‹ Histoire des Grecs depuis les temps les plus reculés jusqu'à la réduction de la Grèce en province romaineChapitre 68 sur 78 · L'ANTRE DE TROPHONIOS, A LÉBADEIA · texte numérisé non relu

L'ANTRE DE TROPHONIOS, A LÉBADEIA

D'api-és SUckcIbcrf!.

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pent Python, se Iroiivail dans une grolte haule de moins de trois mètres et qui n'en avait pas deux de large. Après de longues préparations et un examen rigoureux, on y descendait la nuit, à l'aide d'une échelle. A une certaine profondeur, il n'y avait plus qu'une ouverture extrêmement étroite par où l'on passait les pieds; alors on était entraîné avec une rapidité extrême jusqu'au fond du gouffre, au bord d'un abîme. Pris de vertige par la rapidité du mouvement, la peur et l'influence des gaz, on entendait des sons effrayants, des

LDionc et le sci-pcnl Pïlhon'.

mugissements confus et des voix qui, du milieu de ces bruits, répondaient aux questions; ou bien l'on voyait des apparitions étranges, des lueurs traversant les ténèbres, des images qui, elles aussi, étaient une réponse. C'était l'imagination troublée par ces prestiges, qu'on remontail, relancé la tète en bas, avec la même force et la même vitesse qu'en descendant. Il fallait tenir danschaque main des gâteaux de miel qui avaient la vertu, disaient les prêtres, de garantir de la morsure des serpents dont l'antre était rempli; en réalité, pour

' Peinture de Tase (d'après Lpiiomiant et de Witte, Élite Ha MonumtnU céranioçraphiiiim, H, pi. 1). — Le serpent PyUion, sortant d'une caTenie rocheuse, se dresse ronlre Utone, qui s'enruit effrayée. La di^esse porte dans ses bras Apollon et Arlémts, et l'insouciance charmante des enfants qui tendent les bras au monstre fait un heureux contraste avec l'elTroi de la mère. Le sujet a été souvent représenté dans l'antiquité. Cf. la monnaie de Tripolis de \a p. 73t,et ci-dessous une statuette en marbre du musée Torlonia. (vor. T. Schreiber, ApoUon PgUiokloHOê. ch. m. p. U et suiv.).

740 DE L'INVASION DORIENNE AL'X Cl'ERRES MÉDIQIJES (1104-490). empêcher le coiisiiltanl de reconnaître avec ses mains les ressorts de toutes ces machines. Un des gardes du J-oi Démétrius, envoyé [mur pénétrer ce mystère, entra dans la caverne, mais n'en sortit pas. On retrouva, quelques jours après, son corps rejeté par une issue secrète. Les prêtres l'avaient deviné et immolé. L'impression produite par ces apparitions, ou par l'efiet de narcotiques puissants, était parfois telle, que la terreur éprouvée ne s'effaçait pas complètement. Aussi, disaiton, des gens atteints d'une mélancolie incurable : « Il a consulté l'oracle do Ti-oidionios. »

Apollon était moins terrible. Pour ce dieu de la lumière, interprète des volontés de Zeus, le souverain maître des hommes et des îmraor- ^tels, tout se passait an grand jour : la prêtresse seule soulTrail de la présence du dieu. L'autorité de ses oracles étendait au delà des bornes du monde I hellénique, jusqu'en Lydie, jusque chez les Étrusques et à Rome, où les livres de la Sibvlle apolliuienne de Cumes eurent tant u Sibvlle de <:...u.s-. ^g ;.|.^^,j, çjj.^^^jj l'appelait l'oracle de la

terre, et Delphes fut vraiment le centre de la religion bellénique, |mr le concours des pèlerins et l'importance des consultations demandées au dieu qui semblait être present en ce lieu plus qu'en aucun autre de ses sanctuaires',

Pour que l'action divine parût plus manifeste, les réponses d'Apollon étaient rendues, dans l'origine, par une jeune fille simple cl ignorante, presque toujours atteinte de quelqu'une de ces affections nerveuses qui semblent communes dans certaines parties de la Grèce', plus tard par une femme Agée au moins de cinquante ans; eniin, ,une seule Pythie ne suffisant plus à l'immense afflucnce des pèlerins, on en établit trois. Ces malheureuses étaient traînées languissanles, éperdues, vers une ouverture de la terre d'où s'échappaient certaines vapeurs*. Là, assises sur uif trépied où des

' Téle de la Sibylle de Ciimes, les clieveni retenus par un diadème; dessous, son noni SIBl'LLA. if. Tri'pied surmonté d'un piitferirulum, ou T.ise à sacrifice, el de deui étoiles. En légende : L. TOROVATVS III YIR. Le tout dans un coltier ou torquft. (Denier d'argent de la République romaine frappé par le triumvir L. Hanlius Torquains.)

