un outrage même, étaient vengés comme si la victime eût été un homme libre. Et en voici la raison, suivant Xénophon : « Si la coutume autorisait un homme libre à frapper un esclave, un étranger ou un affranchi, le citoyen pourrait bien souvent être victime d'une méprise. Il n'y a rien, soit dans le maintien, soit dans l'habillement, qui le distingue de l'étranger ou de l'esclave. » Démosthène n'a pas cette sécheresse toute Spartiate. II voit là une grande et glorieuse loi d'humanité. « Et que diraient les barbares, s'écrie-t-il, si on leur apprenait que vous protégez même contre l'outrage l'esclave acheté chez les nations qui vous ont pourtant donné un juste motif de haine héréditaire, et que souvent les infracteurs de cette loi ont été punis de mort! » — « La loi, avec raison, dit Montesquieu, ne voulait pas ajouter la perte de la sûreté à celle de la liberté. » Ils pouvaient, comme les étrangers, entrer et prier dans les temples d'où la loi chassait la femme adultère \ et ils étaient admis à servir la flotte comme rameurs ou soldats de marine. Ceux qui avaient combattu aux Arginuses furent naturalisés.

Ainsi la constitution athénienne stipulait en faveur de l'esclave. Athènes fut récoillpensée de cette douceur. Jamais, môme au temps

* L'identiOcationdu Théséion avec lo monument qui subsiste encore au nord de rAréopagt* (voy. la gravure de la page 425) a donné lieu à de longues discussions. Parmi les savants, les uns soutiennent qu'il ixèié consacré à Ares, les autres à Iléraklès (le temple serai t alors rUéraklêion du dème deMélilé); d'autres proposent Héraklès et Thésée, d'autres enfin Hépbaistos etAlbéua.

* Démosthène, Contre Néœra, § 115. Si elle y entrait, il était permis de l'en chasser avec des coups, pourvu qu'on ne la frappât pas mortellement. Mais ce discours est-il de Démosthène ?

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ATHENES ET LA CONSTITUTION DE SOLON. 4i7

de ses plus dures épreuves, elle ne vit éclater contre elle ces guerres st'niles, qui, tant de fois, demandèrent à Sparte et à Rome un compte terrible de leur cruauté'.

L'État avait des esclaves publics : c'était un corps d'archers, appelés les Scythes, qui faisaient la police des rues, gai-daïent la prison et exéculaient les condamnés. Plus tard, leur nombre s'élèvera de trois cents à six cents, à douze 1 cents et on en emploiera même quelques-uns à l'armée, les hippoloxoles ou archers à cheval.

Il faut dire pourtant que l'esclave athénien n'é- "" ^'■'^''^'''■ chappait point à toutes les misères de la servitude. Les Grecs n'ayant pas ces machines qui font pour l'ouvrier moderne les plus rudes besognes, l'esclave en tenait Heu el, comme partout, il était soumis aux volontés de son maître quelles qu'elles fussent. En cas de procès, les citoyens libres, qui ne pouvaient être mis a la question, y livraient réciproquement leurs esclaves, sous prétexte d'éclairer la justice. <i Prends mon esclave et qu'on le torture », dil un personnage d'Aristophane'. L'arsenal du tortion- Larchei- i >i i * naire était largement fourni de tout ce qui fait crier la chair. Que le malheureux expirât dans ce supplice, il importait peu : le maître battu au procès payait à son adversaive une indomiiilé pour l'esclave mort. On conte, ce serait plus odieux si ce l'écit élait vrai, que Parrhasios, pour reproduire dans un tableau les douleurs de Prométliée , aurait fait torturer un vieux captif olynthien qu'il avait acheté'. Nous savons aussi que les .^Ihi';nions connaissaient les eunuques. J'aime à croire qu'ils les ache-

< La rpvolle des esclaies i-mployés dai)s les mines de Laurioii est un Tait isolé, local el postérieur de plusieurs siècles. Cependant, à Athènes même, on interdisait aux esclaves, ainsi qu'aiii métèques, la musique et la gymnastique, qu'on regardai! comme ne convenant qu'à des hommes libres. Les alTranthis passaient dans la classe des métèques, mais ne pouvaient devenir citoyens. (Dion Clirysost., Orat., it.) L'aiïranchi, convaincu par son patron (l'ingratitude, peut être ramené â sa première condition. « Sois esclave, lui dit la loi, puisque tu ne sais pas être libre, ii (Valère Maxime, IL 6.)

