CHAPITRE X
INSTITUTIONS G£n£RALES.
- I.E CORPS HEI,LÉ.MOtiE ET LES ABPHICTÏOHIES.
Nous vpnons de |rarcourir toute la Méditerranée, de la Lycie ii Mai-seille, et de Cyréne i\ la Macédoine. Ce qui nous a Trappes, c'est un double mouvement d'expansion au dehors et d'isolement à l'intérieur. Les Grecs peuplent tons les rivages et se divisent en autant d'Élals qu'ils ont bâti de hameaux. I,a souveraineté , à leurs yeux, est essentiellement municipale'. Pour former un État, il leur suffit d'une enceinte fortifiée où serrer la récolte et trouver au besoin un abii; NEiTflF même de moins encore. l'n i-ocher stérile est trop vaste pour une seule république. L'ile des Phéaciens avait douze chefs et Alcinoos s'élevait à peine audessus d'eux. C'est un roi de^ l'âge homérique, niais la Crèce de l'histoire garda ces habitudes. Des îlots comme Péparéthos et Amor-
' La cité est un produit tiisi.'iilii'lleiiK'iit gri'c. (Voy. Taine, Philosophie de rarl, I. i. cil. M. g 5.)
' Fragment du relief connu soua le nom de Table iliaque et toiiserré au musée du UpiIol<- (d'après O.Jalin, drierhitchf Bildeidironiktm, Taf. [, A), — Ce relief très mutila et bfauMiiip plus mal conservé que ue le Inissei-ail croire notre gravure, a été découvert sur la via Appi*. dans les ruines de la ville de BoviUsp. 11 n'est sans doute pas nntérieur an i" si^ie de IViupirr. et faisait très probablement partie du matériel de l'en se igii émeut, comme les cartes, les sphères, etc. C'est une sorte de résumé illustré de l'Iliade, et les élèves l'avaient sous les yfux ((uaud on les interrogeait sur quelque chant ou quelque passage du poème. La scène que nous publions est empruntée au premier chaut (vers 54 et suiv.) : les Grecs eu annes sont réunis et délilièrent. On voit au premier plan Agamemnou (AfAMEMNON}, l'épée A la main, et Nestor (NE£TQP). Tous ileuit sont assis. Achille, â droite, s'arauce eu tirant son épée, mais Alhèné (A6HN\), debout derrière lui, l'a saisi à In chevelure et le retient (v. t97 el suiv.).
INSTITUTIONS GÉNKRALKS. 719
gos ont chacun deux ou trois villes indépendantes. Les Mégariens se vantaient, en offrant leur droit de cité à Alexandre, de ne l'avoir donné à personne depuis Hercule, et quand, après .Egos-Potanios, Sparte leur demanda ce titre pour un des chefs qui venaient de vaincre leur odieuse rivale : « Faites-le Spartiate d'abord, répondirent-ils, ensuite nous le ferons Mégarien. »
I^s dieux sont aussi des divinités locales. Quand on interrogeait la Pythie sur les sacrifices à faire, sur les rites à accomplir pour Monnaie d^c-iaiê. dans i iie
les morts, elle répondait : (^ Conformez-vous
aux lois de votre pays. » Cependant il y avait une religion hellénique et il existait un peuple grec, car tous, de l'Olympe au cap Ténare, regardaient comme des étrangers, des ennemis, les peuples qui ne parlaient pas leur langue* et qui n'avaient pas leurs dieux. « Tu n'es qu'un barbare, dit le Pélasgos d'Eschyle au héraut égy|)tien, et tu oses insulter des Hellènes? Une telle audace prouve que ton esprit est bien troublé*. »
Sans doule, entre le pâtre, adorateur grossier du Pan d'Arcadie, et l'élégant citoyen d'Athènes ou de Milet, les différences sont grandes; mais plus grandes encore les ressemblances. Outre qu'ils ont même langue et même culte, il y a entre eux communauté morale. L'horizon de l'un est immense, celui de l'autre borné; mais tous deux y voient des choses semblables, et ils repoussent ce qu'on trouve chez les nations contemporaines : les sacrifices humains, les mutilations, la polygamie, la vente des enfants par le père, comme en Thrace et à Rome même, et la servile obéissance d'un Asiatique pour son Grand Roi. Tous deux vont combattre nus aux jeux publics, ce qui serait une honte, disent Hérodote et Platon, chez presque tous les barbares; et, dans un autre ordre de faits, tous deux, avec le sentiment d'une commune origine, se refusent à l'idée que leur ville ira se perdre dans un de ces vastes États, comme l'Asie en voit si facilement s'élever. Enfin les poèmes d'Homère, que l'on chante d'un bout a l'autre
* Tête laimV de Jupiter, à ciniile. ^. \iriA (VÎYiaXswv). Pan aecroiipi de face et jouant de la syrinx. A ganctie, un symbole. (Argent.)
* Il y avait en Grèce trois dialecirs principaux : Fionien plus doux, le dorien plus rude, réolien qui tient de tous les deux et que Ton est porté à regarder comme le tonds commun sur lequel les deux autres se sont formés. L*ionien préfère les voyelles molles g, y), aux voyelles a et o qui sont plus fermes.