* Les temples où Apollon rendait des oracles étaient nom^reiu. Les plus Tamcux, après Delplies, étaient ceux de Patara en Lycie, de Claros près de Colophon, de Didjnie. près de HileU que Dioclélien consulta encore en l'année 503 de noire ère. L'ordre suivant lequel les consultants arrivaient devant la Pythie était délenuiné par le sort. (Eschyle, Etanénide», initio.)

' l'ouqueville. Voyage de la Grèce, t. IV, p. 313.

• Il n'y a plus à Delplies aucune Iracc d'eihalaison de vapeurs ; mais la firêce est sujette aui

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prt'tres les retenaient de force, elles recevaient l'exhalaison prophétique. On voyait leur visage pâlir, leurs membres s' agiter de mouvements convulsifs. D'abord, elles ne laissaient échapper que des plaintes et de longs gémissements; bienlôl, les yeux étineelanls, la bouche écumante, les cheveux hérissés, elles faisaient entendre, au milieu

des hurlements de la douleur, des paroles entrecoupées, incohérentes, que l'on recueillait avec soin et où le prèlre chargé de mettre celle l'éponse en vei's s'ingéniait, dupe lui-même de sa foi dans l'oracle, à trouver ta révélation de l'avenir que le dieu y avait cachée. Grâce à l'immense concours des pèlerins, les prêtres pouvaient se lenir au courant de toutes les all'aircs des Étais, même des particuliers.

tremblcmeiils de Icrrc, et ces pliénoiiirii''s sont fréquemment accompagiiés de dégagements d<' gui. Ce i|ue Tmi fnil, l'aiilro (leul le dél'aire. Pour mieux préparer la Pjlliîe au délire, ou l'oliligenil de jeûner, ee qui |iorte aux iiulluviuulioiis, et on lui Taisait niâclier des feuilles dt; laui-ier, à tause de leur verln narcotique. Au temple de Cérès, à Potras, on soumettait le consultant â des runiigatious de piaules narcotiques, le dalum slramonium, la jusquiame, hi t>elladone, la mandragore, le paTot, elc. Cf. Haury, t. U, p. VJi.

> Peinture de vase (d'après VÉliU des Monumentt céramographiqurt. 11, pi. 46). — ApoUoii, couronné de laurier, est assis sur son trépied; de la main gauche il lient son are, de la main droite une phîalf. La Pythie se tient debout derrière le dieu, une œnœhoi n la main.. Dans la jeune (ilie qui se présente devant lui, on pent rccomiaitre Creuse ou Uanto. Celle-ci, fille de Tirésias, avait obteiui d'Apollon le don de prophétie.

743 DE L'INVASION DORIENNE AUX CUEItRES HEDIQl'ES (1104-490).

Ce qu'ils avaient appris de cotte façon leur permettait de donner à des sons inarticulés une signification que la crainte ou l'espérance acceptait, et que la foi réalisait souvent; car cette foi des Grecs n'était pas inerte comme le fatalisme des Orientaux, et on est bien près du succès, alors qu'on croit avoir les dieux pour complices. Ils furent aussi fréquemment les instruments volontaires ou intéressés des chefs des Étals. Si Démosthène put accuser la Pythie de philippi$er, bien plus souvent elle hellénisa. Dans les grands dangers de la Grèce, ses réponscsfurcnltoujoui-s patriotiques, malgré leur ambiguïté, et plus propres à porter l'espoir que le découragement dans l'àme , , ,. . des Grecs. A Olvnipie, les devins n'avaient

Apollon et la L'ïlhie'. ^ i ■

pas la liberté de prononcer une prophétie contraire aux Hellènes.

