II. - MONTAGNES ET COURS D'EAU
Les géologues, qui sont en train d'écrire la grande histoire de la terre, montrent l'Italie et la Grèce méridionale comme les parties de notre continent que la nature a remaniées les dernières *. Sa terrible puissance y agit encore. Si la Grèce n'a ni le Vésuve ni l'Etna, les yeux des hommes y ont vu des îles surgir du sein des flots bouillonnants ou disparaître dans les gouffres de la mer. Santorin n'est que le bord d'un cratère immense dont le fond se trouve à 400 mètres au-dessous des eaux, mais qui, à plusieurs reprises, a vomi des îles brûlantes'. Milo, Cimolo, Thermia, Délos, s'élevèrent au-dessus de l'abîme, en même temps que le Taygète sortit des entrailles du Péloponnèse et que le cap Ténarc éleva au-dessus des vagues son front rugueux, que la tempête fouette et déchire.
Les anciens Grecs eurent la révélation instinctive de ces grandes révolutions. Ces montagnes entr'ouvertes et aux flancs déchirés, ces rochers entassés au hasard, ces îles où se voit encore la trace des feux qui les formèrent, leur rappelaient la lutte des Titans contre Jupiter, les combats des puissances infernales contre les forces célestes; et, eif célébrant les exploits de leurs dieux, ils faisaient l'his-
* M. Gaudry a recueilli à Pikermi, près d*Athènes, des ossements fossiles d'éléphants, de rhinocéros, d'antilopes, d'hyènes, de girafes, etc. : ces débris d'animaux africains étaient empâtés dans l'argile rougeâtre, qu'on retrouve encore sur les rivages de l'Afrique, preuve qu'un temps a existé où la Grèce tenait à ce continent, ainsi qu'elle tenait à l'Asie Mineure. Les nombreuses lies de la Méditerranée orientale sont comme les témoins, laissés au milieu des flots, de cette antique union des trois continents.
> C'est la révolution qu'ils appellent le soulèvement du Ténare.
' La dernière, la Nouvelle ou la Grande-Brûlée (Néa, Mi-ya »] xau[i6vii) n*a commencé à paraître qu'en 1707; IlaXaià xaufiivr) date du second siècle avant J.-C., Mixpàc xaupktVT] du commencement de l'empire romain. De nouvelles éruptions ont encore eu lieu de 1866 à 1870. Cf., sur cette éruption, le très intéressant rapport de M. Fouqué, aux Archives des missions scientifiques^ t. IV, p. 225.
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et en face du continent grec, l'antiquité connut : à Torient, une Grèce asiatique; à l'occident, une Grèce italienne; au midi, sur le vaste promontoire, aujourd'hui désert, de la Cyrénaïque, une Grèce africaine^ Que d'échanges d'idées et de produits entre ces quatre pays, et quelle intensité de vie dans celui qui, placé au centre, était comme le foyer où tous les rayons partis de ce cercle lumineux venaient s'unir en décuplant leur force !