IV. — LA PHILOSOPUIE
Cette activité d'esprit, qui poussait les Grecs asiatiques dans toutes les voies de l'art et de la pensée, devait les conduire à la recherche des grands problèmes de la nature de l'homme, de Dieu et du monde, que l'esprit humain se pose toujours et qu'il essaye de résoudre par les seules lumières de sa raison, quand il ne se contente plus des solutions que lui offre la religion populaire. Cette recherche, cette étude, s'appelle la philosophie, et l'Asie Mineure fut encore son berceau.
La Grèce n'ayant pas eu, comme l'Egypte, une classe sacerdotale qui gardât pour elle seule, loin du profane vulgaire, la religion et la * science, cachées sous une écriture mystérieuse, chacun put s'abreuver à la source sainte, et de cette source jaillit le libre développement de l'esprit philosophique. Indissolublement unie dans l'Orient à la religion, la science s'en sépara en Grèce. Comme les lettres, comme les arts, elle trouva cette indépendance sans laquelle la civilisation n'eût jamais brisé ses lisières.
* Pyth., IV, ad fin,
* Il y a deux îles de ce nom : Syros (Syra), une desCyclades et Scyros (Skyros), une desSporades, où ÂchiUe fut caché par Thétis et où Thésée mourut. Voy. p. ii9 et 569.
fiRANDEUR ET CIVILISATION DES COLONIES GRECQUES. 633 A ses premiers pas, la philosophie apparaît enveloppée des liens de la religion et de la poésie; il n'en pouvait être autrement, ilais, au sixième siècle, la religion perdait déjà de son crédit auprès de quelques hommes qui prétendaient regarder au fond des choses. Le besoin de se représenter la Divinité sous une forme humaine, tendance qu'on a appelée l'anthropomorphisme, avait de nouveau matérialisé les dieux, mais d'une autre façon que par le naturalisme. Cfs dieux faits hommes, on les avait enveloppés de légendes de jour en jour plus compliquées, plus men'eilleuses, et aussi moins pures. Leur vie s'était chargée d'incidents grossiers et de fictions
JIj.'hiI'W,""
Bas-i-clicf éfiyptien. Offrant à un
graveleuses, que les poêles, les artistes, rendaient plus dangereux encore en les recouvrant de toutes les beautés de l'art.
La foule eut d'autant plus de dévotion à ces dieux obscènes qu'ils légilimaienl par leur exemple ses désordres. Mais ceux qui plaçaient plus haut lotir esprit et leur cœur cherchèrent par eux-mêmes, audessus de ces fables, la vérité obscurcie. Ce premier effort de l'esprit ne consista d'abord qu'en réllexions confuses sur l'homme et la nature, avec une propension singulièrement téméraire à créer des conjectures et des systèmes qui embrassaient le monde entier. A son début, la philosophie veut être la science universelle.
< Bas-relief de Mempliis, d'après Perrol et Chipieï, HUloire de l'art, 1. 1, fig. 485. — Devant le liiiirogrammale, assis â gauche et teciaiit d'une niaiu le long bàlon de commandement, de l'autre une bandelette, un scribe introduit des personnages, lioiumes, Tenimes el enfants, qui lui apportent des offraDdes Tariées.
«34 DE LTWASION DORIENNE AUX GUERRES MÉDIQl'ES (H04-«6|.
Quelques-uns do. ces philosophes furent appelés let taget; ceus-là s'occupaient surtout de morale pratique. On varie sur leur nombre comme sur leurs noms; les uns eu nommaient sept, d'autres Ah.
C'était une légende par laquelle les Grecs marquait les débuts de l'observation morale. Thaïes de Milet, fiias de Priéne, Pitlacos de Mytilène et Solon d'Athènes étaieiii les seuls qu'on reconnût généralement. On leur adjoignait d'oniinaire Chïlon de Sparte, Cléobulr lie Lindos el Périandre de Corinthe, qui fut pourtant un criicl tyran. On a conservé quelquesunes de leurs maximes, que Platon, dans son Protagoras, appelli' « les prémices de la sagesse grecque » : « Connais-toi toi-même; > — « Rien de trop'; » — « l'in- Thaiés de Mii«i<. fortuue te suit de près; mais plus
malheureux est celui qui ne sait pas supporter le malheur: » — « Écoule beaucoup et parle peu ; » — « Qui donne la sagesse? L'expérience ; » — ■< La vraii' liberté, c'est une conscience pure. » — Et encore le grand précepte : « Ne fais pas loi-même ce qui li' déplaît dans les autres. » — Bias, qui mettait les seuls biens dans l'intelligence, disait, sortant nu de PiuacosdeHyiiiènc'. ^ ^•"'^ natale prise par l'ennemi : « J'emporte tout avec moi. » Le temple de Latone, à Délos, portait ces mois de Théognis ; « Ce qu'il y a de plus beau, c'est la justice. >■
I Le [tTiBiv ifat de Chilon, qui, nvec le ^vôiOt ainiTiJv, était gravi dans le temple de Delphe<. se lit encore snr nne pierre d'un pclit sanctnaire d'Apollon bâti à Dca (Ile de Sanlorin), dan» une grotte d'où s'échappait une moffette d'air ehaud mélangé d'aoide carbonique, analogue sans doute i celle de Delphes, qui est aujourd'hui perdue. (C. R. de VAcad. de» Iiuar. pour 186(i. p. 318.)
* D'après Visconti, /con. gr., tav. X a. — Cet hermês ne porte aucune inscription; mais il est double, et Visconli, qui reconnaît Bias dans l'une des figures, propose pour celle-ci le nom de Thaïes : tous deux étaient Ioniens, l'un de Milet, l'autre de Priéne, et nons saToos qne le$ anciens se plaisaient à des rapprochements de celte sorte.
* Tète de Pitlacos, à gauche ; en légende, ■MTTAKOC. Au revers de cette monnaie de brome
Pythagorc enseignait que les dieux avaient fait à l'homme deux magnifiques présents : la vérité et la bienfaisance ; et il aimait à répéter deux salutaires maximes : « Garde la mesure n; c'est le grand conseil de la modération en tout, et : « Respecte-toi toi-même »; ce qui veut dire : honore l'intelligence qui a été mise en toi, en te montrant digne du don que tu as reçu. Kant a fait de ce sentiment un des fondements de la morale, et il a eu raison de le l'iiire.