* Les Snpplianleg, 01 4-91 T).
120 DE LMWASiON DORIENNE A(!X CUERRES MKDIQI'ES (IlOt-lSfl).
de l'HelIade, leur sorvoni de livre sacrr cl fonl la iTit>iTie pairie idéale, celle que protège le Jnpiler panhelléiiiqno.
II y a donp irn peuple grec disliiicl des barbares, mais il y a aussi,
comme dil llérodole ', un rorps belléiiiqiic, ro ElîjT^iKo'y; el ee mot, qui signifie alors la race grecque, signifiera plus lard la civilisation'.
Cette commune manière de vivre el de sentir devait en effet conduire les firecs, en dépit d'eux-mêmes, à reconnaître quelques institutions, générales, qui eurentmoins, il est vrai, une puissance coercilive qu'une ceplaine force d'ati'n,.=. iVov. p. 71(1.) Iraclion et de
cobésion ; je veui parler des ampliiclyonics , des jeux puldics et des oracles.
Les amphictyonies étaient des associations à la fois politiques et religieuses, que formaient, comme le nom l'indique, un certain nombif
' VIII, m. Tliiii-ydidi-, ilntis son introduis lion, remarque que ceUe Jisliiiction i>lail de dale réc«iile et que du Icmps d'Ilorni'-re on n'opposnil pns 1rs Hfllènet aux Barbaret.
' lâocrnle, Panégijr., 50.
* Statue eu marbre provcuaiil de 1» villa Boi^liëse et conservée au musée du LouTre (Cf. Clarac, Èfiuie de Kulpiure, pi. 3!25, n' &Oli). — l'att est assis sur un rocber que recouvre une peau de pnthére. U élève la main gauche qui tient une flùle, el l'autre main porte aujourd'hui une grappe de raisin. La tète est celle d'une aulm statue; te liras droit el les jiinlies soni modernes.
d'Etats limitrophes, dans le but de régler à Tamiable leurs mutuelles relations *. Jamais, si ce n'est à leur dernier jour, les Grecs ne s'élevèrent à la pensée de se donner une constitution fédérale qui doublât leurs forces en rassemblant comme en un faisceau celles de toutes les cités. Mais l'idée d'une union fraternelle régna toujours parmi eux, malgré les guerres qui ne cessèrent de les déchirer. C'est à cet esprit qu'est dû l'établissement des amphictyonies. Dans les anciens temps,
Athlètes s'exerçant*.
ces ligues furent nombreuses. Il y en avait une pour la Béotie à Oncheste; une autre à l'isthme de Corinthe pour Athènes, Sicyone, Argos et Mégare ; une troisième dans l'île de Calaurie, en face de Trézène, pour Hermione, Épidaure, Égine, Athènes, Orchomène et deux villes, Prasies et Nauplie, que Sparte et Argos, dans la suite, remplacèrent; d'autres encore, au temple de Junon, entre Argos et Mycènes, au promontoire Saraicon dans la Triphylie, à Amarynthe, près d'Érétrie en Eubée, à Délos, dans l'Ionie, la Doride, etc. Le vieil auteur de
* Le* VoUinSj àicb tou i\L^\ xiîCeaOai, selon Valois. M. Wescher (Élude sur le monum. bilingue de Delphes) écrit toujours Amphictions pour Tamphictionie Delphique, L'amphictyonie Pylaïque se rattachant au héros Âmphictyon, prenait ïy. Du reste, les deux orthographes se retrouvent dans les inscriptions de Delphes.
* Grafûtes sur un disque votif en bronze, conservé au musée Britannique; d'après la Gazelle archéologique y I (1875), pi. XXXV. — N' 1. L*athlète tient ses haltères dans les deux mains et se renverse en arrière, afin de prendre son élan pour sauter le plus loin possible. — N* 2. Revers du même disque. L'athlète se prépare à lancer le javelot qu'il tient, un des doigts de sa main droite passé dans la boucle que (orme Vancyle. (L'ancyle est la courroie qui servait à lancer le javelot).
732 DE LMNVAS10N DORIKNNE AUX GUEliRES MED1QI:ES (m>4-490l.
l'hymne homérique a Apollon décrit ainsi la lètc de Délos. » lia, les Ioniens vêtus de longues tuniques se rassemblent avec leurs enfaiils et leurs chastes épouses. Pour te plaire', ô dieu au pleetre d'or, ils ont institué des concours de pugilat, de danse et de chant. Celui qui surviendrait nu milieu de la foule pressée des Ioniens, les croirait â l'abri de la vieillesse, car il verrait leur grâce et il se réjouirait dans son cœur, en regardant les hommes et les femmes aux belles ceintures, leurs navires rapides et leui"s immenses l'ichesses'. Kt quel spectacle que les vierges de Délos, servantes du dieu qui lance au loin ses traits; elles célèbrent d'abord Apollon, puis Latone et
ChiFur de jeunes i;Fns cl de jeunes fllles ".