Les oracles furent encore, bien souvent, les gardiens de la morale privée. Glaucos veut conserver im dépôt qui lui a été coniié, la Pjthie lui montre les malheurs résenés au parjure'. Les Sybarites tuent un joueur de flûte réfugié au pied des autels, elle leur annonce la vengeance des dieux, qui arrive et va détruire leur cité. Un homme abandonne Mchement son campagnon aux attaques des bandits, elle refus*de lui répondre. On lui demande : « Quel est le plus heureux des hommes'.' — Phédios, qui vient de mourir pour sa pairie. » A Gygès. maître d'un puissant royaume, elle préfère un pauvre vieillard qui cultive en paix un petit champ au fond de l'Arcadie. Elle corrige jusqu'aux travers de la vanité. Anacharsis prétend être le plus sage des mortels, et Mégare la jjremière des cités grecques; l'oracle, en leur répondant, attribue la suprême sagesse à un obscur montagnard de l'Œta, et ne donne pas même à Mégare le dixième rang dans l'Hcllade. Au fronton du temple, on avait gravé eu lettres d'or ce mot, source de toute morale : « rvwfli «awiov, » et cet autre : « M-ndtv âyac»^ ». En tout la mesure, ou la modération dans les désire, l'équilibre entre les facultés, la vie de l'esprit bien ordonnée. Le dieu de Delphes, qui éclaire

' Pierre gravée du musée de Berlin (d'après Viiller-WiesHpr, Dmkmiler dtr ollenKiaut, II, Taf. \1I, n* 134 c). — Apollon esl assis sur un autel enguirlandé de laurier : il tient sa Ivre de la main gauche. Debout auprès de lui est la P^Uiie, qui s'appuie sur un bdton.

" Voy. ci-dessus, p. 103-103.

* Pausanias, X, 24. Hésiode avait déjà dit {la Trot, ri let Joun, I, 40) : • Ils ne sSTent pas que souvent la moitié vaut mieux que \c tout », Go^i rXi'ov IJjuou sam!;.

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les âmes en même temps que le inonde, mérilera de finir par être, pour les païens, lé dieu universel, celui qii'Aurélîén appellera le detts cerlut et qui sera adoré par Julien. Mais, à se mêler ainsi aux affaires humaines, le dieu, de quelque obscurité qu!il enveloppât le plus sou->' vent ses réponses, courait le risque. de compromellre son auterilé, quand l'événemcnl était en contradiction manifeste avec l'oracle; el, en révélant l'avenir, il doiinait la tentation, d'employer tous les moyens pour détourner les menaces ou réaliser les.espéraacçsi De là quelque-

Lcg Érinnyes poursuivant un suppliant itrugiii aupi'^s îles aulcU'.

fois des crimes comme en montrent les légendes d'Œdipe, d'Oreslc et de Cypsélos.

Remarquons cependant que les oracles supposaient la croyance à l'intervention directe des dieux dans les affaires humaines, par conséquent à une action de la Providence contraire à la fatalité. Pour les anciens Grecs, la prière et les sacrifices servaient à gagner la protection des immortels; lesÉrinnyes, à punir les crimes des hommes; et, avec cette double conviction, la morale était sauve. Ce sont les stoïciens qui

' Peinture de Tase{d'aprisMflller-Wiesekr,/)enAnia/crdCT-n/fcn«'im»/, 11, Taf. XIll, n- 148). — Oresle, agenouillé sur In base de l'omphalos, auprès duquel se di'ossent le laurier et le trépied sacrés, se dérend, l'épée à la main, contre deux Ërinnves années de torches cl de serpents. Apollon, debout auprès du trépied et portant de la main gauche une branche de laurier, étend la droite au-dessus du suppliant qu'il prend sous sn protection. (Voy. Overbeck, BUdwerke sum TkebUchen und Troiichen HeldenkrcU, p. TIt), n* S).)

ont établi le destin comme doctrine philosophique et, heureuse contradiction, le stoïcisme finit par être une grande école de moralité, ainsi qu'il est arrivé pour les calvinistes, malgré leur système de la prédestination, et pour les jansénistes; malgré leur doctrine de la grâce. Le cœur corrige souvent dans l'Homme les erreurs de la logique.

