II. - MONTAGNES ET COURS D'EAU
Les géologues, qui sont en train d'écrire la grande histoire de la terre, montrent l'Italie et la Grèce méridionale comme les parties de notre continent que la nature a remaniées les dernières '. Sa terrible puissance y agit encore. Si la Grèce n'a ni le Vésuve ni l'Etna, les yeux des hommes y ont vu des îles surgir du sein des flots bouillonnants ou disparaître dans les gouffres de la mer. Santorin n'est que le bord d'un cratère immense dont le fond se trouve à 400 mètres au-dessous des eaux, mais qui, à plusieurs reprises, a vomi des îles brûlantes'. Milo, Cimolo, Thermia, Délos, s'élevèrent au-dessus de l'abîme, en même temps que le Taygète sortit des entrailles du Péloponnèse et que le cap Ténarc éleva au-dessus des vagues son front rugueux, que la tempête fouette et déchire.
Les anciens Grecs eurent la révélation instinctive de ces grandes révolutions. Ces montagnes entr'ouvertes et aux flancs déchirés, ces rochers entassés au hasard, ces îles où se voit encore la trace des feux qui les formèrent, leur rappelaient la lutte des Titans contre Jupiter, les combats des puissances infernales contre les forces célestes; et, eif célébrant les exploits de leurs dieux, ils faisaient l'his-
* M. Gaudry a recueilli à Pikermi, près d'Athènes, des ossements fossiles d^éléphants, de rhinocéros, d'antilopes, d'hyènes, de girafes, etc. : ces débris d'animaux africains étaient empâtés dans l'argile rougeâtre, qu'on retrouve encore sur les rivages de l'Afrique, preuve qu'un temps a existé où la Grèce tenait à ce continent, ainsi qu'elle tenait à l'Asie Mineure. Les nombreuses Iles de la Méditerranée orientale sont comme les témoins^ laissés au milieu des Ilots, de cette antique union des trois continents.
» C'est la révolution qu'ils appellent le soulèvement du Ténare.
' La dernière, la Nouvelle ou la Grande-Brûlée (Néa, M^^a t\ xaufxévn) n'a commencé à paraître qu'en 1707; noXaià xau[jiv7] date du second siècle avant J.-G., Mixpà X2up.év7) du commencement de l'empire romain. De nouvelles éruptions ont encore eu lieu de 1866 à 1870. Cf., sur cette éruption, le très intéressant rapport de M. Fouqué, aux Archives des missions scientifiques ^ t. IV, p. 223.
Iaj &
CD
co
IaJ
et en face du continent grec, l'antiquité connut : à Torient, une Grèce asiatique; à l'occident, une Grèce italienne; au midi, sur le Taste promontoire, aujourd'hui désert, de la Cyrénaïque, une Grèce africaine*. Que d'échanges d'idées et de produits entre ces quatre pays, et quelle intensité de vie dans celui qui, placé au centre, était comme le foyer où tous les rayons partis de ce cercle lumineux venaient s'unir en décuplant leur force!
H. - MONTAGNES ET COURS D*EAU
Les géologues, qui sont en train d'écrire la grande histoire de la terre, montrent l'Italie et la Grèce méridionale comme les parties de notre continent que la nature a remaniées les dernières*. Sa terrible puissance y agit encore. Si la Grèce n'a ni le Vésuve ni l'Etna, les yeux des hommes y ont vu des lies surgir du sein des flots bouillonnants ou disparaître dans les gouffres de la mer. Santorin n'est que le bord d'un cratère immense dont le fond se trouve à 400 mètres au-dessous des eaux, mais qui, à plusieurs reprises, a vomi desiles brûlantes^ Milo, Cimolo, Thermia, Délos, s'élevèrent au-dessus de l'abîme, en même temps que le Taygète sortit des entrailles du Péloponnèse et que le cap Ténare éleva au-dessus des vagues son front rugueux, que la tempête fouette et déchire.
Les anciens Grecs eurent la révélation instinctive de ces grandes révolutions. Ces montagnes entr'ouvertes et aux flancs déchirés, ces rochers entassés au hasard, ces îles où se voit encore la trace des feux qui les formèrent, leur rappelaient la lutte des Titans contre Jupiter, les combats des puissances infernales contre les forces célestes; et, erf célébrant les exploits de leurs dieux, ils faisaient l'his-
• M. Gaudry a recueilli à Pikermi, près d*Athènes, des ossements fossiles d'éléphants, de rhinocéros, d'antilopes, d'hyènes, de girafes, etc. : ces débris d'animaux africains étaient empâtés dans l'argile rougeàtre, qu'on retrouve encore sur les rivages de l'Afrique, preuve qu'un temps a existé où la Grèce tenait à ce continent, ainsi qu'elle tenait à l'Asie Mineure. Les nombreuses lies de la Méditerranée orientale sont comme les témoins, laissés au milieu des flots, de cette antique union des trois continents.
• C'est la révolution qu'ils appellent le soulèvement du Ténare.