• Revers d'une monnaie d'ai^ent de Cydonia, de Crète, représentant un archer nu, bandant son arc; en li^ende, KÏAQN. Au droit, ûgure une tète de femme, à gauche.

> La GrenwilUi, 616.

* Arclier tenant son arcel accompagné de sou chien, chassant dans une forêt de pins. Revers li "une monnaie archaïque en arpent d'Eleuthernae de Crête. Au droit, ligure Diane chasseresse avec la légende EVENflEP.

' Sênèque, Conlrtn., Y, 54. Ce doit être un coûte de rtiéteur; la loi n'autorisait point une 11' Ile cruauté.

taiont en Asie et qu'ils ne pratiquaient pas eux-mêmes celte coutume ^

Toutes les femmes achetées ne restaient pas dans la famille pour tirer la laine et veiller aux soins domestiques. Leurs maîtres avaient le droit d'abuser d'elles et de tirer profit de leurs charmes en les plaçant dans certaines maisons où le vice habite; c'était une industrie de bon rapport. Mais si l'esclavage était la plaie hideuse de tout le monde ancien, du moins eut-il dans Athènes ce caractère particulier d'y être moins dur qu'ailleurs; et l'on ne peut demander aux Athéniens d'avoir fait davantage.

Solon établit comme lien de sa législation la solidarité des citovcns. Ils se devaient une protection mutuelle; le témoin d'un outrage fait à un autre était obligé d'en informer aussitôt les juges; dans le cas de meurtre, les parents du mort, ou à leur défaut, ses gennèteSy devaient demander aux tribunaux la punition du coupable. Enfin, pour détruire l'indifférence politique, qui dans une république est un mal mortel, il fit cette loi qui lui est particulière : « Tout citoyen prendra les armes dans la guerre civile. « Loi bonne dans une petite cité et chez un peuple très éclairé, parce qu'elle assure le triomphe de la majorité véritable et met aux discordes un terme plus court. Bonne encore partout, aux moments de crise, quand les questions se posent nettement entre le oui et le non. Mauvaise en un grand État dont la vie régulière ne peut être qu'une suite de concessions réciproques obtenues par la persuasion, et où la place du bon citoyen se trouve entre les passions des partis extrêmes. Lors même que l'un d'eux aurait la vérité pour lui, une grande société ne peut aller d'un bond à cette vérité nouvelle sans d'affreux déchirements qu'une transition ménagée lui épargne. Montesquieu approuve que Solon ait voulu « faire rentrer le petit nombre des gens sages et tranquilles parmi les séditieux : c'est ainsi que la fermentation d'une liqueur peut être arrêtée par une seule goutte d'une autre*. » J'ajouterai que, dans les républiques anciennes, les magistrats n'ayant pas de force

! armée qui les protégeât contre le coup de main d'un ambitieux, les amis des lois devaient être toujours prêts à accourir pour les défendre.

' Cet ami sincère de la liberté la protégea dans toutes ses manifes^ talions. Il rendit une loi fameuse pour autoriser les citoyens ayant les

* Dans le ProtagorasdeVhion, un eunuque est le porlier de kmaîson oiileSophiste esldescendu. ^ Esprit des lois, XXI, in. Si Montesquieu vivait aujourd'hui, il sérail plus encore de cet avis.

mêmes inlérèts à s'unir en corporations', et cotte loi a passé dans le code romain.

Solon ne crut pas avoir fait une œuvre éternelle, il voulut que sa constitution pût céder au temps sans se rompre, au lieu de se faire liriser en lui résistant. Il reconnut à l'assemblée générale le droit (le décider, à la première réunion de chaque année, s'il y avait lieu (le créer une commission législative, celle dos nomolhètes, pour iulroduirc une loi nouvelle ou pour modifier une ancienne loi. On procédait à ces changements avec toute la solennité d'un jugement public. La proposition était afiichée pour que toute la filé la connût. Cinq orateurs étaient chargés de (irésenter la défense de la loi qu'il s'agissait d'abroger, et la commission lé- };islative, dont les membres étaient des héliastes élus oudésignés par le sort, préparait le travail de révision à soumettre au sénat qui en .délibérait, puis à l'assemblée générale qui iipprouvaitourejetait.Ainsi se maintenait l'ordre et la clarté dans l'ensemble des lois.Siunedisposilionnou- „ , ... . e.. ,

r""""""""" . Biislc |)Oi-taiil le nom de Sulull".