Les Grecs aimaient les oracles. Peuple curieux et impatient, ils voulaient tout savoir, môme l'avenir. L'énigme leur plaisait, elle exerçait la subtilité de leur esprit; mais ils aimaient aussi If^^pompe et l'éclat des fêtes, si brillantes sous leur beau ciel, et ils marquaient par des solennités religieuses les grandes phases de leur existence nationale, comme les phénomènes de la vie naturelle et morale qui leur semblaient un bienfait, un conseil ou une menace des dieux,

Platon trouvait, pour ces solennités, à côté de la raison religieuse, un motif social : « Les dieux, dit-il, touchés de compassion pour le genre humain, que la nature condamne au travail, lui ont ménagé des intervalles de repos par la succession régulière des fêtes instituées en leur honneur*. » Les (îrecs goûtaient si bien celte raison, qu'ils multiplièrent les intervalles au point d'égaler presque le repos au labeur. On a compté qu'à Athènes plus de quatre-vingts jours de l'année étaient remplis par des fêtes et des spectacles.

Ces spectacles et ces jeux n'étaient pas l'inutile délassement d'une foule paresseuse comme la plèbe de Rorne sous les Césars; ils Hiisaient partie de la religion et du culte national*; ils étaient la grande école du patriotisme et de l'art, même de la morale : « Les Muses, dit Platon, et Apollon, leur chef, y président et les célèbrent avec nous. » Le coupable en était banni; mais le pauvre, même l'esclave, y assistaient. Aux grandes Dionysies d'Athènes, les fers des prisonniers tombaient pour qu'ils pussent, eux aussi, célébrer la fête joyeuse du dieu qui chasse les chagrins rongeurs et rend l'esprit libre comme la parole. Tant qu'elle durait, l'esclave n'avait pas de maître, ni le captif de gardiens. En Crète, le jour des Hermées, c'étaient 1^ maîtres qui servaient à table leurs serviteurs.

Chaque ville avait ses fêtes particulières et réservait pour ces solen-

* Low, II, 1.

* Parfois même de la diplomatie. Téos, envoyant une députation aux habitants de Knosse, plaça parmi ses députés un habile musicien qui leur joua les airs des anciens poètes, et, dans une autre ville Cretoise, apporta une compilation de tous les textes en vers ou en prose qui intéressaient Thistoire et les antiquités poétiques de la Crète. {Corp. intcr, Grxc., n" 3035 e( 3057.) Combien ce peuple était artiste et poète!

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nités des places aux habitants d'une ville alliée, d'uue colonie ou de la métropole. Dès que le service tlu dieu commençait, les affaires de

Apollon Jlusafcéro'

la cité étaient suspendues : les tribunaux s« lermaienl; ou ajournait les payements, les exécutions des débiteurs ou des coupables, itième

< Slnluedii Vatican, découverte aicc les neuf Muses dans ta villa de Cassius.â Tivoli (d'après uiiepliotograpitie). — C'esl peut-èti'e la copie d'une œiivi-e célèbre de Scopas, qu'Auguste a va il Tait Iransporliir au Palatin et que les poètes romains célèbrent à l'envi (Prapcice, lU, 29, ib, TiboUe, Jll, i, 33-40. Ovide, Amouri, I, g, 59; Méta>norphou$. XI, Itib). ( Le dieu, couronné de burier, chante en s'accompagna nt de la cithare, la tèlc haute, les yeui levés au ciel, k' corps aiiitné par un lége/ mouvenient de danse, avec tous les signes, discrètement mais daireraent exprimés, de l'inspiration qui descend en lui et de l'enthousiasme dont il wl possédé, u

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à Sparte, les décisions qui importaient le plus à la sûreté de l'Étal. On ne voulait pas servir à la fois deux maîtres, le peuple et les dieux. Démosthène cite une loi d'Athènes qui punissait la violation du repos des jours fériés* et transformait en crimes contre l'État les délits commis envers ceux qui, ayant un rôle officiel dans ces fêtes, y portaient « la couronne signe de l'autorité publique' ».

Comme durant notre moyen âge, les corporations, les métiers, mémo l'âge et le sexe, avaient leurs patrons et leurs fêtes. Ainsi, à Athènes, les matelots, les forgerons, et sans doute bien d'autres; à Sparte, les nourrices; en divers lieux, les esclaves. Il y avait pour les jeunes gens, les jeunes filles, les femmes mariées, des dévotions particulières, et les familles avaient leurs saints, qu'on appelait les héros ou les démons, ce qui n'empêchait pas d'accomplir aux autels des dieux communs les rites ordinaires pour les naissances, les mariages et la mort.