' La dernière, h Nouvelle ou la Grande-Brûlée (Nea, M^-fa ^ xaufiivn) n'a commencé à paraître qu'en 1707; HaXaià xaupiv?) date du second siècle avant J.-G., Mixpà xauf&iVT] du commencement de l'empire romain. De nouvelles éruptions ont encore eu lieu de 1866 à 1870. Cf., sur cette éruption, le très intéressant rapport de M. Fouqué, aux Archives des missions scientifiques, t. IV, p. 223.
UJ
bû
u co
et en face du continent grec, l'antiquité connut : à l'orient, une Grèce asiatique; à l'occident, une Grèce italienne; au midi, sur le vaste promontoire, aujourd'hui désert, de la Cyrénaïque, une Grèce africaine*. Que d'échanges d'idées et de produits entre ces quatre pays, et quelle intensité de vie dans celui qui, placé au centre, était comme le foyer où tous les rayons partis de ce cercle lumineux venaient s'unir en décuplant leur force !
H. - MONTAGNES ET COURS D'EAU
Les géologues, qui sont en train d'écrire la grande histoire de la terre, montrent l'Italie et la Grèce méridionale comme les parties de notre continent que la nature a remaniées les dernières '. Sa terrible puissance y agit encore. Si la Grèce n'a ni le Vésuve ni l'Etna, les yeux des hommes y ont vu des lies surgir du sein des flots bouillonnants ou disparaître dans les gouffres de la mer. Santorin n'est que le bord d'un cratère immense dont le fond se trouve à 400 mètres au-dessous des eaux, mais qui, à plusieurs reprises, a vomi des* îles brûlantes ^ Milo, Cimolo, Thermia, Délos, s'élevèrent au-dessus de l'abîme, en même temps que le Taygète sortit des entrailles du Péloponnèse et que le cap Ténare éleva au-dessus des vagues son front rugueux, que la tempête fouette et déchire.
Les anciens Grecs eurent la révélation instinctive de ces grandes révolutions. Ces montagnes entr'ouvertes et aux flancs déchirés, ces rochers entassés au hasard, ces îles où se voit encore la trace des feux qui les formèrent, leur rappelaient la lutte des Titans contre Jupiter, les combats des puissances infernales contre les forces célestes; et, erf célébrant les exploits de leurs dieux, ils faisaient l'his-
* M. Gaudry a recueilli à Pikermi, près d'Athènes, des ossements fossiles d'éléphants, de rhinocéros, d*antilopes, d'hyènes, de girafes, etc. : ces débris d'animaux africains étaient empâtés dans Targile rougeâtre, qu'on retrouve encore sur les rivages de l'Afrique, preuve qu'un temps a existé où la Grèce tenait à ce continent, ainsi qu'elle tenait à l'Asie Mineure. Les nombreuses îles de la Méditerranée orientale sont comme les témoins f laissés au milieu des flots, de cette antique union des trois continents.
* C'est la révolution qu'ils appellent le soulèvement du Ténare.
' La dernière, la Nouvelle ou la Grande-Brûlée (Nea, Mi-ya îj xaufievn) n'a commencé à paraître qu'en 1707; IlaXaià xaujjiévT) date du second siècle avant J.-G., Mixpà xaup.sv7) du commencement de l'empire romain. De nouvelles éruptions ont encore eu lieu de 1866 à 1870. Cf., sur cette éruption, le très intéressant rapport de M. Fouqué, aux Archives des missions sdentifiques, t. IV, p. 223.
es
et en face du continent grec, l'antiquité connut : à l'orient, une Grèce asiatique; à l'occident, une Grèce italienne; au midi, sur le vaste promontoire, aujourd'hui désert, de la Cyrénaïque, une Grèce africaine*. Que d'échanges d'idées et de produits entre ces quatre pays, et quelle intensité de vie dans celui qui, placé au centre, était comme le foyer où tous les rayons partis de ce cercle lumineux venaient s'unir en décuplant leur force !
H. - MONTAGNES ET COURS D'EAU
Les géologues, qui sont en train d'écrire la grande histoire de la terre, montrent l'Italie et la Grèce méridionale comme les parties de notre continent que la nature a remaniées les dernières '. Sa terrible puissance y agit encore. Si la Grèce n'a ni le Vésuve ni l'Etna, les yeux des hommes y ont vu des îles surgir du sein des flots bouillonnants ou disparaître dans les gouffres de la mer. Santorin n'est que le bord d'un cratère immense dont le fond se trouve à 400 mètres au-dessous des eaux, mais qui, à plusieurs reprises, a vomi des- îles brûlantes'. Milo, Cimolo, Thermia, Délos, s'élevèrent au-dessus de l'abîme, en môme temps que le Taygète sortit des entrailles du Péloponnèse et que le cap Ténare éleva au-dessus des vagues son front rugueux, que la tempête fouette et déchire.
