CHAPITRE XIII
GRANDEUR £T CIVILISATION DSS COLOHIES 6RECQ0SS.
I. - RAPPORTS DE LA COLO.'VIE AVEC SA HËTROPOLE; PROïPËHITË GONHEflClALt UEti CQECS ASIATIQUES.
Pour les rapports de la colonie avec la mélropole, la Grèce e\ Rotiip représenlent deux politiques contraires. L'une a obéi à l'esprit if
liberté, et clic y a gagné de la gloire; l'autre, à l'esprit de commandement, et elle y a gagné de la force. Si pourtant la colonie greque
' Pointure sur un vase du musée Biscari, â Cataiie ; d'après 0. Benudorf, Cntiiiûdie wd
se détachait de la mère-patrie pour se gouverner libremenl, elle n'était pas affranchie de tout devoir à son égard. Elle lui demeurait unie, comme la jeune épousée à sa mère, par des liens do famille, par un mélange de bienveillance, de respect et de vénéralion '.
Ces rapports varièrent selon les temps et les circonstances de la fondation (lu nouvel État. Les premières colonies, chassées le plus souvent par une race étrangère et conquérante ou par une faction ennemie, brisent complètement avec leur métropole, qui les perd de vue et les oublie. Plus tard, c'est ordinairement sur la foi d'un oracle que la colonie s'éloigne. Elle se sépare de sa mère en paix et bonne amitié, et lui reste attachée par des liens de religion et de piété (iliale; elle emporte ses divinités, son culte, son gouvernement, souvent sou nom, quelquefois ses prêtres et un symbole d'éternelle union, comme ce feu sacré que les Ioniens prirent au Prytanée d'Athènes, et qu'il n'était permis de rallumer que sur l'autel de la mère-pairie. Si le danger la presse, elle lui demande un nercuie fondateur [sichef, un devin, les prêtres de ses dieux, ou des se- "»7»fMmu"«"J'>"~ eoui-s de troupes et de vaisseaux. Quand elle-même fondait une nouvelle cité, c'était la mère-patrie qui, d'ordinaire, donnai! un chef aux émigrants, oUt-jT-ni. Aux fêtes de celle-ci, la colonie envoyait des dépulations et des oITrandes; aux siennes, elle réservail une place d'honneur pour les citoyens de la métrapole. et c'étaient eux ipii goûtaient les premiers à la chair des victimes. Plus tai-d encore, après les guerres Médiques, l'État revendiqua des droits rigoureux sur les colonies qu'il envoyait. 11 ne se contenta plus des antiques rapports de bienveillance réciproque; il ne considéra les nouvelles cités que comme des postes militaires et conmierciaux qui devaient étendre son commerce et assurer sa puissance. C'est ce mode de colonisation qu'adoptèrent Athènes au siècle de Périclès, Carthage, et plus sévèrement encore la grande cité qui devait être l'héritière de tout l'ancien monde, Rome.
Sicilui-he VatrnbiMn; Taf. SXXIX, 2. — In jeune homme, A droilp, prend i-ongé d'un ïîeîlhr.l assis sur un siège â dossier élevé. A gauche, une jeune fille s'apprèlc à verser à boire au jeune liéros.
' Platon, Loiâ, liv. V'E, inith.
* Eu légende arcliaique : OIKilMTAM pîxund;) su on d H r nie Tundaleur de Crolone. Hercule jeune, assis sur la peau de lion, son ar I so rasque posés à terre, s'appuie de h main gauche sur sa massue ; devant lui, un autel ail né