De même qu'au moyen âge encore, le clergé, pour amuser quelques instants le peuple des fidèles, ouvrait, à certains jours, les églises i\ des fêtes peu édifiantes. Délos avait des rites burlesques. Ses prières faites, le pèlerin devait tourner autour du grand autel d'Apollon, sous les coups de fouet des prêtres, et mordre à belles dents le tronc de l'olivier sacré, les mains derrière le dos. C'était, ajoute Callimaque', une nymphe de Délos qui avait imaginé ce jeu pour amuser l'enfance du jeune Apollon.

Je ne parlerai que de trois de ces fêtes : l'une qui montre le côté honteux, orgiastique de l'ancien naturalisme; l'autre, la magnificence des pompes religieuses ; la troisième, les idées morales qui se mêlaient si rarement au culte païen. Ce sont les fêtes de Dionysos ou Bacchus*, les grandes Panathénées et les Thesmophories.

(Decharme, Mythologie de la Grèce antique^ p. 128.) Sur Tun des montants de la cithare est sculpté le satyre Marsyas : il est pendu à un arbre, nu et prêt à subir son supplice. Voy. cidessus, p. 611.

* Contre Timocrate, 29.

* C'est le fond du plaidoyer de Démosthène Contre Midias, La couronne était de myrte pour les magistrats et les orateurs officiels dans l'exercice de leurs fonctions. Durant les fêtes, les chorèges se paraient parfois d'une couronne d'or. (Ihid.)

5 Hymne à Délos, 500.

* Sur un très beau vase découvert à Kertsch, l'artiste a représenté le retour d'Apollon à Delphes (67ci87j|x/a) et sa rencontre avec Dionysos (voy. p. 747). Le dieu quittait pendant l'hiTcr ses sanctuaires de Delphes, de Délos, et gagnait la région sereine des Hyperboréens (voy. cidessus, p. 41). Les sommets du Parnasse et l'Antre Corycien retentissaient alors des cris des bacchantes et des satyres, les joyeux compagnons de Dionysos. Le printemps ramenait le dieu de la lumière dans ses temples favoris, auprès de l'omphalos et du trépied de Delphes, auprès du palmier de Délos. A Delphes, Dionysos se portait à sa rencontre et renouvelait en quelque sorte avec le dieu brillant le traité d'alliance et d'amitié qui les unissait. Sur

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« Autrefois, dit Plutarijuc', la fôtc de Dionysos avait une simplicité qui n'excluait pas la joie : en tête du cortège une cruche pleine de vin et couronnée de pampres; derrière, un bouc, puis un des assistants charge d'un panier de figues; enfin un autre portant le phallos , symbole de la fertilité. »

Dionysos présidait aux tra- . '■•

vaux champêtres, qui, dans I un pays peu fertile en blé, étaient surtout les travaux des vignobles. Aussi était-il par excellence le dieu du raisin, et à chaque phase de lu végétation de la vigne ou ^ , ... ..,■,■ t

^ ^ Sslyrcs ilrcssanl Ijmagc ruetiquc oc Dionysos*.

de la fahricalion du vin répondait une Diouysie. L'approche des vendanges était annoncée par une procession et des jeu.t. Des jeunes gens, vêtus de la longue robe d'Ionie, portaient dés ceps avec leurs grappes et des branches d'olivier auxquelles étaient suspendus tous les fruits alors en maturité. Kt ils chantaient : « Branches divines, de vos rameaux découlent le miel, l'huile et le pur nectar qui remplit la coupe où l'on trouve le sommeil. » La fête se terminait

lYoccïSioti bachique*.

par des coui-ses à pied : le vainqueur

recevait pour i-écompense un vase rempli jusqu'aux bords.

le vase de .Kertsch, Dionysos, en véleiiienls He fête, la couronne dé lierre en têle cl li' Ihyrse àla main, tend la main droite an dieu de Delphes; celtiirci, velu d'un himation qui laisse toute une partie du torse à découvert, jeune el calme, presse la main de Dionysos. Il est couronné de laurier et tient une branche de laurier de la main gauche. L'omplialos au centre, et le trépied à gauche, servent à marquer le lieu de la scène; le palmier, dans le Tond, Tait allusion au. sanctuaire de Délos, qui retrouve aussi son maître. Bacchantes el satyres s'associent 'à la joie de leur dieu : tous sont couroimés de laurier, l'un joue de la cithare, l'autre de la double llùte, une autre Trappe son lympanon. A droite, une bacchante pose un coussin sur le siège destiné à Apollon. ' Du <Unr de* richetut, 9. Cf. Aristophane, i4cAiirn., 24S et suiv.