Dans les Vers dorés qu'on a attribués û P}'tliagore et qui, du moins, sont de son école, on lit une excellente règle de perfectionnement : « Ne t'abandonne pas au sommeil avant d'avoir examiné jiar trois fois ce que tu as fait dans ta journée. Demande-toi : Quelle faute ai-je commise ? A quel devoir ai-je manqué?
Interroge-toi ainsi sur chacune de tes actions, tl'est le moyen d'arriver à la vérité et au bonheur. » Et ailleurs :
« Plus que devant tout autre rougis devant toi-même. — Honore ton père et ta mère, et choisis pour ton ami celui (|ui sera le meilleur par la vertu. »
Peut-être était-elle d'eux aussi cette inscription gravée sur la porte du temple de Delphes : « Tu es, " qui semble
un écho de la Genèse, en ne reconnais- poiiandre de Connibe'.
sant l'existence absolue qu'à la Divinité
seule. Si l'on range leurs maximes dans un ordre méthodique', on constate que ces sages avaient déjà connu toutes les parties de 1» morale individuelle et sociale. Ainsi ils recommandent la culture de l'esprit, la tempérance et le courage : morale intjividuelle; au principe négatif de ne pas faire à autrui ce qu'on ne voudrait pas qu'il
ligure 1.1 lâle d'Alcéc (voy. ci- dessus, p. 440). L'usage, que l'on relroovejusquedanslesinscrip lions, est H'i^crire Hitylène, mais les irionnaies porlent Mytilènc.
' D'après Visconli, htm. gi:, lav. IX. — Sur la prorenanrc de eel hernies, ïoy, p. 650, n.l. L'inscriplion porte : llEpfavSpD: Km^ou Kof Iveioc. — BItUn] lân. « L'étude est lout. n
* C'est ce qui a élé Tail pï<rH. Ad. Ganiier, dans son mémoire sur les Stiget de la. Grèce.
636 DE L'INVASION DOUIENNE AUX GUEBRES MÉDIQUES (H04.490). fût fait à soi-même, ils joignent le principe actif de servir sa famille, ses amis, sa patrie; aux obligations de devoir, ils ajoutent même celles de charHé : morale sociale. Enlin ils prescrivent de révérer les dieux et de leur rendre un culte public : morale religieuse.
Ces sages donnaient une autre preuve de sagesse. Elle est de Bias cette maiime peu métaphysique, mais éloquente dans sa concision : <■ Au sujet des dieux, dis : il y a des dieux. » Vingt-cinq siècles ne nous en ont pas appris davantage.
Le fondateur de la première école dtî philosophie grecque, celle d'Ionie. fui Thaïes de Milet, né vei-s 6iO d'une famille originaire de la Phénicie. Sagace observateur, il commença une grande révolution, lorsqu'il apprit à remplacer les connaissances empiriques par la science abstraite, celle qui, sous les faits, cherche les rapports constants des choses. Il trouva ainsi que les angles à la base d'un triangle isocèle étaieni égaux, que trois angles d'un triangle valent deux droits et que les triangles équiangles ont leurs cùtés homologues proportionnels. Ce dernier théorème lui permit de mesurer la hauteur des Biu de Priène-, pyramides d'Egypte par l'ombre qu'elles
projettent '. Sa réputation fut assez grande pour qu'on ait prétendu qu'il avait annoncé l'éclipsé de soleil dont les Lydiens et les Mèdes, alore aux prises, furent si cfl'rayés.
' Hermès en marlire, de Iravnil romain ; d'nprès Visconli, Iran, gr., tav. X. — Cet hennf's a é\é trouYé en 1 780, près de TîtoU, dans la villa de Cassim, avec celui de Périandre et des rrngments de ceux de Thaïes, de l>illacos el de Cléobotilos. (Vov, Viseonti, Musée Pie-Clfmmta. VI, pi. XXII-XXV.) L'inscnplioii. gravée p» caractères archaïsants, porle le nom dn sape : Blaç np[i]iivE-Jî, cl l'une de ses maximes, i[ne nous ne meltrons pas dans les vérilés niorali-s r Oî nltrTToi âvOpiomi laxoî. ti La plupart des hommes sont méchants. »
• Dans son Eiaiwn d'un mémoire posthume de Leironne (1851), H. Th. il. Harlin établissait que la science mathématique dont on Tait honneur aux Égyptiens est une pure ciiiinère; que la géométrie pratique, ou mesure des terres, est un art qui leur aj^artient; mais que 1^ géométrie spéculative et démonstrative est une science toute grecque. Platon avait déjà dit : • Les Grecs ont un esprit curieux et avide (Je science, -A filo|iae:e, les Phéniciens un espr.i de lucre, to oiXoyf^jiatov. (Éd. Dîdot, 1. 1, p. 71.)
Il aurait aussi décidé les marins de l'ionie à prendre pour guide, non plus la Grande-Ourse, trop éloignée du pôle, mais l'étoile polaire qu'on nommait la Phéniciemie parce que, depuis longtemps, les Phéniciens dirigeaient d'après elto leur navigation.
Les découvertes mathématiques de Thaïes sont liien modestes, mais elles ouvraient une roule nouvelle. Le génie grec s'y engagea, el, séparant peu à peu la géomé'lrie do la métaphysique qui d'ahonl l'enveloppait, il s'efforcera de substituer à l'observation des phénomènes la recherche des lois, qui affranchira l'esprit humain des entraves de la théologie. Une grande chose venait donc de se passer à Milot : ravénemenl de la science mathématique, qui sera l'auxiliaire puissant des autres sciences, quand celles-ci seront
nées l>yllL3gore «.
Tout en devançant son temps. Thaïes y tenait trop pour ne pas agiter, lui aussi, la question de l'origine de
Satyres cfTrayés e'enTujant à la vue du Soleil^.
la vie, qui est restée, en dehors des religions, une énigme indéchif-
* Buste turbu de Bias, à droile; en légende, BIAS. Face d'une monnaie de bronie di- Pri^ne, la patrie de Bias. Au reTers, la légende DPIHNEUN, avec une figure debout tenant un sceptre.