500 I)K I/INVASION DORIENNK AIX GUERRES MÉDIQUES (1104-4il0).
Les rapports des colonies entre elles. lorsqu'elles étaient nées l'iiiie (le l'autre, étaient les mêmes que ceux de la colonie avec la métropole; ainsi Épidamne était obligée de rendre à Curcyre les mûmes devoirs que Corcyre devaii ;i Corinthe. Entre colonies d'une parenté plus éloignée, le caj'actèrc des relations dépendait de i;i Tl^odoCû^^ P''>s ou moins grande affinité de race. Ursqm' cette aOînité était fort étroite, elle doiniait naissance à des confédérations assez semblables aux amphiclyoniw. Mais ces confédérations ne se retrouvent que chez les colonies asiati-
ques, ce qui semble prouver qu'à l'époque où celles-ci se fondéreni. l'institution amphictyonique était dans toute sa vigueur, et quelle perdit plus tard de son influence, puisque les colonies nouvelles n'en emportèrent pas le souvenir. Les onze villes éoliennes avaient probablement un temple commun, celui d'Apollon Grj"néen. Les douze cili^
> Uuc t;ranil? nmphore; à droilo, une œnocbué; à (gauche, un niiillinre. A. Ëtoile à huit rayons; enlrc les rayons, les lettres du mot KOPIiYPAI[ù»]. ' Plat de Camiros, au musée du Louvre; d'api'ès A de Longpérier, Uatéf yapoléon III-
GIIANDEIR ET CIVILISATION DES COLONIES GRECOIES. 5»l
ioniennes envoyaient des dépulés à des époques périodiques, non seulement pour des jeux et des fêles, mais aussi pour discuter les inlérèls (le la nation au panionion, autour du temple de Neptune qui s'élevait sur le inont Mycale, eu face de la mer de Sanios. Toutefois, même chez les Ioniens, le lieu fut loujours plus religieux que politique; et ce n'est qu'aux rai'cs moments
' ^ Didi-at „
où toute Home se trouva menacée que
ses villes opposèrent à un péril commun une commune défense. Los
Doriens avaient une coufédéralion analogue, plus religieuse aussi que
politique, dont le centre était le
temple d'Apollon Trîopios; mais ils /^*J'sS"'T '
n'y admeltaienl que six villes : Lin- /f^S.iN»/n.» \
dos, lalysos, Camiros <laus J'ile de
llhodes, Halicarnassc et Guide sur la
rôle, Cos dans l'île du même nom.
Tétradracbme de Cos*.
L est 1 liexapole donenne. qui iw.
fut plus qu'une pentapole, quand llalicarnasse en eut été exclue pour avoir violé les lois de l'association. A partir de -408, IJndos, Camiros el lalysos se fondirent en un seul Ëtal, dont Hliodes l'ut la capitale.
Les colonies asiatiques précédèrent leurs métropoles dans les voies lie la civilisation. On trouvei'ait à ce phénomène plusieurs raisons : la première, c'est que les colons ne tombèrent pas au milieu de barbares qu'il fallut vaincre, puis exterminer ou contenir par une législation sévère, maïs qu'ils arrivèrent parmi des peuples de môme sang et de même langue qui couvraient toute celle côle, et y avaient développé déjii la vie sociale. Organisés militairemeul, comme il faut l'èlrc quand on va chercher fortune au loin , les nouveaux venus amenèrent de gré ou île force les indigènes à partager avec eu.\. Il y eut, somme toute, peu de
(7Aoi> df moniimFnlt antique» pour Krvîr à l'huloirc de l'art en Orient el en Occident, pi. III. — La Chimère PSl fonm^ d'un corps de lion sur les reins duquel est enlt^ une léle de eht'-vre, et doni un serpetil forme lu queue : de la gueule ou des naseaux des (l'ai» aiiimau\ sorlenl des flammes. Ce qui répund complèlemeni à la descriplioii d'ilomére [Uiade, VI, 181 ). Itans le registre inférieur, on voit un grand poisson, peut-éd'e un espadon, nagenul vei's l;i droite. (Voy. ci-^cssus, p. 81, In Chimère sur une monnaie de Corinthe, et But. de» Rvm., 1. 1. p. LTui, la Chimère de la Gnieriu de Florence.)