voile portait le désordre

dans la législation, les nomotkète$ provoquaient d'office un second l'xamen. C'est à ces conditions qu'une constitution dure, comme toute chose dans ce monde, en se transformant avec sagesse et prudence; car la vie véritable est le mouvement, l'action, la recherche du bien, même du mieux. Il n'y a de repos absolu que dans la nmrt. Quand Soion eut publié sa législation, on la grava sur des rouleaux

' Gaius, un Ilig., XLMI, ïïi, 4, prnsp qiie la loi romaine de CoUvijih H rorporibut iiVst ipi'iiiio tnidiiclioii de la loi de Soloii : 'E« Si èi.)i.it, t\ f^in^t;, ^ Iipùi i}-ii"''< ^ ■''^~>', ^ ff-jsm-

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' Uustc en marbre penléliqiie, conservé ;iu p.ilnjs des Omces à Florence; tl'apri's Visconli, Iconaqrapa Greea, 1, TaT, IX, a. — La Ii5le n'appartient pas A l'hermès sur lequel a élé (.■raviN'

de bois tournants, dans l'Acropole, afin que le peuple les eût toujours sous les yeux. Mais il se vit assailli de tant de sollicitations, de tant de prières d'interpréter certaines de ses lois, qu'il demanda à ses concitoyens la permission de s'éloigner, après avoir fait jurer aux sénateurs et aux archontes de conserver ses institutions intactes pendant dix années. C'est alors qu'il visita l'Égjpte, où les prêtres lui parlèrent de l'Atlantide, cette grande île de l'Océan qui s'était abîmée sous les flots; il vit Chypre où le roi du pays voulut qu'il fondât une ville de son nom, Soli, les côtes de l'Asie Mineure et la cour de Lydie. S'il fallait en croire une tradition qu'Hérodote nous a transmise, il aurait conversé avec Crésus. Ce fameux roi, dit l'aimable conteur, reçut Solou avec une grande distinction et le logea dans son palais. Un jour, il lui fit ouvrir les chambres où l'on gardait ses trésors, et quand TAthénien eut tout vu : « Quel est l'homme le plus heureux que vous ayez rencontré? » lui demanda-t-il. Crésus ne voulait pas être seulement le plus puissant et le plus riche des princes ; il prétendait, parce que rien n'avait été refusé à ses désirs, prendre encore pour lui seul ce trésor que les dieux accordent parfois aux plus pauvres, le bonheur. — « Le plus heureux homme que j'aie connu, dit Solon, c'est Tellus d'Athènes : il a vécu dans une cité florissante; il a eu des enfants beaux et vertueux; et il est tombé, dans une guerre, après avoir vaillamment combattu et en voyant l'ennemi repoussé par son courage. Athènes lui a rendu de grands honneurs, l'État a fait les frais de ses funérailles et de son tombeau. » Crésus s'étonne et croit que Solon lui accordera au moins la seconde place. « Après lui, je placerais, continue l'Athénien, deux Argiens, Cléobis et Biton, qui tous deux furent vainqueurs dans les jeux pu-

Cléobis et Bitoii ». ,1- I' • 1 * .X j I

bues. Lin jour que leur mcre, prêtresse de Junon. devait se rendre au temple, sur un char traîné par une couple de bœufs, l'attelage manqua. Ses deux fils se mirent sous le joug et allèrent ainsi l'espace de quarante-cinq stades, au milieu des acclamations du peuple, qui louait leur piété envers les dieux et leur mère, et félicitait la prêtresse d'avoir de tels enfants. Elle, en accom-

l'inscription : SiXwv 6 vojxoOérr.ç. Solon le législateur. Elle a été rapportée et l'on croit y reconnaître les traits du poète Sophocle. Cf, H. DQtschke, Antike Bildwerke in Oberitalien, III. p. 1 79, n- 3G3.

• Cléobis et Biton attelés à un char sur lequel est assise leur mère qu'ils conduisent au temple. En légende : APPEIÛN. (Revers d'une monnaie de bronze d'Argos. — ArchàoL Zeitnngy 1869, pi. 23, n. 15.)

plissant le sacrifice, supplia la déesse d'accorder à ses fils le plus grand bonheur qu'un mortel pût obtenir. Elle fut exaucée : ses fils s'endormirent dans le temple et ne se réveillèrent pas. Les Argiens estimèrent que Junon avait voulu les soustraire, par cette douce mort, aux misères de la vie; ils leur dressèrent des statues qu'ils placèrent au temple de Delphes, pour consacrer à jamais leur mémoire. » — Quant aux deux jeunes ciéobis Argiens, un médecin d'aujourd'hui trouverait une très facile explication de leur mort; les contemporains de Solon y voyaient un acte divin, comme dans tout ce qui les surprenait.