» Pytbagore assis; en légende, IIireArOPHC, Revers d'un médaillon conlorni.itf romain; au droit, figure la téle radiée du Soleil. (Snbatier, Médaillont cmtomiata, {d. XV, 1.)
* Peinture de vase d'après les Monumenti delVIntiU. archeol.. H, tav. LV. — Au centre on Toit le disque radié du soleil, avec l'image du dieu de la lumière, Hëlios. (CT. llélios sur sou cbar, ci-dessus, p. âT.l Le soleil brille de tout son éclat et les satyres, amis du silence et de
frabli'. Nous savons maintenant que tout être vivant vient d'un êtnvivant el que la vie est une propriété que ne possède pas la matière. Mais riiomme, et c'est son honneur, ne se résigne pas à ignorer. Sur ce point, Thaïes rompit avec le monde légendaire; il vit des forees naturelles là où Homère et Hésiode voyaient des dieux. Quelques ohsenations fort simples sur l'humidité et la croyance générale à l'existence du fleuve Océan autour de la terre, furent, selon Aristote, les éléments dontleclief de l'Ëcole ionienne composa son système du monde. L'eau fut pour hii, comme elle l'avait élé dans les cosmogonies orientales, It' principe des choses, parce que, sans forme par elle-même, elli' peut les prendre toutes. « Tout en vient, disait-il, et tout y retourne. » La Bible montre, avant la Création, i'Espril de Jéhovali planant sur les eau\; Homère en fait sortir tous les êtres, même les dieux', et si la Vénus Anadyomènc était la déesse née de la blanche écume des Ilots, elle fut aussi la puissance génératrice s'élançant de la mer.
rm.ic. musc des mathématiques <. Mais si Thalès déterminait le
principe composant, il n'en séparait pas h' pouvoir formateur. Physicien, il n'osa s'élever au-dessus «lu monde matériel pour trouver Dieu. Il crut que l'univei-s était un
l'ombre, s'cnfuienl. On a supposa que les irente-six royons qui entourent l>> disqiie (56 grands rayons nt 5U pUis petits) correspondaient aux trois cent soiia nie jours qui, selon le csU'iil des nnciens, formaient le cycle annuel du soleil. (il nnoii, X, p. 370.)
' Iliade. XIV, 201. 2«. '
' Statue du Vatican, d'après Vjsconti, Matée Pie-ClimenUn, I, pi. XXV. — Cf. Clarac, Mia^ lU tnlpliire, (H, p. 288, n" 1098, Slatui; on marbre grec découverle dans le bois des olivier) (le Tivoli, a Elle Tut trouvée très endommagée, mais pouvant facilement, malgré de nombreuses cassures, être rétablie dans son intégrité. Les parties qui lui manquaient n'étaient que des fragments intermédiaires... Le globe lui-même est aiUique. »
". GRiSlIEl'iV ET CIVILISATION DES COLONIES CItKCQL'ES. 659
organisme vivant, et les dieux furent pour lui les forces mêmes de la nature, les causes qui produisent les phénomènes. «Tout est plein de dieux, » disait-il ' . Il était naturel qu'après celte philosophie qui voyait le cosmos par les yeux du corps, il en vint une qui ne voulût le saisir que par les yeux de l'esprit. Les Grecs avaient trop de bon sens pour ne pas regarder autour d'eux dans le monde physique, et ils étaient de trop grands raisonneurs pour ne pas subordonner leurs observations à la dialectique. Avec Anaximandre, la métaphysique commença. Ce philosophe, le compatriote et l'ami de Thaïes, qui. le premier en Grèce,
Cadran solaire conique <.
construisit un gnomon, ou cadran solaire, une sphère, une mappemonde, et calcula l'inclinaison de l'écliplique S plaça en tète de son
■ Arislole, de tAme, I, 5, isértx lOk^fi] Oiûv ctvsi.
* Cadrau solaire en miirbre, découvert par 0. Rajet à lléraclée du l^lmos. * Il était plansur iiii gradin d'une salle hypèlhre carrée, voisine de l'agora, et qui serrait peut-être de pauXcuTi[pu>v, ou lieu de réunion du sénal; il est actuellement au musée du Louvre, dans la salle des marbres de Hilel. » (G. Rayet, le* Cadraru tolairet conique* dan* Vanliqtùli, dans les Annalet de chimie et de phytique, V' série, t. VI, 1875). L'inscription suivante, en caractères de l'époque macédonienne, se lit sur la face S. du cadran :
BoaiXcr Ilrolifuifhi 'AicoXlt&vtof *AmU«tdTOu,
6t{Xia;a-[4pac Mtv{oxou 'AJUÇmSptùc Inodt. Ce cadran solaire a été couslruit par Thémislagoras, et dédié au roi Ptolémée par Apollonius. Peut-être faut-il voir dans ce dernier personnage « le grand mathématicien Apollonios de Pergé, qui, au témoignage de Vilnive, inventa plusieurs cadrans solaires et qui jouit à Alexandrie d'une grande faveur à la cour des Ptolémées ». (G. Rajet.) Pour lu description géométrique du monument, voyei G. Rayel.
* Vojei Slrabon, I. p. T, et Diogine Laérle, 0. 1. — Hérodote (V, 49) raconte que. 1' Itf Hilétiien Arislagoras apporta A Lacédémone une plaque d'airain sur laquelle étaient gravés le contour de la terre avec toutes les mers et tous les fleuves. > Plus tard les Athéniens firent placer sous un de leurs portiques une carie générale de la Grèce, celle que
fiiO DE L'INVASION DOItlENNE AUX GUERRES HÉDIQUES (1104-490).
système, dans son livre Utpl fiutiti, l'axiome que rien ne vient de rien, et remplaça l'élément primitif de Thaïes par un principe infini, éternel, dont l'essence était de produire, en vertu de sa seule force, la foule inOnie des phénomènes. A un principe physique il substituai! donc un principe métaphysique, et le raisonnement pur à l'obsenalion, qui pourtant l'avait d'abord si bien seni.