■ Grande feuille de figuier. H. Rectangle partagé en deux compartiments.
* Apollon mi, tenant le tympanon au-dessus de sa tête et dansant devant le livpii'd apri's <a Ticloire sur le serpent Python ; en li^gendc KOS. H. Crabe dans un carré creux, coupé pr des diagonales el orné d'nn grénetis sur son pourtour.
combats, et il se fit le prompt et pacifique mélange des races qui est si favorable aux progrès delà civilisation. Ensuite, tandis que la Grèce s'agitait en convulsions intestines, conséquences de l'invasion dorionne. ou restait immobile sous les soupçonneuses oligarchies, héritières de la royauté héroïque, les colonies trouvaient sur de nouveaux rivages l'indépendance que le génie demande, avec ce qui le développe, la paix au sein d'une activité féconde, et des honneurs qu'une société intellif^onte et libre prodiguait aux arts qui savaient la charmer. Une autre cause d'émancipation intellectuelle, sur laquelle nous
Alclier de sculpteui*s égyptiens*.
insisterons bientôt, fut le voisinage et le contact de civilisations qui allaient périr, mais qui étaient alors les plus avancées du monde, dans la Lydie, à Tyr, en Égj'pte, même à Babylone, et dans celte Ninive où la France a retrouvé un art dont nul ne soupçonnait la grandeur. Ajoutons rinfluencc d'un sol admirablement disposé et celle d'un climat enchanteur qui semble fait pour féconder et mûrir les esprits, si des institutions mauvaises ne répandent pas la torpeur et la mort de rame là où la nature a si richement semé la vie.
Les cours d'eau descendus du massif montagneux de l'Asie Mineure fertilisent sa côte occidentale, qui s'ouvre par mille ports sur une mer semée d'Iles nombreuses. Assises au pied de tous les promontoires, au
• Bas-reliof d'un tombeau égyptien, représentant la fabrication des statues funéraires: d'après Perrot et Chipiez, Histoire de Vart, t. I, p. 755. — « A gauche, deux ouvriers travaillent :') dégrossir une statue; chacun d'eux tient de la main gauche un outil mince et allongé qui ne peut être qu'un ciseau; il frappe dessus avec un marteau. Deux autres ouvriers sont occupés à polir la tète d'une autre statue, où le ciseau a déjà fini son œuvre; on ne saurait dirv si les instruments, de forme ovoïde, qu'ils tiennent par un manche, sont en pierre ou en bois. »
GRANDEUR ET CIVILISATION DliS COLONIKS GRECQUES. 095 débouché de toutes les vallées, au fond de tous les golfes, les colonies grecques étaient, par leur posilion niOrne, invitées ù porter sur leurs navires d'un pays à l'autre les produits propres à chacun d'eux. Elles ne négligèrent pas l'agriculture qui fait vivre, mais elles se livrèrent surtout au commerce qui enrichit, à la navigation qui ouvre l'esprit à lie nouvelles idées, comme elle montre aux yeux de nouveaux aspects. Rivaux des Phéniciens, ils les chassèrent de la mer figée et de l'I-luxin.
Kragincnl de papvms'.
et leurs nombreux vaisseaux allèrent échanger partout la laine de la l'hrygie, habilement tissée et teinte dans Milet el dans toute l'Ionie; l'huile recollée le long de la côte d'Asie, les innombrables objets si-habilement travaillés par leui"s artistes, le papyrus de l'Egypte, les fruits et les vins de la Grèce, dont s'approvisionne encore aujourd'hui la Russie
' D'après les Monument» i/rfr» pubUét par i'AtiocialioH pour l'encvuragement det Éludes ijrecquet, 1870 (II. Vieil). — Lt' papyrus dont nous donnons un fra)^inent eal sorti du S<-rn- ]iéum de Hemphis et remonte, U'ès probablement, au deuxième siêele avant nnln^ ère. Il rnntieni, enire autres morreaux, quarante -quatre vers inédits d'Euripide. Nous donnons, en raraclùres courants, les vers suivants qui commencent la seeonde colonne :
^iX Itr:' îjiol |iiï )^pr,3mt, T,;?îpï;« Bi. ail S'ivSpI [j,', 6>i <pr,;, ixài^uc vwv xX'.uafiii, îï« jiî, naTaïîi î'ov piov Xusouiidvï].
