I. — Ti
56Î DK L'INVASION DOIHEXNE AUX GUERRES MÉDIQl'ES (1104-490).
juste (l'iajouter que la Phénicie, assaillie à cette époque par lés rois de Niriive, ne pouvait secourir ses lointains établissements. Sa décadence côminençail, et le temps de ta grandeur de Carthage n'était pas encore venu. C'est entre ces deux moments. qu'eut lieu la facile occupaliou de la Sicile par les Grecs, moins toutefois l'extrémité occidentale, d'où les Carthaginois ne se laissi-i-ent pas déloger. Lii, ils ne lenaietil plus la Sicile que par le liord, mais ils la tinrent si bien, qu'il fallut les rudes coups de Rome |tour leur faire lâcher !ionaa/d'jri.ncr>.'. {VoTTan.) |>"st! quatre sièclcs plus lard. DeLilïbée on voit la côte africaine où Cailhagc s'élèvo, et au pied de ce promontoire passaient tous les navires qui
allaient exploiter cette sorte de mer intérieure qu'enferment les rivages op|iosésde l'Afrique, de la Sardaigiie, de l'Italie et de la Sicile. La eo-
Vciiinair de Cirlliagc'. ,
Ionisation greeque eut toujoure grand'jieîne à se faire jour au travers de ee domaine particulier 4le la marine cartliagi nuise.
L'histoire des colonies grecques en Italie se divise en deux parties : l'une, commençant au huitième siècle avant notre ère, ne peut être l'objet d'aucun doute; riïsseeiDiomédc». l'autpp^ remontant au douzième siècle, a contre elle toutes les probabilités historiques. Sans doute, il se peut que. dans les temps qui suivirent la guerre de Troie, apix's ce grand ébranli"ment de la Grèce, des troupes d'Hellènes, chassés par les molutions de la mère-patrie, aient débarqué sur les cotes de l'italie. Mais ce que l'on rapporte de l'établissement de Biomède dans la
< Eu léf;rnilp HIMERA. Cmi toiiiiK:' h catiNio. $. Crabe. (Didrnrhmi'.)
» JHo lie T.inil. In Oéméler (iiiiiiqui', coiiruniit'-c ({'('■pis, h murlx*. ^. En l^ende puniqu"'.
]c. nom (le BjTsa (rantat- Pi-insc volant .i droilc. (Klectram. — Voy., Hut. da Ron., 1. 1-
419, une nionnaic au même type expliquée |>ar H. de Saiilcy.) I Ulysse et Uiomède agenouillas en face l'un de l'autre; laus deux ont le casque en Hf
el portent leur boitctier au bm« puehe. Les deus: lii^ros ont la même attitude que fiir
FONDATION DES CULOJNIES GRECOCES. î*3
Daunie oti chez les Vénètes, qui du temps de Strabon lui sacrifiaienl chaque année un cheval blanc, des compagnons de Nestor à Pise, d'Jdoménée à Salentc, bien que Knosse dans la Crète inonlràt son tombeau, de Philoctète à Pétélic et à Thurion, d'Ëpéios à Métaponte,
Ulysse lendant la coupe à Polypbèmo'. (Voy. p.5(H.}
d'Ulysse à Scjlacion, d'Évandrc, de Tibur, de Telegonus, Ti'.s d'Ulysse, dans le Latium, à Tusculum, Tibur, Prénesle, Ardéc, etc., ces légendes, disons-noHS, ne peuvent être regardées que comme des traditions
luie peinture de vase qui les rpprésenle au momoul où ils vont s'emparer du Palladium. (Scarabée de sardoinc du Cabinet de France. Haut. 9 inlllim.; larg. 11 ntillim. Calalogue, H- 1852.)
' Cylii ardiaïque, conserver au Cabinet de France. — Polypliême est assis â droile sur un rocher : il est nu et tient dans ses mains les jambes d'un des malheureux qu'il a dévorés, tlysse, debout, lui présente la coupe et en même temps, avec l'aide de trois de ses compagnons, enfonce un pieu dans l'œil du Cyclope. Le serpent au-dessus, le poisson au-dessous (les personnages servent seulement a combler des vides.
poétiiques inventées par les rhapsodes, afin de donner u ces villes une origine illustre.