Anaximêne, peut-être élève d'Anaximandre', rentra dans les voies ric Thaïes; seulement, à l'eau, il préféra l'air qui enveloppe la terre et
CaJraii solaire cumqiic (voy p- 030, ii. !]- - ■
semble la source de toute vie : raréfié, il devient le feu: condensé, il forme les nuages, l'eau, la terre et les pierres.
Heraclite d'É|ihèse, qui llorissait vers jOO, prit un autre agent primordial, le feu, et nia l'existence d'un être supra-sensible; mais il conçut la remarquable idée de là constance des lois générales, malgré la variété infinie des formes : itehnx //■ipsi, ov$iv [imt, « tout se meut, rien ne demeure ». Les variations de la matière étaient pour lui des changemenis temporaires, un perpétuel devenir, comme dira Hegel, un écoulement sans fin, sous des formes changeantes, comme pense-
Sourale fit regarder par Alcibiade en lui di^nl pour rabjUre sa «anité : • Nontre-oni donc uù sont ces grandes propriétés que (u le vantes de posséder.» EUeii, 111,38. ■ Suivant Diogène Laërle,'Anaximaudre serait mqrt vers 547, Anaximène vers 500.
ront les évolutionnisles'. Génération et destruction ne signifiaient pas, pour Heraclite, autre chose qu'union et séparation ; et l'ordre de la nature était l'équilibre de forces contraires. La science moderne croit avoir révélé deux lois fondamentales : la conservation de la matière et la conservation de l'énerçic. Il semble qu'on pourrait, avec de la complaisance , trouver ces idées en germe dans le mouvement perpétuel d'Heraclite'. Le philosophe d'Éphèse refusa, dit-on, de donner des lois à son pays, ce qui a fait représenter comme un solitaire misanthrope et désolé le penseur opiniâtre qui ne voulait point être détourné de ses méditations profondes par le souci importun d'intérêts transitoires, et le fier génie qui osait déjà dire :
«Ils prient des statues, comme si l'on parlait à des pierres; »
ou encore : « Jupiter s'amuse et le monde se fait. » Il ne „, ... , ., ., , ,..,. . .
Plan i-cstitué (tu icni|ilc dTntpidoclc, !i Sélinonlc -.
mettaitpas de différence entre
la substance des dieux et celle des hommes; l'humanité lui semblait
1 ...oTov ^ti(wta n.iitT'Aax li nina. (PlntOD, TbUtèle, c. 15, p. 160 D.) Aussi Platon appelait-il s«s disciples lus ftora;.
* H. Berthelot, dans son savant livre sur les Originet de t'aldiimie, pulilié tout récemment, dit des idtes d'Heraclite : o Elles ressemblent étrangement à celles qui servent aujourd'hui de fondement à nos théories physiques sur l'échange incessant des éléments dans leurs composés, sur U transformation des forces et sur la ttiéorie mécanique de la chaleur. De même la théorie des atomes de Leucippe et de Démocrite, adoptée plus lard par les Ëpiciu'iens, est Tenue jusqu'à nous et esl encore professée ai^ourd'hui par la plupart des chimistes. * [l^ges 352 et 303.) Si Empédoclc, qui reliait par des liens intimes toute la nature organisée, eât vét'u de uos jours. Il eût sans doute été un des fondateurs de la nouvelle pliysiologie.
> D'après i. J, Eliltorf, ftnlitution du temple d'Empédocle à Séltnonle ou l'architecture chn let Grec* (1851), pi. I. Cf. Texte, p. 759. — Ce petit temple, situé sur l'acropole de Sélinonte et que l'on suppose dédié à Empédocle, est long (depuis la preiuièrc marche jusqu'au premier socle, derrière le mur du fond de la ceUa) de 7*,60, et large de 4*,ttO. Il est pnutylê-létrattgle, c'est-à-dire qu'il n'a de colonnes qu'à sa façade principale, et que celles-ci sont au nombre de quatre. Eliltorf a supposé le sol couvert d'un enduit en stuc décoré d'ornements peints.
F. — ai
64a DE L'INVASION UOlUKiNNE AIX GLEIIRES MÉIHQUES (1104-490}.
faite (le matière divine : Hésiode l'avait déjà dit ; mais, pour Heraclite, le divin était l'élévation de la pensée au-dessus des sens.
Cinquante ans plus tard, la Sicile eut un homme supérieur, Empédocle d'Âgrigente, philosophe, poète et physicien. Au philosophe, ses concitoyens élevèrent nne statue voilée, image de l'obscurité de sa
doctrine; mais le physicien étabHt une théorie qui a vécu jusqu'à la fin du dix-huitième siècle , celle des ■quatre éléments, ta terre, l'eau, l'air et le feu. Hs sont impérissables, disait-il, et ils se mélangent ou se séparent incessamment, de sorte que les substances persistent sous le perpétuel changement des apparences. Dans ces doctrines, on a cru entrevoir certaines données du système del'évolution '.
Ces Grecs, avec leur
ÉlcWalioii principale du temple d'Eiiipédocle' esprit pénétrant, OUl
eu des pressentiments de tout et, à isoler quelques-unes de leure pensées, on les prendrait pour les précurseurs de la science moderne. Mais ils regardaient au fond de leur raison plus qu'au fond de la nature, parce que la grandcarme du combat scientifique, la méthode expérimentale, leur manquait. Ils jetaient en prodigues leurs idées, comme le semeur qui répandrait à pleines mains la bonne semence et les herbes folles. Celles-ci ont étouffé celle-ià el la moisson n'a levé que vingt siècles plus tard.
■ Notis relroiivr>rons Emp^ilocle plus loin, nu cliup. kii.
" D'apri* IIHlorr, Rettilulion du temple iTEmpédocif, pIc, I. II. — La liauteiir du lemplo, depuis le sol jusqu'.iii sommet du l'aiiléfiie qui couronne le rronlon, est de 0',50; \» iautiiur des eolouFics esl di- 5" ,50.
(IRASDELR ET CIVILISATION DES COLOMES GRECQUES. 643
Cependant ce ne ftil point par leurs seuls éerivaius et par leurs arlisles que les Grecs furent les initiateui-s de la civilisation. En soupçonnant les premiers que l'univers est gouverné par des lois, ils ont préparé quelques-unes de nos sciences. Nous continuons d'admirer les travaux d'Aristote sur l'Histoire Nalvrelle, et les ÉlémenU d'Euclide, qui fut presque son contemporain , forment encore le fond de notre enseignement géométrique'. Euciidc».