K»\ jKiû T07»5ta y j.fl[Air' ia-\v, ut Jîitîp, a [lîUov itSf:; i-jspavtr cif ivTti [ii;
C'est le discours d'une femme qui supplie son pi''re de ne (ws la si'parer d'un époux qu'elle aime pour la marier à un aulre homme plus riche.
5«4 DE L'IWASION DORIENNE AUX GIKRRES MÉDIQtES (HOM90,.
méridionale; les bois de construction de la Thrace, les blés, les peaux:
la résine, la cire, \v lin de la Chersoiu-sr Tanrique et des régions voisines; les salaisons de l'Kuxin, lu poiidrc d'or de la (jilchide, les métaui de l'Arménie et de l'Uiiral ; l'encens, les jiaifuins de l'Arabie cl l'ivoire de rAfriquc.
entreposés à Tyr el ii Sidon; les pierres précieuses, les perles, lii soie de l'Inde et de la
' G. Perrol el Oiipiii. fli»loire de farl dam rantiqailf. 1. 1, p. 579. VoT. aussi un nificioire de Diireau de la ilslh' dans les Mémoire* de rieadimie dft iiucripUon*, \\\ p. 140-i85. {ilitnmrt «r k papyrus el la fabricatiw du papier clin let OHcieiu, iviy 2 plaiichc'S.) Diirrau de l;i Halle li-adtiit el comufati' les deui chapitres de Pline:
Hitloire nalurdit, m, ti f\ 23. — Voici coinmcnl procédnienl les anciens pcHir ol*tenir le précieui prodiiil qiu les Grecs appelaient ^l^w. On partageait d'abord latine triangulaire du papyrus en rulan; très minces, vu la fendini longitudinalcinenlCes lame- Tralches t-laienl placn's i>n rraii, comme dans la tnni'' et la chaîne d'une loile, i-w une table bumeclée avec di' l'eau. Quand cette eau de\f nail trouble, par la décoiii' position du mucilage que ton tiennent les lames, elle prenait rappareuce el faisait roffice d'un gluten. La Feuille de papier est ainsi formée. On la soumellait alors ù l'action d'une presse, ou la stfcliait au soleil, enli" on Ici roulait.
Planl de pnjiji'
dans lo jardin du Luxembourg*.
CniMDElU ET CIVILISATION DES COLONIES CBECQIES. 595
Sérique, venues par caravanes jusqu'à Dioscurias au fond de l'Euxin,
Hiii'e:! (coiiuillagG qui donne ta pourpre)'.
OU par navires jusqu'aux villes assyriennes du golfe Persique; l'am-
Silpliiuni [Thaptia Gargaaica)^.
bre que Corcyre allait acheter au fond de l'Adriatique; le silphium
' D'apK's Perrot et Cliipipz, iïittoire de l'art dan» l'antiquité, t. III, p. 880. — Voj. ci-dessus le murex sur des vases peints de lalysos, de Knossos et de Spata. p. 55, 36, 57.
' TPte de Jiipiler Ammon, de face ; en légende : AKESBS. nom d'un niasislral. i^. BAPKAION, en li^nde réIroRRide. Trois tiges de silphîum sortant d'un tronc connnun; dans les inlervalles, une chouelle, un camt^Won et une fierboise, animaux particuliers a la Cyrénaique. (Tétradraclime de Barcé.l Voyez aussi p. 577 et 578.