* Relief d'une larape en terre cuite, d'après iïartoli et Bellori, Velerum Lucemx tfpulcralet, pars II, Bg. \XV1I1 (dans le Thesauna Grxcanim ûHtiquitalum de Gronovius, tome Xl[).

* Baccfius tenant un thyrsc orné de bandeleltcs, assis su un char Iralné par une panthèri!

750 DE LINVASION DORIENNE AUX GUERUES MÉDIQUES (1104-490).

Autre fêle quand le raisin était mis sous le pressoir. D*abord des libations de vin doux et le plus somptueux festin qu'on pût faire : on n'oubliait pas d'y honorer le dieu en usant laidement de ses dons; ensuite une procession solennelle. On montait à demi aviné sur les chars qui avaient porté les vendanges, la tête cachée sous les pamprès, le lierre ou le feuillage, le corps couvert de peaux de bêtes ou de vêtements bizarrement disposés, et l'on parcourait les bourgs eu se lançant de gais propos, comme on faisait naguère encore durant nos jours de carnaval. Des femmes plus particulièrement dévotes au dieu de la fécondité et prenant son nom, les bacchantes ou ménades, formaient un groupe à part et tenaient à la main des thyrses ou des phallos. En de certains lieux, des tréteaux étaient dressés. Le cortège s'y arrêtait : un des assistants y montait pour réciter un dithyrambe qui célébrait les aventures du dieu du vin et de la joie. Des chœurs répondaient d'en bas, et les Pans, les sylvains, les satyres, dansaient à l'entour. Silène, sur son âne, lançait des brocards et buvait. Un bouc, l'animal lascif, était la récompense de celui qui avait composé les chants pour la fête, et il servait de victime sur l'autel du dieu*.

De ces mascarades burlesques, de ces dialogues obscènes, de ces chants pieux et avinés, sortirent la comédie et la tragédie*. Thespis et Phrjnichos confièrent le dithyrambe à un seul pei'sonnage et ajoutèrent à [l'hymne saint des récits, Eschyle un dialogue et une action

el une chèvre, monté par Cupidon ; à côté de rattelage, une ménade qui joue du iympanoH et un satyre qui joue des crotales. En légende : EDI A ATA nFFPHTOC AGIAP AAOAIKEQN Nl!)ÛKOraN. BlédaiUon de bronze à Tefligie de Caracalla, frappé à Laodicée de Phrygie, néocore^ sous Tautorité de Tasiarque, Lucius ^lius Pigrès.

* Une scène dionysiaque est représentée sur un sarcophage découvert, près de Rome* i la via Salaria, dans la chambre sépulcrale des Licinii Grassi, où l'on a trouvé six autres sarcophages. (Cf. Nolizie degîi scavi di anlichità, 1885, p. 42 et 43). Nous ]a reproduisons p. 751, diaprés une photographie. Il existe un moulage du relief à TÉcole des Beaux-Arts. — L'arlisle a représenté des satyres et des ménades dansant aux sons du iympanon. On voit à gauche un sa* tyre accompagné d*une panthère à laquelle il fait mordre le vêtement flottant d'une ménade; celle-ci danse, la tête rejetée en arrière, s*appuyant sur son thyrse et tenant le iympanon de la main gauche. Vient la ciste mystique, d'où sort le serpent. (Nous retrouverons plus loin la ciste mystique, sur un bas-relief). Entre la ciste et Tautel enguirlandé où sont posés deux masques bachiques, danse un Satyre ; de la main droite il tient le pedum, à son épaule gauche sont passés son vêtement et une peau de panthère : à ses pieds est Ja syrw:F, Suit ate- Ménade à demi nue, de face, qui frappe son iympanon au-dessus d*un autel où brille la flamme. • Puis, viennent Pan et Silène : le premier a son pedum dans la main gauche et de la droite élève une grappe à laquelle veut mordre une chèvre ; une ménade le sépare de Silène. Celui-d, alourdi par l'ivresse, s'appuie sur un satyre. Un pilastre surmonté d'un vase et une ménade terminent la scène à droite.