Les Tirées avaient donc essayé ile résoudre le grand problème de la philosopliie naturelle, ia constilulion de la matière, dont la solution n'est pas encore trouvée. Les fluides impondérables n'ont fait que passer: l'élher des physiciens, l'atome des cliimistes, l'unité de la matière, sont des hypothèses qui auront peut-èlrc le sort de tant d'autres : vérité aujourd'hui, erreur demain. Déjà ne prélend-on pas tout expliquer pur un nouveau venu, le mouvement, qui est aussi très ancien, puisqu'on peut le faire descendre d'Heraclite et que Descaries disait : « Donnezmoi de la maliére et du mouvement, et je referai le monde, n
Il est un problème encore plus difficile, celui dont la métaphysique s'occupe : la recherche du principe des choses, .\naximandre, on vient de le voir, l'avait abordé. L'école d'Élée et celle de Fythagore essayeront de le résoudre, mais ce sera plus d'un siècle après Thaïes, qu'au témoignage d'.\ristole', Ana.\agore de Clazomène, né vei"s 500, dégagera clairement, çavEpw;. de la matière la cause première, ou le Dieu ordonnateur du monde, et méritera d'èlre appelé, pour ce sublime effort, 6 SoO;. l'Intelligence'.
L'école éléaliquc, qui prit son nom de la ville italienne d'Élée, fondée par les Phocéens, opposa au multiple des physiciens de l'Ionic, pour l'explicalion du monde, le principe de Vunité. Xénopbane de
' Eiidiilo, le géomt'trc, llorissiiit vers 520.
« JHe. I>arlme el yo'Aêe d'Euclide, sur une irioiiiiaii* de Mvgare ; en légende. MEl'APKQN. ^. Diane Lucirera, debout. (Bronze.) La légende et les trnits du [ihilosoplie ont été reloudiés au burin, à une époque moderne.
' Aiiaxafliore, assis sur un fîlobe, tenant pent-êlre un rolumen de la main gauche et étendant la main droite. En légende : KAAZOMEMUN. (Revers d'une monnaie de Lron/e a Je Uaiomène.)
• Mélaphijt.. 1. ô.
= Vojr. le cliap. ixu.
Colophon y arriva vers 536, et Parménide y naquit peu de temps après.
Leur dialectique puissante les détournant de Tobservalion extérieun»
pour ne leur laisser écouter que les révélations
de ce qu'ils croyaient être la raison pure, devint
Tarme d'une école austère dont la tendance fui
^ , de tout absorber en un être sans commence-
Monnaie d'Elée *. n ' n t
ment ni fin; infini dans 1 espace comme dans le temps, de sorte qu'il n'y avait ni espace ni temps, et que Têtre et le tout étaient identiques; immuable, de sorte qu'il n'y avait ni
changements, ni mouvements; toujours identique à lui-même, de sorte qu'il ne pouvait se produire rien de nouveau, ni acte ni pen- ^^^ ^••N*»*^ s^^* ^^^^ ^^ principe éternel, invariable, qui
Drachme de Colophon». n'était pas uu csprit et u'avait aucun des
attributs reconnus au Dieu des religions monothéistes, se confondait avec les lois de l'univers. Une seule chose est vraie, disait audacieusement Parménide, la métaphysique; le reste n'est que trompeuses apparences et illusions des sens. Ainsi la raison, non encore maîtresse d'elle-même à ce premier éveil, allait s'abimer dans ses propres abstractions, et elle y entraînait avec elle les dieux du vulgaire. La religion des poètes était durement traitée par ces métaphysiciens : (c Si le bœuf et les lions savaient peindre, disait Xénophane, ils feraient des dieux semblables à eux-mêmes; » et il reprochait à Homère, à Hésiode d'avoir souvent célébré-les actions criminelles des Olympiens'.
Parménide était poète, comme Xénophane. Dans l'élan idéaliste qui l'emporte au-dessus du monde des réalités, il jette sur son austère philosophie un voile de poésie, dont le panthéisme s'enveloppe volontiers comme de. la robe d'Isis. Tel est le fragment où il raconte le voyage, « en dehors des sentiers battus par les hommes, » qui le fait arriver dans la demeure éthérée dont la Justice garde les doubles clefs.
Zenon d'Élée, son disciple, s'enfonça plus encore dans les sophismes de l'école d'Élée. Un jour, dit-on, qu'il niait le mouvement, un de ses
* Tête casquée d'Athéna, à gciuche. i^. KAAI ('EXairwv) dans une couronne de laurier. (Argent.)
* Tête laurée d'Apollon à droite ; derrière, le monogramme d'un nom de magistrat. i|. Dans un carré creux, K0A0MNK)M et une lyre. (Argent.)
' Bergk, Poetœ hjr. Grascif pars II, p. 350.
auditeurs se leva et marcha. Celte démonstration pratique n'était pas pour prévaloir en lui sur les spéculations abstraites. L'esprit, enivré de sa puissance depuis qu'il avait secoué les vieilles manières de penser, perdait terre. Le philosophe fermait les yeux et se satisfaisait avec un cliquetis de paroles; ce n'est pas une habitude absolument perdue.
Cependant, à celte école d'Élée, si étrange en ses affirmations que le bon sens condamne, se rattachent de puissants esprits qui, après elle, ont repris le problème de i'Être, devenu, suivant les temps et les systèmes, la Subtlance, l'Absolu, Vidée.
Pjthagore, né à Samos vers 570 ou j un peu plus t6t, fonda une auli'e école ! qui porta son nom. 11 émigra en Italie, par haine, dit-on, du tyran Polycrale, et se fixa à Crotone. On l'a fait voyager en Orient, tout au moins dans l'Égjpte et la Babylonie',
et l'on en concluait que c'était
de là qu'il avait rapporté ce goût
/^ pour les sciences mathémaliques
/S qui caractérise son école. 11 n'est
1^ pas nécessaire qu'il ait parcouru
^ tant de pays pour y recueillir des
idées. Nous savons que celles-ci pyiiiagorcï. voyagent plus qu'on ne le pense PyOïaKoreV
et qu'on les retrouve souvent bien loin de leur point de départ, comme ces veines de métaux
' D'après Visconti, Iconografia greca, la*. XVT[. — Le nom (rrav^ sur ti' marbre a éli? portt! par plusieurs philosophes, et les minons qui délerminenl Viscoiili à y reconitaîlre Ztftion <rËI^ ne sont pas siil'IIsniites.