- It'après Smith et Porcher, Receiif dUcovmei al Cijrene, p. 87, pi. 00. — Le Thapiia Car-
{laser) de Cyrène; la poterie d'Athènes; les mille produits colin de l'industrie des Lydiens, de la Phénicie et de Babylone. N'oublions /^^^^^ /i=^ P^^ ^^ denrée alors la plus rechcrcliée, l'homme. fc^"^L::::n QC j l'esclave. Celle-là provenait de tout pays. ^-^-^ ^ii^ .- Deux villes marchèrent à la tèle des aulrci
Monnaie de l'iiocôt; '. , ,, ■ n. . . n-i . n- i- i
dans cette voie, Phocee et Milel. lundis que la prenii(}rc s'étendait vers l'occident, explorait les eûtes de l'Italie, de lii Corso, de la Gaule, de l'Espagne, et passait les colonnes d'Hercule,
la ficconde. enrichie par ses fins tissus de laine et ses lapis aux vives couleurs, prenait pour son domaine une mer orientale qu'elle Rppela,
i/anica, .1 ù{é. idenliflé par plusieurs voyageurs et bolanîstes avec le silphium dos auriens : il croil cil abondance aux environs de l^yrène et orfre de frappantes anali^rs aiec l> plante représentée' snr les monnaies de la Cyréiiaïque. Le sjlpliiiini fouriiissail à b fois lin aliment et un remi-de : on mangeait la racine, appnMér avec du vinai^n^. et la tip" était un inels délicat. Il servait aussi à assaisonnor d'anti-es aliments. En médecine, le mu* du silpliiiim étail donné cunire le poison, les inorsui'es des serpents, des scorjHOns, di'> chiens enragés. C'est à Tliûoptiraste, Dioscoridés el Pline l'Ancien que nous devons ces rciiseigneineiils.
' Au droit, «n phoque. X\i revers, un can-é creux. (Argent.)
' Pclit léL:)'lhe athénien el lampes, au muséi? du Louvre. — La poterie d'Athènes ['if^K) ùtait rcnoiiimée. Les potiers occupaient tout un quartier du la ville, auquel ils avaient duiii>^
bien que la navigation en fût périlleuse, la mer hospitalière (Ponl- Kuxin), comme les Portugais donnèrent au cap des Tempêtes le nom de Bonne-Espérartce. Sur les rivages scplcnlrionaux de celte mer
pesaient des brumes épaisses et un hi-
ver terrible, mais là aussi se trouvaient d'inépuisables marchés d'esclaves, les lerres les plus riches de l'Europe pour ' les céréales et d'immenses ()rairies pour l'élève du bétail; à l'est et au sud, des bois propres a la construction des navires, et partout des eaux poissonneuses. Chaque printemps, le thon . sort de l'Euxin pour se rendre dans la Méditerranée. Cette pèche, une des plus vieilles et des plus grandes y<^^^
indusiries des anciens, fournissait ralimenl Mîûï?^^
principal du peuple dans les villes mari- — (Bippin
tinies, et fut peut-être ce qui conduisit de \t ^^iï/
proche en proche les Phéniciens, puis les ^^^^
Grecs, dans cette sombre et orageuse mer oraciimc de Trapéionte». qui n'a point d'Iles, peu de ports et c<qiii
est si grande, que l'Ilellade entière, de l'OIyinpe au cap Ténare, y flotterait aistiinent ». Sur les rivages du Sud arrivaient par l'Arménie les denrées de l'Inde et de l'Assyrie, et les eaux du Phase, en ravinant les montagnes, entraînaient les paillettes d'or, qu'on arrêtait avec des toisons étendues au fond de son lit. Pius riches encore étaient les pépites de TOural que les Scythes apportaient sur la cijte du Noi-d.