Diane, qui aime son arc d'argent et ses flèches; elles chantent les héros et les femmes des anciens jours, et elles charment la foide des mortels". »
Un temple était toujours le centre de ces confédérations, et une fête religieuse l'époque de la réunion des députés ou des peuples, car le culte commun d'une divinité et la participation aux mêmes sacrifices furent le seul lien que les anciens Grecs voulurent accepter. Jamais ces ligues n'eurent la |ilus importante des attributions souveraines, le droit d'administration.
La plus célèbre de ces amphictyonies fut celle qui avait lieu le printemps à Delphes, l'automne aux Thcrmopyles, dans la plaine d'Anthéla.
' On Toit qu'aux fêles de Délos ]f commerce n'était pas plus oublié qu'aux Thermopjic^. Voï- p. 724.
■ Fragment du fameux vase François, au musiV de Florence, d'après les Vonum. delT latt. «irAeo/., IV. taï. LVi-LVII. (Cf. ^nnfl«,1848, p. 555, E.Braun.) —Thésée (ei-lEVil, wlébre b victoire qu'il vient de remporter sur le Minotaïu'e : il conduit, aux sons de la lyre, le chœar des jeunes tilles et des jeunes gens qu'il a sauvés, et devant lui se tiennent la nourrice (f>P04>0s) et Ariane (APIAKE)i celle-ci tend une lleurau tiéros. Les jeunes filles sont vf lues de la longue tunique. On sait que ce vêlement n'était pas particulier aux Ioniens : la longue tunique était un vêlement de fêle, et les Doriens la porlaieni comme les Ioniens. (Vov. W. Ilelbig, Dot Homeriiche Epoê..., pp. 115 el 110.}
* Vers 113 el suiv.
avant et après les travaux des champs*. La tradition attribuait à Amphiclyon, fils de Deucalion, rétablissement de ce conseil, dont Strabon rapportait la fondation à Acrisios, roi d'Argos. Quelle que soit son origine, cette institution est certainement ancienne, comme le prouvent les noms des peuples qui en faisaient partie. Ils sont au nombre de douze : Thessaliens, Béotiens, Doriens, Ioniens. Perrhaebes et Dolopes, Magnètes, Locriens, ^Enianes, Achécns-Phthiotes, Maliens, Œtéens, Phocidiens'. Sur douze, sept de ces peuples habitent au delà du mont Œta, preuve que l'époque où se forma la ligue fut celle de la puissance de la Thessalie, c'est-à-dire le temps de la première civilisation grecque.
Chacun de ces peuples avait deux voix; en tout vingt-quatre suffrages'. Ce nombre resta le même jusqu'à Auguste; seulement, le droit de voter fut quelquefois transmis d'un peuple à un autre, ou divisé entre deux parties d'un môme peuple. Ainsi, Sparte n'eut qu'une des deux voix doriennes; Athènes, une des deux voix ioniennes; les deux autres appartenaient aux montagnards de la Doride et aux Eubéens. Les Locriens Ozoles (Amphissa) et les Épicnémidiens (Oponte) se partagèrent aussi les deux voix de leur peuple. Les Dolopes ayant été, à cause de leurs brigandages, privés du droit d'amphictyonie, leurs voix passèrent aux Perrhaebes. Enfin, après la troisième guerre Sacrée, les Macédoniens furent admis à la place des Phocidiens. Dans l'institution amphictyonique, comme dans toutes les institutions primitives, la politique est placée sous l'invocation de la religion. Chez les anciens d'ailleurs, et surtout dans la Grèce, il n'était point d'acte un peu solennel qui ne s'accomplît au pied des autels et qui ne fût précédé ou suivi d'un sacrifice. Aussi aurons-nous de la peine à distinguer le caractère religieux du caractère politique dans les attributions du conseil des amphictyons. 11 est même possible que cette réunion, n'ait été dans le
• Dans les derniers temps, les deux assemblées se tenaient à Delphes. (Cf. Wescher, Étude sur le monum. bilingue^ etc., p. 144.) La grande fête dWpollun, marquée par l'arrivée des théories que les villes envoyaient, par la représentation d'un drame sacré, par des chants, des danses et un concours de musique, se célébrait la neuvième année, IwasTr^pf;; plus tard, le retour des jeux Pythiens eut lieu dans la cinquième; la trêve sacrée durait un an. Cf. Foucart, Mémoire sur les ruines et V histoire de Delphes^ p. 124-250.
* Je suis la liste donnée par M. Foucart, qui a fait de si heureuses fouilles à Delphes (J/^m. sur les ruines et Vhistoire de Delphes^ p. 162.) De nouvelles découvertes lui ont permis de traiter plus complètement la question au Bulletin de Corresp. hellénique^ t. VU (1885) p. 459.