Rien ne manqua pour accréditer ces généalogies glorieuses : ni los chants des poètes, ni la crédulité aveugle ou intéressée des historiens, ni môme les reliques vénérées des héros. Sur les bords du Numicius, les contemporains d'Auguste allaient voir le tombeau d'Énée, devenu le Jupiter Indigète, et tous les ans les consuls et les pontifes romains y offraient des sacrifices. Circeii montrait la coupe d'Ulysse et le tombeau d'Elpénor, un de ses compagnons; Lavinium, le vaisseau incorruptible d'Énée et ses dieux pénates; Thurion, l'arc et les flèche^ d'Hercule donnés par Philoctète; Macella, le tombeau de ce héros: Métapontc, les outils de fer dont s'était servi Épéios pour constiniire le cheval de Troie; Lueérie, l'armure de Diomède; Maleventum, la fcio du sanglier de Calydon; Gumes, les défenses du sanglier d'Érymanlhe. Ainsi des Arméniens croient encore que les débris de l'arche de Noé se voient sur la cime du mont Traza.
Personne ne tient plus à ces fabuleuses origines; d'ailleurs, loi^s même qu'on regarderait comme authentiques les premiers établissements de la race grecque en Italie, on ne pourrait leur accorder aucune importance historique ; car, restés sans relations avec la mèrepairie, ils perdirent le caractère de cités helléniques, et quand les Grecs arrivèrent, au huitième siècle, ils ne trouvèrent plus trace de ces incertaines colonies. A cette classe de récits légendaires appartiennent les traditions sur le Troven Anténor, fondateur de Padoue, el sur Énéc apportant dans le Latium le palladium de Troie. Les nobles Romains voulaient dater de la guerre de Troie, comme les nôtres des croisades.
Suivant Hérodote, les premiers Grecs établis dans la lapygie seraient des Cretois qu'une tempête y aurait jetés. Séduits par la fertilité du sol, ils auraient brûlé leurs vaisseaux et bâti Iria dans l'intérieur des terres. Mais la plus ancienne colonie grecque dont l'établissement soil hors de doute est celle des Chalcidiens, fondateurs de Cumes. Conduits par Hippoclès et Mégasthénès, ils s'avancèrent, dit la tradition, à travers des mers inconnues, guidés le jour par une colombe et la nuit par le son de l'airain mystique*. Séduits par la magnificence des golfes de Misène et de Pouzzoles, par la fécondité des terres volcaniques de Vheureuse Campanie, ils fondèrent la ville de Cumes, sans
* Strabon, V, 4. 4 : naerwv Ion TtpeoCurdiTTj twv xi SixeXixGv xa\ tCjv ^iTaXunridcov. Aux Chalcidiens s'étaient mêlés des colons de Cymé, sur les côtes de l'Asie Mineure, où Homère avait chanté.
Monnaie de Cumes'.
s'inquiéter des bruits qui couraient sur le géant Typhon, foudroyé par Jupiter, et dont le corps immense s'étendait des champs Phlégréens jusqu'à l'Etna, où sa bouche vomissait des flammes'. Bâtie sur un promontoire qui domine la mer et les plaines voisines, en face de l'île d'Ischia, Cumes eut une prospérité si rapide, qu'elle put devenir métropole à son tour*, aider, au temps de Porsenna, Rome et les Latins
à repousser le joug des Étrusques du Nord et, pour son compte,iutter avec ceux de la Campanie. La bataille navale de l'an 474, livrée par les Grecs italiotes et siciliens aux Étrusques et aux Carthaginois, retentit jusque dans la Grèce, où Pindare la célébra.
<c Fils de Saturne, je t'en conjure, fais que le Phénicien et le soldat de Tvrrhénie restent dans leurs foyers, instruits par l'outrage que leur flotte a reçu devant Cumes et par les maux que leur fit le maître de Syracuse, aloi*s que, vainqueur, il précipita dans les flots, du haut des poupes rapides, toute leur brillante jeunesse et tira la Grèce du joug de l'esclavage. >) Le roi de Syracuse Hiéron fit offrande au Jupiter d'Olympie du casque
Monnaie étnisque (Populonia) *.