Ce commerce avait été d'abord aux mains des Phéniciens ; Milet h leur enleva et borda ces etUes de plus de quatre-vingts comptoirs : au sud, Sinope, vieille cité assyrienne, Trapézontc et Amisos.sur l'Kuxin; Cyziquc ' et Procounèse, dans la mer à laquelle des iles de marbre oui
leur nom, le Céramique. La rormi' des lampes (lû/j'oO ■'''1 'ii plus simple et la plus commune : la mtclu" sortait du Iwc peu .illoiigé pI l'Iniile étail versii? par nn trou pratiqué au cpiitnde. la parlip supérieure. Uu trou pUis petit mettait le liquide en contact aveu l'atmosphère, 'lont il subissait la pression.
' Télé de Déraéter eouronnéc d'épis, les cheveux euveloppiis ilans un cffrijphalot. ^. Ti^lr di> lion a gauche, tirant la lan)^ie; dessous, le thon, cmblènu' parlicnlier de Cyzique; derrière, une grappe de raisin; en légende : KVII (pour Ku!;Mr,viô«). (Tétradraclmip.)
» Tète laurée d'Apollon, à gauche. Style harbare. i^. Table ;i quatre pieds {-.fiT.Cj.), couverli' lie pièces de monnaie.
* Je note, eu passant, que Cyzique avait, comme nous, un re^ristre spécial pour les hipolhêqiies.
Dm cil me de rrocoiiiiése '.
â98 DE L'INVASION DOUIKNXE AUX GUERRES MÉDIQUES (1104-4901.
valu le nom de Marmara ; Abydos et Lampsaque, sur l'Hellespont, pour donner nn refuge aux navires que la violence du courant des Dardanelles entraîne; au nord, Istros et Tyras, dans le delta du Danube (/jler) et le liman du Dniester {Tyras); Odessos et Olbia, près des embouchures de VHgpanis (le Doug) et du Borysthhne (le Dnieper), que les anciens comparaient au Ni) pour la pureté de ses eaux et la richesse de ses rives; sur les côtes inhospitalières de la Tauride (Crimée), Théodosie (Caffa) et Fanticapée (Kertsch), qui, avec Phanagorie, située en face de la prfsqu'ile de Taman, fermait le détroit du Bosphore cimmérien. Enfin, an fond de la mer d'Azof, dans le delta du Tanais, une ville du même nom; et. au fomi de l'Euxin, Phasis et Dioscurias, qui.
placées à la limite ostrènie du monde hellénique, étaient comme deux coins que la civilisation enfonçail dans la barbarie orientale pour l'eiitr'ouvrir.
La praspérité commerciale des Grecs — . d'Asie atteint son apogée au septième
et au sixième siècle. En 70-i, les Sa- Aiicns ne possédaient pasunetriréDX .
Monn.niedAbïiio8'. ^^ avant 65!, pas un vaisseau grec
n'avait vu les côtes de Libye; deus générations plus lard, les Ioniens dominent sur la nier Egée; Corcyre et Corintho, sur la mer d'Ionie; l'Italie méridionale est devenue la Grande-Grèce; la Sicile est hellénisée; Marseille supplaate les Phéniciens, et, en Afrique, Cyrène et Barcé sont florissantes, Nau-
DracJinic d':4iiiisus'.
' Ti^le laiirée de. femme, h droiln, les cheveux enveloppés dans un cferj;>fciloi; (ierru're, ASASIFESMÏ, nom d'un magistrat monétaire. ^, npOKltiS (pour nforo- ■frpltai). Cerf couclio à droiti;; dovaut, une amphore; dessous, une petite proue de navire,
* Tête de femme, à gauclie, cnirrée d'une liaule slé^anè, portant des peudants d'oreilles et un collier. % Chonelte de face, les ailes éployées; en légende, MYAA, initiales d'un nom de uiagislrat, et nEIP[afi<)v], cthnicgnc de la ville d'Amisos qui. suivant Strabon (XIJ, 3, Ul. fut appelée Pirée pt"" ses coloiis Athéniens. (Vojeï Friediânder, Zeiltckrifl fur Nmmtmalil; t. U. p. 50.)