* Lp dernier historien de In philosophie greeqne, Zeller (I, 301). cotilesle ces voyages, qui eependaiit étaient alors faciles.
' Pylhapore assis, loucliant avec une ba^ietle un glolM" posi^ devant lui, sur un cippe. En légende nT6 A rOPHC CAMION. (Revers d'une monnaie de bronze de Samos, à reffigie de l'empereur Commode.)
* Conialiiie grarée, signée de Koimos (KOIMOT), d'après Visconli (kon. greea, tav. XVII,
précieux qui, des profondeurs de ta terre, viennent affleurer à la surface. Mais les relations entre Samos, l'Egypte el la Syrie étaient alors fréquentes. Il se peut donc que Pjthagore ait visité ces pays qui attiraient beaucoup de Grecs, et qu'il en ait étudié d'autres. Le
frère d'Alcée n'availil pas gagné à Babylone de brillantes récompenses militaires; et Hécatée de Milet, Hérodote d'Halicar nasse n'ont-ils pas été de grands voyageurs?
Dans tous les cas, Pjthagore a certainement subi l'influence de quelques idées qui ne semblent pas- être nées dans son île de Samos. Phérécyde de Syros, qu'on lui donne pour maître, nepasset-il pas pour s'être inspiré des livres phéniciens'?.
On peut, en effet, distinguer dans le pythagorismc deux par-
Phérécyde de SiroB». . " '^,
ties : ! une qui a plus le caractère grec; l'autre qui rappelle davantage l'Orienl. On peut regarder comme appartenant à celle-ci les points suivants : le prin-
II' 2) qui y reconnait Pylliagore. Le sage esl assis, la main gauche posée sur un globe. Cf. la monnaie de Samos.
■ Cltincnt d'Alexandrie range Phérécyde parmi les écrivains éuignialiques, el nous l'y laissons. Il n'est mentionné ici que pour quelques lignes de prose, les premières qui aient élr écriles en GK'ce, ou du moins les plus anciennes que nous possédions. Disons aussi <|uc Cicéron lui allribuc d'aïoir enseigné l'immorlulité de laïue; doctrine qui, sans doute, ^lail pour lui ce que fut la métempsycose pour son élève Pythagore.
• Buste en marbre, conservé au musée de Madrid (E. Hûbner, DU antiken Bildmerkf i" Madrid, n' ITG); d'après une photographie. — La tête n'appartient pas au busie sur Ivqiu'l on lit l'inscription <l>îfcx'JSr,{, mais ce n'en est pas moins un portrail el u tri's intéressant.
cipe des choses est le feu central, ou le soleil, l'âme du monde, le dieu de vie. Les âmes des sphères qui gravitent autour du premier sont des dieux inférieurs; de ceux-ci émanent des dieux de troisième ordre. Les âmes des hommes et des animaux émanent aussi du feu central, rayons immortels de l'immortelle divinité; elles entrent dans le corps à la naissance et elles en sortent à la mort pour animer un corps nouveau, montant ou descendant, suivant leurs mérites, toute l'échelle des êtres. Voici le côté grec : l'âme est double, une partie d'elle-même est dans le cerveau, c'est le voûç; l'autre est dans la poitrine, c'est le 6vix6ç; l'une raisonnable et immortelle, l'autre principe de la force et périssable. Les animaux n'ont que la dernière, l'homme les a toutes deux, mais il doit s'étudier à subor-: donner toujours celle-ci à celle-là. Ce qui est encore plus grec, ce sont les découvertes de Pythagore en géométrie, en astronomie et en musique, quoique sa théorie des nombres et sa doctrine de la métempsycose aient fait surtout sa réputation*.
Cette théorie des nombres, si étrange d'abord, n'est cependant pas sans rapports avec les doctrines de l'école ionienne. Le point est en géométrie ce que l'unité est en arithmétique et la molécule dans la matière; ce sont les trois éléments générateurs, soumis aux mêmes lois. Mais, pour expliquer le monde physique, il faut deux choses, la matière et le principe organisateur. Cette idée, appliquée aux nombres, conduisit à considérer la monade comme le principe actif, la dyade comme le principe passif, et l'action du premier sur le second donna la triade; d'où cette conséquence : l'impair est le type des choses parfaites, et le pair le type des choses imparfaites. Cette conclusion s'appliquait également à la religion, qui, pour Pythagore, repose sur le dogme de l'unité divine représentée par la monade primordiale, et aux sciences morales : le beau, le bien et le vrai, consistant dans l'harmonie qui résulte de l'unité, comme le laid résulte du défaut d'accord et d'harmonie, le mal et le faux du multiple et de l'indéterminé.
Les successeurs de Pjlhagore allèrent plus loin; ils dirent que les
* On lui doit la démonstration relative au carré de Thypoténuse, Tidée des quantités incommensurables, la théorie des proportions et des intervalles musicaux, enfin la découverte faite par lui ou par son école que le cercle enferme une plus grande surface que les courbes planes d'égal périmètre, et que la sphère enveloppe un plus grand volume que des surfaces égales ne peuvent en contenir. En astronomie^ il a reconnu que l'étoile du matin et celle du soir sont un même astre, Vénus; que le jour et la nuit sont produits par la rotation de la terre autour de son centre, etc.