» Les Dolopes, les Perrhœbes, les Maliens, les Œtéens se partageaient six de ces vingt-quatre voix, sans qu'on ait pu déterminer quels étaient les deux peuples qui ne disposaient chacun que d'un seul suffrage.
lU DE L'INVASION DORIENNE AUX GL'ERIIES MED IQUES (H04.490!. principe, qu'une fête religieuse en l'honneur de Démêler, la déessenour-
"fU,-l' =— -t^^.^!
rîciêre, doni le temple s'élevait dans le voisinage des Thermopyles. U avait lieu un grand concours d'hommes, de feuuiips, d'iMifanls, de familles entières, qui, délivrées dos travaux (le l'agriculture, vonaienl se réjouir on commun et consacrer, sur les autels de la défsjj', quelque léger tribut prélevé sur leurs moissons. D'autres y venaient attirés par la dévotion, !a ciil'iosité ou les affaires; el, tandis que la foidi' se e'^Tc''Bï"aiirr'."'°" Hvrait aux plaisirs ou échangeait ses denrées', les députés des douze tribus unies délibéraient sur
les affaires communes. Car il faut distinguer ces deux élémenls :
' Bas-relief en marbre, conservé au Louvre (Friiliner, Notice de la inUpturf antique, n* 59). — A droile, Déméter, de proporlions colossales, se tient debout, porlant d'une imîu iin sr^ptre, de l'autre une phiale dont elle verse le liquide sur un autel circulaire placé dfTMl elle, l'ne longue file de suppliants s'achemine vers la déesse [wur lui sacrifier une dii'Tn' : ce sont deux hommes d'âge, suitis de trois éphêbes et de qualre jeunes filles dont l'unr porle une couronne de lleurs. Derrière l'aulel, un petit garçon nu porte un plat chargé de fntit'.
' Ces marchés ou foires rappellent ceux qui s'établirent au moyen âge, par les m^me' raisons, auprès des lieux fanieui de pèlerinage, el qui furent la conlinualion ou rcïkiisicn d'usages anciens. Les marchands y avaient franchise de droits [dt&iia), el devaient, disait-on, celle franchise à Àci'isios. (Sur les pèlerinages des anciens, voy. Maury, IMigioia de la Grèce, l. H, p. 25 et sqq.)
» IKPOMNA(iJnov) AlAICErilPOC. Vicloire deboul, tournée à gauche, tenant une eourotiiif dans la main droile et une palme de la gauche ; devant elle, un casque sur un aulel; ■ l'esi'rguc : BrZAiNTIDIC. (Revers d'une monnaie de brome à l'efligie de Lucius Venis.)
l'assemblée géiuVale de tous les membres présentsde la conftîdératîon, ou, comme Eschine l'aiipelle, la commune des amphictjons. qui n'était cousultée que pour des cas très rares; et le conseil même formé des députés représentant les États conré-dérés et qu'on appelait Hiéromnémom et Pylagores.
I^s premiers semblent avoir été revêtus, comme leur nom l'indique,
d'une sorte de caractère religieux; on croit qu'il leur appartenait de convoquer et de présider le conseil, de sauvegarder la ibrlune mobilière el injmobîlière d'Apolion', de réprimer les usurpations laites aux
' l'einluredi^ vase (d'après Lenannanl et de Wîlle, Elite dn Moitiimenti céramographiqnei, II, pi. VI). — Apullon est assis sur un tnipied élevi-. que <lc lart;r.s ailes porteiil douct^iuciit auilessus des vagues. Des dniipliius, s'élançaut des eaui, lui fout ciirtépc : de là vieitl au dieu \f. surnom de Delpkiniot. Il est eoui-otiué de laurier; de la luaiii f;.iiielie, il touche sa cithare^ à son ^imule sout passés le carquois et l'arc. Les vojagfes du dieu, porté sur son Irêpied, font sans doule allusiou aux colonies fondées sur l'ordre de l'oracle de Delphes,
* il. Wescher [Étude tm- le inonim. bilingue, etc, p. û.'i) estime ipie le terriloirc sacré avait 1 1 bil. de large el âO h 25 de long.
726 DE L'INVASION DORIENNE AUX GUERRES MÉDIQUES (li04-490).
dépens des domaines du dieu, d'infliger des amendes à ceux qui les commettaient et de veiller à l'entretien des ponts et des roules qui menaient au sanctuaire *.
Les pylagores ou orateurs étaient chargés de défendre, dans l'assemblée, les intérêts de leur peuple et d'éclairer de leurs conseils les hiéromnémons ; ceux-ci avaient voix délibérative et paraissent avoir été en nombre égal au chiffre des suffrages; les pylagores n'avaient que voix consultative, aussi leur nombre était indéterminé : les uns et les autres prenaient le nom de synèdres, ceux qui siègent eiisemble. A Athènes, les premiers étaient désignés par le sort, les seconds étaient élus.
