‹ Histoire des Grecs depuis les temps les plus reculés jusqu'à la réduction de la Grèce en province romaineChapitre 66 sur 78 · LA GRâNDE-GRË.CE, LA SICILE ET MARSEILLE · texte numérisé non relu

LA GRâNDE-GRË.CE, LA SICILE ET MARSEILLE

Dans l'autre bassin de la Méditerranée brillèrent d'abord Sybaris et Crotone. L'époque de la prospérité de Sybaris est de 600 à 350. L'extraordinaire fertilité de son territoire, qui donnait cent pour un, son

(D.CompareUi.) — Nous donnons en caractères courants la transcription des premières lignes de la colonne de droite. . . àj;oXaiv[xa]v8v. Tuvà cu[t x '] ^i a xpiJjAaTa (xtj ïxr^^ fj [na]Tpoo ôovtoç ? «[^Js/JCiô ^ liZifnzévfsoLv':oç ij «7:oXa[x]oya« a», ox' ô AtO[«]X6«; Taptoç, gx(Kx;iiov oî ouv Ku[X]a€os, is-xrxç eilv [âi:]oXavxavEv-TaTd 8à TupoOOa [jit) e[v]ôixov ^{xev. Les lettres dont la forme est le plus ivmarquable sont le pi (C) et Tiota (S) ; le mu a quatre jambag:es. (Cf. l'inscription sur la nionnaie de Gortyne, donnée ci-dessus, p. 505.) M. Daresle traduit ainsi le passage (BulL de Corr. heUén., IX (1885), p. 507) : <f Si une femme n'a pas de biens à elle donnés ou promis par son père, ou par son frère, ou recueillis par elle dans un partage, avant rannée où [le startos des AiOaXsî; était au pouvoir] et ou Kyllos et ses collègues furent cosmes, elle viendra à partage. S'il y en a qui aient reçu quelque chose avant ladite année, il n'y aura pas d'action contre elles. » Nous avons emprunté à M. D. Comparetti la restitution et la traduction du passage mis entre crochets. (Musro, 1, p. 266.)

* Polit, y II, 8; Esprit des lois, Vlll, n.

• Ce vice fut général en Grèce. En Crète, à Sparte, la loi le protégea, et il est à craindre que les plus grands hommes de la Grèce, Aristide, Épaminondas, Thémistocle, Phidias. Euripide, Sophocle même, en aient été atteints. H n'en est pas question dans Homère, sauf rhistoire deGanvmède.

ASSERVISSEMENT hES COLONIES GRECQIES, ETC. 711

commerce avec Mile! et l'Ionic, sa politique libérale à l'égard des étrangei-s, portèrent au comble sa richesse et ses forces. Elle avait 5000 cavaliers et pouvait, dit-on avec une cvidenle exagération, armer 500 000 hommes. Mais de bonne heure aussi elle s'abandonna à t'influence énervante du climat, et le jiom de Sybarite est devenu dans toutes les langues l'épithèle qui désigne les plus extrêmes raffinements de la mollesse et de la volupté. Aussi un grand désastre suffit pour l'abattre, les peuples amollis n'étant pas plus capables que les individus énervés d'un persévéranl effort. En 510, Sybaris, jusque-là gouvernée par une démocratie modérée, chassa de ses mni-s les citoyens les plus puissants. Crotone accueillit les bannis et refusa leur extradition. I^s deux peuples marchèrent I un contre I autre. A ta

tète des Crotoniates était le fameux Milon, armé d'une massue, comme Hercule. Le Spartiate Doriéos, alors dans ces parages où il cherchait fortune, prit parti pour les Crotoniates, qui firent un affreux massacre de leurs adversaires, s'emparèrent de Sybaris et s'acharnèrent à sa ruine avec l'emportement que donne aux passions ce climat presque africain. Ils en rasèrent les maisons et les murailles, et, pour en faire disparaître jusqu'aux vestiges, ils délournèrenl un fleuve voisin qu'ils firent passera la place où s'élevait naguère la cité rivale.

Cette ville de Crolone, que nous voyons si cruelle dans la victoire, avait été fon- jiman ijiciiiii>iiiu>'.

dée en 710 par les Achéens conune

Sybaris. Un siècle après, elle mettait déjà sur pied 120000 hommesC-'). Elle fut sans doute gouvernée d'abord par une démocratie. Vers 5i0, Pythagore y établit son institut. En 510, un chef populaire, Cylon, suscita un mouvement contraire à l'impulsion donnée par le philosophe et déchaîna les partis jusqu'au moment où un certain Clinias s'empara de la tyrannie (494). La destruction de Sybaris avait fait de Crotone la première ville de la Grande-Grèce; elle dominait sur plusieurs cités et appelait les Grecs italiotes à des fêles communes autour du temple de Junon Lacinienne. Mais cette union religieuse ne fut pas assez forte

' Téle caM|uc.! de Palias. n droile. ^. SVDVPI. Taureau marchant à droilt? el détournaiil la IMe. (Arçeiil.) ' liti: de Jiiiion l.actiiipiiiic, <li! rnn>, <lia<)i-méi>, les clicvcux iloUaiil ilerrii^re la lèle.