648 DE L'INVASION DOBIENNE AliX GUERItES HÉDlQtES {H(H-i90).
nombres, au lieu d'êlre le symbole numérique d'une vérité réelle, étaient les principes mêmes des choses'. Le nombre trois, type du parfait, quatre, le premier carré, dix, somme des quatre premiers nombres, eurent alors de gi'andes propriétés mystiques, surtout la triade qui deviendra la Irinité platonicienne et alexandrine, dont Plolin
Naiicnes de philosophes cl de sages*.
et Proclus feront ia loi universelle des êtres, et que les chrétiens appliqueront à leur dogme fondamental. De là bien des rêveries auiquelles s'abandonna l'école pythagoricienne, qui proclamait cependant une grande vérité, l'harmonie de l'univers, qu'elle n'appelait plustôitiv, le tout, mais xâuitoç, en latin mundm., l'ordre : mot et idée qui sont
' 'Api8;Jw (Tuai TÎi»olï{« iitén-cLn. {krislole, Vilaph.,], h.) «Faire d'une quantité nuiDériqur la substance des choses est une manière de penser qui nous parait très singulière, nuis songeons â l'impression qu'a dû produire sur l'espril des hommes la première découterle d'une régularité mathématique, profonde et immuable au sein des phénomènes; nous comprendrons alors que le noml^^ ait été adoré comme la cause de tout ordre et de toute détermination, comme le principe de toute connaissance, comme la puissance diiioe qui r^e sur le monde, a (Zeller, 1. 1, p. 339, Irad. Boutroui.)
■ Inscriptions gravées sur trois husies sans têtes, qui ont été découteris an même podroil quêtes bustes de Bias et de Périandre, donnés ci-dessus,p. 635et 656; d'après Visconli,lhit^ Pie-Clémenlin, VI, [il. XXII et XXH a. — N- I . KU^lnt AMxot : Kjéoboulos de Undw. MirpOT dipiiTov : la mesure est la plus grande qualité. — îi' 2. ZùTjm "EfïuttrrKou 'AhjwTa! : Selon fils d'Exékentidès, Athénien. Hrfiti i^av : rien de trop. Voyex ci-dessus, p. 6M.] — N" Dmaxbt Tppa Muitluvartu : Pittakos, flls d'Hyrras, de Hytilène. Koipin fvBiOi : cODiub If moment fatorable. On sait qu'Hipparque, fils de Pi.sbtrate, avait ainsi fait graver des ftntences morales sur les hermès des routes (Cf. Platon, Hipparqtte, p. 338, et Corput interiplionum AUiearum, I, n* 533).
restés. Cette harmonie que Pjthagore voyait au ciel où il croyait entendi^e la musique des sphères, il la voulait dans l'Ëtat par la concorde. dans la famille par ['affection, dans l'homme par la vertu.
La théorie pythagoricienne de la métempsycose est une des plus curieusemenl imaginées pour résoudre i'insoluble question de l'exislence par delà le tombeau, dissiper l'effroi que cause la destruction
Nélcmpsycose et imniorl alité : Uemnon changé en oiseau'.
finale de noire être et donner à la vie une sanction morale. Après la mort, l'âme, selon ses mérites ou ses démérites, passait dans un corps nouveau placé plus haut ou plus bas dans l'échelle des êtres; de sorte que l'univers vivant était le théâtre de migrations perpétuelles qui avaient pour terme suprême l'absorption en Dieu de l'âme arrivée à l'état de perfection. Aussi Pjthagore prohibait d'une manière presque absolue les sacrilîccs sanglants sur les autels des dieux, et détournait ses disciples de l'usage habituel de la viande. Comme il avait purifié
' Peiiilurp de vase, d'après le Viueo Etnaco, lar. XLVIl, 2 a. — Hcmnon, à droile, est étendu morl sur un bûclier, dans une forêt de mjrles. Debout auprès du cadaTre se tient sa mère, Ëos ou l'Aurore; plus loin sont les armes du liéros. S.i mère se lamente et pleure : elle avait pourtant obtenu rimmorlalité pour son fils, à ta condition que l'àme de ce dernier passerait dans le corps d'un oiseau. L'oiseau est perché sur une branche, au-dessus d'Ëos. Les larmes de l'inconsolable Ëos devinrent, selon la fable, la rosée qui chaque matin couvre la terre. (Voyei, ci-dessus, p. 418.)
650 I)E L'INVASION DOUIENNE AUX Gl-EHRES MÉUIQIKS (1104-490).
la notion de la divinité et de la vie, il purifia la morale, qui dépend toujours de cette double conception, et il arriva, sur certains points, à une élévation qui rappelle le christianisme. 11 n'enseignait pas seulement la justice, qui lui semblait le principe de toute vertu, mais la tempérance, la chasteté et la pudeur. On pourrait voir aussi dans le fond de sa pensée le principe qui est devenu l'axiome de la science moderne : tout change ; rien ne se détruit. Sa Monnaie de Tarente'. docirine a formé deux des hom-
mes qui ont laissé le nom le plus pur, Archjtas de Tarcnle et le Thébain Épaminondas. peutôtre même Eschyle.
Pj'thagore ne se borna point à de pures spéculations. Pour leur donner autorité et les répandre, il fonda un institut, sorte d'ordre monastique , formé de communautés, où un noviciat, à trois degrés, préparait les élèves à recevoir les révélations du maître. A l'aide de ce corps moitié sacerdotal et moitié politique, P\lhagoTe vou-
Noiinaie de Caulonia*. , . ,. - ', , • ■
lait faire prédominer dans l'État l'empire de la sagesse et de la vertu, comme dans l'individu celui de la raison. La discipline et l'enthousiasme de ses élèves lui acquirent dans Crotone, à Locres, à Caulonia, à Tarente, à Métaponte, une autorité qui lui permit de faire dans ces villes une révolution
< Le héros Taras nu, leiianl un arc cl une flèche, assis sur un diupliin. Au-dessus, TAP.C; au-dessous, un pelil éléphanl el la marque d'atetier AI. i^. Jeune t^phèbe sur un uIktiI qui s'avance au pas, à g.iuche; devant, un héros nu qui saisi! le clteval par la bride el lra> la main pour l'arrêter ; dans le cliainp, API^TI et Fï, initiales de deui noms de inagis- IratB. (Argent.)