En entendant parler d'un conseil de la Grèce entière, on pourrait croire qu'à Delphes siégeait un véritable gouvernement des affaires générales du pays. Il n'en est rien. Dans tous les temps, chaque État grec eut son entière liberté; et quand deux millions d'Asiatiques se précipitèrent sur l'Hellade, on ne vit pas les amphictyons prendre la direction de la défense. Ce n'est qu'après la victoire qu'ils reparaissent et agissent. Alors ils mettent à prix et dévouent aux dieux la tète d» traître qui avait ouvert à l'ennemi la porte de la Grèce; ils élèvent aux héros des Thermopyles un monument funèbre avec une immortelle inscription, et ils font dresser à Delphes les statues de Scyllis et de sa fille Cyané, habiles plongeurs qui avaient causé la perte de nombreux navires de Xerxès, en allant, à l'approche d'une tempête, couper sous les flots les câbles de leurs ancres*.
Par ces faits, nous rentrons dans le véritable caractère des amphictyons. Décerner des récompenses nationales, ériger des statues, des tombeaux à ceux qui avaient bien servi la patrie commune, ou jeter la malédiction sur la tète coupable, voilà des actes véritablement amphictyoniques, soit par le genre même des châtiments et des récompenses, qui portaient l'empreinte de la religion, soit parce que cette haute dispensation des peines et des honneurs était le véritable apanage du tribunal suprême de la race hellénique, image du conseil des douze grands dieux.
A ce même titre de tribunal religieux, le conseil des amphictyons exerçait, dans l'intérieur de la Grèce, une sorte de suprême justice de paix et de conciliation. De même qu'au moyen âge le clergé s'efforça par
* C. /. G., n" 1698. Au (liéàtre de Bacchus à Athènes, ou lit, sur un des sièges réservés, le mot lepop/jjiovcç. C'était celui ou siégeait riiiérouuiémon d'Athènes.
* Pausanias, X, 9, 1.
l'institution de la trêve de Dieu de mettre quelque frein aux passions violentes, les aniphictyons imposèrent aux guerres entre les membres de la confédération certaines limites et certains tempéraments. Il était interdit à toute armée assiégeant une ville amphictyonique de couper les conduits ou de détourner les fleuves qui lui apportaient l'eau; la ville prise, défense aux vainqueurs de la détruire; dans le coure de la guerre, on devait s'accorder des trêves pour ensevelir les morts, car
Sci>iic <l'ctit<MTcniiMi[ : ciposilion du mort'.
les sacrilèges seuls restaient sans sépulture; après la victoire, n'élever aucun trophée durable, pour ne pas éterniser les haines, à moins que
' Fragment d'un vase très archaïque, découvert à Atliénes, au Dipylon (d'après Ips Monum. deirinit. archeol.. 1\. lav. XXXIX-XL. — Cf. ÀHnali.iHTi, p. 151 et suiv., G. Dirschreld).— l'our i'explicatiou de la scène de rcxposition (i:poO[9i;) el de la Inmeulation funèbre, voyci ci-dessus, p. ITl, n. h. Ce frngineiil et celui de la page 7S9, nppartiemient à des vases d'un type Irt-s remarquable, dont iiuus n'avons encore publié aucun s[>écimpn. Ce sont des vases de proportions culossnics, décorés d'ornements géométriques et de ligures humaines réparties dans de longues zones.
Le convoi funèbre («90?") (voy. p. 729) est particulièrement intéressant : le mort est étendu sur un chariot que traînent des chevaux. Au-des>ius et au-dessous, s'avancent de )on)çues files d'hommes et de femmes, les uns reconnaissables à leurs éjiées, qui semblent les transpercer, les autres à leurs seins grossièrement indiqués. Les femjnes portent leurs uiaius à leur chevelui-e comme pour l'arracher. Cf. p. 250, n. 3.
728 DE L'INVASION DOItlENNE AUX GLlEIlllES UEDIQtlES (1104-490)
ces trophées, comme ceux de Salamine et de Marathon, ne rappelassent un triomphe sur les barbares; respect à ceux qui se réfugiaieni dans les temples; enfin liberté entière pour tous d'assister aux jeux publics, d'aller consulter les oracles, de se rendre au temple commun et d'y sacriliei'. Apollon refusait de répondre à ceux, Élats ou individus, qui consultaient son oracle sur des moyens de " nuire à des Hellènes. Tel était parmi les Grecs le droil des gens, dont les amphictyons étaient les gardiens et dont Platon sera le théorien, au cinquième livre de sa République.
Apollon, Diane et Lalonc*.
Ces règlements étaient mis sous la sanction de véritables analhêmcs : « Si quelques particuliers, ou ville, ou nation, commettent un attenlal. qu'ils soient dévoués à Apollon, à Diane, à Lalone, à Minerve-Pronœa.
* L'omphalos du temple de Delphes, sous la Torme d'une pierre eonique )>oséc sur un rocbn' et autour de laquelle s'enroule un serpent. Légende : AEA<I>QN. (Honnaie de bronze de Delphes, h l'elTigie de l'empereur Hadrien].