Les anciens Grecs eurent la révélation instinctive de ces grandes révolutions. Ces montagnes entr'ouvertes et aux flancs déchirés, ces rochers entassés au hasard, ces îles où se voit encore la trace des feux qui les formèrent, leur rappelaient la lutte des Titans contre Jupiter, les combats des puissances infernales contre les forces célestes; et, eif célébrant les exploits de leurs dieux, ils faisaient l'his-
* M. Gaudry a recueilli à Pikermi, près d'Athènes, des ossements fossiles d'éléphants, de rhinocéros, d'antilopes, d'hyènes, de girafes, etc. : ces débris d'animaux africains étaient empâtés dans l'argile rougeâtre, qu'on retrouve encore sur les rivages de l'Afrique, preuve qu'un temps a existé où la Grèce tenait à ce continent, ainsi qu'elle tenait à l'Asie Mineure. Les nombreuses Iles de la Méditerranée orientale sont comme les témoins, laissés au milieu des flots, de cette antique union des trois continents.
* C'est la révolution qu'ils appellent le soulèvetnent du Ténare.
5 La dernière, la Nouvelle ou la Grande-Brûlée (Néa, Mé-ya \\ xaufitvTj) n'a commencé à paraître qu'en 1707; IloXaià xaufiiv?) date du second siècle avant J.-^., Mixpà xaufAtvT] du commencement de l'empire romain. De nouvelles éruptions ont encore eu lieu de i866 à 1870. Cf., sur cette éruption, le très intéressant rapport de M. Fouqué, aux Archives des missions scientifiques , t. IV, p. 223.
' Sam
ImhiK
ienmos
llJ
ce
»UJ
bJ «^
eu
eo
tl
rr
Jl
en
qvE
cet l. I
"'*i;ja
MONTAGNES ET COURS D'EAU. 0
loire de leur terre. Écoutez la Théogonie d'Hésiode' : f Voilà les Titans, fils de la Terre, qui combatlent contre les Centimanes, fils du Ciel. Autour d'eux, la mer sans bornes mugit avec fracas; sous leurs pieds, la terre gronde profondément; le vaste ciel s'agile et gémit; l'Olympe même tremble jusqu'en ses fondements, et les abîmes du Tartare retentissent du bruit des rochers qui s'écroulent. Jupiter déploie alors sa puissance. Des hauts sommets de l'Olympe, il lance des feux étincelants. lcs Titans*.
Les foudres sortaient sans relâche de sa main redoutable. La terre s'embrasa, les vagues de l'Océan roulaient du feu, et des vapeurs étoufïantes enveloppaient les Titans. Éblouis par la foudre, les yeux brûlés par l'éclair, ils sont précipités dans les abîmes de la terre. Briaréc, Gygès et les autres fils du Ciel les y enchaînent de liens indestructibles; sur eux reposent les fondements de la mer et des continents, qu'ils essayent parfois d'ébranler encore. »
Cependant ces montagnes forment, en plusieurs jji.iiei'.
points, des chaînes continues. Ce que l'Apennin est pour l'Italie, le Pinde l'est pour la Grèce. Il se détache des Alpes orientales comme l'Apennin des Alpes maritimes, descend au sud, en séparant l'IIlyrie de la Macédoine, l'Épire de la Thessalie, et couvre la péninsule d'innombrables ramifications. Les monts Cambuniens s'appuient, au nord des sources du Pénée, sur cette chaîne centrale et courent droit à l'est, vers les boi-ds du golfe Thermaïque, où ils se relèvent pour former la masse colossale de l'Olympe : montagne haute de 3000 mètres, qui présente, en beaucoup d'endroits, l'aspect d'une muraille taillée à pic. Au midi, ses pieds baignent dans le Pénée; de l'autre côté du fleuve se dresse l'Ossa, qui garde longtemps aussi, dans l'été, les neiges de l'hiver.
Ouelquc convulsion du globe a violemment séparé les deux montagnes. Leurs flancs déchirés se correspondent, et Neptune « qui
■ Théogonie, 678 et suiv.
* Deux Titans anguipéiles, tenant chacun un quartier de rocher et se dnnuant la main au momcntoùilsTont attaquer Jupiter. Au-deitsus d'eux, ou Toille maitre des dieui assis supson trAne. (RcTers d'une monnaie de bronze frappée par l'empereur Haximm à Brususdc Phrygie.)
■ Jupiter sur un quadrige au galop, tenant un sceptre et Toudroyant les Titans. (Camée d'une collection inconnue, publié pur Cliaries Lenonnant dans la IfouvelU galerie mytholngiqut, lA. IV, %. 5.)
ébranle la terre » pourrait, en les rapprochant, les unir. Des roches énormes pendent encore à demi déracinées, mais, dorées par les rayons du soleil, elles offrent de vives couleurs qui tranchent sur la sombre verdure des bois, et donnent à ces beaux paysages un éclat incomparable. Entre le pied des deux monts, le Pénée s'est frayé une route jusqu'à la mer. Il coule lentement, entre des rives gazonnées qu'abritent d'énormes platanes, l'arbre des fleuves grecs. Mais, sur un espace de cinq mille pas, son bassin n'a souvent que quelques mètres de largeur : c'est la vallée de Tempe, célèbre dans l'antiquité par sa grandeur sauvage. Un petit nombre d'hommes arrêteraient une armée dans cette étroite fissure des monts, le seul passage fréquenté qui menât de Grèce en Macédoine.