» Tête laurée d'Apollon, à droite, i?. Aigle debout, à droite; en légende : MOAFAS, nom de magistrat, et ABÏ (%eufi;viïv). Argtnt.
cratis est le marché de toute la Grèce et de la vallée du Nil. C'est que ces villes sont arrivées alors à leur plus haut degré de population et de richesse, ot qu'en mémo temps deux grands événements ont eu lieu : l'ouverture de l'Égjpte au commerce grec, vers 630 , la décadence de la Phénîcie, asservie à cette époque par les Assyriens. Ainsi, par une heureuse coïncidence, au même moment où un
' D*aprèslesCmnp- Ut rendu* de la Commiition archMogique de Sainl-Pélmbourg, 1865, pi. U, S. — Ce pendant d'oreille a été décou- TBpl dans le lombeau d'une pi-étresse de Déniéler, qui renferinait tout un trésor d'objets du plus haut prîi, entre autres le bracelet donné cidessus, p. 552. Sur
^ .''"'!!"* L ^"^r' ^"J"" •*" Bosphore. (Pendant d'oreille découvert ù Kertsch (Panticapâc) '. sont attachées les '
chaînettes, est ciselée la figure d'une Néréide portant une des pièces de l'armure d'Achille r les cnémides.
OOO DE L'INVASION DOItlENNE AUX GUERRES MEDIQUES (I104-O0).
riche pays se livrait de lui-même à l'exploitation étrangère, les immenses embarras où tombaient les éternels rivaux des Grecs laissaient à ceux-ci le champ libre. C'est encore dans le même temps que se place la grandeur des Grecs ilaliotes; de sorte que, de l'une à l'aulre rive de la Méditerranée, se nouaient des relations actives, et que la
Assïiiens conduisniit leurs jirisomûers '. ;Vov. p, 500 )
|)rospérité de Sybaris répondait à celle de Milel, la fortune de Crolonc à celle de Phocée.
L'asservissement de l'Ionie par les Perses', les attaques incessantes des Sabelliens contre les Grecs ilaliotes, enfin les dangere de la mèri!palrie, menacée elle-même dans m liberté, arrêtèrent ce brillant essor". Mais les heureux fruits que celle prospérité devait mûrir avaient élê déjà cueillis.
II. — ISFLUESCE DES ClVlLISiTlONS ASIATIQUES SUR LE CÉME CnEC.
La civilisation des peuples commerçants est plus rapide que celle des peuples agriculteurs ou pasieurs, surtout si leurs navires et leurs marchands touchent à des pays civilisés. Comme ils visitent un grand nombre de contrées, ils recueillent partout ce qui leur semble ])i-opiv ;i procurer les jouissances d'une vie plus douce. En même temps qu'ils acquièrent la richesse nécessaire pour encourager les arts, leur esprit
' fins-ivliof (II- Kouioundjik, d'après Perrol et Chipiez, Hittoire de l'art, l. Il, p, IN- " l'oiir rasscrvisseinviit des Grecs asiatiques aui Ljdiens, puis aux Perses, Toyei ci-dessou^, uliap. XIV.
fiUANDElR FT CIVILISATION DES COLONIES GIIKCQLES. 601
s'ouvre et s'excite par le spectacle de lant de choses, et leur curiosité se plait aux nouveautés plus qu'elle ne les i-epousse. Or la jeune civilisation de la Grèce avait beaucoup à prendre aux Égyptiens et aux Assyriens, ces premiers-nés du monde occidental, et elle leur prit beaucoup, non seulement par ses marchands, mais par ses voyageurs et ses bannis. Plus <run Grec, avant Hérodote, fut curieux des choses de l'Asie; plus d'uu soldat, avant Xénophon. alla offrir son courage à ces rois qui avaient assez d'or pour récompenser tous les sen'ices. Alcée de Mylilènc, qui lui-même visita l'Egypte, ctSè- i hre les exploits de son frère « revenu des cxlréniités de la lerre avec lui glaive à la poi- «(uée d'ivoire enrichi d'or )■.