712 DE L'INVASION DORIKNNK ADX f.lRRIlF.S MKDIiJliKS (n04-lQ«).

pour amener une union politique, bien nécessairo cependant, car au cinquième siècle les vieilles populations de l'Italie descendaient des montagnes du centre de la péninsule pour rentrer dans leur primitif héritage. Les Sabrlliens prirent Cumes elPoseidonia; et deux peuples nouveaux, les Lucaniens et les Brutliens. occupèrent tout le centre du pays, de Bé- Inévent à Rhégion. Les (irecs, rejclés à ia 'côte, y vécurent en de continuelles alarmes. Tarente môme souffrit en 475, de la Hoiijiflie .le l'n^idoni» i. part dcs lapvges, uuc désastreuse défaite, et elle ne résista à leure eflorts que grâce aux secours qu'elle reçut à plusieurs reprises de la mère-patrie.

Ainsi le monde grec fléchissait à ses extrémités : en Asie, en Afrique, sous la pression du grand empire des Perses; en Italie, sous celle des races indigènes. Deux villes font exception à cette décadence générale des colonies, Syracuse et Marsçille.

La prépondérance en Sicile appartint d'abord à Agrigente et à Géîa. On sait peu de chose d'Agrigente, si ce n'est la cruauté de Phalaris. Chargé vers 570 de bâtir le temple de Jupiter sur l'acropole, il réunit de nombreux ouvriers, qu'il arma le jour de la fôle de Cérès el qui se saisirent pour lui de la citadelle : il la garda seize ans. On eonnaitson taureau d'airain où il enfermait ses victimes pour les brûler à petit feu et entendre, dans les rugissements du monstre, les cris de leur douleur. Il n'était pas le seul tyran dans l'ile; chaque cité à peu près avait le sien, car leur état intérieur favorisait les usurpations. Il y avait là en effet quatre classes en présence : les fondateurs de la cité, maîtres de vastes domaines qu'ils faisaient labourer par des colons indigènes: les étrangers. Grecs ou autres, établis dans la ville et exclus des charges ; les colons, à pou près réduits à la condition de serfs de la glèbe, et, dans l'intérieur de l'ile, les Sîcules, toujoure prêts à se venger de ceux qui les avaient dépossédés, en se louant comme mercenaires au plus offrant. Un homme ambitieux et habile pouvait aisément, au milieu de tant d'éléments contraires, s'élever avec l'aide des uns contre les autres el les dominer tous.

H. KPOTQNIATAS, Hercule assis, sarrifiaiU sur un iri'ijied ; h ses pieds, ta massue et la peau île lion. (Monnaie d'argent de Crolone.) Yoy. ci-dcssiis, p. SliG.

' Eii légende aruhalquc : llOSRIJiA[>]. Taureau inarchanl à gauche; dessous, un coquillafre. 4. QOSEIAA(N]. ^eptunG debout à droite, son péplo* sur les épaules et combattant aver soii trident. (Argriil.)

ASSERVISSEMKNT HES COLONIES GRECQUES, ETC. 7ir>

Ainsi firent, à Cela, d'almi-d Cléamlms, puis Ilippocralès (498), qui s'entourèrent d'nne troupo nombreuse de mercenaires indigènes. Ilippocralès commanda tin momeni à la moitié de la Sicile; quand il eut péri dans une Iwlaille contre les Sicnles, nn de ses olllciers, ftélon, lui succéda en 491, avec des visées pins hautes. Kn Sicile, dont la chaîne centrale descend par lerrasses successives à trois mers, lotite

Tmirraii hniidissant '■ [Vi>y. p. 713.)

la vie est aux rivages. Qui veul dominer hors de rélroite vallée où chaque ville est assise, doit, posséder une (lolle. f.élon voulut en avoir une; mais, pour des navires de guerre, il faut un port, et un seul existait, en de bonnes conditions de sécurité, sur le littoral du sudest, celui de Syracuse. Il fut facile à Oélon de pratiquer des intelligences dans cette cité qu'agitait la rivalité des classes. Les riches, ou descendants des premiei's colons doriens, vêtaient tenus en perpétuelle inquiétude par les nombreux étrangers, accourus en un lieu si favora-' ble au commerce, et par les anciens habilants dont ils avaient fait des serfs de la glèbe, comme les hilotes de la Laconie et les pénesles des