Comme les monts Cambuniens ferment la Thessalie par le nord, le mont Œta la ferme par le sud et se termine aussi, sur le golfe Maliaque, entre des marais et des rochers à pic, par un défilé que l'histoire a rendu fameux, celui des Thermopyles*. Le long de la côte, le Pélion se rattache à l'Ossa et, par un chaînon qui contourne le golfe Pagasétique ou de Volo, va rejoindre l'Othrjs, qui sépare le bassin du Pénée de celui du Sperchéios. Le nord de la Thessalie est donc bien ce que l'appelait Xerxès, un vallon qu'il serait facile de noyer sous les eaux, si on leur fermait la seule issue par où elles s'échappent, la vallée de Tempe.
Les Grecs avaient trouvé dans cette région quelques-unes de leurs plus gracieuses ou plus terribles légendes, et la moitié de la poésie homérique en était sortie. Cette vallée de Tempe, c'était le bras du fils d'Alcmène ou le trident de Neptune qui l'avait ouverte. Sur la cime de l'Olympe et de ses neiges presque éternelles, au milieu des nues qui l'enveloppent et que déchire la foudre, s'élevaient les trônes des douze grands dieux. Là les géants avaient combattu les maîtres de l'Olympe et voulu mettre Pélion sur Ossa, pour escalader le ciel; là les Muses étaient venues aux noces de Thétis et de Péléc prédire la naissance d'Achille et la ruine de Troie. Le laurier d'Apollon croissait d'abord à Tempe*, et le dieu y avait des autels, "AttAouvi IfijATrEiVa'; sur le Pélion
• La description de ce passage sera donnée plus loin quand sera raconté le combat des Thermopyles.
• Tous les neuf ans, Delphes chargeait une théorie solennelle d'aller, en suivant la voie Sacrée, par où le dieu s'était rendu dans la Phocide, couper à Tempe, le berceau de son culte, une branche de laurier. (Olf. Millier, die Dorier, 2« édit., 1. 1, p. 204.) Les Grecs regardaient Delphes comme le centre de la Grèce et du monde, âu^oxliy Tîiç y^ç (Fausan., Phoc,, 46).
• Corp, irucr. Graec., n* 1767.
MONTAGNES ET COURS D'EAU. U
furent coupés les arbres dont on fit le navire Argo, auquel Minerve donna pour mât un des chênes fatidiques de Dodone, et les héros qui le montaient s'embarquèrent au port thessalien de Pagase.
Au sud de la Thessalie et au sud-est de TÉpire, la Grèce centrale est couverte d'un inextricable réseau de montagnes qui part du mont Tymphrestos. Une chaîne, qu'on peut regarder comme la continuation du Pinde, descend jusqu'au golfe de Corinthe, entre TÉtolie et la Locride. Une autre se détache de celle-ci dans la Doride, court à l'est et comprend des monts célèbres : le Parnasse, qui portait Delphes sur ses pentes, et d'où la légende faisait descendre une race nouvelle pour repeupler la Grèce après le déluge de Deucalion; l'Hélicon, séjour des Muses, qui, disait-on, n'avait jamais produit une plante vénéneuse; le Githéron où Œdipe tua Laïos, et qui, réuni au Parnès, couvrait l'Altique contre la Grèce centrale; enfin, derrière Athènes, le Pentélique, dont un roc détaché portait l'Acropole, et THymette, que le Laurion semble continuer jusqu'au promontoire de Sunion, au sommet duquel se voient, encore debout, quinze colonnes d'un temple écroulé *.
Gette chaîne, souvent brisée, envoie vers le sud, entre les golfes Saronique et Corinthien, un puissant rameau, qui forme une seconde péninsule à l'extrémité de la première et s'y étale circulairement, de sorte que le Péloponnèse a presque la figure d'un cône tronqué, dont le sommet est à 6 ou 7000 pieds au-dessus de la mer : c'est la hauteur des montagnes autour de l'Arcadie'. Au nord, sur la frontière de l'Achaïe et de l'Élide, l'Érymanthe, où Hercule accomplit un de ses douze Travaux, s'élève à 2259 mètres; à l'est, près de Sparte, le Taygète en a 2567, et, vu du golfe de Messénie, dont il n'est éloigné à vol d'oiseau que de 4 kilomètres, il s'élève majestueusement dans les airs; aussi les Grecs le croyaient-ils une des plus hautes cimes du monde.