> Apollon un, delionl. lourné h droite, dans J'allilude de la luslralîon; de la main droite levée nu-dessus de sa léle, il lient une branche de Inuriei- ; sur son bras fçauche éiendn, on volt le fiénie même de la lustralion {kpiaiiii ou xadappiî), en course, et tenant aussi une brandie de laurier. Devant Apollon, le cerrqui doit être sacridé. En légende. KAVA. Au revers. le même type en ereui, au lieu d'être eu relief; les parties accessoires ont dispani. Style archaïque. (Argent.)Pour l'explicalion de ce type, voyez Raoul Roctielte. Mémoinrt dr apmitMalique el d'antiquité, Taris, 1840, p. 25 et suiv.
morale et polilique. Mais les principes de gouvernement aristocratique qiifi ses (loclrinos renfermaient se développèrent; la secte s'empara des iilaces, du pouvoir, et s'y montra probablement, comme toute corporation qui Iriomplie, fort peu tolérante. C'était une théocratie qui se fondait, c'est-à-dire
quelque chose d'absolument con- i
traire au génie grec. Elle provoqua une réaction du parti populaire, et, un jour qu'à la suite d'une victoire sur Sybaris, les pythagoriciens
de Crotone, qui formaient le gou- """""'*' '*" "«t""'"-'-
vernement, voulurent se réserver tout le bulin, la révolution éclata. L'institut fut dispersé; beaucoup de ses adeptes périrent (505); toutefois ses doctrines survécurent, et le paganisme mourant les combina avec celles de Platon, pour combattre le christianisme.
Quant à Fylhâgore, il parait être mort à Métaponle, quelque temps après la dispersion de son institut. 11 avait été regardé, même par ses contemporains, comme un être presque surnaturel et en rapport avec les dieux. La légende qui se forma autour de son nom s'accrut, à chaque génération, de nouveaux récits mer\'eilleux, comme celle des saints du moyen âge. On raconta que, lorsqu'il passa en Grèce, à Olympie, il montra aux assistants une cuisse d'or ou d'ivoire, et qu'il fascina de son regard un aigle qui fondait sur lui. On le fil descendre, de son vivant, aux Enfers, et, après sa mort, apparaître à ses amis. Il lae de p-irron.
prophétisait l'avenir, commandait à la tera- ''"""' "^""'^ * '*""">''''•■ pète et arrêtait soudain les maladies contagieuses. Des faits sembla-
' Têle de Démêler à droile ; la déesse porte une couronne d'épÎB, des boucles d'oreilles et II» voile Irês l^r lui descend derrière la léle; devant le cou, une marque d'.ilelier. if. META. Hpi de blé avec une feuille sur laquelle grimpe une souris; dans le champ, la lellfc ■!>, marque d'atelier. (Argent.)
' D'après Die Antgrabiingcn tu OIgmpia, III. Taf. XXIV o. — Brome tri's ai-cliaïque, dt'ioré, à la poinic, de spirales et d'écaiiles; .i t'exln'milé inrèrieure du cou se voienl trois dous qui serraient à fixer la tMe du Kriffoii au vase dont elle faisait partie, »
blés se retrouvent aux époques les plus divei'ses, parce que ce qui manque le moins, ce n'est pas la froide raison, mais la crédulilé publique et l'imagination populaire*.
Toutes ces philosophies avaient un vice radical : elles étaient des conceptions a priori. Partant de l'inconnu pour arriver au connu, elles» suivaient une marche contraire à la méthode scientifique, qui procède en sens inverse. Cependant, bien que les doctrines de Thaïes, de Xénophane et de Pythagore ne fussent que les bégayements de la raison, trop soumise encore aux illusions de Timagination, leurs trois écoles ouvraient une ère nouvelle pour l'esprit grec et pour l'espril humain. Au polythéisme panthéistique d'Homère et d'Hésiode, à cette nature toute pétrie de divinité, dont les divers éléments et le» mille aspects avaient été personnifiés en autant d'êtres divins, ils substituaient une matière réglée par des lois fixes, xo<T|uioç, que l'intelligence de l'homme pouvait aller saisir, grec in- Gc moudc diviu, cet antique Protée aux formes chan- *^""" ' géantes, était chargé de liens et forcé de 'répondre sur lui-même; c'était donc bien une révolution morale qui délivrait la pensée de ses chaînes. Le doute et l'examen succédaient à la foi aveugle et craintive, la recherche scientifique des causes à l'adoration servile des phénomènes, l'âge historique et rationaliste à l'âge légendaire et mythique. Aussi, écoutez Xénophane, arrivant déjà, par désespoir des forces de la raison, à dire : « Nul n'atteint à la certitude; nul ne peut rien savoir des dieux ni du monde. En toutes ces choses, il n'y a que des opinions. » Dès sa première heure, la philosophie commençait son œuvre de destruction contre la religion positive*.
Nous avons tenu à montrer, dans ce rapide tableau, avec quelle ardeur les colonies grecques, surtout celles d'x\sie, se portèrent dans toutes les directions où l'esprit humain peut espérer de trouver le beau et le vrai. Elles ont ouvert de larges voies, où la Grèce proprement dite va se lancer à son tour et qu'elle élargira. Les colonies ont donc droit à la reconnaissance de la Grèce et du monde; car
* n y a bien des incertitudes sur Pylhagore et ses doctrines. Le monument le plus ancien de cette école est celui dont Bœckh a prouvé l'authenticité, non les Vers dorés de Pylhngore, mais les fragments de Philolaos, contemporain de Socrate. (Voy. Denis, Histoire des i/iéories et des idées morales dans l'antiquité; Janet, Histoire de la philosophie morale etpoliiiquc. La plus récente et la meilleure histoire de la philosophie grecque est ceUe de Zeller.)
* Buste de profil, la barbe et les cheveux hérissés. Intaille en nicolo (haut, iô millini., larg. 10 millim); Cabinet de France, n" 2042.
' Voy. nos chapitre* «vu et xxx.
(JHANDEUIt ET CIVILISATION ItES COLONIES GllECQlES. 653
sans elles, sans leui-s travaux en tout genre, souvent inexpérimentés, mais presque toujours magnîliques, le siècle de Périclès, si fécond en chefs-d'œuvre, que nous aurons bientôt à contempler, ou ne fùl pas venu, uu fût resté bien au-dessous de ce qu'il a été.
■ fierrc gravée, d'après C. VI. Kins- Antique Genu and Ring» (IS72),pl. XXHV, 111,^
AsL-onoine preuaiil des ii