' BronK de randenni! colICLlion Ccéau, aujounl'hiii ; |p Catalt^up, troiiïi- à Vitr;-le-Fraiiç.iis. >

714 DK (/INVASION ftORlKNiVE AUX fllJERllES MÉniQtES (ilOi-iSOl. Thessalieus. Les deux classes opprimées ou méprisées unirent leurs intérêts, leur haine, et les grands, affaiblis par une défaite que leur

Spènr rli- départ, sur un Tns*' (if Cmnai'iiin*.

infligea Ilippocratès, furent un jour chassés de la ville. Ils se n'fiigiirent auprès de Gélon, qui eiil l'adresse de se faire accepter de tous les partis comme un nii-dialenr pacifique. Maiire de Syracuse, il y transporta les habitants de Camarina, la moitié d<:>

HoTinaic de Camarina». CCU.V de Gela, et tOUS IcS richc*

de Mégara et d'Eubœa. Quant aux hommes du peuple de ces deiii dernières villes, il les fit vendre comme esclaves.à la condition expresse

> n'aprèii 0. BeiMidorr, CriechUche. undSiiilûchc Va*enbildfr, Tar. \\\l\. n* 1. — Au o-iilnest un jeune guerrier qui prend con^é îles niens. Pendant que son compagnon, à àrwlf. l'avertit que le niouienl du départ est venu, le guerrier a la léle loumée vers sa feinme qui lui tend eu pleurant son épée. Son jeune fils, la léte liaisitée, s'atlaelie à son bras^. Quelque rapide cl incorrect que soit le dessin, la peinture n'en est pas moins pleine d'eipres^ion l'i de charme. Cf. une sci'ue de départ sur un vase sicilien donné ci-dessus.

* Tète barbue d'Hercule à gauche, coifTée de la peau de lion ; eu légende, K VM,VPir>A(IfiNl- La nvmplie Camarina couromiée par la Victoire, dans un quadrige au galop, à gauche: > l'exergue, nn ryf;ne volant à gnuclie.

ASSKUVISSKMKNT IfKS C(.U,ON(ES GllECyiKS. KTC. 715

qu'ils seraient emmenés hors de l'ile, car il pensait, ajimto llciudotc, i|u'avec le peuple il n'y a pas de gouvenifinetil possible. Celait du |)tiis pur esprit dorien.

Les nouveaux venus ne ponvaieiil tenir dans l'ile d'Urtygie; ils s'étendirent sur la leire lenne; Célon y plaça lui-nit^me'sa résidence, sur un plateau élevé qu'il fortifia soigneusement , l'Achra- I diiie. Excepté Messine qui obéis- I sait au tyran de llhégion, et ies | grandes villes d'Agrigenle, d'Hi- I mère et de Sélinonte , toute

la Sicile grecque, avec une Munnaie de GC-lon. roi de Syracuse'.

partie des tribus sicules, lui était soumise; Agrigcnte même avait contracté avec lui une étroite alliance. De nombreux mercenaires accoururent autour de lui, et, s'il en fallait croire Hérodote, il aurait promis aux (Irecs menacés par Xei'xés 20 000 hoplites, 200 trirèmes, 2000 cavaliers. 2000 archers, autant de frondeurs et de cavalerie légère, enfin du blé pour tout le temps que la guerre durerait.

Il y avait peu de sincérité dans ces offres, car (Jélon était engagé dans une guerre avec les Carthaginois, qu'il voulait expulser de Sicile et qui, en ce même temps, préparaient contre lui un armement formidable. Tandis que Xerxès envahissait la (îrèce, les Carthaginois, ses alliés, vinrent au rmmbre de 500000, dit-on, assiéger Hi mère sur la côte septentrionale de l'ile, au voisinage de la ville actuelle de Termini. Gélon ne put leur opposer que tiO 000 fantassins et 5000 chevaux. H n'en gagna pas moins une bataille qui se termina par l'entière destruction de l'armée carthaginoise ; 150 000 Africains périrent, et le nombre des captifs fut si considérable, que des particuliers d'Agrigente en eurent jusqu'à 500 pour leur part. Quelque outrés que soient ces chifTres, comnu; tous ceux qu'on nous donne pour la Sicile, la Grande-Grèce et Carthage, la victoire était certainement considérable, car Pindare célébra (Jélon à l'égal des vainqueurs de Salamine et de Platée « où périrent les archers mèdes >>; et, pour marquer que c'était bien la justice divine, la Némésis vengeresse, qui humiliait les nations barbares devant la race hellénique, ou voulut que les Perses et les Carthaginois eussent, le même jour, fiéchi le genou sous l'épée des

■ Tèle dindémée de Gélon, à gaui^lip. ^. IVPAKOSIOI PfCAt»!)!. La Victoire dans un bigR lanc# au galop, à droite. (Argent.) On ne snit si In télo qui figure mr cpUp monnaie esl colle deOi^loTi l"on deOfilon II.