* Altitude des principales montagnes de la Grèce : rOlympe, 29S5 mètres; rOssa, 1953; le Pélion, 1618; les monts Gambuniens,iOO0 à 1500; le Pinde, 3100; les monts Âcrocérauniens, 3025; le Tymphrestos, 2319; en Étolie, 2495 et 2512; le Callidrome, 1374; les plus hauts sommets du Parnasse, qui gardent huit mois de Tannée les neiges de Thiver, 2459 ou 2517; le Githéron, du côté d'Élatée, 1411; la route de Platée à Hégare s'élève à 836; celle de Platée à Athènes, à 585; le Parnès, 1413; sur les trois routes conduisant de l'Attique en Béotie et à TEuripe, que défendaient les forteresses Panacton, Phylé et Décélie, on a mesuré des altitudes de 727, 700 et 688; le Pentélique, 1110; THymette, 1027 ; le Laurion, 357; le Lycabette, 277 ; l'Acropole, 154; le Muséion. 147 ; la colline de l'Aréopage, le Pnyx et la colline des Nymphes, 80 à 100.
' Au nord, le Krathis a 1904 mètres; h l'est, le Cyllène en a 2374, les hauteurs à l'orient d'Orchomène, 1821, le Kréion 1623; au sud, le Parnon 1958, leDoréion 1105; à l'ouest, le mont Eira (Ira) 1417, et le Lampéia 1823.
Par cette disposition de ses montagnes, la Grèce est, si j'ose dire, un piège à trois fonds. I-es monts Cambuniens et l'Olympe s'élèvent au nord, comme une première barrière. Si ce difficile obstacle est franchi ou tourné', l'assaillant sera arrêté par l'Œta, aux Thermopyles, et
Gor)[e dans l'Érymanthe*.
enfermé dans la Thessalie. Ce passage encore forcé, la Grèce centrale n'est plus défendue, parce que les hauteurs n'y forment point une chaîne continue; mais la résistance peut reculer jusque vers l'isthme de Corinthe, où elle trouve de nouveau, excepté sur l'isthme même, une formidable position : des montagnes d'accès diflicile ne laissant, entre leurs flancs abrupts et la mer, que deux routes dangereuses suspendues au-dessus des flots.
■ On pouvait le tourner par les coU nombreux mnis diRiciles que présentent les monts (lambunieiis plus ii l'ouest. (Boné, Voyage en Turquie, 1. 1, p. 109.) • D'après une |>liolograpliie.
MONTAGNES KT COURS D'EAU. 15
liBs eaux intérieures de la Grèce pouvaient être également fermées aux navires des peuples anciens sur trois points : au nord de l'Eubée, pour couvrir les Thermopyles; près de l'Euripe', pour défendre les approches de l'Attique; dans le détroit de Salamine, pour protéger l'isthme de Corînthe.
La mer se trouvant partout à une faible distance des montagnes, la Grèce n'a que des cours d'eau peu étendus. Les plus considérables sont le Pénée et l'Achéloos (150 à 175 kilomètres de longueur); près- peisamiiiiâ ■ que tous ont te caractère capricieux des torrents. Les pluies d'automne et d'hiver, tombant sur des montagnes décharnées, descendent rapidement vers les vallées qu'elles inondent. Avec l'élé arrive la sécheresse, car le schiste et le calcaire siliceux des montagnes, ayant peu absorbé, ne rendent rien; les sources s'épuisent, el le fleuve, naguère furieux, n'est plus qu'un ruisseau caché sous les lauriers-roses, quand il n'est pas un torrent desséché. Plusieurs de ces fleuves, l'Eurotas, l'Alphée, le Styx et le Stymphale, poursuivent sous terre une partie de leur coure; l'Alphée allait même plus loin. Le Fleuve aimait la nymphe Aréthuse, qui avait fait jaillir une source limpide dans l'ile d'Ortygie. Touché de cet amour, le dieu de la mer d'Ionie laissait l'Alphée traverser les flots amers et mêler ses eaux pures à celles de la nymphe sicilienne.
La Grèce véritable ne dépasse point, au nord, le 40* degré de latitude. A ce point, le climat, parfois rigoureux, arrête le myrte, l'olivier et la flore méridionale, qui s'épanouit plus au sud. Comme l'habitant de ces régions plus froides avait d'autres cultures et d'autres besoins, l'histoire y trouve d'autres mœurs et d'autres idées: c'est la Macédoine, qui ne put se faire comprendre dans le corps hellénique qu'au temps où ce corps se mourait; à côté d'elle, rillyric.
■ L'Euripe est le détroit, large de 65 mitres, qui sépare l'Eubée de la Déotie, e( où les maré«s ont des variations singulières. Sur cette question, voyez Neumann, Pkyàkal. Geogr., p. J50, ei le Problème de l'Eunpe,C.R. de l'Acad.det McUnix»,i.L\\\\\,\i, 1879, p. 859-861. tin rocher, qui porte un petit Tort, sépare le canal en deuï parties. Le grand bras du eôlé de la Béotie est aujourd'hui couvert par un pont d'une cinquantaine de pieds de longueur; au-dessus du petit bras, qui est le plus profond, a été jeté un pont de bois tournant de 10 métrés. C'est de la vingt et unième année de la guerre du Péloponnèse que date le premier pont sur l'Euripe.