• Kw[jiï)Wv, par bourgades, TcdJyou o')57[ le chant du bouc.

accomplie par plusieurs personnages : l'art dramatique était né; Eschyle en est le père.

Les Anthestéries, ou fête des fleurs qui durait trois jours, avaient licu'au printemps, après la fermentation, quand on ouvrait pour la

Ucnnèt apportuit Dionjsoi enfant à Silène *.

première fois les vases qui renfermaient le vin nouveau. On en offrait aux dieux quelques gouttes en libations; aux voisins, aux journaliers, aux esclaves, on en versait à pleins bords*. A Athènes, on célébrait un

■ Cratère de Vulci, conservé aa Vatican (d'après une photographie. — Cf. Mu$eo Elnuco Gregoriano II, lav. XXIVI, 1*). — Hermès, recoiiQaissable à son pétase, â son caducs et à ses laloanières, remet Dionysos enfant k Silène : celui-ci est assis et lient un IhjTse de la main gauche. Deux femmes, sans doute deux Nymphes, ferment la scène k gauche et à droite. Cf. le vase célèbre du musée de N'aples, signé de l'Athénien Salpion : Hermès, suifi de deux satyres «[ d'une ménade, conrie le jeune Dionysos aux Njmphes. (Jftueo Borbonico, I, tav. un.)

* Pseudo-Démosthène, Contre Nem-a, 73.

7M DE l'INVASlON DORIENNE AUX GUERRES MtiDIQUES (1104-490).

festin public que présidait l'archonte-roi, dont la femme avait ua rôle important dans la cérémonie. Personnifiant la cité et épouse mystique de Dionysos, elle conduisait sur un char, au temple de Limnie, unr vieille idole du dieu. D'autres femmes, costumées en Nymphes, Heures et Bacchantes, formaient le cortèg^e nuptial qui entourait les deux

époux jusqu'au sanctuaire où se célébrait l'union sainte , l'iepô; yx^ioç. de Bacchus et d'Athènes'.

Ces fêtes étaient celles de la joie ; les Bacchanales furcntcellesdu regret et de la douleur. Elles avaicnt lieu la nuit, au solstice d'hiver, quand la vigne desséchée et comme morte montrait le dieu éloigné ou impuissant.

Des femmes seules, les Ménades ou les Furieuses, accomplissaient ces rites farouches sur les flancs du Parnasse et les cimes du Taygète, ou dans les plaines de la Macc'-doine et de la Thrace.

I,a leinme de lardionte-roi ». CheZ ICS DoricnS, CCS fem-

mes gardaient une certaine retenue; mais en Béotie, échevelées, demi-nues, elles couraient à la lueur des flambeaux au bruit des cymbales, avec des cris sauvages, des gestes et des transports violents. L'exaltation neneuse amenait le désordre des sens, des idées, des paroles et des attitudes; l'obscénité devenait un acte pieux. Quand les ménades dansaient éperdues, avec des mouvements désordonnés, des serpents autour

■ Sur la fêle des Anthesl^es, voy. Cazelte archM., t879, p. 8 et suit.

• Peinliire de vaae (d'après Gerhard, AuterUiene YataibUder, Taf. CCXC1\). Le ïase est signé du peintre Ëpiktétos. — Dans celle femme, vêtue du long chilon et dn p^plot, et qui tient de la main droite une grenade, de la main gaudie un sceptre, Gerhard propose, avec hésilalion il est vrai, de reconnaître la Temme de l'archonte-roi. La grenade et le sceptre Teraient peutêtre allusion à l'union sainte, Upiç fittK- ■

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des bras, à la rnain un'poignard ou le thyrse, dont elles frappaient tout autour d'elles; quand l'ivresse et la vue du sang portaient jusqu'au délire la troupe furieuse, c'était le dieu qui agissait en elles et qui les sacrait prêtresses de son culte. Malheur à l'homme qui surprenait ces mystères : il était mis en pièces; les animaux mêmes étaient déchirés; elles mangeaient leur chair palpitante et buvaient leur sang'.