* Das-rclief delphique, conservé au musée du LouTre (Frùhuer, Notice de la trulpture antique, n* 13.) — Apollon, Diane et Latone se dirigent à droite vers une statuette archaïque d'Apollon, placée debout sur un pilastre. Le dieu joue de la cithare, et de la main droite tend une phialr à la déesse de la Victoire, qui, approchant sur la pointe des pieds, s'npprèlc à lui verser de son
INSTITUTIONS GKNÉRALES. 751
Puisse la lerre ne porter pour eux aucun fruit; que de leurs femmes Haïssent des monstres affreux ; que leurs troupeaux n'engendrent point suivant l'ordre de la nature; qu'ils soient malheureux à la guerre el dans toutes leurs affaires; qu'ils périssent misérablement, eux, leurs maisons et toute leur race; enfin que leurs sacriliccs à Apollon Pythien, à Diane, à Latone, à Minerve-Pronrea, offerts d'une manière illégale, soient toujours rejetés par ces divinités. » Ces imprécations prononcées, i'amphiclyon jurait d'employer sa voix, ses pieds, ses mains, à dénoncer, à poursuivre, à frapper le coupable. Malheur donc à qui violait les règlements amphictyoniques! Pour le punir, le tribunal suspendait ses propres lois de clémence. Dans la première guerre Sacrée, au siège de Cirrha, les amphictvons, d'après le conseil de Solon, détournèrent la source dont la ville buvait les eaux, puis la lui renvoyèrent empoisonnée d'ellébore. Quand Cirrha fut prise, au bout de dix années (595), ils la rasèrent jusqu'au sol et défendirent avec imprécations d'en cultiver jamais le territoire. Tout (irec était tenu de répondre au premier appel des amphictvons et de prêter ses mains à l'exécution de leurs décrets. Clislhénès de Sicyone, qui les seconda éncrgiquemeut devant Ciri-ha, reçut d'eux en retour un appui cflicace dans ses projets contre la liberté de sa patrie.
Quel était donc le crime de Cirrha? Elle avait offensé Apollon Delphien par les exactions exercées sur les pèlerins qui venaient sacrifier à ses autels. La protection du temple, de son territoire et de ceux qui y apportaient des offrandes, a|)partenait en effet aux amphiclyons. Quelques théores^ du Péloponnèse traversant le pays de Mégare, pour se rendre à Delphes, avaient été renversés de leur chariot par des gens de la contrée el jetés dans un marais, où plusieurs avaient péri. Le tribunal amphiclyonique exigea aussitôt la mort des plus coupables
u^nochoé la liqueur de la liliutioii. Dnns Ir foNtl. on aperçoit lu loiiipic tU: D(-lplii>s, oiiloiirr d'un mur élevé. A dmilp, un vii.-il arbrp repri'sciilc le pblaiu< sacré qui, (l'iijirès la légcuilf. avait été planté par Agampuinoii. Ce lias-rclicf fait partie d'une we'ie assez nombreuse, dans laquelle Apollon apparaît tomme le patron des vainqueurs aux concours de musique, et l'on admet que ces sciitpliires sont des ex-volo consacrés par des artistes ticloi-ieux.
> Lalone debout sous nu temple lélraslyle, el s'enruyant avec ses di-ii\ enranls, Apollon pl Diane. |Cr. p. 759.) En lê};ende : TPinoAKITUN. Hevers d'uni' nionnaie de brome de Tripolis de Carie; au droit figure une tèle de reinme voilée avec la légende IKPA IKU'AII.
■ On appelait théorie» les députalions envoyées par les villes dans uu but religieux, el ihéore* ceux qui les composaieiil. Pour la guerre de Cii'rlia, vor. ci-dessus, p 345.
732 DE L'INVASION DORIENNE AUX GUEBRES MEDIQIJES (110*-49O).
et le bannissement des au très. Quand le temple de Delphes fut consumé par les flammes, en 548, les amphictyons firent marché avec les Alcméonidespour sa reconstruction. C'étaient eux qui administraient les trésors du dieu et qui les prêtaient à intérêts aux villes ou aux particuliers' Ils avaient nécessairement de l'influence sur l'oracle ; souvent les débals concernant les autres temples leur furent soumis. Ainsi ils décidèrent onire Athènes et Délos, au sujet de la préséance dans le
Clinriol gi-ec*. (Voy. p, 731.)
sanctuaire d'Apollon ; et les Samiens, pour conserver sous les Romains le droit d'asile dans le temple de Junon, s'appuyèrent d'un décret des amphictyons. Après la victoire de Platée, ils contraignirent Lacédémonc à effacer l'orgueilleuse et mensongère inscription qu'elle avait gravée sur une offrande'.
Pourquoi, malgré ces prérogatives, l'influence de ce conseil fut-elle si bornée? C'est que toute autorité centrale s'exerçant sur autre chose que les affaires religieuses effrayait les cités helléniques; c'est aussi que, en conséquence de l'antique répartition des voix, Sparte et Athènes, se trouvant dans cette assemblée les égales de petites peuplades des environs du Pinde, n'avaient nulle affection pour une insti-
' Tous les lemples renommés de la Grèce élaienl des banques de di^pdt : od y mellail, sous Is gardedudieu.de l'or, des objets précieux ou importants, des conlralsel jusqu'à des leslaments; ils étaient aussi des banques de prêt qui faisaient valoir de leur mieux les capitaux sacrés.