* L'Achéloos, sur une monnaie de Thyrrhaeon en Acarnanie. — Le génie du fleuve est représenté avec une tète de taureau à face humaine; derrière, un nom de magistral ; HENANAPOS. Le revers de cette pièce repi-ésenle un Apollon assis, tenant son arc. (Argent.) — Pour l'explication de cette monnaie, voy. Haloire dei Romaint, 1. I, p. 480, n. 3.
i* ISTRODUCTKIN.
qui, n'ayant ni ports sur ses rivages ni plaines dans ses mont^nes, par conséquent sans beaucoup de cultures et sans commerce, resta toujours barbare.
De l'Olympe au cap Ténare, les montagnes, couvrant la majeure partie de la Grèce, lui donnent une grande variété de climats et de productions. Les flancs des monts, les chaudes vallées qu'ils abritent, les côtes qui reçoivent les tièdes effluves de la mer, offrent, à de courts intei*vatlcs, une végétation différente. Tandis que les essences de nos bois couvrent le Pinde, le palmier qui balance, en quelques endroits des Cyclades, son gracieux panache de verdure, mûrit à peu près ses dattes en certains points de la Messénie, et le citronnier, l'oranger, importés sur les côtes de l'Argolide, y forment des forêts. La nature n'exerce donc pas en ce paj-s l'influence despotique qui, en d'autres contrées, condamne l'homme à une vie uniforme et aux mêmes pensées. Sur cette terre variée et sur sa mer hospitalière, le Grec a trouvé cet esprit alerte et curieux qui a voulu tout savoir et qui a su tout exprimer.
A voir le grand nombre de divisions politiques faites en ce pays, on les croirait arbitraires; presque toutes ont été dessinées sur le sol par la nature même. Des montagnes courant en sens contraire se sont soudées les unes , aux autres et, en se réunissant, ont enfermé, comme entre de hautes murailles généralement stériles, parfois inexpugna-
Uonnaie des Thesialiens. in génère^, blcs, Icsplaiuesde la Phocidc, de la Béotle,
de l'Attique, de la Mcgaride, de la Corinthie, de l'Âr^olide, de la Laconie et de Mantinée. De là, la division du peuple grec en tant de petits Ëlats, l'ardent patriotisme dont chaque cité était animée et sa haine contre la cité voisine qui, placée dans une aulre vallée, semblait être dans un autre monde. La géolt^ie a fait la constitution politique de l'ancienne Grèce.
< TAle laurée de lupitrr, .i droite. ^. BE^UQN. Pallas dehonl h droJle. combalUnt avec la lance elle bouclier; noms de deu\magislral3 : ... AAOr. eEMIITO. (Argent.)
Le terme in génère que nout expliquons ici une {oit pour Undet, signifie que la médaille a Hé frappée pour VentembU d'une province ou d'im peuple, et non pa* leulenunl pour une nll» déterminée d* celte province ou de ce peuple.
Parcourons quelques-unes de ces régions naturelles.
La Theaalie a formé parfois un seul Ëlat, malgré l'Othrys qui la coupe en deux, parce que cette montagne, assez haute pour être la ligne de partage des eaux, ne l'est pas assez pour être la ligne de démarcation des hommes. Seulement, la vie a été bien autrement active aux bords des golfes Maliaquc et Pagaséen, qui s'ouvrent sur la
Grèce, que dans le bassin solitaire du Pénée. Les villes s'y pressent comme les légendes.
I^s deux Locrides, opuntienne et épicnémidienne, couvrent les pentes qui descendent à la mer Éubéenne; la Béotie, celles qui s'inclinent à l'intérieur vers le lac Copaïs' : sol gras et humide, climat brumeux sous lequel on s'étonne que Pindare ait chanté. Mais la Véotie avait deux jours sur la mer ; par le pays d'Aulis, sur l'Euripe,
■ Ce hb est encore à 95 mètres d'altitude.
Muiiiitiiu des Pliocidieiis,
OÙ Agamemnon s'embarqua ', et, par les vallées de Creûsis et d'Aphoi^
mion, sur le golfe de Corinthe.
La Phocide, plus haut dans la montagne, enveloppait la Béotie et, comme elle, touchait aux deux mers : à la mer Eubéenne par Daphnous, au golfe de Corinlhe par Cirrha, où commençait la route des pèlerins qui montaient au temple d'Apollon.
La Doride, haute et froide vallée entre l'Œta et le Parnasse, aurait pu n'être que le commencement de la Phocide.
Le canton montagneux des Locrient Ozoles offrait à ce peuple d'inexpugnables retraites. Pausanias tire leur nom de l'odeur de leurs vêtements en peaux de bétcs non préparées; un de leurs poètes, des fleurs qui embaumaient l'air de leurs monlagnes. Je crains que le poète n'ait torl; leur vie grossière donne raison à Pausanias.
Leurs voisins à l'ouest, les ÉloUen*, habitaient un pays sauvage, où les villages bâtis sur la pente des rocs restaient, l'hiver, sans communication entre eux. Ces hauteui's sont les dernières ramifications du Pinde et de l'Œta qui viennent mourir d'une part sur les bords du fleuve Acbéloos, de l'autre sur ceux du golfe de Corinthe, au point le plus étroit de cette mer, là où la côte du Péloponnèse n'est qu'à 1600 mètres de distance. C'est par là que les Étoliens iront, dans les derniers temps, ravager si souvent la presqu'île, comme ils passeront entre le Pinde et l'Œta pour piller la Thessalie. Ils n'avaient que ces deux portes ouvertes sur la Grèce.