Ce culte orgiastique n'eut jamais, à Athènes, de popularité. La solennité par excellence fut, dans cette ville, les grandes Panathénées, qui duraient quatre jours, dans la troisième année de chaque olympiade, du 25 au 2S du mois hécalombéon (juilIct-aoùt) '.

C'étall à la fois la fête d'A- Ihéna et de toutes les tribus de l'Attique, qui, au pied de son autel, s'étaient unies en un seul peuple; c'était aussi la fête de la guerre et de l'agriculture, de toutes les qualités du corps et de tous les dons de l' intelligence. En l'honneur de la déesse qui portait la lance, mais qui avait aussi créé l'olivier et enseigné les arts, on célébrait une danse armée, des courecs de chars, des luttes gymniques, dont les récompenses étaient, pour les vainqucure, des Tases peints remplis de l'huile fournie par les oliviers sacrés; des exercices équestres, où les cavaliers portaient des flambeaux allumés à l'autel d'Éros. symbole de l'amour éveillant l'intelligence rapide; ensuite la récitation de vers d'Homère ou de quelque poète héroïque et des con-

* Voy. les BacchanU4 d'Euripide.

' Ce mois élail le premier de l'année alhénipiine. Les peliles Panathénées étaient célébrées tous les ans.

* Le jeu de Vaikoliaimot (des mots im6i outre, e[Xidi:ii>,je Tais toml>er) consistait A se tenir debout, a marcher ou sauter sur une outre gonflée et enduite d'huile. Le jeu se pratiquait surtout aui Tétcs de Bacchus : l'outre était alors remplie de vin et donnée en prix au vntnqucur. La mosaïque du musée de Berlin, que nous reproduisons d'après l'Ardiûoloffûche Zeilung, 1S47, pi. IX, 1 et p. 139, montre les préparaliFs du Jeu : Dionysos et Ariane y président. Satyres et Nymphes entourent' Toulre sur laquelle un jeune homme, entièrement nu, s'apprête à monter.

coui's lie musique; enfin, ce qui ajoutait une sainte et pure émotion à toutes celles qui naissaient ilc cette belle solennité, le citoyen qui avait bien mérité de la patrie recevait une couronne, aux yeux de ]a multitude accourue de la Grèce entière. Pour les grandes Panathénées, l'ûpdf^wt'a, ou temps consacré aux préparatifs de la fête el pendant lequel tout travail civil était interdit, durait au moins quinze jours.

La frise du Parthénon, « le temple de la Vierge », montre encore.

Le piplot à b RV: des {■aiiathÉnécs*.

par des sculptures magnifiques, quoique mutilées, la cavalcade aux (lambeaux, la course des chars et la ]>rocession du péplot ou voile dont était recouverte la statue en bois d'Âthéna, que l'on croyait tombée du ciel. Ce voile, d'un tissu léger, pai-semé de broderies d'or, avait été fait durant l'année précédente par des jeunes filles nées dans les [dus nobles maisons, les i^yauxXvM. Pendant toute la durée du travail, elles étaient demeurées sur l'Acropole, dans l'Érechtliéion, vêtues d'une robe blanche, sur laquelle était jetée une sorte de cape brochée d'or. Les plus riches citoyens se dispulaieni, comme une œuvre pie, le droit de fournir à leur subsistance.

< Fragmeul de la frise Esl du Parthénon, conserve au Musée Brilannique; d'après un moulage. — D'après Beulé {L'Aavpole d'AIMnn, 11, p. 142), la grande prétresse, à gauche. reçoit des deux vierges Errbéphores les objets mystérieux qu'elles ont été, pendant la nuit, chercher dans la ville. Plus loin, un des Praxiei^ides replie avec l'aide d'un jeune garçou le pépiot des quaire dernières années, qu'il a enlevé à la slatue de la déesse. Suivent les dieui assis. L'interpréta lion de H. Michaëlîs (Der Parthmon, 1S71, p. S55 et suiv.) nous semble beaucoup plus Traisemblable. Il n'y a là ni objels myslêrieux, ni lorclie dans la ■nain de l'une des Krrhèpliores : ces jeunes filles porteni des sièges (Gffpoi), des lapis, comme d'autres portent des coupes, des hydrtes. Ce sont des diphrophom, comme les porteuses de vases sont des canéphorei. On hésite sur le noiu i donner au personnage qui replie le pfploi.

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