Ghacuiie de ces villes était
ilonc un point de contact du ^i^g asappho".
inonde grec avec les vieilles
sociétés de l'Orienl; chacune aussi tirait, des pays placés derrière elle, leurs denrées d'abord, puis quelques-unes de leurs coutumes, de leurs croyances' et de leurs procédés d'art.
' Plaque eii terre cuite, Je provenance inconnue, conservée au Mutée Brilannique; d'apri-s itne phoK^raphie. Alcée est debout devant Sappho, dont il lient la lyre de la main ili-olte. Il est penché vers elle, et les dpu\ poètes, deux compatriotes, conversent. 6n a rapproché de cette scène l'anecdote contée par Arislole, dans sa RliéUtriqus (I, 9. 20) : Alcée, qui aimait Sappho, hii aurait dit un jour : n Vierge aux houcles sombrent, au doux sourire, Sappho, je veux te dire quelque chose, mais la pudeur nie relient, u A quoi Sappho aui'ait vivement répondu : < Si tu avais de nobles ou beau^i désirs, si ta langue ne voulait pas dire quelque chose de mauvais, la honte ne se verrait |)as dans les yeux, mais tu parlerais comme il convient. » (Cf. T. Bergk, Pdfl.T hjrki Crxci, 5" édil., part. III, p. 887, fragm. 29; p. 948, fragm. bb).
> L'orge et le froment cultivés eu Grèce sont les mêmes qu'on retrouve dans les tombeaux ili-s rois d'Égïpte, Ces deux céréales sont originaires d'Orient. Les deux autres, le seigle et l'avoine, originaires du Nord, n'étaient pas cultivées en Grèce. (Horeau de Jonnés. Slalùlique lift peuple* de l'antiquité, t. 1, p. 441 .) Il y avait même mélange entre les populations. tJn l!rec, tyran d'Éplièse, était tM^au-frère de Crésus, et Crésus lui-même était Tils d'une Ionienne; Amasis épousa une Grecque de Cyri'ne (Hérodote, II, 181). Tant de Grecs habitaîenl fËgypIe, qu'il fallut créer une classa) d'interprètes (ibid., 154). Hais ces relations entre les deux pays ne datent que de l'époque des rois saïtîques, c'est-à-dire de la seconde moitié
602 DE I/LNVASION D0H1ENXE AL'X GlJEitRES MÉIIIOIKS (Il04-4ilûi.
Ilérodole, Diodore et Pausanias veulent que tout, arl et religion', soit venu de l'Égj'pte à la Grèce. Ce que nous avons récemmenl
découvert de l'art assyrien, ce que notis savons de la seiencp, ilr l'industrie et de la itHgion de Babvloiie, de la l'hénicie et des Lydiens, porte à donner un bien plus grand mlc à l'influence asiatique dan» la Ibnnation de la civilisalion grecque.
Les l'Iiéuicicns, duiil les navires visilaicul toutes les côtes (le la Mt''-
du septième siècle, ei surloiil 'lu sixième, Homère ne .sait à |kii près rien de l'Egypte. Cf. un lri-> iDléressanl article de ï. i'aparrigopoiUos : Grèce el Égijptr mr lemoi jiréhomirïqun, dniii leBull.
de Corr.helléii., V (1880) |..ï»-
■ Nous conitaissoDs imiiili'nant les noms des divî[iilp> égyptiennes. Ils n'oiil rien ûr commun arec ceux des diiiiiiiéi helléniques, qui tous lienuenl par leurs racines aux iMg»^ indo-européennes. (Guigniaiit.
ReiigioM de l'antiquité, t. II.