L'Achéloos, dont le délia grandit sans cesse par les alluvions que le fleuve apporte, les séparait de l'Àcamanie, autre région montagneuse, mais composée d'un calcaire poreux qui ne lient pas l'eau. Aussi l'appelle-t-on aujourd'hui le pays sec, Xéroméros. Pas une rivière ne circule à sa
■ Aulis semble uvoir occupi'', û ô milles au Mtd de Chalcis, une péniiisulu roclieuse qui l'éluiid OHlrr deux baies, dotil la plus méridionale esl .'i un mille du village moderne de Vathy. nom probablement dérivé de celui de ^oElii; Xiiinv, le porl profond, qu'on donnait au port d'Aulis.
* Této de bccur de Tace. if. <K>KI. Tète diadémée de femme, A gauche, dans uu carré creux. (Argent.)
=■ Téled'lioinme,laurée, à droile.^.AITQAQN.fdtre eloliendebout.il gauche, s'appuyani du In main droite sur un long billoii, le pied droit posé sur nn rocher, ayant tKfu pétaae rejeté sur le doa, et son péplos sur In jambe ; dans le champ, M, initiales d'un nom de magistrat. (Argent.)
llotniuiu des Ktotiuiis, i
surface. La mer a beau lui envoyer de trois côtés des nuées pluvieuses, les torrents à peine formés par un orage disparaissent en des gouffres profonds. Le sol prend tout et ne rend rien, si ce n'est au bas des collines où les nappes intérieures reviennent au jour et s'étendent en lacs et en marais. Un autre trait de la géologie de cette région est une chaîne de montagnes hautes de 1600 mètres qui borde la mer Ionienne et n'y laisse point de place aux populations pour vivre et s'étendre, aux cités pour s'élever; de sorte que le calé par où l'Acarnanîe pouvait le plus aisément recevoir l'influence de la Grèce s'est trouvé hermétiquement fermé.
Commen ts'é tonner q u'elle
Caaal de Leucade.
ailvécuàl écart?Âu temps
de Périclès, on y trouvait les mœurs de l'âge héroïque; il n'y avajt
qu'à regarder un Acarnane pour savoir comment un héros d'Homère
était fait. Jusqu'à ce jour, ils n'ont guère
changé; quelques-uns se nourrissent
encore du gland amer des chênaies'.
Le nord-est de l'Acarnanie, d'accès fort difficile, fut cependant envahi par les tribus de l'Épire. Les Amphilochiens,
^ ^ Huiinaïc de Leucas d Acarnuiie*.
qui l'habitaient, étaient à demi Grecs
et à demi barbares. A l'ouest s'établirent les colons de Corinthe. De ce côté s'étend l'île de Leucade (Sainte-Maure), qui d'abord tenait au continent par un isthme de 5 stades. Les colons, pour se mettre en sûreté contre les brigandages des Acarnanes, creusèrent un canal,
* Beuiey , Le tnoni Olympe et VAcamanie, p. S3d.
* Diane, debout adroite, tenant daaa la main droite un nrrotMion, symbole de la navigation; t MD côté, un cerf; derriëra elle, un sceptre surmonté d'un oiseau. Le tout dans une awroone de laurier. 4. AErKAilQN IIOAEMAPXOÏ. Proue de navire; dans le champ, partie antérieure d'un cheval galopant, et la marque d'atelier AK. (Argent.)
le Dioryctos. La mer fil le reste, mais c'est le plus modeste et le plus calme des détroits : on le traverse en quelques minutes, dans un bac et à la perche, comme un obscur ruisseau. 11 faut plus de façons pour rEuripe*.
A l'extrémité opposée de la Grèce centrale s'étend une presqu'île bien mieux dessinée, l'Attique, que le Cithéron et le Parnès séparent de la Béotie, que le Pentélique et l'Hymette partagent en deux versants, et qui s'incline vei's trois mers. Malgré ces directions divergentes, c'est une des contrées les mieux faites de la Grèce et où l'unité était le plus facile, car les Athéniens, qu'Eschyle appelle « les constructeurs de routes qui ont apprivoisé la terre sauvage* »y en relieront tous les points par des voies que la nature sèche du sol rendra toujours praticables, sans qu'elles aient besoin de la solide grandeur des voies militaires de Rome. L'Attique eut beaucoup de villages, mais une seule ville, l'asile commun, le marché et la forteresse du pays : Athènes, entre l'ilissos et le Géphise, au pied de rocs escarpés qui lui servirent de citadelle, à 8 kilomètres du Pirée, dont les trois ports pouvaient abriter quatre cents vaisseaux. Toute la vie de l'Attique devait se porter en ce point; elle s'y concentra. Tous les échos de l'Asie vinrent y retentir, toutes les affaires du monde s'y traiter, toutes les doctrines, tous les arts, s'y épurer et y grandir. Le genre humain salue encore avec reconnaissance la patrie de Socrate, de Phidias et de Sophocle.