JcA 1 To I ^VR A fr o^i o r
TO I A J TV R A/vAPOKV/NA A£
Inscription gravée sur le casque consacré par Hiéron".
d'un des lucumons tués à celte bataille, avec cette inscription qu'il
* Pindare, Pythiques, I, 29-50.
* Cumes fonda Dicœarchia ou Puteoli, qui lui servit de port, Parthenope ou Neapolis (Naples), qui Féclipsa. Naples comptait aussi parmi ses fondaleui's des Athéniens et des Érétriens. Ceux-ci s'étaient d'abord établis dans Tile d'Ischia, d'où ils avaient été chassés par une éruption volcanique. (Strabon, V, 4, 9.)
* Tête de nymphe à droite. ^. KVMAION, en légende rétrograde. Coquillage et grain d'orge, (.argent.)
* Sanglier marchant à droite. Le revers de celte monnaie d'argent est lisse, c*est-à-dire sans type et sans carré creux. Sur les monnaies à revcKS lisse, voy. Hist. des Rom,, t. I,p. lxix, et t. n, p. 677, n. 2.
* D'après Rœhl, Inscriptioneê Grœcx antiquissimœ, nV510. — Il faut lire : 'Mptav i Actvo(jLc\io«
566 DD L'INVASION DOHIENNE AUX CUEUnES HEDIQIiES (1104-490).
y avait fait graver : « Hiéron et les Syracu^ains ont consacré à Jupiler les armes tyrrhéniennes prises à Cumes'. »
Hais en 420 les Samnites entrèrent- dans la grande cité camp»niennc. Toulcrois, malgré l'éloignement et malgré les Barbares, Cumt^ resta longtemps grecque de langue, de mœurs et de souvenirs; el, chaque fois qu'un danger menaçait la Grèce, elle croyait, dans sa douleur, voir pleurer ses dieux. Ces larmes payaient les chants de Pindare.
Sur celte terre volcanique, près des champs Phlégréens el du sombre Averne, les Grecs se crurent aux portes des Enfere. Cumes, où. selon Homère, Ulysse avait fait l'évocation des morts, devint le séjour d'une des sibylles et des nécromanciennes les plus habiles deritalio; chaque année, de nombreux pèlerins visitaient avec effroi le saint lieu au grand profit des habitants. C'est là aussi, dans ce poste avancé de la civilisation grecque, au milieu de ces Ioniens tout pleins de l'esprit Iiomérique, que s'élaborèrent les légendes qui amenèrent en Italie tant do héros de la Grèce.
Uonoaic dcSybaris*. Les DoHens, qui dominaieiil
en Sicile, étaient peu nombreux en Italie, mais ils avaient Tarente, sur un golfe où se IrouTait e» grande abondance et en meilleure qualité qu'en aucun autre point des mers européennes le coquillage qui donne la pourpre'. Elle rivalisa de puissance ol de richesse avec Svbaris et Crotonc et
Konnaic de Croloiip '. , , ' ,
consei-va pins longtemps que ces doux villes son indépendance ^ De riches offrandes, déposées au temple <!*'
xa'i To\ £up«K69iu tÇ A'i Tup[p}dEv' iiA Kûjia<; par le mot Ti^dn', pour Tuppr.vi, il Taut entendre : li>s armes tyrriiéniennes.
' Pindare, Pylh.,l. 136 sq. Ce casque a étfi retroufé en 4817. dans le lit de l'AIpliée, elest aujourd'hui au British Muséum. Vov, p. 565 l'inscription qui y est gravée.
• En légende rétrograde : S¥, initiales du mot SuÊspiTOv. Taureau à gauclie déloumaiil li léte. ^. L'empreinte du même taureau en creui. (Argent. )
• Sur la fondation de Tarente. Toy. p. Ô43 et p. 505 le Murex.