Ces récits sont controuvés; l'inexorable chronologie les repousse* et tout autant la vraisemblance historique ; mais ils plaisaient à l'imagination des Grecs. Grésus et Solon représentaient, à leurs yeux, les deux civilisations contraires de l'Asie et de l'Hellade : l'Une agenouillée devant ses rois et l'or; l'autre réservant tout son amour et sa vénération au dévouement pour les dieux et la patrie. Si donc l'entrevue est fausse, il est certain que les Grecs se proposaient ce type de perfection, et qu'à force de le contempler, plusieurs l'ont réalisé. Avec leur esprit net et prompt, ils ont fait, au lieu d'une théorie discutable, une anecdote précise, et Solon méritait d'en être le héros. Bien souvent il se trouve ainsi, à côté de l'histoire réelle, une histoire idéale qui, à certains égards, n'est pas moins vraie que l'autre.

Le nom de Solon est un des plus grands de l'histoire. Action et pensée, politique et poésie, il réunit tout, et sur tout il répand sa douce sagesse et son aimable vertu. 11 nous reste bien peu de ses vers : nous ne citerons que son Invocation aux Muses. Puisque nous cherchons à faire l'histoire des idées et des sentiments de la Grèce autant que celle de ses révolutions, ce petit poème ouvrira devant nous la conscience de l'homme qui a exercé une grande influence sur ses compatriotes et que la postérité respecte encore.

« Brillantes filles de Mnémosyne et de Jupiter, Muses de la Piérie, écoulez-moi. Faites que j'obtienne des immortels la félicité et des hommes une bonne renommée; que je sois doux à mes amis, redoutable à mes ennemis; qu'aux uns, j'inspire le respect, aux autres la

* Cléobis et Biton aUelés à un char sur lequel se lient debout leur mère qu'ils conduisent au leinple. (Pâte de verre du musée de Berlin. — Archâologùche Zeitung, 1869, pi. 25, n. 9 bis.)

* Crésus ne devint roi qu'en 560; h cette date, Solon était à Athènes, où il mourut Tannée suivante; mais les défenseurs de la tradition ont dit que Solon put voir le prince, quand il était gouverneur d'Âdramytte pour son père Âlyatte.

432 DE L'I.WASION DORIENNE AUV Gl'EKRES MÉDIQL'ES (HO4-490)

crainlo. Je désire la richcsso, mais acquise juslcmeiU, car te châliiiirnl siiil de près l'iniquité et les trésors qu'elle amasse ne durent iia;;; le dominateur éternel les détruit. Après avoir bouleversé les flots jusqu'au fond de la mer inféconde et dévasté les riantes moissons de lu terre nourricière, le vent du printemps balaye en un instant les niiagr> et rend au ciel la sérénité. Aussi soudaine est la vengeance do Jupiter. Cependant sa colère n'éclate pas, comme celle de l'homme, à toute occasion; mais il n'oublie jamais le crime. L'expiation arrive plus tôt pour l'un, plus tard pour l'antre. Si la justice des dieux n'atteint pas le coupable, ses enfants ou sa postérité payeront pour lui'. » Ce n'esl pas une prière chrétienne, mais ce sont paroles d'honnête hommi'. avec la croyance salutaire à l'inévitable expiation de toutes les fautes', llappelons encore ce mot que chacun de nous doit lui prciidiT : '( Je vieillis en apprenant toujours ^ » Mais il ajoutait, ce qui est moins sage, sauf le dernier mot : « Ce que j'aime encore ce sont les dons de Cypris, de Bacchus et des Muses. »

' Vers i-Tii. La pièce est iMaucoiip plus longue, mais la snile n'est que le d^it'loppenit'ul des inéines pensées.

• Voy. ci-dessus, p. 220-239. p[ Hiil. dn Rom., l. Vtl, 505. ^ nipdoxu j'tUl m>i>à JiSuxoiMto;. Plul-, Salon, 43.

* Slatuelte en bronze, trouvée à Olyinpie, d'aprûs Die Aiuijrabimgfn iu Olympia. III. T)!. XXIV. — Cr. la statue d'AsIarlé, donnét! ci-dt-ssus, p. 102.

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