* l'eiiilui-e de vase (d'aprAs Gerhard, Aiuerleiene Vatenbilder, Taf. CCXVII). — Le chariot est attelé de deux clieTaus, et le conducteur, un fouet à la main, est assis de côté. Pour la Tonne des roues voyex ci-dessous, p. 251.
•. Voyei ci-dessus, p. 594
INSTITUTIONS GÉNÉRALES. 7ô3
tution qui les metlait à un tel niveau. II y eut un moment où celte organisation faillit être réformée, quand Lacédémone, après Platée, proposa d'exclure de l'union les peuples qui n'avaient pas combattu contre les Perses. Thémistocle fit prudemment rejeter cette mesure qui eût fait du conseil amphictvonique, placé dans les mains de Sparte et relevé, agrandi par elle, un moyen puissant de domination.
Pendant les guerres Médiques et dans les quatre-vingts années que dure la prépondérance d'Athènes et de Lacédémone, l'assemblée de Delphes reste inacfive et obscure. Après Leuclres, quand le premier rôle passe à une ville du nord de la Grèce, on la voit s'essayer à agir. Thèbes trouve utile de s'appuyer sur elle et en obtient une sentence contre les Spartiates. A cette époque, elle devient peu à peu un instrument politique dont Philippe saura se servir.
D'autres institutions, qui tendaient moins manifestement à maintenir l'unité de la race hellénique, y contribuèrent certainement davantage : je veux parler des oracles, des fêtes et des jeux publics. Ce n'est pas aux Grecs qu'il fallait présenter ces liens fédératifs, tolérablcs seulement aux peuples dociles et disciplinés. Mais que grandisse la réputation d'un oracle, qu'un temple magnifique s'élève, que la pompe des cérémonies religieuses se déploie, que les jeux et les fêtes, que des concours et des luttes soient annoncés, et ces hommes crédules, curieux, amis des arts, des spectacles et de la gloire, pris à l'amorce de leurs goûts et de leurs plaisirs, quitteront ces petites cités qu'ils aiment tant pour accourir et s'asseoir à côté de ceux qu'ils combattaient hier, qu'ils combattront demain, et qui ne leur paraissent pour l'heure que des membres de la commune famille.
Aux temps anciens, quand les phénomènes de la nature frappaient vivement l'imagination des hommes, l'art de lire dans les entrailles des victimes et d'interpréter les songes, le vol des oiseaux, les éclats de la foudre faisait partie de la religion et de la politique : Tirésias et Calchas étaient alors en grand crédit auprès des rois. Avec les progrès de la sagesse laïque, on s'occupa plus des affaires de la terre que de celles du ciel. C'est une loi de l'histoire que le surnaturel perde en proportion de ce que la raison gagne.
Périclès et Épaminondas, Thucydide et Lysandre, Euripide et Aris-
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tophanc, qui sentaient la puissance de leur esprit, croyaient à leur raison bien plus qu'aux paroles obscures d'un devin ou d'un prêtre: mais, pour la multitude, la foi à la divination était encore si grande, que Plutarque la met au nombre des opinions qui tiennent du consenlemenl universel un caractère d'absolue vérité: et Platon disait' : « Dieu a donné la divination à l'homme ]iour suppléer à son défaut d'intelligence. »
Aussi n'était-ce pas à l'esprit le plus cullivé qu'on reconnaissait le privilège de lever les voiles de l'avenir. La manifestation de la volonté divine semblait d'autant plus éclatante que l'instrument était plus imparfait. L'aveugle, l'insensé, devenaient pour la foule des prophètes infaillibles avec lesquels devaient compter la sagesse de l'homme d'Élat et l'cspérience du général. Los fontaines dont l'eau troublait l'économie du corps ou celle de l'esprit, les grottes d'où s'échappaient des gaz qui produisaient le délire ol les hallucinations, furent regardées comme des lieux où la divinité était , ,^ - toujours présente.
" La source de Castalie, tombant Hm-
roiquc . pj,|p ^j p^^^ j^g roches Phédriades
était l'eau sainte où tous ceux qui venaient consulter l'oracle devaient se puriQer'.
Si l'on excepte les chênes prophétiques de Dodone en Épire, donl
' Timée.il.
' Staliiclte on bronze, de laiicieiine cotlecljon Gréau; aujourd'hui au musée du Louvre (cf. GavHIe arcliiologique, ISSO.pL XXXIVet p. 203. Article de M. F, Lenormaiit). — Gii jeune homme, debout et nu, lient de la main droite abaissée « le rameau du laurier apollinien qui servail an rile de l'aspersion luslrate; la gauche, élenduc eu avant, supporte... le foie d'un agneau on d'nn chevreau à peine né. » Dans cette figurine que des archéologues prennenl pour l'image idéalisée d'Aieïandre, F. Lenormant reconnaît un dcTÎn hépaloscope, de ràpihéroïque. Le bronze a été apporté d'Égjpte à Paris.