• Tèle de Junon Lacinienne, de face, la lèlc ornée d'une haute Stéphane. H. KPOTQNIATA>. Ikrcule nu tenant un vase, assis à gauche, sui- un roclier; à ses pieds, sa massue et sa peau de lion. (Argent.)
» Tile Live, XXYU, 16. Slrabon dit {M. 5, i) : It/vjm U «h ai TapmTwa xiO' «aiffel^». La
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Delphes, attestaient encore au temps de Pausanias ses victoires sur les lapyges. les Messapiens et les Peucétiens. Aussi avait-elle élevé a ses dieux, en signe de son courage, des statues de taille colossale et toutes dans l'attitude du combat; mais ils ne purent la défendre contre Rome, et le vainqueur qui rasa ses murailles lui laissa par dérision les images de ses belliqueuses divinités. Un Tarentin, Archylas, a pris rang parmi les philosophes et les savants de la Grèce. Comme général, il mena plus d'une fois ses compatriotes à ia victoire; Platon le compta au nombre de ses amis, et c'était un grand homme de bien. « Tu es heureux, dit-il un jour à un de ses serviteurs pris en faute, tu es heureux que je sois en colère. » Il fut renommé comme mathématicien, ayant trouvé une méthode pour la duplication du cube, et sa colombe volante passait pour un chef-d'œuvre de mécanique. Nous avons sous son nom soixante fragments, sans èlre surs que tous lui appartiennent.
Ancône, fondée vers 380, dans le Picénum, par des Syracusains qui fuyaient la tyrannie de Denys Monnaie dAucône*.
l'Ancien, était aussi doricnne.
La plus florissante des colonies achéennes fut Sybaris, dont les habitants ne méritèrent pas d'abord la réputation qu'on leur fit plus tard. Leur activité répondit à la fertilité du sol; ils s'assujettirent beaucoup de peuples, s'enfoncèrent hardiment dans les profondeurs de la Sila, foret redoutée qui couvrait l'Apennin méridional, et allèrent lie l'autre côté fonder, au bord de la mer Tyrrhénienne, vingt-cinq colonies. Sybaris pouvait, dit-on, armer trois cent mille combattants, chiffre assurément légendaire. Mais, en 510, elle fut prise et détruite par les Crotoniates. Toute l'Ionie, qui trafiquait avec elle, pleura sa ruine, et les Milésiens prirent des vêtements de deuil. Son territoire rendait cent pour un' : ce n'est plus qu'une plage déserte et marécageuse. Laos, que les Lucaniens détruisirent après une grande victoire sur les Grecs confédérés, et Poseidonia, dont les ruines grandioses ont
richesse de Ta rente provenait de ses pêcheries, de ses ateliers pour le travail des laines fines du pays, et de son port, qui était le meilleur de la côte méridionale.
* Tête laurée de Vénus, à droite; derrière, la lettre M. ^. ArKQN. Bras droit tenant une palme; au-dessus, deux étoiles. (Bronze.)
* Varron, de Re rust,^ I, 41.
rendu célèbre la ville aujourd'hui déserte de Paestum, étaient des colonies de Sybârîs. «Soumis par les Lucaniens, dit Athénée', les Grecs do Poseidojiia laissèrent peu à peu s'efTaeer leur caractère hellénique; ils oublièrent jusqu'à leur langue et devinrent semblables à leure maîtres. Cependant ils conservèrent une fêle grecque. Chaque année, ils se réunissaient pour réveiller les anciens souvenirs, rappeler
Ruines d'un temple de MéUiponle *.
les noms aimés et la patrie perdue, puis se quittaient en pleurant. » Triste et touchant usage qui atteste une bien dure servitude!
D'autres Achéens s'étaient établis ù Métaponte, qui dut de grandes richesses à son agriculture et à son port aujoui"d'hui transformé en lagune*. Quinze colonnes encore réunies par leurs architraves marquent la place de son acropole. Crotone eut une prospérité aussi rapide que celle de Sybaris, sa rivale, mais qui se soutint plus longtemps. Son enceinte, double en étendue {100 stades), accuse une population plus nombreuse, que sa renommée pour les luttes du pugilat nous ferait aussi regarder comme plus énergique (Milon de Crolonc).