En suivant la côte qui regarde Salamine, on trouve dans un fertile vallon Eleusis, qu'Athènes attira et retint sous son influence, et entre deux rochers Mégare qui, protégée par ses montagnes, échappa à cette attraction. Les Mégariens n'avaient qu'un sol stérile : « Ils labourent des pierres », dit Socrate; mais leur ville était la porte de l'isthme. Pindare compare cet isthme à un pont jeté par la nature au milieu des mers pour lier ensemble les deux principales parties de la Grèce. Malheureusement les abords de ce pont, au nord, sont hérissés de montagnes qui rendent le passage difficile : en mille endroits, quelques hommes résolus y tiendraient tête à une armée. Cette position de Mégare et ses deux ports sur les golfes Saronique et corinthien, faisaient toute son importance. Mais, dans l'une de ces mers, elle trouvait la marine rivale de Corinthe;
* Les Romains construisirent àLcucadeun pont de pierre qui existait du temps deStrabon (X, 2, 9).
* Eutnénides, 15-14.
dans l'autre, celle d'Athènes : redoutable concurrence qui devait la tuer.
Entre Cenchréae et Léchéon, l'isthme corinthien a de 5 à 6 kilomètres de largeur, et le point culminant est assez bas pour qu'on ail pu transporter par terre les vaisseaux d'un de ces ports à l'autre.
Rocher de l'Aeropole à l'éiat primilif.
afin d'éviter les longueurs et les périls d'une navigation autour du Péloponnèse. Démétrius Poliorcète, César et Néron songèrent à creuser en cet endroit un canal'.
Le Péloponnèse a trois régrons bien caractérisées : le plateau central, ou l'Ârcadie; la Laconic, ou le bassin de l'Eurotas; la Messénie, ou le bassin du Pamîsos. Je parlerai plus loin des doux dernières, que le Taygète sépare et que la mer enveloppe de trois côtés; quant à l'Arcadie, entourée d'un cercle de hautes montagnes qui ne s'ouvre
' J'ai traversé rislhme en voilure, Ir^s comraodémenl et eu quarante minutes envirou. On le traverse maintenant en ctiemin de fer, el bientAt on le traversera en bateau à vapeur.
qu'à l'ouesl, du côté d'OIympie, en un étroit défilé par où l'Alphée s'échappe, elle présentait l'aspect d'un chaos de monts verdoyants et de fraîches vallées couvertes de bourgades, avec quelques rares plaines où s'élevaient les villes. C'était le pays le plus divisé de la Grèce: aussi ses habitants n'arrivèrent à l'union politique que fort tard et pour un moment; c'était aussi le mieux arrosé : il avait des lacs à des hauteurs de 600 à 800 mètres au-dessus de la mer, comme le Phénéos, dont l'altitude est de 753 mètres; et il en résultait un singulier phénomène géologique. G^ lacs servaient de
L'isthme de Cui-inttic.
réservoirs aux eaux du Péloponnèse; alimentés par les ruisseaux descendus des hautes cimes, ils se déchargeaient par les conduits souterrains ou kalamthra qui existaient naturellement à travers les montagnes, et formaient au delà les rivières de la zone maritime. L'Eurotas, l'Alphée, le Styx et le Stymphale ont ainsi sous terre une partie de leur cours; on compte dans l'Arcadie plus de trente de ces katavothra, mais aussi il arrivait souvent que ces canaux souterrains s'engorgeaient et alors se produisaient de redoutables inondations'.
Le reste du Péloponnèse, c'est-à-dire le littoral du nord, n'est qu'une suite de courtes vallées descendant à la mer, chacune avec une
' Les liics ou marais d'Orchomène el de Caphyes étaient à une altitude de 643 inélres; goulfres de Mauliuée et de Tégée à 659 ; le lac Stymphale à 630.
ville qui formait un État à part. Les anciens y distinguaient cependant trois régions ; l'Élide, la plus fertile contrée de la péninsule', l'Achaïe et l'Ai^olide. Ils ne faisaient habituellement, sur cette côte, d'exception que pour Sicyone et Corinthe, en donnant le nom de chacune de ces villes au pays environnant.
L'Argolide, presqu'île entre trois mers, reproduit presque la figure de l'Attique. Hais la capitale n'est pas au centre j son port était mau-
vais, même pour les navires des anciens; son littoral était marécageux, et elle avait Sparte à ses côtés. Aussi, après avoir jeté un vif éclat dans les temps primitifs, elle ne joua, comme Thèbes, qu'un rôle secondaire, sans avoir, ainsi que cette autre rivale de Sparte et d'Athènes, la gloire éclatante de Leuctres et de Mantinée pour dédommagement de sa longue obscurité ^
■ Le blé yrend 10 et même 15 pour 1. (Leake, Morea, 1, 14.)
* D'après une photographie.
> Clinton a calculé, dans ^s Fatli Bellenki, d'après la carte d'Arrowsmith, la super-