716 IlK LIKVASHIN IMIUIK.WK AUX «L'KItUKS MKDIUUKS (U04-4901.

Grecs. I^es Ciii'thagiiiois ne lurent pas chassés de l'ile, mais ils achetèrent la paix 2000 talents, et Syracuse, sous la glorieuse et Lienraisante tyrannie de Gélon, devint la première ville grecque de l'Occident (480).

Il y avait eilcure dans ccl Uceident une ville grecque laineuse. Klle n'atteignit point à cette puissance, mais elle n'eut pas non plus les revers dont avaient déjà été frappées tant de colonies el qui élaienl

Itécullc lies olives'

réservés à Syracuse même. Marseille, malgré la turhuleiice dont ou Tail l'attribut du caractère ionien, est bien différente de ces villes doriennes si Iroublées. On a toujours vanté le calme intérieur dont jouit cette cité ionienne et la douceur de ses mœurs. Le

Huiiiiaie Uc Uai'scille-,

glaive destine aux exécutions s eîail rouille, taiil étaient rares les occasions d'en faire usage. Une aristocratie modérée la gouvernait : c'était un conseil de six cents membres nommés ii vie el qui ne pouvaient être choisis que parmi des citoyens mariés,

' l'oiiilui'u (li: \asc d'iipivs 0. Juliii, Vcber DanleUang det Handmerkt uiid Handfttrrrtfkn auf YaienbUderH, d.tiis les Brrirhtc Ohfr dîf Yerhnndlungeii der kOnigl. eûchi. Gfrlltcbap der Wutentdwften s« Leipiig, 18ti7, T;ir. II. — fjiialre payxaiis son! o«-uprà â la rt'iulle ili's oli"-* : trois il'e II tr(> eu\ rivi)i|H-iit l'arUi'C iiiei: ilir lungiies gHiilps;lequ3tri('iiie rxmasst' les olives Jaiu une corbeilli'.

* Talc jeiiiii- (lu l.iu'.yiluii (le lieu vc de Marseille) à droite, avec des cornes sur le froiil; eu légende AAKlTilW . (j. Une i-ouc à qiialre janles. Argciil

ASSKIIVISSEMKNT DKS COLUMKS CIlECgl KS, ETC. li'i

aviuil des erifauls et cimiplanl trois géiiératiuns d'aïeux citoyens. Un comité de quinze membres formait la tùtc de cette assemblée; le pouvoir exécutif était cunné à trois magistrats. La yaix intérieure que Marseille sut garder lui était conimandée ]»ar sa position critique au milieu de tribus belliqueuses. Ou sait, mais vaguement, qu'elle soutint contre les Cartliagiiiois et les Étrusques de longues guerres maritimes. Malgré la petitesse de son territoire, elle faisait un commerce considérable de vin et d'huile. Nous avons déjà parlé de ses colonies.

Deux faits ressorleut de cette histoire générale des colonies : leur prospérité et leur éclat au septième et an sixième siècle, quand la mèi-c-patrie était encore obscure; leur décadence au cinquième, Syracuse et Mai-scillc exce|)tées, quand les Grecs d'Asie et d'Afrique ont penlu leur liberté sous les Pei-ses, quand ceux d'Italie se défendent péniblement contre les populations sabcllienues descendues de rA[H!nniM. Alors, au contraire, la métropole grandit, la vie s'y montre avec une exubérante fécondité. Tout à l'heure il n'y avait de lumière qu'aux extrémités du monde grec, maintenant elle se condense au centre cl va y briller d'un éclat incomparable.

< l'(;til Tiist; pi'uvHimit <li? Coriiithe ei cDiiscrvi' »u Luuvji' (Cr. !.. Ili-uzcy, Cm. archéol., VI (HHtO), pi. XXVIII. Il- 2. H p. 147). — Il esl en fnît-ncre égjplieiiiie et porte di's sJKiies hiéni- ){l)'phii]Ui>s, où l'un ircuiiiinlt le iii>iii (iil roi Ouhabra, rApi-iés des Grecs {599 ;i 509 a». lA',.). Cette tète casquée est, peut-itre, rt'We d'un de ces mercenaires <|ul cljerctiaienl alore rurlutie en Ëgt'pte : le i-as<|iie esl en effet de tonne grecque.

Aryhctlt cil foriiiL'dc Itlc caa<iucé'

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