ï Devant la source où les pèlerins venaient se baigner se trouve mainlenani une chapelle consacrée à saint Jean.
los prêtresses inlerrogeaîenl les bruits au milieu des vents et de la Icinpète', il n'y avait pas en Grèce d'oracles plus fameux que ceux
Le ji]-(ipli('lc avniRlc Pliiiiùus invoquant tes dicui*.
lie l'antre de Trophonios en Béotie% et du temple de Delphes en
< Les Irais prèlresses de Dodotie IJsaienl l'uvi-nir dans le mumiiire des feuilles et le Kéimsseineiil des branches, dans In bouillonnement d'une source qui jaillissait au pied du l'hëiic prophélique, dans les bruits rendus par les vases d'airain suspendus autour du temple. Ou y consullail aussi les sorts lires d'une urne au hasard.
» Peinture d'un vase du musée Brilaimiquc (d'après Cou ze, VortegeblâUer fur arcbûologitche lebHngen, Série C. Taf. VIII, 1 a. — Le propliéte aveugle l'hineus est debout, el, leiidanl les niaiiis en avant {yApxi iva^ftàv), il invoque les dieux; le premier mot île sou invon^lion OEOI est inscrit non loiu de ses lèvres. Devant lui est une table cliarf!:éedc mets: selon la légende, toutes les fois que le prophète s'asseyait à la table du repas, les llarpyes survenaient, et enlevaient ou corrompaient les mets. Phinéus était roi de Thrai-e, aussi le peintre lui a donné un sceptre el l'a représeutt- la tète ceinte d'une bandelette. (Cf. A. ïh^ch, l'hineu» auf VatenbUdem, dans Y Archûalogiiche Zeilung, 1880, p. 158 et sulv.)
' La rivière que l'on voit au premier plan de la gravure, p. 737, est YHefkijna, dans laquelle devaient se baigner ceux qui venaient consulter l'oracle. Dans le fond se dresse le mont Laphystion; à droite, un rocher à pic, couronné par une citadelle franque. Uu peu au-dessus du pont sont deux ruisseaux fsù l'on a recomiu les sources LM^ et Mnémotyni ; au pied du rocher, on voit encore une chambre entourée de niches destinées à des ex-voto : peut-être élait-ce l'emplacement du sanctuaire du Bon Démon et de la Bonne Fortune. Pausanias, qui a consulté l'oracle, nous apprend à quel régime on était soumis. Il fallait passer plusieurs jours dans le sanctuaire du Bon Démon : on se nourrissait de la chair des victimes, on se bai-
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Phocidc; tous deux provenaient d'une m&mé cause, l'exhalaisoD gazeuse reçue ici par une prêtresse, là par le consultant. Plularque et
Ulj'sse cl lombrc do Tir^aias*.
surtout Pausanias* nous ont laissé le récit des scènes étranges dont le sanctuaire de Trophonios était le théâtre. La bouche de l'antre, souvenir de celui où Apollon avait lue le ser-
giiait (Ions l'Hcrkyna. La »eille du grand jour, «près un sacrifice solennel, ip palient était conduit aux sources sacrées : l'eau de la Lélhé lui Tnisait oublier le pass^, l'eau de la Hnémoeni^ permettait à sa mémoire de retenir fidèlement tout ce qu'il allait voir et entendre. J'ai raconli' la scène de ta consultation de l'oracle : elle avait lieu dans une gi'Otlc dont on n'a pas retrouvé l'emplacement, mais qui était situi^ sur la montagne. La consultation terminée, le patient était ressaisi par les prêtres qui l'asseyaient sur le Irônr de Mnimotipié et lui demandaient ce qu'il avait vu et entendu. Alors seiilemeul il était rendu aux siens, qui reniportjieni dans l'i^tal que j'ai décrit, (voy. p. 759).
■ Peinture sur une amphore de Noia (de la collection de l.uynes, au Cabinet de France). — L'artiste a peint l'une des scénesde l'évocation des morts ou N^xuia, dans VOd^uée (ch. XI). Ulysse est assis sur un monceau de pierres et penclié sur la fosse qu'il a creusée lui-tnème (v. Si el suiv.) : 11 ï a répandu des libations d'hydi'omel, de vin et d'eau, saupoudrées de farine cl y a fait couler le sang d'un bélier et d'une brebis, dont on voit les (éles p ses pieds (v. 2P-3(i). AnssilAt les ombres, sortant de l'Ër^be, se sont présentées en Toule, mais le héros les éloigne du sang qu'elles sont avides de bnire : il veut tout d'abord consulter Tirésias (v. 50-^). L'ombre du devin parait enfin : sa tête se montre au bord de la fosse (v. 90 et suîv.). C'est le moment qu'a représenté le peintre. A di-oile et à gauclie du héros se tiennent deux de ses compagnons, Périmédés et Eurylochos, qui ont amené les victimes (v. 33). Polygnole avait peint la même sci-ne dans la célèbre. Lescbé de Delphes. (Pausaitlas, X, â9, 8).
■ Plularque, Du génie de Socrate, ii ; Pausanias, IX, 59, 4.